disclamers: les personnages utilisés sont à Alexandre Astier

Episode 10 : L'incruste

Uther Pendragon : Il va à Tintagel, pour sa Madenn… Bon… je peux pas lui en vouloir. Si vous saviez le nombre de fois où je suis moi-même allé à Tintagel à pied pour rejoindre la femme que j'aimais …

Le Roi Ban : Mesurez toute la différence entre nous ! Aussi fort mon amour pour Elaine fut-il, je n'aurais jamais abandonné mon royaume pour elle.

Uther Pendragon : L'occasion ne s'est pas présenté, voilà tout, ce n'est pas de votre faute !

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Le voyage prenait une tournure inattendue. Arthur n'avait jamais pensé quitter le royaume de Logres. Il voulait juste aller voir si le petit de Madenn était encore vivant et si c'était un garçon. Visiblement, les deux conditions étaient remplies, mais le petit était plus loin que prévu.

Il aurait, bien sûr, pu changer d'idée et aller voir ailleurs, si un autre petit Pendragon était plus proche, mais pourtant, il tenait –à peine consciemment- au petit de Madenn.

Malgré sa basse extraction, elle n'était pas bête, avec un certain raffinement, et puis surtout, parmi toutes les potentielles mères de quelques Pendragon, c'était celle pour laquelle il avait vraiment eu un coup de cœur.

Raisonnablement, il aurait du retourner à Kaamelott pour prévenir Guenièvre et les autres qu'il serait parti plus longtemps que prévu, parce qu'il allait devoir aller jusqu'à Tintagel. Mais précisément, il n'avait plus besoin d'être raisonnable. Il prit donc résolument le chemin du Sud-Est, à la sortie du village en refusant de s'inquiéter pour le repas, pour la nuit, bref pour le futur.

Et pourtant, dès qu'il quitta la grande route, toujours pleine de monde, il commença à ressentir un certain malaise. Rarement il s'était trouvé si vulnérable, tout seul sur un chemin inconnu, et sans Excalibur. Sans elle, il n'avait aucune chance face à une bande de brigands, aussi bras-cassés soient-ils.

Il se ressaisit et affermit son pas. Toute la journée, il réussit à faire abstraction de cette affreuse sensation d'être observé.

La mauvaise surprise de la journée fut qu'il n'y avait aucun village à l'horizon quand la nuit tomba et qu'il dut donc se résoudre à dormir dans la forêt, à la belle étoile. Il s'alluma un beau petit feu et se roula à côté. N'empêche, la marche, ça crevait !

Une deuxième surprise l'attendait au petit jour. Il était en train de se redresser, pas encore bien réveillé, quand ce qu'il vit lui fit retrouver dare-dare tous ses esprits. Il sauta sur ses pieds, la main instinctivement sur la garde de son épée.

Le personnage était roulé en boule lui-aussi, dos à lui, mais il le reconnut sans hésitations à la couleur argentée de ses cheveux et au bleu-canard de ses tuniques.

« Perceval, levez-vous ! » s'exclama-t-il d'ores et déjà énervé.

Le Gallois sursauta, s'emmêla les pieds dans son épée et pour finir roula sur le côté, révélant un visage hébété :

« Sire ! C'est vous ! Vous m'avez fait peur ! »

« Bien sûr que c'est moi ! Vous allez peut-être me dire que vous vous êtes mis là dans savoir que c'était MON feu et MON camp ! »

« Non, mais d'habitude, je me réveille toujours avant vous ! »

« Comment ça, « toujours » ? Ca fait combien de temps que vous me suivez ? »

« Ben, depuis que vous êtes passés à la taverne ! »

« La tav… Mais ça va pas, espère de taré ? »

« J'ai un peu faim, mais ça va ! »

« Bon alors, vous aller me faire le plaisir de décaniller d'ici et plus vite que ça ! » acheva-t-il en criant.

« Et j'vais où ? »

« Où … »

La question de l'abruti le prit tellement au dépourvu qu'il bafouilla un instant.

« Mais je sais pas, et j'en ai rien à carrer, moi, d'où vous allez… tenez, rendez-vous utile et allez dire à Kaamelott que je vais à Tintagel ! »

« Ah ? On va à Tintagel ? Je me disais aussi, c'est pas le chemin de Stonehenge ! »

« Non, attendez, reprit Arthur en essayant d'être patient, le doigt levé. Moi, je vais à Tintagel ! Vous, vous allez à Kaamelott. »

« Et je vous rejoins à Tintagel après ? »

Perceval se mit sur ses pieds tandis qu'Arthur trépignait.

« Mais non ! Vous allez à Kaamelott et vous y restez ! Je ne veux pas vous avoir dans mes pattes ! »

« Ah mais, je prendrai pas de place ! » s'écria Perceval, conciliant.

Mais Arthur ne se sentait décidément pas d'humeur.

