Ce chapitre est plus court que le précédent, je m'en excuse mais les suivants devraient être plus longs. Ils seront sans d'ailleurs réécris je pense d'ici quelques mois, me connaissant !

Bonne lecture !


Deuxième élément : Le Ciel :

La sensation du sol sous mes pieds, la dureté de l'asphalte contre lequel mes semelles frappent. Mes cheveux dans le vent, ma queue de cheval se balance au rythme de ma course. J'écarte les bras, je voudrais voler. Je sais que je le peux à ce moment précis. Le crew de l'arc-en-ciel est en route, rien ne lui résiste, rien ne peux l'abattre. On est silencieux, en masse, en nage, en joie, en rage. On est prêt. Fin prêt. Comme une chorégraphie millimétrée on se déploie devant la façade, la première vague s'élance. Je suis à la droite de Renly. Je le vois concentré, sourcils froncés. Tellement beau. Yeux de ciel d'été et sérénité concentrée. Tellement inébranlable. Je crois qu'on a tous l'impression que rien ne peux nous arrêter. Un groupe de super-héros. Le cœur au bord des lèvres, mains qui en tremblent presque. On se laisse enivrer par cette sensation de toute puissance. Quelques secondes de jouissance pure où on se laisse gagner par l'excitation avant de nous ressaisir et de nous concentrer pour être les plus rapides et les plus concentrés possibles, notre survie à tous en dépend.

La façade est constituée de quelques dizaines d'étages. Elle est semée de fenêtre et de balcons car la zone est habitée, il nous faut éviter certains endroits pour ne pas nous faire attraper trop tôt. Les derniers mètres sont fatiguant, on a tout donné. La dernière corniche est plutôt fine, voir même trop. Depuis mes premiers repérages à cet endroit j'en suis consciente mais cela ne m'effraie pas, j'ai pile les bonnes mensurations pour m'en sortir, j'attends le signal. Renly me fais signe, c'est le moment de s'assurer que le toit est libre. Je me détache du groupe. Extension, abdos qui bossent dur, dernier saut, maîtrise de l'atterrissage pour ne pas me fracturer la colonne vertébrale. Toit libre. Je tourne le dos au vide, je regarde le toit, je regarde devant moi, je domine les tours et le monde. Je suis la première à y poser les pieds et ça me grise. Je suis celle qui guide aujourd'hui, je suis celle qu'on suit pour quelques secondes. En quelques secondes j'ai l'impression de posséder l'univers. Tout me remonte en quelques instants. La cour de l'école où personne ne joue avec moi, les longs silences à tables quand maman me propose de fêter mon anniversaire, les regards des garçons, les yeux de Renly, l'odeur de papa quand il boit, mes mains qui ont mal après une longue journée de boulot. Je sens comme une consécration de tous les efforts, de tous ce que j'ai sacrifiés, de toutes les remarques que j'ai endurée pour arriver sur ce toit. Quelque chose de physique, un poids qui quitte mes épaules. Je souris, j'ai envie de crier. Je dois être sur le toit depuis une ou deux secondes quand Renly me hèle pour que je l'aide.

Il saute. Je tends le bras, prête à lui attraper le bras, à sentir sa peau chaude sèche sous mes doigts et son pouls. Peut-être même, dans son élan d'euphorie me serrera-t-il dans ses bras ? J'ai hâte de voir ça. Il doit donc sauter sur la dernière corniche, puis y prendre appuie pour arriver sur le toit et là je m'assurerais de son rétablissement. En un sourire qui se crispe lorsqu'il décolle, on se rend compte tous les deux qu'un détail nous avait échappé à tous. La corniche est trop mince. Je reste plus petite et plus fine qu'eux. Mes pieds pouvaient s'en sortir sur une surface inclinée comme celle-ci mais leurs grands pieds de mecs avec leurs immenses baskets n'ont juste aucune chance. Ma condition de fille m'a encore jouée un sale tour. Une seconde. Le temps de comprendre, une seconde de plus, de trop. Le pied ripe. On est suspendu tous les deux, il n'a pas encore tout compris, il sait juste que c'est finis. Je ne peux rien faire. Je suis lente. Trop lente. Je m'étais chargée des repérages à cette hauteur, je n'avais pas pensée une seule seconde à vérifier ce point. Idiote. Stupide. Pataude Brienne. Inutile et laide. Comment avais-je pu espérer plus qu'une seconde que cela pourrait changer ? Quand je passe pile, les mecs ne passent pas, je suis et reste une fille. Pour ma plus grande haine.

