Disclamers : les personnages que j'utilise sont à Alexandre Astier, et à Calt.

Episode 9 : L'amour est dans le pré

Uther Pendragon : Comment vous l'avez pris, vous, quand vous avez appris l'existence de votre fils ?

Le Roi Ban : Comment j'ai… mais enfin, je l'ai toujours su. Elaine me l'a annoncé dès qu'elle l'a su, et on l'a impatiemment attendu. J'étais là le jour de sa naissance et …

Uther Pendragon : Ah oui, c'est vrai ! J'oublie toujours que vous étiez … non mais c'est que, vous voyez, moi, Ygerne m'a appris l'existence d'Arthur une fois qu'on a été marié officiellement. Il avait déjà facile… ouais, quinze ans, j'dirais !

Le Roi Ban : Quelle tristesse ! Vous avez manqué tellement de chose ! J'ai toujours tellement regretté d'être mort alors qu'il n'était qu'un bébé, mon Lancelot ! Le regarder d'ici, ce n'est pas pareil, tout de même.

Uther Pendragon : De toutes façons, s'il avait grandi chez moi, avec le caractère de cochon qu'il a, je suis pas sur qu'il serait arrivé jusqu'à l'âge de quinze ans !

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L'hiver reculait insensiblement. La neige n'était pas tombée dans la nuit et celle qui s'étendait à terre faiblissait au soleil. Arthur avait pataugé pour ainsi dire dans la boue à chaque pas, ce qui n'aurait pas manqué de l'exaspérer en tant normal. Mais, ce jour-là, il se sentait de bonne humeur, et rien ne semblait pouvoir la faire fondre, au contraire de la neige qui lui collait aux basques. Il avait maintenant complètement quitté Kaamelott, ses responsabilités et le lot d'ennuis que cela entraînait. Et même s'il pouvait encore facilement voir le château, sur son promontoire, il ne s'en était jamais senti autant éloigné.

De fait, il n'était pas allé bien loin. Il avait trouvé refuge pour la nuit chez Roparzh. Ca resterait une expérience inoubliable. Il avait commencé à repérer le changement qui s'était produit en lui quand, au lieu de s'énerver contre l'imbécillité du pécore, il s'était aperçu qu'il en riait aux éclats. Bien loin de s'imaginer qu'Arthur se moquait de lui, Roparzh en rajoutait sans cesse.

Il n'était pas venu pour le pécore à bonnet, toutefois, mais pour son voisin. Il avait trouvé la ferme de Guethenoc complètement vide et Roparzh lui avait dit qu'il reviendrait le lendemain. A ce qu'il paraissait, Guethenoc était à Tintagel parce qu'il y avait eu là-bas une petite tempête et qu'il voulait vérifier l'état de ses pommiers !

« Ma mère s'est peut-être envolée ! » déclara Arthur avec un sourire en coin.

« De qwo ? Envolée ? Tout de quand même pas ! Mais sur'ment y'avoué des grôsses vagues, sire ! » avait répondu le drôle.

Et Arthur s'était pris à rire tandis que Madame Roparzh amenait une soupe de légume bien épaisse en guise de seul et unique plat. A côté des repas démesurés de Kaamelott, la soupe était étrangement simple, mais nourrissante. Comme il avait à la fois refusé de dormir dans leur lit et de les obliger à dormir ailleurs, il du se contenter de la grange et du foin. Ah, ça, Kaamelott était loin.

Il fut mis au courrant du retour de Guethenoc dès le lendemain de bonne heure, et de façon assez brusque. Il reçut un coup de pied et quand, il ouvrit les yeux, il avait en face de lui, le bonhomme, une fourche à la main, prêt à l'abaisser.

« Hé hé hé ! Doucement ! » s'écriat-il en reculant précipitamment sur sa couche.

« Sire ?! »

« Oui, oui, c'est moi ! On se calme ! »

« On peut savoir quoi est-ce que vous faites là ? » demanda Guethenoc.

« Si ça vous embête pas, je préférerai vous le dire une fois que vous aurez reposé le machin, là ! »

Guethenoc regarda sa fourche un moment, et finit par comprendre de quoi il en retournai. Il s'appuya dessous comme sur une canne :

« Alors ? Je peux savoir ce que vous faites là, sire Arthur ? »

« Ah bah, ça … et d'abord, vous, qu'est-ce que vous faites là, se reprit Arthur, Roparzh sait que vous êtes ici ? »

« Qu'esse ça peut bien lui, à çui-là, que je sois dans ma grange ? »

« Votre … ? »

Arthur se redressa complètement sur son séant, un bref sourire désabusé, illumina son visage et il secoua le doigt :

« Nan, mais attendez, parce que là, il y a un problème. Roparzh m'a fait dormir là en me disant que c'était sa grange… à lui ! »

« Ah bah, y f'rait beau voir ! s'écria Guethenoc. Je vais allez lui causer deux mots, deux mots à ce potiron-là ! » ajouta-t-il en brandissant à nouveau sa fourche.

Arthur sauta sur ses pieds, et essaya de le calmer :

« Attendez, attendez, c'est vous que je veux voir, en fait ! Ca tombe bien que vous soyez-là ! »

« Vouliez m'dire quelque chose ? » demanda Guethenoc en se radoucissant.

