J'ai un message pour ceux qui lisent « Pour l'amour de Lilybelle ». J'ai bien réfléchi et j'ai décidé que Mr Collins ne paraîtrait pas dans cette histoire. Cela me paraît inutile. Il n'a pas été élevé par son père, donc il a été éduqué de façon très différente. Il sait parfaitement ce que son père a tenté de faire et comme c'est un jeune homme honnête et respectable, il sait qu'il ne peut pas s'attendre à être bien accueilli à Longbourn. De plus, comme il est plus intelligent que dans le livre, il ne sera pas engagé par lady Catherine qui tient à avoir comme pasteur un flagorneur qui passe son temps à la flatter et à ramper devant elle. Je suis désolée pour ceux qui seront déçus, mais je ne vois pas comment je pourrais l'intégrer autrement. Quetsche, Ana Suarez, julie. delacour20, Gaskellian
Merci. Je peux vous dire que j'ai pris un grand plaisir à écrire ce chapitre. J'ai toujours méprisé Wickham et je lui réserve un sort aussi ignoble que dans « Une opinion différente ». Mais je n'en dirais pas plus. Georgiana est plus mature et moins timide grâce à sa correspondance avec Lizzie qui est capable de lui donner de bons conseils. De plus, Darcy a eu l'intelligence de mettre sa sœur en garde contre Wickham. Sachant que celui-ci n'avait ni honneur, ni principes, il s'est rendu compte qu'il n'aurait aucun scrupule à s'en prendre à sa sœur, à la fois pour s'enrichir, mais aussi pour se venger de lui. Et même s'il savait qu'elle risquait d'en être blessée, il a jugé préférable de la mettre sur ses gardes.
Pour ceux qui n'auraient pas compris qui est Louisa, dans la conversation entre Mme Gardiner et Lizzie, il ne s'agit pas d'une erreur de prénom. Louisa est la sœur de Charlotte dont vous découvrirez la destinée dans un prochain chapitre. Ainsi que celle d'un autre personnage détestable.
Liv85
Merci. J'espère que ce nouveau chapitre te plaira. C'est un cadeau de fin d'année. Les suivants devront attendre un peu, car je veux terminer « Une Opinion Différente », mais j'ai l'intention de la continuer si je ne perds pas l'inspiration.
Mes personnages
M. Bennet, 1765, 46 ans
Mme Bennet, 1772, 39 ans
Jane, 1792, 19 ans
Lizzie, 1793, 18 ans
Marie, 1796, 15 ans
Kitty, 1799, 12 ans
Lydia, 1801 10 ans
Tommy, 1803, 8 ans
Darcy Georgiana, 1796, 15 ans
Darcy Fitzwilliam, 1786, 25 ans
Comte de Matlock
Comtesse de Matlock
Vicomte de Matlock
Vicomtesse de Matlock
Colonel Richard Fitzwilliam
Lady Roxanna Fitzwilliam
Chapitre 5 Retour à Londres
Londres, juillet 1811
Le retour des frères et sœurs Darcy à Londres fut très joyeux. Ils étaient tous les deux impatients de se rendre rue Gracechurch Street, bien que pour des raisons différentes.
Georgiana était impatiente de revoir son amie. Elle était soulagée que sa présence inattendue lui ait épargnée des conversations gênantes avec Wickham. La pensée de ce que cet homme avait cru d'elle la dégoûtait profondément. Elle n'oublierait jamais l'expression de son visage lorsqu'elle lui avait montré son mépris au lieu de paraître chagrinée par la présence de son frère, comme il devait s'y attendre. Découvrir que celle qu'il avait pris pour une petite fille naïve s'était montrée beaucoup plus intelligente que lui et avait pris un malin plaisir à se jouer de lui, lui avait, de toute évidence, causé un terrible choc. Il devait être fou furieux de cette humiliation.
Darcy, lui, avait des pensées différentes. Certes, il remerciait le ciel que l'arrivée providentielle de miss Elisabeth Bennet et de sa tante ait protégée sa sœur du pire. Il était certain que si Wickham avait compris que Georgiana n'avait pas l'intention de faire ce qu'il attendait d'elle, il n'aurait eu aucun scrupule à user de la force. Lui non plus n'oublierait jamais sa tête lorsque Georgiana s'était moquée de lui. Il n'avait jamais été aussi fier de sa petite sœur qu'à ce moment-là.
