Disclamer : Les personnages que j'utilise ne sont pas à moi.
Episode 7 : La messagère
Uther Pendragon: On est quel jour ?
Le Roi Ban: Y'a pas de jours, ici, Uther...
Uther Pendragon: Non, mais eux, là, ils en sont à quel jour ? J'en ai assez de les voir dans la neige !
Le Roi Ban: La neige ? Pour moi, ils sont seulement dans le pétrin.
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Toute seule dans son grand lit, Guenièvre tournait et retournait le flacon de Mevanwi dans ses mains. Elle se demandait franchement ce qu'il pouvait bien contenir en réalité. Elle avait carrément pris la place au milieu du lit et commençait à prendre goût à cela : elle avait toutes ses aises et, en plus, personne ne la dérangeait au milieu de la nuit. Quand Arthur était là, on n'était jamais à l'abri de ronflements, de coups de pieds ou bien encore d'aller et retour au beau milieu de la nuit. Lancelot n'était pas pareil. Au contraire, il était parfois d'une inquiétante immobilité.
Elle releva les yeux de la petite bouteille et soupira. Lancelot, son beau Lancelot, était certainement maintenant absolument immobile. Elle était partie de son plein gré, mais elle n'avait pas voulu ça ! Elle secoua la tête. Il ne fallait pas qu'elle y repense. Il fallait définitivement tourner la page.
Elle se reconcentra donc résolument sur le flacon de Dame Mevanwi. Dans quel but l'avait-elle préparé ? La mise en garde d'Arthur, au moment de la tisane, avait poussé Guenièvre à faire, de son propre chef, quelques petites investigations. Après tout, à cette époque-là, elle n'avait rien à faire d'autre. Elle était donc allée papoter avec les gardes. Oui, donc, Mevanwi revenait encore fréquemment à Kaamelott. Mais les serviteurs ne la voyaient jamais dans les couloirs.
Ca, additionné au fait qu'Arthur se méfiât de tous ce que son ancienne femme préparait, l'avait menée à conclure qu'elle se rendait au laboratoire d'Elias. C'était la seule pièce qu'on pouvait atteindre de la cour, sans devoir rentrer dans le château lui-même.
Elle ne doutait donc pas que ce qui glougloutait dans la fiole n'était pas un simple alcool de prune. Qu'est-ce que Mevanwi attendait visiblement d'elle, en venant déjeuner avec elle ? Qu'elle retrouve Perceval ? Guenièvre secoua la fiole sous son nez d'un air dubitatif. On ne retrouverait Perceval à coup de potion magique ! Ca devait avoir un rapport avec sa proposition bizarre. Est-ce que la potion était censée la faire tomber amoureuse de Karadoc ? Possible. Vraisemblable, mais il faudrait qu'elle soit rudement puissante pour cela. Non, il suffisait à Mevanwi que Guenièvre accepte docilement tout ce qu'elle lui demandait de faire. Une potion d'obéissance !
Guenièvre eut la certitude qu'elle avait tapé dans le mille ! Heureusement qu'elle ne l'avait pas bue ! Elle contemplait la fiole en souriant de sa propre intelligence quand Nessa entra sans aucun préavis.
Guenièvre cacha précipitament le flacon sous ses draps et leva la tête vers sa suivante :
« Oui ? » demanda-t-elle poliment ?
Nessa ouvrit la bouche comme si elle allait faire une longue phrase, et puis finit par soupirer :
« C'est pas possible ! Bon, euh, … dame ! »
« Il y a une dame qui veut me voir ? »
« Oui ! »
« Dame Mevanwi ? »
« Ah non, non, elle est pas évanouie ! »
« La même que la dernière fois ? » demanda Guenièvre pour lui faciliter la tâche.
« Non, non ! »
« Ma mère ? Dame Ygerne ? Angharad ? »
Elle ne voyait pas très bien quelle autre femme pouvait bien être dans le coin. Et elle espérait que ce ne fut pas sa belle-mère.
