Chapitre 2 Tristesse
Le lendemain matin fut consacré au shopping, car Mme Gardiner pensait qu'elle pouvait, avec sa connaissance approfondie des meilleures boutiques de Londres, améliorer de façon significative les tenues des deux jeunes filles avec relativement peu de frais supplémentaires. Quelques mètres de dentelle, - achetée au mètre, - pour la robe du soir, une ceinture de satin ajoutée à la robe du matin de couleur verte de Lizzie assortie à ses yeux, et de nouveaux rubans brodées de fleurs - négociés jusqu'à la moitié du prix - pour essayer de remettre en état un bonnet peu attrayant.
L'après-midi se passa principalement en préparatifs pour la soirée. Tous les dîners auxquels les deux sœurs avaient assistés avec les gens du voisinage, dans le Hertfordshire, étaient, certes, de compagnie agréable, mais devenait ennuyeux au bout de plusieurs événements de ce genre avec toujours exactement les mêmes personnes.
Mais le dîner de ce soir promettait d'être passionnant, dans un nouveau lieu, avec de nouvelles connaissances, de nouvelles robes. Et elles dînaient avec la famille d'un comte !
Lizzie savait que sa mère serait très excitée en l'apprenant et qu'elle leur donnerait toutes sortes de conseils pour séduire les messieurs. Ce qui était parfaitement ridicule. Mais heureusement, elle n'était pas là pour risquer de gâcher ce qui promettait d'être un moment agréable.
Lizzie revêtit une robe en faille vert myrte, à grands bouquets de fleurs chinés. Le devant de la jupe était garni d'un volant plissé et de trois volants de dentelle blanche surmontés d'une petite jupe faite en voile blanc entièrement bouillonné. Les manches demi-courtes étaient en surah avec bouillonné-gigot. Le revers du corsage était en guipure bise sur satin blanc, la ceinture était en velours noir.
Jane, elle, portait une robe en batiste bleu vert et dentelle écrue. La garniture de la robe se composait de volants plissés en batiste, de dentelle écrue et de nœuds en ruban de satin bleu. La ceinture, en ruban de satin, était fermée par un nœud. Le corsage montant était garni d'un grand col en broderie anglaise. Les manches demi-longues étaient garnies de même broderie. Un fichu en gaze de soie et dentelle complétait la toilette.
Les jeunes filles firent en sorte d'être prêtes à temps, car elles voulaient faire une bonne impression. Bien sûr, elles comprenaient le concept que c'était à la mode d'être en retard dans le goût actuel dans la bonne société. Heureusement pour leurs nerfs, Lady Sophia, elle, considérait que le premier était juste une preuve de pure grossièreté, et elle pensait aussi que chacun devrait se vêtir selon ses goûts et que d'essayer d'imposer les siens aux autres était parfaitement ridicule car ils ne convenaient pas forcément à tous le monde.
Quand on sonna à la porte, nos deux jeunes filles se levèrent. Quand le domestique ouvrit la porte, elles étaient prêtes à accueillir les invités. Ils furent tous très surpris lorsque ceux-ci se présentèrent avec des mines sombres et graves. Lady Sophia s'excusa en expliquant rapidement :
- Mon beau-frère, Mr Darcy, est malade depuis un certain temps, et nous venons de recevoir un message nous informant que son état a empiré. Si nous avions été invités à dîner par n'importe qui d'autre que vous, Madeline, j'aurais annulé. Mais je pense qu'un dîner avec un peu de compagnie calme et agréable nous fera beaucoup plus de bien qu'une soirée passée à la maison à envisager le pire. J'ai donné des instructions pour que nous soyons immédiatement avertis si jamais il y avait du nouveau.
Elisabeth jeta un regard sur le fils et le neveu de Lady Sophia. Le capitaine Richard Fitzwilliam saluait son oncle, tandis que Mr Darcy était juste debout, tranquille sur le côté, non loin de lui. Elle se dirigea vers lui pour le saluer, empreinte de compassion car elle savait bien ce qu'elle ressentirait si elle devait perdre son père bien-aimé.
- Bonsoir, monsieur.
- Bonsoir, miss Elisabeth. Allez-vous bien ?
- Très bien, monsieur, merci. Et vous ?
- C'est une façon de parler.
Leurs calmes salutations furent interrompues par Mme Gardiner qui invita tout le monde à s'asseoir. Jane parlait avec Lady Sophia, le capitaine parlait encore avec son oncle, Mme Gardiner était occupée dans une discussion avec le comte. Darcy et Elisabeth s'assirent dans des chaises voisines près du feu. Voulant essayer de distraire le jeune homme de ses tristes pensées, Elisabeth l'interrogea,
- Je crois que vous avez fréquenté une université, Mr Darcy. Où avez-vous étudié?
