Chapitre 3 Nouvelle rencontre
Septembre 1808
Fitzwilliam Darcy se tenait debout près de la fenêtre, dans le salon privé de la famille, à Pemberley, regardant fixement la pluie qui tombait sans arrêt. Il avait plu pendant près d'une semaine, depuis le jour de l'enterrement de son père. Il lui paraissait normal d'avoir l'impression que le ciel pleurait car lui-même en était absolument incapable. Il avait pensé qu'il le serait, et avait même souhaité parfois qu'il puisse le faire, mais il se sentait comme s'il était glacé de l'intérieur, et que toutes ses larmes s'étaient transformées en glaçon derrière ses yeux, ce qui lui donnait mal à la tête. Et dans son cœur.
Au moins, tous les parents et voisins étaient finalement partis. Certains avaient tourné autour de lui avec sollicitude, d'autres l'avaient regardé furtivement, cherchant des signes d'une explosion émotionnelle imminente, et d'autres encore avaient été trop gais ou un peu trop austères. Il savait qu'ils avaient voulu bien faire, du moins pour la plupart d'entre eux. Mais de toute façon, il n'avait rien souhaité de plus que d'être laissé seul. Aussi fut-ce avec un sentiment de profond soulagement lorsqu'il regarda la dernière voiture quitter son domaine.
Il était prévu que Georgiana retourne dans son école aujourd'hui.
Leur père l'avait envoyée en pension lorsqu'il avait réalisé qu'il était en train de mourir. Il n'avait pas voulu l'exposer au traumatisme de toute les scènes qui pourraient avoir lieu sur son lit de mort. Fitzwilliam avait été en désaccord avec la décision de son père, mais il l'avait très peu exprimé. Georgiana était si timide avec quiconque en dehors de leur cercle familial. Il lui semblait que d'être envoyée loin de la maison, face à la méchanceté des élèves snobs d'un pensionnat où elle ne connaissait personne, était tout à fait susceptible de lui causer une misère pire que de se retrouver dans la même maison que son père mourant. En l'occurrence, leur père sous-estimait la rapidité avec laquelle la mort allait le prendre. Georgiana était à l'école depuis deux semaines seulement quand Fitzwilliam avait dû l'envoyer chercher alors qu'il se trouvait à Londres. Leur père était mort.
- Fitzwilliam?
Il se retourna pour voir Georgiana à la porte du salon, vêtue en noir de la tête aux pieds, les yeux trop grands dans son petit visage et ses mains étroitement serrées l'une contre l'autre.
Elle prit une inspiration.
- Je suis prête à partir maintenant.
Malgré ses efforts, sa voix tremblait, et elle semblait avoir le cœur gros. Que faisait-il, en la renvoyant de nouveau loin de lui ? S'il avait pensé qu'il valait mieux pour elle ne pas l'envoyer à l'école, moins d'un mois plus tôt, pourquoi est-ce que ce serait mieux maintenant ?
- Georgie, venez vous asseoir avec moi un moment.
Son esprit travaillait rapidement. Tout le monde dans la famille s'attendait à ce qu'elle retourne à l'école aujourd'hui, mais il se souciait fort peu de leurs opinions. Son seul souci était ce que le capitaine Fitzwilliam, le cousin avec qui il partageait sa tutelle, pourrait penser - mais il serait certainement d'accord que le bien-être de Georgiana était plus important que toute autre chose. Et à vrai dire, il ne voulait pas qu'elle parte. Il était trop tôt. Elle pouvait bien être encore une enfant, elle était aussi tout ce que ses parents lui avaient laissé. Leur trésor le plus précieux, et le sien.
Elle s'approcha de lui à contrecœur et pendant un instant, il se demanda ce qui n'allait pas et si elle voulait vraiment partir.
- Dites-moi, que pensez-vous de votre école ?
Dieu lui pardonne, il ne lui avait pas accordé suffisamment d'attention à son retour, mais il avait eu tellement de choses à faire, avec l'enterrement de son père et les entretiens avec les avocats et tant d'autres choses, et elle avait été entourée par leurs tantes et cousines. Il aurait passé dû passer plus de temps avec elle.
Elle regarda ses mains étroitement jointes et haussa les épaules.
- Est-ce que vous l'aimez ?
Nouveau haussement d'épaules.
- Répondez-moi, s'il vous plaît, Georgiana.