« Oui, voilà, j'avais juste une petite question ! »

« Si c'est pour le grain fichu, c'est à l'autre Roparzh qui faut s'adresser ! C'était lui qui dvait réparer le toât d'la réserve ! C't'a lui qui faut retirer ses terres ! »

« Non, non, c'est pas du tout pour ça, j'm'en fiche, de ça ! C'est juste que… »

Arthur sentit très nettement ses mots se bloquer dans sa gorge. L'autre énergumène avait quand même une fourche. Il se reprit fermement : il en avait connu d'autres, il avait parlementer avec des chefs barbares en pleine guerre, il avait mangé tous les jours pendant dix ans avec ses beaux-parents, plus grand chose ne lui faisait peur.

« Non c'est à propos de votre fille… »

« Laquelle ? »

« La blonde, celle qui était toute mignonne. »

« Laquelle ? »

« Madenn, enfin ! »

« Ah oui… »

Il y eut un silence et Guethenoc sembla se souvenir d'un détail intéressant à propos de Madenn.

« Ah oui, répéta-t-il d'une voix entendue, je vois, je vois ! »

« Vous voyez quoi ? » s'écria Arthur qui s'irritait de l'attitude du pécore.

« Le mioche, c'était vous ? On se sent mal ? On a des remords ? »

« Quoi ? Mais pas du tout ! »

« Pas du tout ? »

« Pas du tout ! Alors, là, pfff, je vois même pas de quoi vous voulez parler ! Elle a bien des mioches avec qui elle veut ! »

Il se maudit intérieurement : il venait de partir, en y mettant tout son cœur, dans la direction opposée à celle qu'il voulait prendre au départ. Mais il ne supportait pas que Guethenoc ait pu voir clair dans son jeu et ses intentions, avant même qu'il n'ait clairement abordé le sujet. Il ne pouvait quand même pas le laisser avoir raison !

Bref, maintenant, il fallait trouver vite autre chose.

« Bref, c'est pour, euh, la Sainte Catherine ! »

« La quoi ? »

« La Sainte Catherine ! Je vous rappelle que vous êtes chrétiens, et que vous adorez un dieu unique dans l'ultime but d'être canonisés ! Et que donc les Saints, et tout ça, vous connaissez par cœur ! » fit sèchement Arthur qui se réjouissait en fait que Guethenoc ignorât que la Sainte Catherine était dans huit mois.

« Elle s'appelle pas Catherine, Madenn! » fit remarquer Guethenoc, l'œil méfiant.

« Je sais -il ne put retenir un soupir d'exaspération- c'est juste qu'on fait une fête au château pour les jeunes filles de vingt-cinq qui sont pas mariées ! Elle a bien vingt-cinq ans, non ? »

« J'crois, oui, mais, l'problème, c'est qu'elle est mariée ! »

Avec une superbe maîtrise de soi, il réussit à ne pas montrer combien cette nouvelle le surprenait. Mince, il n'avait pas vraiment prévu ça !

« Ah bon ? fit-il aimablement avec un grand sourire. Mais je n'ai pas été au courrant de ça ! Racontez-moi un peu ! »

« Ah ben, c'pas été facile, hein ! A cause de votre gamin ! »

« Mon gamin ? »

« C'lui que vous lui avez fait ! »

« Pour la dernière fois, j'ai pas fait de gamin à votre fille ! » s'entêta Arthur.

« Toujours est-il que personne voulait d'elle ! Même pô Roparzh, v'voyez un peu la situation désespérée ! »

Arthur faillit retomber assis en imaginant la douce et tendre Madenn mariée avec l'autre dégénéré mental de Roparzh.

« C'est une chance, quand même, non ? » demanda-t-il sur un ton complice.

« Allez savoir ! Z'avez pas vu le gars qu'elle m'a dégotté ! Un blanc-bec ! Un jeunot, là, un de ceux qui croient qu'ils ont tout mieux que les anciens ! »

« Ah, ha, ça arrive, ça, c'est vrai ! Y'en a des comme ça ! » déclara Arthur, compatissant.

« Et savez pas l'mieux, il dit qu'il l'a marié parce qu'il l'aimait ! Non mais, non mais, c'est pas possible hein, pas possible d'entendre de telles conneries, hein ! »

« Et alors ? Ils sont où, maintenant ? »

« Il a décrété qu'ici, y'avait pas de place pour entreprendre ! Oui, « entreprendre » c'est ce qu'il a dit ! Non mais, je vous jure ! Alors bref, il est parti en Cornouailles, et elle l'a suivit, la godiche ! Avec tous les gosses ! »

« Tous les gosses ? »

« Oui, parce qu'il lui en a travaillé deux autres, deux autres, après le vôtre ! Ils ont dit que l'air de la mer, c'était mieux pour les marmots. Il a même ajouté que ça serait toujours plus bénéfique que le crottin d'ici ! Ah non, mais je vous dis, il est gratiné, celui qu'elle m'a dégotté ! »

« Donc, déclara Arthur posément, comme s'il réfléchissait en même temps, ils ont quitté Kaamelott … pour aller à Tintagel … ? Ah bah ça, je vous confirme, y'a quelque chose qui tourne pas rond chez votre gendre ! »

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Le Roi Ban : Vous êtes grand-père !

Uther Pendragon : La belle affaire !

Le Roi Ban : Arthur sera un bon père, il a eu un formidable exemple !

Uther Pendragon : Ah, vous voyez ! Je suis bien content de vous entendre reconnaître que mes méthodes…

Le Roi Ban : Je parlais d'Anton …