- Irons-nous rendre visite à Mme Gardiner demain ? demanda Georgiana, avec une impatience qu'elle ne cherchait pas à dissimuler.
- Je pense que nous pouvons le faire. Êtes-vous tellement impatiente de revoir la petite Cissy ? demanda-t-il d'un ton taquin.
Georgiana rougit :
- Dois-je vous rappeler qu'elle est votre favorite, pas la mienne ! protesta-t-elle d'un ton indigné. D'ailleurs, elle pourrait avoir une rivale. Je veux parler de Lizzie. Richard m'a racontée que, lors de votre première rencontre, vous n'avez parlé à personne d'autre qu'elle.
- Vous avez raison. Je n'avais pas vraiment l'esprit aux conversations, Georgiana. Et elle l'a parfaitement compris. Elle savait sans doute ce qui se passait.
- Mais vous l'avez aimée ?
- J'ai apprécié sa gentillesse et sa simplicité. Elle m'a épargné les minauderies et les compliments artificiels et ridicules que j'ai dû endurés ces dernières années. Et vous-même vous êtes montrée très enthousiaste quand vous l'avez rencontrée à Hyde Park. Je ne reconnaissais pas ma petite sœur.
- C'est vrai qu'il y a eu une sorte de lien instantané entre nous, répondit Georgiana. Savez-vous ce que je regrette ? C'est de ne l'avoir jamais invitée à Pemberley. Pensez-vous que je pourrais le faire pour l'été. J'aimerais bien pouvoir passer du temps avec elle. De plus, elle serait heureuse de profiter de l'occasion pour voir son amie, Mme Langford.
- C'est une très bonne idée, Georgie. Je crois que cela pourrait se faire.
- Ce serait mieux si vous n'invitiez pas les Bingley. Je n'ai aucune envie de supporter les insinuations mielleuses de Caroline. Et je crois que vous n'avez pas envie de la voir non plus.
- Je pense pouvoir m'arranger. Je crois que miss Bingley a été invitée à séjourner dans le Wiltshire par une amie pour l'été et l'automne. Les Hurst ont prévu de se rendre dans leur propre domaine. Charles sera donc seul.
- Tant mieux. Cela me fait plaisir qu'il vienne sans ses sœurs. Je sais qu'il est agacé, tout autant que moi, par leurs discours ridicules. J'ai parfois du mal à me retenir d'éclater de rire quand j'entends certains de leurs discours. Lizzie m'a conseillée d'attendre d'être dans ma chambre pour le faire, et je ne m'en prive pas. Mais parfois, j'ai du mal à me contrôler. Vous ne croyez pas que vous auriez dû lui dire depuis longtemps que vous n'avez aucun intérêt pour elle ?
- Je préfère la laisser à ses illusions. Je ne tiens pas à ce qu'elle cherche à me compromettre.
- Je comprends. Elle en serait parfaitement capable. Surtout si elle découvre que vous montrez de l'intérêt pour une autre femme. Je crois que ce sera une bonne chose que les Hurst ne soient pas là non plus. Ainsi, elle ne pourra pas être prévenue. Je la crois tout à fait capable de vous faire une scène.
- Elle ne ferait que se ridiculiser, et elle doit certainement le savoir. Je n'ignore pas qu'elle s'est vantée, dans les salons de Londres, que j'allais l'épouser, mais j'ai aussi remarqué que très peu de personnes la croyaient. Lorsqu'elle sera tombée de son piédestal, elle sera obligée de prendre conscience de son insignifiance.
- Je plains le pauvre Mr Bingley d'avoir des sœurs aussi déplaisantes, dit Georgiana. Et je suis soulagée de savoir que Caroline ne deviendra jamais la mienne.
- Grand Dieu, non ! Jamais je ne vous condamnerai à un pareil enfer. J'espère que Charles prendra les choses en main et lui trouvera un mari. Peut être devrait-il lui rappeler qu'elle est à un âge où on la considère déjà comme une vieille fille.
- Ce qui doit terriblement la vexer. De plus, elle n'a rien d'une belle femme. Elle est trop maigre et trop sèche. Avec son visage revêche et son mauvais caractère, je ne vois pas un homme qui soit désireux de l'épouser. Je crois qu'elle risque fort de finir vieille fille.
- Je ne souhaiterais à aucun homme de se retrouver marié avec elle, dit Darcy. Mais il y en a, cependant, qui mériteraient d'avoir ce genre d'épouse.
