disclamer: Les personnages ne sont pas à moi, ils sont à Alexandre Astier
Episode 6 : Les invités
Le Roi Ban : Elle doit vraiment avoir quelque chose de particulier, cette fille, pour que les plus grands du monde se l'arrache !
Uther Pendragon : le Karadoc ? Un des grands de ce monde ?
Le Roi Ban : Non, je parlais de la Reine Guenièvre, pas de Mevanwi.
Uther Pendragon : Ah, parce qu'on s'arrache Guenièvre maintenant ?
Le Roi Ban : Nos deux fils, oui !
Uther Pendragon : Vous avez vu ça dans ce sens là, vous ? Moi j'ai toujours pensé qu'ils s'arrachaient l'honneur. Mais c'est vrai, je me suis déjà fait beaucoup d'illusions sur Arthur !
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
« Je voudrais pas faire ma biscotte, commença le tavernier, mais tout ça, ça sent la poudre d'escampette ! »
« La quoi ? » demanda Karadoc en fronçant les sourcils.
Perceval avait disparu. Quand le tavernier était allé tambouriner à la porte de la chambre, bien après le départ d'Arthur et le retour de Karadoc avait les petites, personne n'avait répondu. Persuadé que Perceval boudait, et considérant les faits qu'il était dans son propre établissement et que la vaisselle n'allait pas se faire toute seule, le tavernier avait fini par entrer directement, tout ça pour trouver la chambre vide.
« Ca veut dire qu'il s'est enfui. » explique patiemment Mevanwi.
« Perceval ?! C'est pas son style ! Moi, j'dis, il s'est fait enlever ! » décréta Karadoc sur un ton décidé.
« Enlevé ? Dans mon établissement ? Qui est l'un des plus sécurisé de la région ? » réagit aussitôt le tavernier, piqué au vif.
« Mais enfin ! Toutes ses affaires ont disparues aussi ! S'il s'était fait enlever, il aurait pas emmené ses vêtements et ses réserves avec lui ! Et puis, il y aurait du chahut dans la pièce ! » reprit Mevanwi.
« Ah, ça, au moins, il a tout laissé nickel, c'est sûr ! » releva le tavernier sur un ton grinçant.
Karadoc se mit visiblement à réfléchir et déclara enfin :
« Ouais ! Et puis, ça sert à quoi d'enlever Perceval ? »
« C'est pas comme si quelqu'un était prêt à payer une rançon pour lui ! » laissa échapper Mevanwi.
« N'empêche ! Ca pue, comme histoire ! Il serait pas parti sans m'en parler ! Non, moi, j'vous dis, il a rien prétendu ! »
« Prémédité ! » rectifia sa femme comme si elle traduisait pour le tavernier.
« La dernière fois qu'on l'a vu, reprit ce dernier, c'est vrai qu'il était pas jouasse, à cause du roi. Mais bon, c'est pas la première fois qu'il pique une crise ! »
« Ou alors, s'ça s'trouve, il a suivi Arthur en passant par la fenêtre ! » avança le chevalier de Vannes.
« Mais puisqu'on vient de vous dire qu'il était fâché contre lui ! » rétorqua le tavernier.
« Bon, quoi qu'il en soit, il est trop tard pour agir maintenant. Si demain, il est pas rentré, on va en parler à la Reine ! décida Mevanwi, on en profitera pour lui parler d'autre chose, d'ailleurs. »
Le lendemain, au moment de passer à table, Guenièvre se tourna vers Lionel :
« Avec qui on mange, ce midi ? J'ai pas regardé le registre ! »
« Il ne vous aurait été d'aucune utilité et vous aurait même fourvoyé. Le Sieur Karadoc de Vannes et son épouse ont expressément formulé le vœu d'avoir un entretien privé avec vous ! »
« Ah ! » fit mollement Guenièvre.
« Mais si cela ne vous sied pas, nous demanderons aux gardes de les refouler ! » reprit Lionel en scrutant le visage de sa Reine.
« Laissez, laissez ! De toutes façons, je suis pas habituée à manger l'esprit tranquille ! Ah, et, se reprit-elle au dernier moment, ne touchez à rien de ce qu'ils pourraient apporter à becqueter ! »
Mevanwi avait mis un point d'honneur à être bien plus belle que Guenièvre, ce qui n'était pas difficile, elle le savait. Mais toutes les mèches savamment relevées du monde ne pourraient faire oublier l'homme qui marchait à ses côtés.
« Seigneur Karadoc ! Dame Mevanwi ! » les salua glacialement Guenièvre.
Sa rivale esquissa un sourire et une révérence tandis que Karadoc désignait les victuailles, avec un bref :
« Je peux ? »
Sa femme pâlit et perdit son sourire hypocrite, mais Guenièvre acquiesça poliment. D'ailleurs, Karadoc n'attendait pas véritablement son accord. Il enjamba le banc, saisit un saucisson et déclara doctement :
« Une conversation importante, sans un bon repas, ça tourne toujours au vinaigre ! »
« Qu'est-ce qui vous amène ? » demanda Guenièvre en récupérant son saucisson.
