Les personnages utilisés sont à Alexandre Astier, et je le remercie mille fois de les avoir fait comme ça, ils sont géniaux !
Episode 11 : La Mort le Roy Arthu II
Le Roi Ban : C'était un grand Roi. On se souviendra probablement plus de lui que de nous.
Uther Pendragon : Hum… Mais quellle mort pitoyable. Jusqu'au bout, hein, jusqu'au bout, il n'aura pas eu le sens de la gloire.
Le Roi Ban : Ca… c'est sur… tomber d'une falaise… Une bonne vieille bataille eut été plus glorieux.
Uther Pendragon : Espérons que son cureton puisse en faire quelque chose de bien !
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Arthur était parti depuis à peine plus d'une semaine quand Vénec sollicita une audience auprès de la Reine. Il était rentré de Tintagel en un peu plus de deux jours, au lieu de trois normlement : malgré les protestations de ses compères, il les avait forcés à voyager de nuit.
Si Arthur avait été encore en vie et sur le trône, il se serait introduit dans le château sans prendre plus de précaution. Mais le bruit courrait que Guenièvre avait révélé la Carmélide qui sommellait en elle et que, contre toute attente, elle tenait le royaume avec poigne. Il ne valait mieux pas se mettre le nouveau gouvernement à dos dès le début.
Mais pourtant, en entrant dans la salle du trône, et surtout en découvrant qui occupait le siège à côté de la Reine, il ne put retenir un cri de mécontentement.
« Mais enfin, c'est quoi ce travail de bougnat ? S'écria-t-il en désignant la clodo. Vous savez bien que pour les esclaves, j'ai de la marchandise de premier choix ! En plus, je fais toujours une ristourne pour les bons clients ! »
« Ah oui, voilà, c'est ça ! C'est vous, le marchant d'esclaves. Votre nom me disait bien quelque chose… » soupira Guenièvre.
« Attendez, releva Vénec, l'esclavage, c'est très exceptionnel, hein, mais bon… disons que je m'y connais un peu et là, là, enfin quoi, dans deux jours, elle est crevée ! Non franchement, j'espère que vous ne l'avez pas payée chère ! »
La rouquine eut l'air offusqué et fit volte-face pour regarder la Reine. Celle-ci leva calmement la main.
« Ce n'est pas une esclave, c'est une amie. » déclara-t-elle sans hausser le ton.
Vénec eut une moue dubitative, mais la Reine reprit de sa voix piaillante :
« Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de votre visite ? »
« Ah oui ! Pas des bonnes nouvelles… »
« Continuez ! » ordonna Guenièvre en réprimant un frisson.
« Il y a trois jours, j'étais à Tintagel pour des affaires. Et j'y ai croisé votre mari et le seigneur Perceval. »
« A Tintagel ? » s'écria la rouquine.
« Mais qu'est-ce qu'ils font là-bas ? » s'exclama la Reine en montant rudement dans les aiguës.
« Euh, à priori, ils faisaient de l'escalade… »
« De l'escalade ?" répéta Guenièvre, ahurie.
« Les falaises. Il y a des falaises à Tintagel. Ils escaladaient les falaises ! »
Guenièvre avait palit et ses mains aux doigts fébriles ne semblaient pouvoir se décider entre rester sur ses genoux et aggriper les accoudoirs du trône.
« Qu'est-ce que vous appellez des « mauvaises nouvelles » ? » articula-t-elle d'une voix blanche.
Vénec se sentit tout petit sous le regard des deux femmes, inquiet, impatient, inquisiteur.
« Ben… Ils sont tombés, ma Reine… comment dire ? … euh, j'peux vous trouver des Perses pas cher faire pour faire un mausolée en moins d'une semaine ! »
Guenièvre fut comme parcourue par la foudre et, joignant les mains à la bouche, elle laissa échapper un couinement de détresse. Puis elle resta immobile, les muscles visiblement tétanisés, à part ceux de la machoire qui claquaient tous seuls contre ses poings.
La rousse resta hébétée, puis contracta tous les muscles du visage, comme si elle allait laisser échapper une longue plainte sanglotante, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Elle semblait en revanche avoir du mal à respirer, les paupières fermement serrées.
Dans toute sa vie, Vénec s'était rarement senti mal à l'aise. Et pourtant, là, il n'en menait pas large dans ses chausses. Qand il avait compris que le roi Arthur avait trouvé la mort, ça l'avait remué, mais l'annoncer à la Reine et assister à sa réaction s'avérait plus dur que prévu.
Il attendit la suite des évènements et le temps lui parut bien long avant que Guenièvre ne rabaisse les yeux sur lui et lui souffle :
« Vous êtes certain ? C'est très important ! Racontez-moi précisément tout ce que vous avez vu, et… ne vous souciez pas si je pleure… »
« Vu … j'ai plutôt entendu. On était sur le sommet de la falaise qu'ils escaladaient, moi et mes associés. On les a entendus se disputer, alors qu'ils étaient déjà bien haut. Je crois que le Seigneur Perceval a eut les miquettes. Il a dut s'aggriper à votre mari… après… d'après le bruit que ça a fait en arrivant en bas… je dirai qu'il y a eu… explosion. Chuis pas allé voir, mais ça ne devait pas être joli-joli ! »
« Merci ! Merci Vénec ! » s'exclama Guenièvre précipitament.