- Comme Wickham ?
Le sourire moqueur de Georgiana fit perdre le contrôle à Darcy qui éclata de rire. Sa sœur l'imita :
- Pouvez-vous imaginer cela ? demanda Georgiana. Caroline mariée à Wickham ? Ils passeraient leur temps à se battre. Elle ferait de sa vie un enfer et il en ferait probablement de même. Ce serait à mourir de rire.
- En effet. Mais si jamais Wickham tente à nouveau de s'approcher de vous, il le regrettera.
- Ne vous inquiétez pas, William. Je crois qu'il a compris que je n'étais pas dupe de ses manigances. Je suis furieuse contre lui parce qu'il m'a prise pour une pauvre petite idiote naïve.
- Je n'oublierai jamais la tête qu'il a fait lorsque vous avez répondu à ses paroles, Georgiana. J'ai eu beaucoup de mal à ne pas éclater de rire. Je suis très fier de vous. Je ne crois pas qu'il ait jamais subi un tel échec. Mais qu'il soit rejeté par une jeune fille de quinze ans à peine qu'il croyait si facile à séduire était vraiment très drôle.
- Que va faire lady Catherine, à votre avis ?
- Que voulez-vous dire ?
- Est-ce que ce n'est pas elle qui vous a recommandé Mme Younge ? Peut être qu'elle avait tout prévu ?
Il regarda sa sœur d'un air choqué.
- Que voulez-vous dire, Georgiana ?
- Peut être que lady Catherine a cru pouvoir se servir de cette histoire pour vous faire du chantage et vous obliger à épouser Anne ?
- Si jamais je découvre que c'est le cas, alors elle le regrettera, dit Darcy d'une voix très dure. Elle est méprisée dans la bonne société. Personne ne tient compte de ce qu'elle raconte, ce qui la fait enrager. Si elle devait être totalement exclue de la bonne société, elle serait obligée de vivre dans l'espèce de monstruosité qu'elle appelle sa maison. Ou du moins celle d'Anne, comme elle l'oublie constamment.
- Notre oncle Matlock devrait éloigner Anne de notre tante. Elle est malheureuse avec elle.
- Je vais lui parler, promit Darcy. Je crois que vous avez raison. Et il faudrait voir ce que contient le testament de sir Lewis. Je ne serais pas du tout surpris que lady Catherine ne l'ait pas respecté. Il faudra la forcer à le faire. La perspective de se retrouver en prison devrait la convaincre de le faire.
- Mais elle n'imaginera jamais qu'on l'enverra en prison.
- Dans ce cas, je lui rappellerais ce qui est arrivé à Kingston. Son titre de duc ne lui a pas évité la corde. Cela devrait être suffisamment convaincant.
Georgiana fit une grimace.
- J'espère que vous avez raison. Si Anne vient à Londres, je pourrais passer du temps avec elle. Je sais que son éducation a été volontairement négligée. Lady Catherine ne veut pas découvrir qu'elle a des capacités dont elle-même est dépourvue, même si elle se vante du contraire.
- Il ne serait pas difficile d'en savoir plus qu'elle. Au lieu de parler des capacités qu'elle aurait pu avoir, elle aurait dû les acquérir. Au lieu de cela, elle se vante de ce qu'elle aurait été si elle les avaient acquis. Mais elle doit probablement savoir que c'est un mensonge, sinon, elle ne s'en vanterait pas.
- Se vanter de quelque chose qui n'existe pas est plutôt ridicule.
- Et pitoyable aussi, à mon avis. Mais son orgueil démesuré ne le lui fera jamais admettre.
- Eh bien, mon frère, oublions tante Catherine. Elle ne mérite pas une pensée de notre part. Elle recevra un jour la punition qu'elle mérite et ne pourra pas prétendre qu'elle n'en était pas prévenue. Savez-vous quelque chose sur le contrat de mariage qui lie Anne avec le vicomte de Stratton ?
- Malheureusement, l'un des documents a été détruit par les bons soins de lady Catherine, l'autre exemplaire a disparu. Je sais qu'il existe parce que mon père l'a vu et l'a signé en tant que témoin. Je crois que notre tante l'ignorait, sinon, elle ne se serait pas abaissée à proférer son mensonge devant moi. Si nous parvenions à le retrouver, elle n'aura pas d'autre choix que de s'incliner.