Dame Mevanwi s'assit à son tour et Karadoc releva la tête de sa tranche de saucisson. Guenièvre ressentit une brève panique : elle ne lui avait jamais connu un air aussi sérieux.
« Perceval a disparu ! » annonça-il de but en blanc.
La Reine eut un coup au cœur. Elle s'attendait à tout mais pas à celle-là !
« Grands dieux du Ciel ! s'exclama Lionel de Gaunes. Ne s'agit-il pas là du fameux Provençal le Gaulois ? »
Guenièvre décida de ne pas lui prêter plus d'attention qu'elle n'avait l'habitude d'en donner à Yvain quand il partait dans ce genre d'élucubrations. Elle se tourna donc délibérément vers Karadoc et Mevanwi :
« Vous êtes bien catégoriques ! Ca fait combien de temps ? »
« Depuis hier soir ! »
Elle ne put retenir son cri :
« C'est tout ? Ben revenez me voir dans trois jours ! »
« Nan, mais c'est pas ça ! »
« Si on ne s'inquiétait pas véritablement, on ne sera pas venu vous déranger ! » intervint Mevanwi.
« Il est parti sur la coupe de la colère, à priorité ! » reprit Karadoc.
« On a peur qu'il n'ait fait une bêtise ! » murmura sa femme, quand elle se fut assurer que les autres avaient compris ce que Karadoc venait de dire.
« Oh, Jésus, Marie, Joseph ! » s'étouffa Lionel de Gaunes.
« Ah ouais ! Là, bien sûr… convint Guenièvre, Bon, et il était en colère contre qui ? »
« Arthur ! Il a pas aimé qu'il s'en aille, à ce qu'on m'a dit : j'étais pas là quand il a disparut ! »
Pour Mevanwi, l'occasion était en or massif.
« Et vous ? Vous le prenez bien ? J'veux dire, le départ d'Arthur, ça va ? Vous gérez ? »
« Je gère… » fit Guenièvre d'un petit ton pincé.
« Vous savez bien qu'on est toujours là, hein, nous deux, si jamais vous avez besoin de quelque chose … »
« Je sais… »
« Et les gens ne sont pas trop lourds ? Ils ne vous tannent pas trop pour vous forcer à choisir un autre roi ? »
Guenièvre se laissait faire moins facilement que prévu. Mevanwi se rendit-compte qu'elle tripotait le flacon de potion fait à la va-vite dans la nuit et caché dans son mantel. Elle retira bien vite la main et jeta sa dernière carte, carrément, avec l'air le plus décontracté et naturel possible :
« Bien sûr, pour faire taire les mauvaises gens, le meilleur serait encore de choisir Karadoc ! »
« Hein ? » s'exclama son crétin de mari.
« Lui ? »
« Ah non, mais attendez ! Ca n'a rien de personnel ! C'est juste que c'est le dernier mari officiel qu'on vous connaît ! C'est dans l'ordre des choses ! » la rassura-t-elle aussitôt.
« Je verrais… fit Guenièvre avec sa bouche en cul de poule. Arthur fera très bien l'affaire quand il reviendra. Pour l'instant, Lionel de Gaunes me suffit ! Chais pas si je vais prendre un Roi, vous savez ! »
« Mais Reine, vous me flattez ! C'est trop d'honneur que d'être… »
Elle lui plaqua une tranche de jambon dans l'assiette, pour l'occuper ailleurs.
« Bon, ben, pour le Seigneur Perceval, je vais demander au Seigneur Bohort d'organiser les recherches.
« Bohort ? Mais il … » commença Karadoc, interrompu par Lionel :
« Oh, c'est une excellente nouvelle ! Je suis sûr que mon cher frère prendra très à cœur de suivre la piste qui nous mènera à notre valeureux Provençal le Gaulois ! »
Mevanwi ne fit pas de réflexion. Il fallait parfois savoir ne pas intervenir pour ne rien gâcher. Elle allait peut-être pouvoir être débarrassée de Perceval sans se salir les mains et sans même s'en sentir coupable.
Pendant le reste du repas, Lionel de Gaunes devisa joyeusement sur son enfance en pays de Gaunes, avec Bohort, et sur leurs interminables parties de cache-cache, pour démontrer que son frère était le plus à même à entreprendre les recherches.
Et Mevanwi n'avait toujours pas pu caser sa fiole. A la fin, elle décida qu'elle n'avait plus rien à perdre et la posa ostensiblement devant la Reine, avec un grand sourire.
« Tenez ! J'ai amené ça de la part du Tavernier. C'est un petit remontant ! Avec tout ce qui vous tombe sur dessus, j'ai peur que vous en ayez besoin ! Vous verrez, ça rend les idées plus claires ! »
Son mari eut le bon sens –ou plutôt la profonde sottise- de ne pas poser de questions. La Reine jeta à Lionel un regard significatif qui ne plut pas du tout à Mevanwi, mais elle empocha quand même la fiole en la remerciant.
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
Le Roi Ban : Je voulais avoir votre avis…
Uther Pendragon : Hum ?
Le Roi Ban : Sur Lionel de Gaunes ?
Uther Pendragon : Il est noeud-nœud.
Le Roi Ban : Merci.