- Je sais que je dois y aller. Je suppose que ce n'est pas pire que n'importe quelle autre école. C'est juste que toutes les filles là-bas se connaissent déjà et je ne connais personne. Je préfère de loin rester à la maison.
Elle leva les yeux vers lui brusquement.
- Je ne me plains pas. Je sais que je dois y aller, qu'il est de mon devoir d'y aller, et je veux que vous soyez heureux. J'espère que vous serez très heureux.
- Georgie, je ne vous comprends pas. Pourquoi pensez-vous de votre devoir d'aller loin de moi et pourquoi cela devrait-il me rendre heureux ?
- J'ai dit à Lady Catherine que je ne voulais pas retourner à l'école et elle a dit qu'il est de mon devoir d'y aller et de ne pas m'en plaindre à vous. Elle a dit aussi que vous allez bientôt vous marier avec cousine Anne et que vous ne voulez pas que je sois dans vos pieds. que je dois laisser votre femme s'installer en paix. Elle a dit aussi qu'elle allait me faire venir à Rosings pour mes vacances, mais s'il vous plaît, puis-je plutôt venir à Pemberley, Fitzwilliam ? Je promets que je ne vous causerais pas de gêne. Ou peut-être que je pourrais aller ailleurs, mais pas avec lady Catherine ?
Elle regarda ses mains.
- Je... Je ne veux vraiment pas rester avec elle.
Il n'en fut pas surpris. Leur tante était une véritable mégère, autoritaire, persuadée de tout savoir mieux que les autres sur tous les sujets, extrêmement mal élevée, grossière et imbue de son rang. Il regretta que lady Catherine ait déjà quitté Pemberley car il aurait éprouvé un grand plaisir à la jeter hors de sa maison. Tout d'abord, il expliqua :
- Premièrement, Georgiana, je n'ai pas absolument pas l'intention de me marier avec Anne, ni maintenant, ni jamais. Deuxièmement, vous ne serez jamais une gêne pour moi et Pemberley est votre maison et vous y serez toujours la bienvenue ici, indépendamment du fait que je sois marié ou pas. Enfin…
Sa voix montait, laissant paraître sa colère contre sa parente :
- N'écoutez jamais ce que dit cette femme, Georgiana. Vous pouvez sourire poliment et hocher la tête, mais ne pas l'écouter vraiment. Elle est la dernière personne au monde à qui je songerais à vous confier. Je ne lui confierais même pas la garde de mon chien. Elle a une grosse pierre à la place du cœur et ne songe qu'à satisfaire ses ambitions personnelles sans se soucier des sentiments d'autrui. Il n'y a qu'à voir la façon méprisable dont elle traite sa propre fille. Comprenez-vous ?
Sa sœur hocha la tête, les yeux écarquillés, puis demanda timidement.
- Etes-vous en colère contre moi ?
- Je suis très en colère, oui, mais pas contre vous. Notre tante n'a aucun droit de décider de quoi que ce soit vous concernant et vous n'avez pas à vous soucier de ce qu'elle raconte. Les seules décisions vous concernant doivent venir de notre cousin Richard et de moi, et de personne d'autre. Vous comprenez ?
Il s'arrêta, cherchant à se calmer.
- Écoutez, Georgie, vous n'avez pas besoin de retourner à l'école maintenant, si vous ne le voulez pas. Il n'y a aucune loi qui dit qu'une fillette de dix ans doit aller à l'école.
- J'en ai presque douze ! protesta-t-elle.
Elle le regarda avec indignation.
- Il n'y a aucune loi qui dit qu'une enfant de douze ans doit aller à l'école, soit ! rétorqua-t-il, d'un ton amusé. Vous devrez y aller quand même, mais ce sera pendant un an ou deux. Je ne pense pas que nous devons être obligés d'ajouter des choses plus désagréables dans notre vie en ce moment, n'est-ce pas ?
Il regarda sa sœur avec inquiétude alors qu'elle se laissa tomber sur le canapé, de grosses larmes tombant sur son visage.
- Quoi ? Qu'est-ce que qui se passe ?
- Je suis… je suis si heureuse, répondit-elle en sanglotant. Je pensais que vous ne vouliez pas de moi ici. Et la maison me manquerait, et je m'ennuie de Papa et vous aller me manquer, vous aussi !