- Je suis allé à Cambridge. Ma famille s'est toujours enorgueillie sur le fait que, même si nous avons toujours fait partie de la noblesse terrienne, depuis plusieurs générations, chacun de nous a reçu une bonne éducation dans tous les domaines.
- Je dois dire que j'aurai voulu aller à l'université, moi aussi. J'ai eu de la chance que mon père soit un bon professeur et qu'il veille sur mon éducation.
- Avez-vous d'autres frères et sœurs à part miss Bennet ? demanda Darcy.
- Trois sœurs et un frère. Tommy n'a que six ans. C'est un champion pour faire des bêtises.
Darcy sourit.
- J'imagine qu'il doit être très gâté.
- Sans doute, oui. Sa naissance est arrivée comme un miracle. A cause de l'entail sur Longbourn, mes parents souhaitaient très fort avoir un fils et il est arrivé, heureusement pour nous. Mais il est quand même gentil et assez sérieux et déplore d'être le seul garçon. Heureusement, nos voisins ont des enfants de son âge avec lesquels il peut jouer.
- Et vos sœurs ?
- L'aînée a treize ans, la seconde onze ans et la troisième huit ans. Elles sont confiées aux soins d'une gouvernante, une excellente femme, très instruite, qui ne se laisse pas impressionnée par des caprices. Mon père lui fait entièrement confiance pour les éduquer convenablement comme elle l'a fait pour Jane et moi.
Ils continuèrent à discuter jusqu'au dîner, en particulier en parlant de livres qui était un sujet tout à fait convenable puisqu'ils se trouvaient dans un salon et non dans une salle de bal, c'était un endroit très approprié pour une telle discussion.
Pendant le dîner, ils furent de nouveau assis l'un à côté de l'autre, et encore une fois passèrent presque tout le repas à parler tranquillement ensemble. Lady Sophia remarqua, avec une surprise évidente, comment son neveu parlait sans réticence, et elle s'interrogea sur la jeune fille.
- Madeline, dites-moi, quel âge a miss Elisabeth ?
- Juste seize ans. Pourquoi me le demandez-vous ?
- Elle semble avoir réussi à détourner l'attention de Fitzwilliam de sa préoccupation au sujet de son père, comme aucun d'entre nous a réussi à le faire. Il s'inquiète beaucoup au sujet de son père, et tout ce à quoi il peut penser, c'est quand Anne nous a quittés, il y a quelques années. Bien que cette fois, je sois consciente que c'est bien pire, car si George devait nous laisser, Fitzwilliam sera responsable, non seulement de la gestion de Pemberley et de tous les biens de la famille, mais il aura aussi la tutelle de sa jeune sœur, Georgiana. Je ne crois pas qu'il ait beaucoup de confiance en lui-même et en ses capacités en ce moment. Il a besoin de quelqu'un qui pourrait lui montrer ce dont il est capable, et je crois que c'est ce que votre nièce pourrait bien parvenir à faire.
- J'espère que vous avez raison. Lizzie a un certain talent pour aider ceux qui ont du mal à s'exprimer. Elle a fait des merveilles avec Jane. Si elle peut apporter son aide à votre neveu, je suis certaine qu'elle en sera heureuse car il me paraît évident qu'elle apprécie sa compagnie.
- Je suis heureuse de le savoir. Elle me plaît beaucoup.
Après le dîner, ils se rendirent à la salle de musique où Mme Gardiner invita Elisabeth à jouer quelques morceaux de son répertoire, ce qu'elle accepta volontiers car elle aimait jouer du piano. Elle joua avec une excellente maîtrise, beaucoup de grâce et de style. Pendant tout le temps que dura sa performance, Mr Darcy resta assis à ses côtés pour lui tourner les pages. Il pouvait entendre la musique qu'il écoutait avec attention, mais son esprit était dans un tel état de distraction qu'il a retrouvé de doux souvenirs du jeu de sa mère bien-aimée, plutôt que de regarder le visage animé de l'artiste.
La soirée se termina tranquillement, à une heure convenable, plutôt que précipitamment à cause d'un message qu'ils redoutaient et qui les auraient rappeler à la maison. Dans leur chambre ce soir-là, Jane et Elisabeth discutèrent de leurs impressions de la soirée.
- Vous sembliez vous entendre remarquablement bien avec Mr Darcy, Lizzie. Il n'a parlé à personne d'autre, fit remarquer Jane.
- Oui. Il est très timide. Et sa timidité est aggravée par l'inquiétude qu'il ressent sur le sort son père. Il sait qu'il y a peu de chances pour qu'il guérisse. Mais il semble avoir une âme très forte, et je crois qu'il pourrait résister à tout, même aux responsabilités de la mort de son père placera sur ses épaules. Si jamais son père venait à mourir ce soir, demain matin serait triste et terne pour lui, mais le soleil se lèvera encore, comme il le fait tous les matins jusqu'à ce qu'il soit prêt à assumer ses nouvelles responsabilités, mais il serait pâle et froid pour lui.