- Mais oncle James est le tuteur légal d'Anne ! Il a tous les droits sur elle. Il aurait dû agir depuis longtemps pour protéger Anne de cette méchante femme !
- Je sais, Georgie. Mais il n'est pas trop tard. Je vous promets de parler à notre oncle. Anne sera bientôt libre car elle a atteint sa majorité. Lady Catherine n'aura plus aucune autorité sur elle. Elle pourrait même perdre Rosings Park et être reléguée à la maison douairière, ce qui, à mon avis, serait une punition appréciable pour lui faire payer sa mauvaise conduite.
- J'espère que vous dites vrai, mon frère. Je parierai même qu'elle va vouloir s'arroger le droit de décider qui je devrais épouser lorsque je sortirais.
- J'imagine qu'elle voudra me donner une liste de prétendants qu'elle jugera adéquats. Mais ne vous inquiétez pas, Georgiana. Si elle le fait, cette liste finira au feu et vous n'aurez pas à vous soucier de ce genre de sottises. Cela n'en vaut pas la peine.
- Tant mieux. Je suis sûre qu'elle choisirait les hommes les plus méprisables, mêmes s'ils sont riches et titrés.
- Notre tante n'a aucun droit sur vous. Je suis le seul, avec Richard, à pouvoir décider quels hommes peuvent s'approcher de vous. Aussi, ne vous inquiétez pas. Sa volonté ne signifie rien pour nous.
Georgiana était heureuse de le savoir. Elle laissa son frère à son travail pour se rendre dans la salle de musique où elle devait recevoir sa nouvelle leçon. Malgré tout, elle était impatiente d'être au lendemain.
?
Lizzie était heureuse d'être de retour à la maison de son oncle, même si elle regrettait de ne pas avoir vue Georgiana plus longtemps. Elle espérait que son frère était arrivé à temps et l'avait débarrassée de l'indésirable Mr Wickham. Elle était soulagée que l'homme ne l'ait jamais vue. Si jamais elle avait le malheur de le revoir près de chez elle, elle veillerait à ce qu'il ne puisse pas nuire à ses connaissances et amis.
Il était regrettable que l'homme n'ait pas été envoyé en prison. C'était tout ce qu'il méritait. Sans doute s'imaginait-il qu'il pourrait manipuler Mr Darcy comme il l'avait peut être fait avec le père. Mais il avait vite découvert son erreur. Voilà qui devait le faire enrager. Et son échec avec Georgiana l'avait sans doute rendu fou de rage. Il faudrait se méfier de lui. L'homme pouvait s'avérer dangereux et vouloir se venger. Elle conseillerait à Georgiana de rester sur ses gardes pour qu'elle fasse très attention à elle. Elle ne devrait jamais sortir sans une bonne escorte. Le mieux serait encore qu'elle soit toujours accompagnée de plusieurs chiens lorsqu'elle sortait. Il n'y avait pas de meilleur protecteur que des amis à quatre pattes.
- Lizzie ? appela Mme Gardiner, la faisant sortir de sa rêverie.
- Oui, ma tante.
- Que diriez-vous de nous rendre à Hyde Park, demain matin ? Ensuite, nous pourrions peut être aller rendre visite aux Darcy ?
- Croyez-vous qu'ils soient revenus à Londres ?
- J'ai envoyé le valet vérifier. Il m'a assuré qu'ils étaient là.
- Dans ce cas, je suis d'accord, ma tante. J'ai hâte de revoir Georgiana. J'aimerais savoir ce qui s'est passé à Ramsgate après notre départ.
Lizzie avait trouvé une lettre de sa sœur aînée, Jane. Celle-ci, qui s'était mariée l'année précédente, avec le comte de Winsford, annonçait son retour imminent à Londres. Lizzie fut heureuse que sa sœur ne doive pas vivre dans le Hertfordshire car elle savait que sa mère, sa tante et leurs amies, passeraient probablement tout leur temps à l'importuner. Sa mère déplorait qu'elle vive si loin. Elle espérait qu'elle-même en ferait autant. Elle aimait sa mère, mais préférait ne pas passer tout son temps avec elle. Lizzie détestait les ragots et sa mère les adoraient. Dans ce domaine, elles ne pouvaient pas s'entendre.