Elle le surprit en jetant ses bras autour de lui.
Il lui tapota maladroitement le dos pour la calmer, puis recula et embrassa son front.
- Georgie, que diriez-vous de faire un petit voyage quelque part, juste nous deux ? demanda-t-il soudain.
L'idée venait de lui apparaître, mais plus il y pensait, plus il l'a aimée. Autant qu'ils aimaient Pemberley, il savait que cela leur ferait du bien de s'en éloigner pendant un certain temps.
Elle le regarda en silence pendant un moment, avec une certaine surprise, puis demanda timidement :
- Pour aller où ?
- Où voulez-vous aller ? Vous pouvez choisir.
- Vraiment ? demanda-t-elle. Avant tout, je voudrais aller à Londres.
- Londres ! Mais pourquoi ? N'aimeriez-vous pas aller dans un nouvel endroit ?
- C'est nouveau pour moi. Je n'y suis pas allée depuis que Maman est morte, et j'y suis restée si peu de temps alors, que je n'étais pas capable de faire quoi que ce soit, ou de voir quoi que ce soit. J'aimerais voir la ménagerie de la Tour et les palais, les musées et, oh, tout !
Elle était si enthousiaste qu'il ravala son souhait qu'elle choisirait un autre endroit, - il était las de Londres - et répondit :
- Très bien, alors. Je vais envoyer un mot pour la maison de Londres soit prêt et que nous arrivera dans environ d'une semaine. J'aurai besoin de plusieurs jours ici avant que nous puissions partir. En attendant, je suis certain qu'il y a un guide de Londres dans la bibliothèque. Regardez à travers et faites une liste des endroits que vous tenez particulièrement à voir et nous nous efforcerons de les voir tous.
Peut être même aurait-il la chance de revoir miss Elisabeth Bennet ? Bien sûr, son deuil lui interdisait de rendre des visites, mais il savait qu'elle devait rester plusieurs mois à Londres. Elle avait beau être très jeune, il était certain qu'elle saurait lui donner de bons conseils au sujet de Georgiana puisqu'elle avait trois jeunes sœurs. Il se demanda ce qu'elle avait pensé des paroles qu'il avait prononcées avant de quitter la maison. L'avait-il pris au sérieux ? Où bien les avaient-elle mis sur le compte du fait qu'il était bouleversé ? Et lui, que pensait-il à ce sujet ? Il la connaissait à peine et pourtant, il avait l'impression que son cœur l'avait reconnue. Bien sûr, elle était beaucoup trop jeune pour se marier et il ne pouvait pas s'attendre à ce qu'elle l'accepte sur une si courte connaissance. Mais après son deuil, il pourrait, par l'intermédiaire de sa tante et de la sienne, la faire venir à Londres afin de poursuivre leur connaissance. Et peut peut-être parviendrait-il à gagner son cœur ? Il l'espérait. Il était certain qu'elle plairait à Georgiana et qu'elles s'entendraient bien. Sa tante, lady Sophia, avait une très bonne opinion à son sujet. Quand à lady Catherine, il ne se souciait pas du tout de ce qu'elle pensait. Elle chercherait à s'y opposer, sans doute, mais il n'avait pas l'intention de lui permettre de se mêler de ses affaires et si elle le faisait, non seulement il se ferait un plaisir de la remettre à sa place, mais il romprait tout lien avec elle. D'ailleurs, il comptait parler à son oncle pour qu'il lui retire la garde de la pauvre Anne qui était visiblement très malheureuse sous le joug d'une mère aussi méprisable. Et lady Catherine apprendrait qu'elle n'avait aucun droit et que personne ne se souciait le moins du monde de ses caprices.
?
Octobre 1808
La liste de Georgiana concernant tous les lieux qu'elle souhaitait visiter était longue, en effet. Passer une quinzaine de jours à Londres n'avait pas été suffisant pour la remplir entièrement. Aujourd'hui, ils avaient décidés d'une sortie à Hyde Park, où elle voulait marcher près de la Serpentine. Alors qu'ils descendaient de leur voiture, Fitzwilliam fut accueilli bruyamment et retenu pour une conversation par plusieurs connaissances, à son grand désagrément.