Renly tombe. Le cri retentit.

Un hurlement de bête blessé. Repris par une meute en furie qui hurle son malheur. Repris par l'ambulance, repris par les médecins qui nous hurlent dessus notre inconscience. On s'éclipse avant l'arrivée de la police et de la famille. Renly était partit loin bien avant d'atterrir, c'est ce que je me répète pour éviter de penser au choc. Loras est défait, il ne parle pas, ne regarde que ses mains qu'il plie et déplie sans s'arrêter, comme s'il sentait encore le contact de son ami quelques secondes plus tôt. Je suis un zombie. On rentre à l'appartement. Je n'attends pas, je prends mes affaires. Je ne me sens pas capable de subir l'humiliation de me faire renvoyer de ma maison et surtout je ne pourrais jamais me regarder dans une glace après ce qu'il vient de se passer. Je suis responsable. Je le sais. J'étais sa garde, j'étais sa béquille, j'étais elle qui devait repérer. J'étais. Je déteste regarder derrière moi. Je déteste le passé. Je me déteste. J'ai toujours fui, toujours fais des dénis de ce que je trouvais trop difficile à supporter. Je fuis donc. L'appartement sans Renly n'étant plus qu'une coquille vide, mon protecteur n'étant plus là pour me garantir ma place. Il était seul sur le bail. Il avait hérité cette maison de sa grand-mère. La police nous cherchera sûrement si l'hôpital signal une mort suspecte. Je m'en moque. Les autres me regardent partir sans rien dire. Ils ne me regardent pas. Ils ne m'adressent pas la parole, ils me tiennent la porte. Je n'ai jamais eu ma place près d'eux, aujourd'hui en est la preuve, si je voulais une consécration, la voici. Je dégage.

Je pleure. En marchant, des larmes me glissent sur le visage, de grosses larmes silencieuses et humides. Je ne sais pas où aller, je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas comment survivre à cette perte. J'ai vingt ans et l'impression d'en avoir quatre au grand maximum. Je suis perdue, glacée, seule, terrifiée par le monde. J'ai mal à la poitrine quand je respire, comme si un grand trou était creusé dans ma cage thoracique et me blessait quand j'ai la témérité de prendre une trop grande inspiration. La première nuit, les premiers jours, je les passe dans un égout. Je me planque en fait. Pas que je me rappelle de grand-chose vu le brouillard et l'état dans lequel je suis. Pour tout dire, je plane. Je me planque sous terre comme les dessins animés de mon enfance et je vole sous mon crâne. Je vole en éclat. Je vole tout court. Je fume. Odeur âcre dans les poumons, tête qui tourne, pieds qui ne répondent plus. Vodka bon marché. Je perds pieds. Le deuxième jour je me fais repérer par les rabatteurs d'êtres en perditions. On me tend mes premiers cachetons pour oublier. Mon premier jour m'a tellement usée que j'accepte. Mes souvenirs de Renly me faisant la leçon réapparaissent et s'efface au bout de quelques heures. Tout s'efface. Magie chimique. Pas de souvenirs du troisième jour. Si je devais résumer ce court séjour dehors je dirais que c'était de la peur. J'ai peur qu'on m'attrape et qu'on me jette dans une prison quelconque. J'ai peur qu'on me trouve, peur qu'on me démasque. Je sais que je le mérite. Je sais que je délire. Je sais que je suis en train de péter tout doucement les plombs mais c'est ma dernière solution pour repousser le traumatisme. Je passe quelques jours à me blinder. Je plane pendant plusieurs jours avec un unique cachet, je ne sais pas ce que j'ai pris ce jour-là, je sais juste où trouver la personne qui me l'a tendu. Et c'est sans doute pire. Je dois encore fuir. Sinon je retournerais le voir. Une dame du samu social m'aiguille vers une maison en briques.