« Je crois qu'elle vient de la ferme ! » précisa Nessa.
« Bon, eh bien, faites-là entrer, on verra bien qui c'est ! » fit la Reine en agitant la main.
Mais ce qui suivit Nessa à son retou dans la chambre lui arracha un cri d'horreur.
« Nessa ! » cria-t-elle sur un ton de reproche.
« Oui ? »
« Mais enfin, on ne fait pas entrer ça dans le château ! »
« Elle a dit qu'elle avait quelque chose de très important à dire à la Reine ! » se défendit la bonne de sa voix traînante.
Entre temps, la clodo s'était avançée, à pas minuscules, sans lever les pieds, la tête rentrée dans les épaules et le dos vouté, jusqu'à s'asseoir au bord opposé du lit. Guenièvre remonta les genoux sous le menton pour s'éloigner le plus possible de la rouquine. Pas de doute, Nessa avait raison, elle venait vraisemblablement de la ferme.
« Mettez ça dehors, Nessa ! » ordonna-t-elle.
« Ah bon ? Mais elle vient tout juste d'arriver ! » nota la suivante.
« Faites ce que je vous dis ! » piailla Guenièvre.
L'autre haussa les épaules, mais la clodo rouquine ouvrit soudain la bouche et bégaya le nom auquel la Reine s'attendait le moins mais espérait le plus :
« Lan… Lancelot ! »
La fille leva vers Guenièvre, pétrifiée, un regard implorant. Mais Nessa lui avait déjà attrapé le bras et la rudoyait autant que lui permettait son flegme légendaire.
« Allez, ouste, dehors ! »
« Mais voyons, laissez-la tranquille ! » s'exclama la Reine.
Nessa la lâcha, surprise. Guenièvre eut un geste exaspéré et la bonne ronchonna :
« Faudrait savoir ! »
« Merci ! » la congédia sèchement la Reine.
La suivante sortit et Guenièvre adressa un sourire à la clodo pour la mettre à l'aise.
« Déjà, qui êtes-vous ? Je ne crois pas vous avoir déjà vu ici… »
L'intéressée marmonna quelque chose si bas que la Reine n'en perçut rien.
« Pardon ? »
« Viviane. » reprit timidement la clodo.
« Viviane… ça ne me dit rien… vous pouvez m'en dire plus ? »
« La Dame… dame du… dame du Lac ! »
Guenièvre étouffa un cri et se plaqua la main sur la bouche.
« Mais qu'est-ce qui vous prend, de raconter des trucs comme ça ? »
« C'est vrai, je suis la Dame du Lac ! »
« Il n'y a qu'Arthur qui peut la voir ! »
« Plus depuis… plus depuis son mariage avec Mevanwi ! »
La Viviane manquait visiblement de confiance en soi, mais Guenièvre décida de la laisser parler, pour en savoir plus. Après tout, elle n'avait pas l'air dangereuse.
« Les dieux m'ont… bannie, fit-elle avec difficultée, depuis que vous tous, vous avez mis la quête du Saint Graal de côté pour vous consacrer à vos petites affaires de cœur ! Je suis mortelle, maintenant ! »
Cette fois, Guenièvre était vraiment tentée de la croire. Elle en savait bien trop pour être une simple clodo.
« Et Arthur ? Il le sait ? »
« Arthur ? Pff ! Vous parlez ! Il m'a caché dans une grange du château pendant des semaines, en espérant que personne ne me voit. Je me suis enfuie, et voilà ce que je suis devenue, fit-elle en écartant les bras. Depuis, quand il me croise, il… il est pas très très gentil avec moi ! »
Guenièvre tordit la bouche, elle n'avait plus aucune illusion sur son mari et ça ne l'étonnait pas du tout de lui. Cette femme avait bel et bien été en contact avec le véritable Arthur, pas celui dont parlait les légendes qui courrait dans les villages.