Elle ne savait pas à quel point elle était proche de la réalité.
?
Le lendemain matin, Mme Gardiner se présenta pour le petit déjeuner avec son bébé sur un bras et un foulard de soie sur l'autre.
- Lady Sophia a oublié ceci la nuit dernière.Je pensais que pendant notre promenade de ce matin, nous pourrions lui rendre visite afin de le lui restituer.
Cette suggestion fut accueillie par l'accord enthousiaste de ses deux nièces. Donc, après le petit déjeuner, elles partirent pour Matlock House.
Cette fois-ci, bien que les deux jeunes filles soient toujours impressionnées par la maison, elles ne ressentirent plus d'inquiétude à son sujet et sur ses occupants. Elles furent immédiatement introduites dans le salon de Lady Sophia, où Mme Gardiner lui remit l'écharpe.
- Oh, vous auriez dû envoyer un serviteur. Vous n'aviez pas besoin de faire tout ce chemin pour si peu.
- C'était sur notre chemin, de toute façon. D'ailleurs, je ne pourrais manquer une occasion de venir vous voir.
Alors que le thé était servi, le capitaine Fitzwilliam et Mr Darcy firent leur entrée dans la pièce. Ils prirent chacun une tasse, et s'assirent.
Elisabeth remarqua que Darcy avait l'air pâle et tiré alors qu'il prenait le siège à côté d'elle. Pendant quelques instants, ils se turent avant qu'Elisabeth lui ne lui demande s'il avait réussi à dormir un peu. La réponse qu'il lui donna fut un compte rendu détaillé des rêves qui l'avait hanté, pendant la nuit précédente, se terminant tous par la mort de son père. Ils poursuivirent leur conversation sur le même sujet pendant quelques minutes avant que Darcy n'admette :
- Miss Elisabeth, je peux presque sentir que mon père est parti en un monde meilleur. Et je vous le dis, si nous étions dans un autre lieu, à un autre moment, je vous courtiserais correctement. Mais, en ce moment, cela ne m'est pas possible.
Elisabeth, abasourdie, fut empêchée de répondre à ses paroles, par l'entrée, dans le salon, du comte de Matlock dont le visage arborait une expression très grave.
- Je viens de recevoir un express. Fitzwilliam. Votre père est décédé la nuit dernière. Nous devons tous nous rendre à Pemberley immédiatement.
Le visage de Darcy devint blême, mais son emprise sur la tasse de thé resta stable. Il se leva, posa la tasse sur la table, s'excusa et quitta la pièce. Lady Sophia fit écho aux commentaires qu'Elisabeth avait fait la veille.
- Ce sera difficile pour lui, mais il sera bien. Il est assez fort pour résister à tout cela, aussi difficile que cela puisse paraître.
Mme Gardiner et ses nièces prirent congé immédiatement après avoir présenté leurs condoléances. De retour à la maison des Gardiner, Jane et Elisabeth se retirèrent immédiatement dans leur chambre, où Elisabeth raconta à Jane sa conversation avec Mr Darcy.
- J'avoue que je l'apprécie beaucoup, et il en fait apparemment autant. C'est tellement frustrant, Jane.
- Ma chère Lizzie, c'est, comme il le dit, le mauvais moment pour vous deux. S'il est vraiment la bonne personne, celui qui vous est destiné, alors il vous reviendra bientôt, lorsque ce sera le bon moment.
- Vous avez raison, Jane. Inutile de me morfondre à ce sujet. Nous nous connaissons à peine. Je ne sais pas si je dois le prendre vraiment au sérieux, mais nous verrons ce qu'il en est. Profitons de nos vacances sans plus nous préoccuper de cela.
- D'accord, Lizzie. Il y a beaucoup de choses que nous pourrons faire.
Elle songea à l'élan qu'elle avait dû réprimer en sachant qu'il n'était pas approprié. Lorsque le comte avait informé Mr Darcy de la mort de son père, elle avait très fortement ressenti le désir de le prendre dans ses bras pour le consoler. Mais peut être en aurait-il été choqué, qui sait ? Il valait mieux qu'elle n'y pense plus. Elle ne pouvait pas se laisser aller à rêver sur un homme qu'elle ne reverrait sans doute jamais.
?
Qu'en pensez-vous ? Je sais que cela peut paraître un peu frustrant. Et que ce chapitre est assez court. Mais je ne crois pas qu'ils seront très longs. Je pense que « Pour l'amour de Lilybelle» sera bientôt terminé. Et je ferais attention pour ne pas mélanger les chapitres. J'attends vos réactions.