J'atterris dans un refuge pour femmes battues où on ne me pose aucune question. J'ai le droit de me laver, de choisir un lit, d'avoir un placard qui ferme à clés pour planquer mon paquetage. Je me réhabitue que difficilement à la réalité, je suis abrutie de chagrin et surtout je n'arrive pas trop à me faire à la discipline imposée du centre. On signale chaque sortie, chaque entrée. Les quinze premiers jours sont réservés à l'acclimatation, au retour à la vie. Ici il n'y a que des filles et je ne tarde pas à me rendre compte que le public est plus que varié. Les clandestines de mon type sont nombreuses. En fait ici on parle de femmes battues comme un concept général de filles qui ont souffert et qui veulent s'en sortir. Je trouve ça noble. Une petite bande de moineau dont certains ne savent même plus comment faire pour sortir sans se mettre à hurler. Bêtes blessées. Un genre de radeau de la dernière chance pour des putes, des esclaves de leurs vies, des fuyardes, des victimes de pervers narcissiques et d'hommes violents, des mamans sans enfants, des criminelles des fois même.

Le lieu est tenu par une Catelyn Stark. Visiblement un pseudo. Qui lui va comme un gant. Je ne tarde pas à l'appeler comme les autres, uniquement Madame. Elle a le regard hanté et les mains abîmées. Elle marche comme une reine dans son royaume, mais un royaume qui ne serait que ruines.

Retour douloureux au monde du dehors. Je ne parle pas. J'ai les lèvres comme scellées. Soudées. Je m'entraîne des heures et des heures pour tenter de dormir quelques heures pendant la nuit. Si je suis assez épuisée il peut d'écouler quelques heures avant que je ne réentende les cris. Quand les cris retentissent à nouveau je me lève et je fais à nouveau des pompes, des abdos, des tractions, des flexions. Je reste au centre. Je ne souris pas. On me laisse me retaper en silence. Je ne sais toujours pas quoi faire. J'apprends dans les journaux que l'enterrement a eu lieu et que l'enquête est close. Les membres de la troupe sont tout de même recherchés car l'escalade des bâtiments de la ville est totalement prohibée par notre très chère législation. Mais bon, on a toujours été fichés, rien de nouveau sous le soleil. Je ne veux toujours pas réapparaître. Je suis bien cachée du monde. Je me lie peu à peu avec madame Stark. Elle a perdu sa famille, elle est comme en exil loin de chez elle et des lieus qu'elle a aimé. Son mari est mort suite à une agression de ce qu'elle raconte. Un de ses fils est mort, il s'est jeté d'un toit très jeune. Elle a ouvert ce centre car ses deux filles ont disparues, une emportée par ses envies de découvrir le monde et l'autre par un fiancé violent. Elle sait qu'elle a perdu ses enfants peut-être pour toujours mais elle vient voir chaque nouvelle arrivante en personne pour s'assurer de ne pas les rater si un jour elles seraient amenées à repasser. Ici personne ne pose de questions, celle qui veut se raconte. J'écoute, je ne me raconte à personne. Madame devient un peu une amie, elle se repose sur moi, je lui rends des services. Tant qu'on ne me demande pas de sortir du centre je suis d'accord de tout faire même les tâches les plus ingrates. Je m'habitue au microcosme social qu'est ce lieu. Ma carcasse rassure les filles qui arrivent de lieu où elles n'avaient personne pour les défendre. Je ne tarde pas à devenir un genre de cerbère aux cheveux longs. Et tout le monde sait que cerbère ne parle pas. Il protège c'est tout.

Des fois, les ex-maris ou les familles et belles-familles des filles les retrouvent et veulent les emmener de force. J'interviens pour la première fois un soir vers deux heures du matin où les cris me réveillent. Madame a pour politique de ne pas appeler la police en général mais là elle se dirige d'un pas décidé vers son téléphone. Je bondis. J'ai gagné ma place ici.