« Ah, Perceval, s'exclama-t-il, menaçant, ne m'obligez pas à vous obliger ! »

Mais à peine eut-il dit ça que Perceval, à sa grande surprise, dégaina et brandit haut son épée.

« J'ai juré allégeance à Arthur Pendragon, et je le suivrais jusqu'au bout du monde ! »

« Allégeance ? Wow ! Bref, je vous ordonne de ranger ça avant de vous faire mal et de rentrer à Kaamelott ! »

« M'ordonner ? Mais je croyais que maintenant que vous étiez plus roi, vous étiez juste un chevalier comme moi ! »

Arthur se figea. Perceval venait de faire preuve de ruse et rouerie. Après ça, promis, plus rien ne l'étonnerait !

Un corbeau passa au-dessus d'eaux et son cri lugubre fissura le silence et le courage d'Arthur.

« Bon, venez, si vous voulez, mais si jamais… si jamais vous m'emmerdez… »

« Merci, Sire ! Vous allez voir, on va bien se marrer ! »

« Ca s'annonce bien ! » confirma Arthur en ronchonnant.

Le temps qu'ils arrivent en Cornouailles, le printemps avait définitivement chassé l'hiver. A deux, ils attrapaient plus facilement le gibier qui pensait pouvoir s'égayer et profiter des premiers jours de beau temps en paix. A deux, ils pouvaient se serrer pour avoir moins froid la nuit, ou faire des tours de garde. A deux, ils pouvaient surveiller plus facilement les environs.

« Bon, alors, voilà le plan, écoutez bien, sincère, écoutez bien, parce que je ne vais pas le répéter ! »

Arthur s'était si brutalement arrêté en distinguant au loin la silhouette de Tintagel que Perceval lui était rentré dedans.

« Le but du jeu, c'est que ma mère n'apprenne pas que je suis ici ! »

« C'est pas justement pour ça qu'on est là ? Ca va pas être pratique ! »

« Non, ce n'est pas pour aller faire un bisou à ma tante et à ma mère que je suis venu. La Reine veut un héritier, je viens lui en trouver un. D'après ce que je sais, il y a un de mes enfants qui habite par ici ! »

« Un enfant ? Je savais pas que vous aviez un enfant, Sire ! »

« Moi non plus, en fait. Pas vraiment. »

Arthur appuya sa déclaration d'un sourire complice qui se refléta aussitôt sur le visage de son compagnon.

« Alors, je vous explique, reprit-il. Il faut que j'aille au village, qui est derrière le château. Si je veux atteindre le village sans passer devant le château, j'ai pas trente-six solutions.

« Ben non … trente-six, ça fait beaucoup quand même… » approuva Perceval.

Préférant ne pas relever, Arthur continua d'un ton égal :

« Il faut passer par la falaise et la plage. C'est pas facile parce qu'il n'y a pas de chemin aménagé. Il faut escalader la falaise. Mais je l'ai déjà fait des tonnes de fois, quand j'étais petit ! Vous avez déjà escaladé une falaise ? »

« Escalader, c'est regarder très fort ? Nan, mais je devrais pouvoir y arriver ! »

« Non, pas examiner, escalader. Grimper. Monter au sommet ! Bon, de toutes façons, je passe le premier et vous mettrez exactement les pieds et les mains là où j'aurais mis les miens, promis ? »

« Promis ! »

« Je pourrais pas m'occuper de vous ! C'est dangereux, comme exercice ! Vous avez bien compris ?! » préféra s'assurer Arthur.

« Ca va, je suis pas con, non plus ! »

« Bon alors, on y va ! »

Arthur guida son compagnon de voyage à travers la forêt où il avait appris à courir.

« Par là, il y a un petit chemin qui descend à la plage. Mais c'est pour remonter qu'il faut escalader. »

« J'vous suis. Mais, on nous verra pas, du château, quand on sera sur la plage ? »

« On est juste sous le château, mais personne ne regarde jamais par la fenêtre et puis il n'y a jamais personne sur cette plage.. Vous inquiétez pas ! »

« Sire, pourtant, y'a une bonne troupe, là ! »

« Quoi ? »

Arthur se pencha pour mieux voir ce que Perceval montrait.

« C'est quoi ces conneries ? C'est les vacances, ou quoi ?

« Bah, attendez, Sire, on va leur demander ! »

« Perc… »

Mais avant qu'il n'ait pu le rattraper, le Gallois avait déjà couru sur la plage. Le groupe de gens se retourna vers lui, et Perceval avança sans se biler vers eux. Il discuta un instant et se retourna vers là où Arthur était caché, lui faisant des grands gestes des bras. Adieu discrétion !

Arthur soupira et s'avança à son tour sur sa plage. Il les dépassa en les contournant pour avoir le soleil dans le dos, et s'immobilisa à quelques mètres du groupe qu'il avait eu tôt fait de reconnaître : Vénec et sa simili-bande de brigands. La marée était basse et la plage complètement plate. Il les observa un moment, debout à un jet de pierre d'eux, comme pour les défier.

