Disclamer: Comme d'habitude, les personnages sont à Alexandre Astier, je les adore, mais dois bien reconnaitre qu'ils sont mieux entre ses mains!
Episode 8 : Les félons
Le Roi Ban : Non, non, je vois pas ce qui vous permet de traiter mon fils de lâche !
Uther Pendragon : Peut-être parce qu'il a préféré fuir ? C'est très courageux, ça ?
Le Roi Ban : Bien sûr ! Vous auriez préféré qu'il revienne se trainer aux pieds de votre fils ? Comme la première fois : Il l'a fait pour ne pas mettre Kaamelott en danger !
Uther Pendragon : Hé ben ! Je crois que c'est réussi !
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Lionel de Gaunes avait l'impression qu'il ne pourrait pas manger. Sa gorge semblait aussi fermée que le visage de sa Reine, à ses côtés. Ils attendaient Bohort et le couple régnant de Carmélide pour commencer le repas.
« Ma dame, serait-il déplacé de vous demander ce qui semble vous contrarier ? » osa-t-il enfin
Elle soupira :
« Oh, vous ne comprendriez pas, Lionel. Vous n'étiez pas encore là. Et le nom de Lancelot vous est sûrement inconnu ! »
« Oh que non point. Il m'est fort bien connu. C'est mon cousin ! Je le connais fort bien ! »
« Oui, la légende ! » soupira Guenièvre
« Je vous demande pardon, mais j'ai personnellement eu affaire au gaillard en arrivant ici. Et je comprends que le savoir errant vous inquiète. Un tel personnage est proprement un dang… »
Mais il ne put achever car Guenièvre avait poussé un cri :
« Lancelot ? Vous avez vu Lancelot la semaine dernière ? »
« Euh, oui, balbutia Lionel, pris au dépourvu, j'ai même tout raconté à mon frère, à votre père et au Sire Arthur dès que je les eu rejoints ! »
Un tel masque de consternation tomba sur le visage de Guenièvre que le brave Lionel de Gaunes regretta aussitôt ses paroles sans savoir ce qu'il avait dit de mal. Mais Guenièvre ne semble plus vouloir parler et il n'insista pas.
Il vit son frère arriver avec un certain soulagement. Pourtant, il savait bien que ce n'était pas à Kaamelott qu'on pouvait s'adonner à de fraternelles batailles de petits pois. Pas étonnant que Bohort soit devenu à la limite du dépressif. En pays de Gaunes, on savait s'amuser ! Oh, et les repas n'étaient pas si angoissants et terrifiants. Et, même, Vawen, Berlewen et tous les petits étaient de la fête. Lionel se demande un instant, pendant que Bohort faisait son rapport à la Reine sur la veine recherche de Provençal le Gaulois, si Kaamelott l'été était toujours aussi lugubre que l'hiver.
Les Carmélides firent honneur à la tradition et –même- ils l'améliorèrent : ils se prenaient déjà de bec en arrivant dans la salle à manger. Ils prirent place sans sembler le remarquer.
D'après ce que Lionel de Gaunes put saisir, le jouvenceau Yvain avait quitté le château depuis quelques jours. Séli grognait qu'elle avait quand même le droit d'être inquiète et Léodagan hurlait que le damoiseau n'était pas capable de vivre seul. En gros, ils étaient du même avis, mais se disputaient pour se le dire, comme bien souvent.
Et la Reine Guenièvre gardait le silence.
Tout du moins jusqu'à ce que les yeux de Séli tombent sur le corsage de sa fille.
« Où est-ce que vous avez dégotté ce machin ? » demanda-t-elle agressivement.
Léodagan, surpris par le forfait de son adversaire, suivit des yeux le doigt pointé de sa femme. Comme tout le monde d'ailleurs. Ce que Séli avait repéré avait déjà attiré l'attention de Lionel sans qu'il n'ose le dire. Le nouveau médaillon que portait Guenièvre –un peu masculin soit dit en passant- lui rappelait méchamment quelque chose sans qu'il ne puisse fixer ses souvenirs.
Ce fut Léodagan qui le mit sur la piste :
« C'est pas le truc de l'aut' dégénéré ? »
« Du Seigneur Lancelot du Lac, le reprit Guenièvre hautaine, si absolument ! »
Son ton, et même son maintien, était sec et cassant :
« Ou l'avez-vous trouvé ? » répéta Séli.