« Je peux y aller ? le temps, c'est de l'argent, et … »
« Allez voir Père Blaise, oui… pour mettre ça par écrit ! »
Guenièvre sanglotait maintenant ouvertement, et Vénec avait pitié.
« Je vous organise une cérémonie magnifique… Je vais bien vous trouver un lot de pleureuses romaines… ça sera magnifique… il le valait bien…il était pas salaud avec moi… » fit-il pour la consoler.
« S'il vous plait, je voudrais rester un peu seule… Vénec, Vivianne, ça va aller… plus tard… Vous aussi, là-bas, avec vos piques-piques, sortez, s'il vous plait ! »
La rouquine eut du mal à quitter la pièce, mais elle se mit finalement à suivre Vénec comme une sangsue. Elle voulait à tout prix savoir s'il n'avait pas vu, près de la plage de Tintagel, une belle femme brune avec des tatouages sur les joues. Vénec, lui, se demandait combien il pourrait tirer d'elle s'il réussit à la kidnapper et à la réduire en esclavage.
Guenièvre descendit de son trône, et s'assit, les genoux remontés sous le menton, sur la petite marche qui y menait. Se recroqueviller sur elle-même lui semblait la meilleure chose à faire.
Cette fois-ci, c'était sûr, les choses ne seraient plus jamais comment avant. Elles seraient pires. Toute sa vie, jusqu'au bout, elle n'aurait plus que des soucis et des problèmes. Des milliers de jours aussi terribles que les sept qui venaient de s'écouler. Sans personne avec qui partager la tâche. Arthur ne reviendrait pas. Elle se le répêta plusieurs fois, et même à haute voix. Arthur se reviendrait pas.
La mort d'Arthur scellait aussi son destin à elle. Il allait falloir continuer. Arthur ne reviendrait pas. Elle était condamnée à rêgner. Et à le faire seule.
Elle avait fini par se faire à lui. Elle avait accepté le fait qu'il serait toujours à côté d'elle, horripilant au quotidien, mais finalement rassurant en général. Il avait été décidé, un jour il y a dix ans, qu'il serait son mari et elle sa femme. On lui avait fait faire la promesse de l'aimer et de la protéger. Le temps des grandes illusions sur la première promesse passé, elle devait reconnaître qu'il avait toujours honorée la deuxième.
Cet Arthur qui, malgré tout était capable de la prendre dans ses bras pour calmer ses peurs, où qui était venu se battre dans l'unique but, finalement, de la récupérer, elle. Cet Arthur qui tenait à elle probablement autant que Lancelot mais sans vraiment le savoir lui-même. Cet Arthur ne reviendrait pas.
Elle couina encore quelques temps sans pouvoir s'empêcher de se frotter les yeux, ce qui les feraient rougir à coup sûr. Puis elle se força à prendre une grande inspiration. En tant que veuve, sa principale occupation serait de pleurer son Arthur jusqu'à la fin de sa vie.
Elle se releva dans un craquement de genoux, essuya sans douceur une dernière fois ses joues, et fronça les sourcils pour reprendre la maitrise de soi.
Il allait falloir parler à Angharad. Il allait falloir veiller à ce que les maîtresses puissent avoir un avenir et une vie respectables. Il allait falloir organiser une cérémonie, un deuil national. Avant tout, il allait falloir ramener les deux corps.
Quand elle fut à peu près sûre d'elle, Guenièvre fit le premier pas dans son avenir incertain et marcha jusqu'à la porte, où elle interpella les deux gardes, restés dans le couloir.
« Faites convoquer les chevaliers de la Table Ronde. Tous ceux que vous pourrez trouver. Les anciens et les nouveaux. N'oubliez pas Karadoc de Vannes et Merlin l'Enchanteur. Dites-leur que je veux tous les voir dans la salle du trône d'ici deux heures. Ne leur dites pas pourquoi ! » piailla-t-elle d'une voix presque assurée.
Ils opinèrent et s'en furent sans demander leur reste. A son tour, Guenièvre se mit en quête de sa copine Vivianne. La Dame du Lac avait autant, si ce n'est plus, de raisons d'être ébranlée par la disparition d'Arthur, puisqu'elle l'avait ainsi dire, élevée. La Reine regrettait de l'avoir ainsi congédier et laissée toute seule.
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Le Roi Ban : Qu'est-ce que j'avais dit ? On va le pleurer pendant des années et des années.
Uther Pendragon : J'avais des doutes… mais ça a l'air bien parti… Ygerne aura au moins ça comme consolation.
Le Roi Ban : Et le pauvre Perceval, aussi. La Dame du Lac a un jour dit qu'il avait une grande destinée et qu'on parlerait encore de lui dans des siècles et des siècles.
Uther Pendragon : Pour avoir entrainé la mort du Roi Arthur, c'est sûr, ça, ça risque de rester !
Le Roi Ban : Ils devraient déjà être ici, maintenant, non ? Ca fait trois jours …