« On va examiner la falaise ! Il va falloir que je mette les pierres là où il les aura pris ! Ca va être dur, il paraît ! » entendit-il Perceval raconter.

« Qu'est-ce que vous faites si au sud ? » interpella-t-il enfin Vénec.

« On suit le client, Sire. Tout le monde repart, après le concours de Mexcalibur, alors on va vers les ports ! Et vous, Sire ? » répondit Vénec.

Le vent détournait leurs voix, et ils devaient crier pour s'entendre, mais Arthur n'avait aucune envie de s'approcher plus. Il aurait voulu passer inaperçu. Mais maintenant, c'était fichu. Dans moins d'une heure, Tintagel grouillerait du bruit de sa présence, et dans moins d'une semaine, tout Kaamelott saurait où Arthur et Perceval se trouvaient.

« Perceval, rappela-t-il sur un ton impérieux, dépêchez-vous ! On a pas la journée devant nous ! Vite ! »

« Vous allez faire quoi ? »

« On va escalader la falaise, pour arriver au village. Répondit-il à contre-cœur. Retournez à vos magouilles, Vénec, on ne s'est pas vu ! »

Perceval revint vers lui, et Arthur tourna les talons, sans un mot, marchant d'un pas raide et décidé vers la falaise, suivi par le chevalier du pays de Galles qui devait trottiner pour ne pas se laisser distancer.

Par respect pour son Roi préféré, mais aussi parce qu'aucun bateau n'apparaissait à l'horizon, Vénec suivit le conseil d'Arthur et fit remonter sa troupe sur le chemin par lequel les deux chevaliers étaient venus.

Très certainement, quelques riches bourgeois sur la route passant devant le château de Tintagel se sentiraient plus légers, le soir venu.

La troupe de Vénec s'assit sur le sommet de la falaise pour se partager le butin, et compter le nombre total de pièces glanées aux ceintures des bourgeois, au milieu de la cohue de la foule.

« Sire, arrêtez de me balancer des pierres ! Tout me dégringole dessus dès que vous faites un mouvement ! »

« Vous avez de la chance que je puisse pas vous balancer autre chose dans la mouille, vous savez ! »

Vénec s'immobilisa, et eut un mouvement protecteur envers les pièces étalées par terre. Les deux voix venaient de la falaise. Sire Arthur et le chevalier Perceval étaient bel et bien en train d'escalader l'à-pic de la falaise.

« Ils vont vraiment débarquer ! Faut qu'on se dépêche, les gars ! Il est sympa, mais s'il voit ça … » souffla-t-il à ses camarades.

« Sire, j'peux plus bouger ! »

« Mais qu'est-ce qui vous arrive, encore ? Vous pouvez pas la fermer, un peu ? » grognassa la voix d'Arthur.

« Sire, j'ai le prestige ! »

« Le vertige ? Mais vous pouviez pas le dire plus tôt, espèce de taré ? »

« Sire ! J'vais tomber ! »

« Ah bah, à trembler comme ça, c'est sûr, oui ! »

« Sire ! J'vais vomir ! »

« Bon, bougez pas, j'arrive ! Bougez pas, bougez pas ! »

Vénec était bien conscient que son butin était plus important que la vie de deux anciens chevaliers d'un royaume en capilotade, mais il ne pouvait s'empêcher de tendre l'oreille. Lui-même atteint de vertige, il n'était d'ailleurs pas à son aise ici, et ça ne serait pas lui qui irait se pencher par-dessus bord pour voir de quoi il en retournait.

Et puis, être sur les lieux d'un accident, c'était jamais bon pour les affaires.

« Allez, on y va, on fait une planque dans la forêt, cette fois ! Y'aura bien du gros gibier ! »

Ils le suivèrent, habitués à lui obéir. Ils quittèrent la falaise, et Vénec tendit une dernière fois l'oreille, le vent lui portant le cri paniqué d'Arthur.

« Lâchez-moi, lâchez-moi, vous allez nous faire tomber ! Perceva-a-a-a-al ! »

Puis ce fut le silence. Vénec s'immobilisa, la gorge nouée, quand un bruit mat monta de la plage.

« Non… on retourne à Kaamelott… » parvint-il à articuler.

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Le Roi Ban : Quand on est ici, on ne voit pas les choses de la même façon.

Uther Pendragon : Disons qu'on a une vue d'ensemble…

Le Roi Ban : Non, mais je voulais dire, là, dans une demi-heure-trois-quart d'heure, le temps des formalités, votre fils et son fidèle chevalier seront officiellement des nôtres. On va les pleurer pendant des mois en bas, et ici, c'est sujet de réjouissance et de retrouvailles !

Uther Pendragon : Réjouissances ? Que mon fils débarque ici ? Vous parlez d'une joie !