Elle s'éloigna un peu car leur bruyant discours la rendait nerveuse, puis s'éloigna encore lorsque qu'elle entendit que l'un d'entre eux semblait féliciter obséquieusement Fitzwilliam sur le fait que la mort de leur père lui permettait de toucher son héritage. Lorsque le muscle dans la mâchoire de son frère commença à se durcir d'une manière qui lui fit comprendre qu'il était à court de patience et désirait plus que tout se débarrasser de ces importuns, elle regarda autour d'elle en espérant désespérément trouver quelque chose d'intéressant. C'est alors qu'elle aperçut un doux petit lapin, qui ne se trouvait pas à cinq pieds de distance, et il lui rendit son regard avec ses grands yeux noir pendant un moment. Elle entendit vaguement la voix de Fitzwilliam, qui parlait d'un ton glacial en s'efforçant de rester civil, remettre verbalement son adversaire à sa place alors qu'elle commençait à suivre le lapin sur le chemin.
Georgiana suivit le lapin pendant un certain temps et en fut assez amusée jusqu'à ce qu'elle réalise qu'elle ne pouvait plus entendre la voix de son frère, ou même la voix de quelqu'un d'autre. Elle constata vite qu'elle ne pouvait pas se rappeler de quelle manière elle était venue jusqu'ici, et ses tentatives pour retrouver son chemin afin de retrouver son frère échouèrent. Prenant vraiment peur, elle se mit à courir. A un moment donné, un homme de fort mauvaise mine essaya de s'approcher d'elle, mais il fut arrêté par les crocs menaçants d'un chien et fit promptement demi-tour.
Aveuglée comme elle l'était par ses larmes, Georgiana n'avait rien remarqué et il ne fut pas surprenant qu'elle devrait heurter quelqu'un. Pourtant, le choc la prit par surprise et elle tomba à la renverse sur le sol. Elle s'assit, abasourdie, et tressaillit lorsque la personne qu'elle avait heurtée en se mit à rire.
- Bonté ! Eh bien, en voilà une surprise ! Non, ne pleurez pas ! Êtes-vous blessée ? Permettez-moi de vous aider à vous relever.
La jeune fille aida Georgiana à se remettre sur ses pieds.
- Que se passe-t-il ? Etes-vous sûre que vous n'êtes pas blessée ? Où sont vos compagnons ?
Georgiana balbutia une vague explication, troublée par cette rencontre inattendue. Deux dalmatiens se tenaient près de la jeune fille et la regardaient avec beaucoup d'intérêt.
- Eh bien, je suis certaine que votre frère est parti à votre recherche lorsqu'il s'est rendu compte que vous n'étiez plus près de lui. Alors la meilleure chose à faire pour vous est de rester en notre compagnie. Si vous continuez à errer dans le parc, vous courez le risque de vous faire enlever. Mais ne vous inquiétez pas, je vais vous conduire près de ma tante. Et vous pourrez tenir compagnie au petit Henry, un très doux petit bébé de quatre mois.
Elle ne put s'empêcher de rire devant l'expression un peu ahurie de Georgiana.
- Ma sœur Jane et moi sommes à Londres pour quelques mois. Nous sommes venues ici avec le bébé, la nourrice, nos deux autres jeunes cousins, et un valet. Nous sommes installés sur deux bancs à une très courte distance d'ici, et dans un lieu tranquille et tout à fait agréable. Votre frère ne devrait avoir aucune difficulté à nous retrouver là. Alors, voulez-vous rencontre mon jeune cousin ?
Elle se pencha en avant conspirateur, ses yeux dansant.
- C'est vraiment un bébé très doux.
- Mais si Fitzwilliam ne me trouve pas ?
- Eh bien, dans ce cas, nous vous ramènerons chez vous. Il n'y a rien à craindre.
La jeune fille posa une main sur l'épaule de Georgiana et dit gentiment :
- Tout va bien se passer. Vous verrez.
Eh bien, je voudrais voir le bébé. Je n'en ai jamais vraiment approché un. Tous mes cousins sont plus âgés que moi, comme l'est Fitzwilliam, bien sûr.
- Je suis soulagée d'entendre que le frère qui va aller à votre recherche de vous n'est pas votre plus jeune frère.
Georgiana se mit à rire.
- Non, il est plus âgé, beaucoup plus, en fait. Mais il est si bon et gentil avec moi. Je ne peux pas imaginer un meilleur frère.