Le refuge s'appelle Winterfell, la police et la mairie sont au courant de son existence mais laissent à Madame le champ libre. Ils lui passent de temps en temps les descriptions des filles recherchées et obtiennent de loin en loin des mandats pour éplucher ses registres. L'instabilité psychologique des pensionnaires rendent service à la maison et permettent à certaines filles ne parlant pas vraiment français de passer des heures tranquilles avant de ressortir se heurter à la dureté des préfectures. Elles non plus ne parlent pas. Madame n'insiste jamais pour que les Gueules Cassées comme elles les appellent en référence aux soldats de la première Grande Guerre portent plainte mais je la vois souvent serrer les points et pincer les lèvres de rage quand une petite souris tout abimée franchie le pas de sa porte et lui dis qu'elle ne veut pas voir de flics. Les hôpitaux du coin envoient à Madame leurs cas les plus graves et les plus inquiétants. Les filles qui leur reviennent toutes les semaines avec de nouvelles chutes dans les escaliers et qui finissent par craquer dans les bras d'une infirmière. Madame les accueillent toutes avec bonté et respect. Mais sans pitié. Elle se repose un peu plus sur moi. Elle me demande conseil, elle me réveille quand les nouvelles arrivantes ont trop peur pour dormir et m'assigne à leur protection. Inutiles car dans la maison elles sont en sécurité mais efficaces sur elles devant ma carrure, elles se font peu à peu à la vie au centre. Mon côté sensei refait surface. Je mets en place un atelier d'initiation à la self-défense. Certaines de mes élèves ont le diable en elles et doivent à tout prix le faire sortir. Elles ne sont plus victimes, elles apprennent à se défendre et cela les remplit de joie. Je suis fière de moi de servir à quelque chose et d'elles de réussir à dépasser leurs conditions. Ces cours soignent le mal par le mal. L'apprentissage que je dispense ne permet pas de mettre l'agresseur hors d'état de nuire mais de se mettre soi-même rapidement en sécurité. J'insiste beaucoup là-dessus lors des cours. Je ne veux pas servir de tremplin pour la vengeance de ces filles, même si je me chargerais volontiers de certains de leurs ex. Le côté le plus dur ici c'est quand elles choisissent de repartir de là où elles viennent et qu'elles sont persuadées que ça fonctionnera. Madame Stark n'acceptent pas que ces filles-là reviennent, elle ne veut pas que les copains, maris, pères, mères, femmes nous retrouvent et nous fassent du mal. Elle vit au centre, comme un guetteur en haut de son arbre, elle attend que ses filles lui reviennent. Elle me fend le cœur. M'occuper des autres sous la canicule de plus en plus écrasante me permet de me retaper, de faire mon deuil, d'apprendre à relativiser. Je n'oublie pas et penser à Renly me crève encore la poitrine mais je me tourne vers les autres. Madame me regarde entraîner les filles de sa fenêtre et des fois, un vague sourire flotte sur ses lèvres quand pendant l'entraînement un éclat de rire retentit. Je suis de nouveau sur Terre, je suis descendue de mon nuage de malheur.

Le Ciel me manque. Son immensité, le danger, l'adrénaline. Je ne veux plus voir le crew, je veux juste voler de nouveaux. Je sors dans la rue. Je forme des filles à défendre le centre. Je fais des courses, je cours tous les matins. La course me redonne le sourire. Je transpire, je me défoule, je me donne à fond. Un jour j'arrive devant une vieille usine abandonnée. Je rebrousse chemin à toute vitesse. Effrayée par la pulsion qui m'a prise tout à coup. Mais le mal est fait. Pendant la nuit j'escalade le centre. Le toit me tend les tuiles qui tintent sous mes semelles, je regarde l'asphalte tout en dessous de moi et je me sens puissante. Je bats de nouveaux des ailes. Je dors sur le toit. Je ne veux plus jamais redescendre. La nuit est douce, froide, claire, étoilée pour une fois. Une nuit de petite lune. Je vois la ville, je vois les nuages, je vois les lumières. J'entends les craquements des bâtiments, la ville, le bruit des motards, les avions dans le ciel. Je sens le goudron qui refroidit de sa logue journée de canicule, la touffeur moite de la cité en dessous de moi qui dors, les odeurs de la hauteur tellement caractéristiques. Je sens le gravier sous mes pieds. Je m'enfonce un peu. Des pigeons dorment ici. J'en ai réveillés certains qui m'observe en roucoulants comme courroucés que j'ose interrompre leur repos. Je ne sais pas quoi leur dire. La rosée me remet debout, frigorifiée. Il est temps de partir. Je fais mon sac. Je dis au revoir à madame. A certaines filles. Elles me chuchotent des mots d'encouragements. Je promets à Madame que si d'aventure je croise ses filles je mes ramènerais jusqu'à elle de grès ou de force. Elle me confie une photo des deux petites. Qui ne le sont plus tant que ça mais qu'importe. Nous avons tous besoin d'espoir. Je sais que mon au revoir est un adieu, la règle est la même pour toutes. Si tu pars tu ne reviens pas. Point.