Lizzie était heureuse que sa sœur soit mariée. Peu avant qu'elle ne se rende à Londres pour les vacances, un coureur de jupons avait séjourné à Meryton. Sa mère avait tenté de l'exhiber devant lui, mais Lizzie avait dénoncé le comportement immoral de l'homme et il n'avait jamais été invité à Longbourn. Mme Bennet avait été furieuse de ce fait. Mais heureusement, son mari avait tenu bon et n'avait pas permis à l'homme de s'approcher de sa famille.
Mme Bennet avait déploré la situation, mais comme personne ne semblait vouloir l'écouter, elle avait fini par se taire. Lizzie n'avait montré que de l'indifférence et du mépris pour l'homme, ce qui avait considérablement vexé celui-ci. Il avait semblé considérer cela comme un défi, mais ses tentatives de rentrer dans ses bonnes grâces s'étaient révélés un échec. Il avait fini par quitter la ville, ce qui avait beaucoup dépiter Mme Bennet, qui ne voulait pas admettre que l'homme n'avait rien d'un gentleman. Même quand Lizzie lui avait parlé de sa conduite ignoble, elle s'était contentée de hausser les épaules et répondu qu'un homme avec quatre mille livres de rentes serait un époux tout à fait convenable pour elle. Lizzie s'était contenté de rire avant de hausser les épaules. L'homme ne songeait visiblement pas du tout au mariage.
Sa mère lui en avait longtemps voulu à cause de cette histoire. Comme si c'était de sa faute. Comme si elle allait s'abaisser à épouser le premier venu. Sa mère avait été indignée en l'entendant. Mais elle refusait d'admettre qu'elle cherchait tout le temps à la marier à tout prétendant potentiel qu'elle rencontrait sans se soucier de ses sentiments. Lizzie lui avait fait clairement comprendre qu'elle n'accepterait pas n'importe qui et que faire ses discours stupides sur l'un d'entre eux ne ferait que la ridiculiser.
Mme Bennet se mettait en colère et la traitait d'ingrate, mais elle avait compris que toute protestation serait inutile et avait laissé tomber.
La journée se passa tranquillement, puis la nuit. Le lendemain, après le déjeuner, ils sortirent pour se rendre à Hyde Park en voiture. Ils la laissèrent devant l'entrée avant de partir à pied.
?
Lizzie profitait de sa promenade à Hyde Park. Sa tante l'avait accompagnée avec la nurse et les enfants. Les chiens couraient autour d'eux.
La jeune fille regardait autour d'elle. Il y avait beaucoup de monde, ce matin. Ce devait être fréquent puisque c'était un endroit à la mode.
Elle poussa un profond soupir et continua de marcher, tout en surveillant les enfants. Ceux-ci jouaient avec les chiens qui s'en donnaient à cœur joie. Elle sourit. On pourrait presque croire que ses chiens étaient des enfants, eux aussi, à en juger par leur comportement.
Soudain, elle tourna la tête en entendant des cris. Puis Nelson se mit à aboyer et fonça en avant, suivi de Wellie et des deux autres. Lizzie se précipita à la suite de ses chiens. Elle fut alors témoin d'une scène extrêmement choquante. Deux hommes de fort mauvaise mine tentaient d'entraîner une jeune fille avec eux après avoir projetée sa compagne sur le sol. Lizzie fut très choquée lorsqu'elle reconnut Georgiana Darcy dans la victime de cette tentative d'enlèvement.
Les chiens se précipitèrent à son secours et attaquèrent les gredins. Surpris, ceux-ci furent obligés de relâcher leur proie. La jeune fille, terrorisée, recula vivement pour se mettre hors de leur portée. Elle aida sa compagne à se relever. Lizzie regarda autour d'elle. Derrière un arbre, elle aperçut un homme qui lui parut tout de suite familier. Il avait l'air furieux et il disparut dès qu'il se rendit compte qu'il avait été vu.
Lizzie en fut très choquée. Que faisait Mr Wickham ici ? Etait-il le responsable de cette agression ?
Se pouvait-il qu'il soit le complice des agresseurs ? Peut être voulait-il se venger de l'échec qu'il avait essuyé quelque jours plus tôt ?
Oubliant ses questions, Lizzie se précipita vers la jeune fille.
- Georgiana ? Êtes-vous blessée ?
La jeune fille parut soulagée lorsqu'elle reconnut son amie.