- Vous me rendriez presque envieuse. J'ai bien un frère, mais j'ai aussi quatre sœurs et cela peut être éprouvant, parfois.
- J'ai toujours pensé qu'il serait agréable d'avoir une sœur.
- Cela peut l'être. Ma chère Jane est certainement une meilleure sœur pour moi que je ne le mérite, rit-elle.
- Oh, sûrement pas !
Eh bien, vous verrez, dans peu de temps quand vous la rencontrez, ma douce sœur et le plus doux bébé du monde, alors quand votre frère arrive, il sera aussi le meilleur frère du monde ! Comment allons-nous supporter, auprès de nous une telle perfection ?
Georgiana se mit à rire, puis a cessé de marcher et dit avec anxiété :
- Je suis très désolé de vous avoir heurtée, mais je ne suis pas fâchée de vous avoir rencontrée. Est-ce mal de ma part ?
- Certainement pas ! Ne me dérangeait pas vous heurter à moi dans le moindre, et je suis heureux de vous avoir rencontré ainsi, Miss..
- Oh, je suis désolée, je suis Georgiana Darcy.
La jeune femme fit une révérence.
- Je suis ravie de faire votre connaissance, Miss Darcy. Je suis Elisabeth Bennet. Vous êtes la nièce de la comtesse de Matlock, n'est-ce pas ?
Georgiana écarquilla les yeux :
- Oui. Mais comment le savez-vous ?
- C'est une amie de ma propre tante. J'ai fait le connaissance de son fils cadet et de votre frère, il y a peu de temps. C'est vraiment une étonnante coïncidence.
- Oh ! Alors, mon frère n'a aucune raison de s'inquiéter à mon sujet, n'est-ce pas ?
- Sans doute. Mais il ne peut pas savoir avec qui vous vous trouvez. Il sera sans doute rassuré lorsqu'il vous retrouvera.
?
Pendant ce temps, dans une autre partie du parc...
Fitzwilliam Darcy n'avait, tout d'abord, pas été trop inquiet quand, une fois qu'il fut parvenu à reprendre le contrôle de lui-même après avoir entendu ce débauché insinuer qu'il devait être ravi de la mort de son père, il se rendit compte que Georgiana n'était plus près de lui. Il avait été tellement en colère contre l'homme, pas étonnant qu'elle se soit éloignée. Il savait à quel point elle craignait les affrontements. il n'aurait pas dû s'abandonner à sa colère, peu importe combien le méprisable débauché le méritait. Certes, elle était devait juste se trouver un peu plus loin, près des arbres...
Mais elle n'y était pas. Il marcha dans cette direction pendant un certain temps, recherchant toute trace pouvant venir d'elle. Mais n'en trouvant pas, sa préoccupation pour elle laissa place à la peur qui commençait à grandir en lui. Il connaissait très bien les dangers qui existaient dans cette ville pour un enfant bien habillé non accompagné, ou pour toute jolie jeune fille qui n'était pas protégée. Il avala la boule qui montait dans sa gorge et tenta de repousser ses pensées au loin. Il devait absolument la retrouver !
Il n'était même pas sûr de l'endroit où il était, ni s'il allait tourner en rond pendant. Enfin, il a vu plusieurs arbres avec des branches cassées, et, essayant de ne pas penser à ce qui aurait pu le causer, il suivit les traces des dégâts. Il pouvait entendre rire. Des gens ! Peut-être qu'ils avaient vu quelque chose !
Il apparut parmi les arbres et s'immobilisa brusquement, choqué de voir Georgiana assise sur un banc entre deux jeunes femmes qu'il reconnut, et, de toutes choses, la plus surprenante, tenant un bébé dans ses bras.
- Fitzwilliam!
Une des jeunes filles prit à la hâte le bébé alors que Georgiana se levait et courait vers lui. Il la prit dans ses bras et enfouit son visage dans ses cheveux.
- Georgie, Dieu merci, vous êtes en sécurité, dit-il d'un ton empreint de soulagement.
Pensant à la terreur qu'il avait ressentie, il sentit la colère l'envahir, s'écarta d'elle et posa ses mains sur ses épaules, se rendant compte qu'il ne pouvait pas s'empêcher de trembler rétrospectivement. Il combattit l'envie de la secouer, ne voulant pas l'effrayer.