Je n'appelle pas ma mère, je ne retourne pas sur la tombe de Renly. Je dépose mon sac à la consigne de la gare routière. Je retourne à l'usine. Elle est squattée par une bande de jeunes qui n'ont pas l'air trop agressifs. Tant mieux. Tant pis. Je m'attaque à ma nouvelle façade. Seule c'est une expérience vraiment intéressante. L'adrénaline est décuplée je trouve. Je m'échine à grimper sur cette façade qui est plutôt dangereuse car elle n'a pas été refaite depuis une dizaine d'année et part un peu en lambeau. Je suis prudente. Je suis un peu rouillée mais je retrouve vite mes réflexes qui m'ont value ma place chez… Mes réflexes. Qui me sont bien utiles actuellement. C'est tout. Sur le toit, je domine l'après-midi moite et brûlant qui endort la ville. Sur le toit je fais quelque chose d'interdit à tout bon sportif qui se respecte. Je me roule un joint. Je le fume. Calmement. Seule. Sur mon toit. Et je reste là, pendant l'intervalle que le joint m'autorise. Je vole.

Je ne récupère pas mes affaires à la consigne. Je me débrouille. Je fais les poubelles des supermarchés le soir pour me nourrir. Je troc beaucoup de bouffe contre des choses qui peuvent me servir, notamment de quoi fumer et du talc pour mes mains. Je passe plus de la moitié de mon temps à courir de toits en toits. Je ne redescends que pour manger et me procurer le nécessaire. Une vie qui n'en est pas une. Je dors dans les parcs la journée, la nuit je cours, je marche, je hurle à la lune comme une louve blessée. Je cherche dans chaque jeune fille que je croise les traits de madame. Je fuis comme la peste mes anciens quartiers et je bénis le ciel de vivre dans une grande agglomération. Les toits et le rêve m'ouvrent les bras. J'en profite allègrement. Je ne veux jamais redescendre.

Plus le temps passe, plus j'aime découvrir de nouveaux bâtiments, pas seulement pour les escalader, mais aussi pour les visiter. J'apprends à crocheter des fenêtres dans les vieilles usines plutôt que de les briser, à repérer les systèmes d'alarmes et je fais la connaissance des tagueurs. Ils connaissent tous les endroits désaffectés et abandonnés de la ville. Ils connaissent les planques, les repères des camés et des groupes trop violents pour moi seule. Je finis par devenir connue chez eux. Ils m'appellent le Chevalier Errant. Ils se passent le mot. Ils savent que je suis seule, réglo, que je ne cherche pas la baston et que je ne suis même pas voleuse. Pourtant les voleurs sont légions dans ce monde suspendu.

Voleurs de cuivres, de métal, de méthane, de bonbonne de gaz, de bois, de meubles, d'argents, de fringues, d'affaires, de bombes

aérosols et même des squatteurs de maisons endormie. Sans parler des pilleurs d'appartements de vacances ou d'appartement tout court. Les réseaux sont foisons, je me mêle à la foule des rapaces qui hantent les toits. Je ne fraye pas avec la racaille. Je ne dois pas. Pourtant je leur ressemble de plus en plus. Seul mon esprit me différencie d'eux. Mes actes, ma tenue, tout est pareil. Je ne suis pas une voleuse mais je crochète allègrement. Je sais que le jour où je me ferais prendre on croira à un cambriolage mais l'adrénaline est trop bonne pour que je puisse m'en priver à cause des risques.

Je sais que Madame serait déçue car je ne cherche plus du tous ses filles, je ne fais plus attention à moi, je ne fais plus attention à ce que je fais, j'enfreins la loi, voir même des lois constitutionnelles comme la propriété privée chaque putain de jour mais cela ne m'arrête pas. Ne m'arrête plus. J'ai besoin de ma dose de nuage. Quitte à décevoir des fantômes je m'en tape.


Fin du deuxième élément. On se retrouve bientôt pour le troisième ! Si une remarque vous vient n'hésitez pas à m'en faire part, ou tout simplement si ça vous a plu... Ca fait toujours plaisir et ça aide à continuer aussi !