« Bien, Dame du Lac, vous vouliez me parler de Lancelot ? »
La Dame du Lac –car Guenière avait maintenant la certitude que c'était bien elle- s'enhardissait visiblement au fil de la conversation. Mais Guenièvre ne pouvait s'empêcher de redouter ce que la Dame du Lac avait à lui dire sur Lancelot. Elle savait qu'il était très certainement mort, mais elle craignait de se l'entendre confirmer clairement.
« Je l'ai vu ! » commença la Dame du Lac.
« Dans quel état ? » se méfia la Reine.
« Vivant ! Vivant ! » s'empressa de répondre sa compagne.
Guenièvre sentit son cœur exploser et les mots se bousculèrent dans sa bouche.
« Vivant ! Quand ? Où ? »
« Dans une grotte de la plaine, à l'est ! Euh, il y a une semaine, je pense. J'y sui allée une première fois et puis j'y suis retournée il y a deux jours. Ben tiens, le lendemain du jour où Arthur n'a pas pu reprendre Excalibur. J'étais au rocher quand c'est arrivé et quand j'ai vu ça, j'ai tout de suite filé dans la grotte de Lancelot. J'y étais le lendemain ! »
« Bref ? » la coupa Guenièvre.
« Bref, oui, hé ben, là, il y était pas ! Y'avait encore toutes ses affaires. Il était pas parti loin, je pense, mais je ne me suis pas attardée. J'ai pris ça pour vous prouver que je dis vrai et je suis repartie à toute vitesse vers ici. »
La Dame du Lac fouilla dans les poches de ses oripeaux et finit par déposer, presque sollenellement, au milieu du lit, entre elles deux, un rond de fer que Guenièvre connaissait bien.
Il n'y avait pas de doute possible. Une fois qu'elle l'eut en main, elle identifia formellement le médaillon que son beau chevalier portait toujours autour du cou.
« Il est vivant ! » répêta-t-elle dans un murmure destiné à elle-seule.
Puis elle releva la tête :
« Mais ! Il ne s'en sépare jamais ! »
« Seigneur Lancelot a beaucoup changé ! fit la Dame du Lac d'une voix grave. Il est sur le point de renier beaucoup de choses ! »
Guenièvre pinça les lèvres. C'était surement un peu à cause d'elle.
« C'est de ça dont je voulais vous parler, reprit la Dame du Lac, la première fois, j'ai été amenée à lui par … par la… la Réponse ! »
Elle avait soufflé ce dernier mot comme si elle craignait de le dire à haute voix.
« La Réponse ? C'est quoi ? C'est qui ? »
La Dame du Lac s'emmela la langue.
« La Réponse à moi ! A Arthur ! A Excalibur ! »
"Je comprends pas, là!"
« La Réponse des dieux mauvais à la quête du Graal ! »
« Parce que les dieux ne sont pas tous d'accord ? »
« Ben non ! Le graal, c'est chrétien, v'voyez ! C'est leur perte, en quelque sorte ! »
La Reine acquisça sans rien dire. De toutes façons, ça lui avait toujours paru bizarre ces histoires !
« Bref, ils ont envoyé un être maléfique pour pervertir Lancelot et compromettre définitivement la quête du Graal ! »
La Dame du Lac semblait paniquée, mais Guenièvre eut une moue désabusé :
« De toutes façons, elle est compromise depuis bien longtemps la quête du Graal ! »
« Il faut tirer Lancelot de ses griffes ! C'est extrêmement urgent ! Arthur n'a pas voulu m'écouter ! Mais je sais que vous, vous m'écouterez ! … Lancelot… » acheva-t-elle sur un ton suppliant.
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Le Roi Ban : Ah, enfin, on parle du mien ! J'espère que ça va changer quelque chose ! Je ne supporterai pas plus longtemps une telle honte !
Uther Pendragon : Faut reconnaître que, la fée, elle est plus efficace sur terre que quand elle était fée.
Le Roi Ban : La Reine va faire quelque chose pour mon fils, c'est sur !
Uther Pendragon : Je vous rappelle qu'elle a jamais rien fait pour le mien…