- A quoi exactement avez-vous pensé, Georgiana, en vous éloignant ainsi ? Et n'avez-vous pas pensé à moi ! A mon inquiétude lorsque je me suis rendue compte que vous n'étiez plus près de moi ?
Elle réprima un haussement d'épaules.
- Je ne voulais pas de me perdre, Fitzwilliam, mais je voulais suivre le petit lapin et ensuite, je me suis perdue. Je ne savais plus où j'étais. Je vous ai cherché partout, mais je n'ai pas réussi à vous retrouver. Ensuite, Miss Elisabeth m'a trouvée et proposée d'attendre avec moi, et, oh ! vous avez besoin de voir le bébé !
Il la regarda avec étonnement, alors qu'elle saisissait sa main et le traînait vers le banc.
- C'est le petit Henry.
Elle le reprit de la plus âgées des deux jeunes femmes, le serrant attentivement dans ses bras. Le bébé la regardait sans sourciller.
- N'est-il pas parfait ? demanda-t-elle avec enthousiasme. N'est-il pas le plus beau bébé que vous ayez jamais vu ? Miss Elisabeth dit qu'il est le bébé le plus doux qui ait jamais vécu ? Vous n'êtes pas d'accord ?
Il se racla la gorge, se demandant à quel moment sa sœur avait oubliée sa timidité. Quoique il aurait dû s'y attendre. Miss Elisabeth semblait avoir un don pour apprivoiser les personnes les plus timides.
- Je suis sûr que Miss Elisabeth et vous, avez tout à fait raison.
Il s'inclina à son tour lorsqu'elles firent la révérence. Se redressant de son salut, il cligna des yeux en regardant dans les yeux rieurs de miss Elisabeth.
- C'est un plaisir de vous revoir, Mr Darcy. Votre sœur a été si inquiète de vous avoir perdu. Mais elle a été une si bonne compagnie pour nous et nos jeunes cousins que nous ne pouvons pas regretter de l'avoir rencontrée.
Il se rendit compte qu'elle était très amusée de sa surprise devant l'enthousiasme de Georgiana pour le bébé. Il aurait dû s'en douter. Elle ne voulait pas se priver de le taquiner gentiment. Quoi qu'il en soit, il était soulagé que sa sœur se soit trouvée sur son chemin. Dieu seul savait ce qui aurait pu se produire si elle n'avait pas trouvé des personnes désireuses de veiller sur elle.
- A en juger par son comportement actuel, je suis surpris d'apprendre qu'elle était de bonne compagnie pour personne d'autre que le jeune maître Henry.
Miss Elisabeth rit, mais Mlle Bennet pensa apparemment qu'il était bouleversé, en disant doucement :
- Vraiment, Miss Darcy a été très bonne compagnie pour nous. C'est une petite fille douce et très sage.
Il se détendit un peu.
- Je suis heureux de l'entendre. Elle est une bonne fille.
Il s'arrêta, ne sachant pas trop quoi dire d'autre, et il fut soulagé quand miss Elisabeth commença à parler d'autre chose. Elle portait le fardeau de la conversation pendant un certain temps, même si elle a pris soin d'inclure tout le monde en elle, même parfois les serviteurs.
Il remarqua avec amusement qu'elle taquinait Georgiana assise sur le banc et dans leur compagnie, et se trouva en prenant la plus grande partie de la conversation qu'il ne pourrait jamais faire rappeler parmi des étrangers. Il avait du mal à croire qu'il la reverrait aussi rapidement. C'était un pur hasard, bien sûr, mais un hasard chanceux qui avait permis de préserver sa sœur du pire. Il savait qu'il lui serait impossible de la revoir au cours des prochains mois et le regrettait. Sa sœur s'épanouissait en compagnie des deux jeunes filles.
Mme Gardiner observait la scène avec une curiosité mêlée d'amusement. Elle se garda bien d'intervenir car le jeune semblait à l'aise
Il fut en fait, tout à fait désolé quand miss Bennet informa tranquillement sa sœur de l'heure et du fait qu'ils devaient rentrer chez eux.
Dans le brouhaha qui suivit le rassemblement de toutes leurs affaires, tandis que les deux enfants disaient qu'ils ne voulaient pas partir et que Georgiana faisait ses adieux au bébé, miss Elisabeth s'approcha de lui.
- Mr Darcy.
Elle s'arrêta, l'air presque craintive et un peu gênée, et il se pencha vers elle inconsciemment.