Puis elle ajouta, assez mystérieusement :
« A peine deux jours après le départ de votre mari ! Vous devriez avoir honte ! »
Mais la réponse de sa fille devait la laisser hébétée et sans voix pour quelques instants :
« C'est vous qui devriez avoir honte ! »
Elle marqua une pause et fit le tour de l'assemblée du regard. Et puis, brutalement, elle repoussa son assiette au point de la faire renverser en lâchant :
« Vous devriez tous avoir honte ! Vous saviez tous ! Et personne ne m'a rien dit ! Je peux avoir confiance en personne ! »
Tandis que Lionel se liquéfiait presque au sens propre du terme, sur son banc, Léodagan essaya de rattraper un peu d'autorité parentale :
« Non mais vous voulez le pichet d'eau à travers la face, pour vous calmer ? On sait même pas de quoi vous parlez ! »
« Lancelot ! s'écria Guenièvre. De mon Lancelot ! Vous saviez tous les quatre qu'il était vivant ! Et vous me l'avez caché ! Lionel ! Vous l'avez même vu ! Ca ne vous est pas venue à l'idée de me le dire ? »
Comme il fut incapable de prononcer le moindre mot, la Reine dû, dans son coup de sang, se contenter du bruit de sa fourchette contre l'assiette, à cause de sa main crispée et tremblante.
« Et vous, Bohort ? poursuivit Guenièvre, à la différence de votre frère, vous ne pouvez pas ignorer ce qu'il y a entre Lancelot et moi ! Ca vous est sorti de la tête, c'est ça ? »
Lionel avait envie de serrer son frère dans les bras pour faire un barrage entre lui et la colère de la Reine. Chose qu'on ne faisait pas à Kaamelott. Bohort baissa les yeux, le menton tremblant et il parut très courageux à Lionel.
« On a fait ça pour vous protéger ! » se reprit enfin Séli.
« Oh, mais oui, bien sûr ! »
« Vous allez pas nous faire croire que c'était tout rose, avec Lancelot ! »
« Parce que c'est tout rose, avec Papa ? »répliqua Guenièvre du tac au tac.
Lionel commençait à comprendre ce qui pouvait bien y avoir entre Guenièvre et Lancelot. Quelque part, l'image de la Reine vertueuse en prit un sacré coup, tout comme celle de la Guenièvre calme et pondérée.
« Bien, reprit la Reine, vous êtes tous les quatre félons. Lionel pour n'avait pas transmis, et vous autres, pour avoir volontairement caché à votre Reine, une information capitale pour le gouvernement. Les félons sont punis de mort ! »
Elle fit perfidement silence, et entreprit de ramasser une à une les noix qui avait roulé hors de son assiette quand elle l'avait renversé. Lionel ne pouvait presque plus respirer tant la boule qu'il avait dans la gorge était grosse. Sous la table, il chercha et attrapa la main de Bohort qui lui rendit sa poigne. Les Carmélides étaient réduits au silence, mais leurs yeux lançaient suffisamment d'éclairs pour qu'on comprenne qu'ils bouillaient intérieurement de se voir à la merci de leur propre fille.
« Mais bon, comme je suis gentille, je vous laisse la vie sauve. Bohort, à l'avenir, vous vous souviendrez que c'est à moi que vous devez obéissance. Et non pas à mes parents !
Bohort ouvrit la bouche, mais la Reine ne lui laissa pas le temps de parler.
« Oh oui, parce que je sais bien qui est derrière tout ça ! Quant ç vous, père, comme je ne peux visiblement pas vous faire confiance, vous êtres relevé de vos fonctions de ministre de la guerre. C'est désormais Lionel de Gaunes qui occupera votre poste. Vous restez chevalier de la Table Ronde. Et à ce titre, vous pouvez conserver une chambre à Kaamelott. »
Léodagan se dressa comme un ours et leva la main très haut. Lionel ferma les yeux. Mais au lieu du bruit de la magistrale claque qu'il attendait, il entendit la voix calme de Guenièvre s'élever.
« Frappez votre Reine ! Allez-y ! Vous verrez combien de temps vous resterez chevalier après cela ! »
Lionel rouvrit les yeux pour découvrir un Léodagan figé sur place. Séli semblait pétrifiée dans sa rage.
« Sortez, à présent. Ou j'appelle la garde ! »
Les Carmélides retrouvèrent leurs mobilités et quittèrent les lieux non sans avoir malencontreusement jeté à terre leurs bancs et leurs assiettes. Mais dès que la porte fut claquée derrière eux, Guenièvre explosa en sanglots.
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Uther Pendragon : Après ça, on pourra plus dire que Kaamelott ne change jamais !
Le Roi Ban : Ca, je dois vous l'accorder, ça remue, avec Guenièvre !
Uther Pendragon : J'en ai encore le souffle coupé !
Le Roi Ban : Nan, mais ça, c'est pas à cause de Guenièvre, c'est juste que vous êtes mort !
Uther Pendragon : C'était une expression ! Mais je m'attendais pas à ça d'elle !
Le Roi Ban : Oui, et puis vous voyez, avec elle, on s'engueule, mais ça crie pas ! C'est bien reposant !