- Je ne peux pas vous laisser partir sans vous renouveler nos condoléances.
Il ne savait pas quelle était l'expression était sur son visage, mais il devait avoir l'air interdit car elle détourna les yeux et poursuivit précipitamment :
- Votre sœur nous a informés de la mort de votre père, ce que nous savions déjà et nous lui avons, bien sûr, offert nos condoléances, mais nous voulions le faire aussi pour vous.
- Merci, Miss Elisabeth, dit-il doucement. Votre sœur et vous êtes très gentilles.
Elle eut un petit rire.
- Non, pas vraiment. Eh bien, Jane, bien sûr, a une nature véritablement angélique. Elle ne voit que le bon côté des gens et s'aveugle sur le reste. Mais je pensais à mon propre père et je sais ce que je ressentirais si je devais le perdre. Je suis vraiment désolée.
Elle le regarda alors, et il y avait des larmes dans ses yeux. Il fut surpris de sentir l'aiguillon dans son cœur, et détourna les yeux.
Elle rit de nouveau, mais il n'y avait pas de méchanceté en elle, et elle ajouta avec douceur.
- Et maintenant, je vois que nous sommes prêts à partir ! Je suis désolée de...
Fitzwilliam ne pouvait pas lui permettre de continuer.
- Miss Elisabeth, je vous remercie, principalement sincèrement, pour votre bonté et votre compassion.
- J'ai été égoïste. Je ne pensais qu'à moi-même, et puis je vous impose ma présence.
Elle le regarda avec un peu d'exaspération.
- Il n'y a pas d'égoïsme dans l'empathie, Miss Elisabeth, dit-il fermement. Vous ne vous êtes pas imposée à moi.
Elle l'observa en silence pendant quelques instants, jusqu'à ce qu'il commence à se sentir mal à l'aise, puis dit calmement :
- Très bien, monsieur. Je crois que je vous ai compris. Je vais faire mes adieux à votre sœur.
Il la regarda parler affectueusement à Georgiana.
Il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi... Il secoua ses pensées et alla dire au revoir à miss Bennet et à sa tante, puis dit à sa sœur qu'il était grand temps qu'ils poursuivent leur chemin.
- Oh, mais Fitzwilliam, je me demandais...
Elle s'arrêta et il la regarda d'un air encourageant.
- Pourrais-je correspondre avec Miss Elisabeth ?
La jeune fille parut surprise et lui adressa un coup d'œil, se sentant un peu mal à l'aise à l'idée de sa désapprobation mais il ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit.
- Ce serait très bien, Georgiana, je n'y vois aucun inconvénient, du moment que Miss Elisabeth n'a pas d'objection.
Il la regarda calmement et vit son regard incertain, et finalement, elle sourit et tourna son attention vers sa sœur.
Georgiana était si heureuse devant l'approbation de sa nouvelle amie qu'il eut des difficultés à la convaincre de le suivre pour poursuivre leur promenade.
Elle accepta de partir avec lui, même si elle tremblait encore d'excitation. Il l'observa avec amusement.
- Oh ! Elles ont été très gentilles, et Miss Elisabeth est tellement charmante !
- En effet, elle l'est, répondit-il.
- Elle était si gentille avec moi quand je suis tombée sur elle, et si amusante. Je suis assez contrariée d'avoir oublié de la remercier.
- Intelligente et pleine d'esprit, mais son esprit était si rafraîchissant sans artifice ou malice.
- Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme elle !
- Moi non plus
- Je suis tellement heureuse qu'elle ait accepté de correspondre avec moi !
« Trop jeune », songea-t-il
- Fitzwilliam?
Georgiana le lorgnait bizarrement. Elle fronça le nez sur lui tout en prenant son bras offert. Après quelques instants, elle dit pensivement :
- Vous savez, même si elle n'écrit pas, je ne serai pas fâché de l'avoir rencontrée. Je ne pense pas que je vais l'oublier.
- Ni moi, répondit-il. Mais je ne pense pas que vous aurez à craindre quoi que ce soit. Je suis sûr qu'elle tiendra parole. Vous devriez commencer vous-même et lui donner votre adresse, celle de votre école et celle de Londres, et même celle de Pemberley. Ainsi, elle saura où adresser ses lettres et vous donnera sa propre adresse.