- Lizzie ? Dieu merci, c'est vous ! C'est un miracle que vous soyez arrivée au bon moment.
- Les chiens vous ont entendue crier. Vous allez bien ?
- Oui. Plus de peur que de mal. Ces misérables vont payer cher leur lâcheté.
- Sans doute. Mais le véritable coupable s'est échappé. C'était Mr Wickham.
- Vous l'avez vu ? demanda Georgiana en pâlissant.
- Oui. Il s'est enfui dès qu'il s'est rendu compte qu'on l'observait. Cependant, je ne crois pas qu'il ait vu mon visage.
D'autres personnes avaient entendus les cris et les aboiements des chiens. Les deux hommes furent promptement mis hors d'état de nuire.
Les chiens ne s'éloignèrent pas avant de s'être assurés qu'ils n'étaient plus une menace. Lizzie fut indignée par un tel acte de lâcheté ! Heureusement, l'homme ne l'avait pas vue. Mais elle comptait bien révéler sa présence à Mr Darcy. Elle espéra qu'il serait jeté en prison.
- Mon frère doit nous rejoindre tout à l'heure, dit Georgiana. Il sera furieux. Voyez, Lizzie. Il y a deux valets armés pour me protéger, mais ils n'ont même pas eu le temps de venir à mon secours. Vos chiens ont été plus rapides.
- Il ne faut pas les blâmer. Ils ne pensaient pas que quiconque oserait s'en prendre à vous.
- Wickham ne reculera devant rien pour s'emparer de moi et se venger. J'espère que mon frère trouvera le moyen de le faire jeter en prison.
- Les colonies australiennes seraient une bonne punition. Il ne serait plus en mesure de nuire à qui que ce soit. De plus, personne n'écouterait ses pleurnicheries.
Georgiana regarda son amie :
- Wickham déteste l'eau. Il est malade. L'Australie est très loin de l'Angleterre.
- Justement. Il serait trop occupé à survivre pour songer à pleurnicher sur ses malheurs.
- Ce serait, en effet, une punition adéquate, approuva Georgiana. J'espère que mon frère le retrouvera et qu'il aura ce qu'il mérite.
Le bruit de pas de chevaux détournèrent leur attention. Le visage de Georgiana s'éclaira :
- C'est mon frère avec mon cousin, Richard, dit-elle.
- Je me souviens de l'avoir rencontré, il y a quelques années, lorsque j'ai fait la connaissance de votre frère. Il était capitaine, je crois.
- Oui. Il est colonel, maintenant.
Les deux hommes mirent pied à terre et confièrent leurs chevaux aux deux valets. Il y eut une brève discussion, puis les deux hommes vinrent rejoindre les jeunes filles. Darcy arborait une mine inquiète.
- Georgiana ? Est-ce que vous allez bien ? demanda-t-il.
Il avait les poings serrés et ses yeux brillaient de colère.
- Je vais très bien, William. Je n'ai pas été blessée. Ce sont les chiens de Lizzie qui m'ont sauvée. Ils ont attaqués mes agresseurs.
Darcy se tourna vers Lizzie. N'ayant d'yeux que pour sa sœur, il n'avait pas vraiment fait attention à sa présence.
- Miss Bennet, c'est un plaisir de vous revoir, dit-il en s'inclinant devant elle.
Lizzie sourit et fit une révérence, mais avant qu'elle ait pu répondre, les chiens se bousculèrent pour venir saluer les nouveaux venus, ce qui amusa beaucoup les deux hommes.
Darcy ne leur refusa pas ses caresses, sachant qu'ils n'attendaient que cela. Il était soulagé de voir que sa sœur était saine et sauve.
Lizzie se tourna vers le jeune homme.
- Il vaut mieux que vous sachiez, Mr Darcy, que j'ai vu Mr Wickham dissimulé derrière un arbre, juste là-bas. Il s'est enfui lorsqu'il s'est rendu compte que je l'observais.
- Wickham ! s'écria le colonel Fitzwilliam. Il faut retrouver ce gredin, Darcy. Il doit recevoir le châtiment qu'il mérite !
- Il faut d'abord le trouver. Il est très habile pour se cacher.
Mme Gardiner et les enfants les avaient rejoints, ce qui donna lieu à beaucoup de paroles. Darcy fut contraint d'oublier Wickham pour le moment.
Ils décidèrent de continuer à se promener dans le parc. Lizzie ne mit pas longtemps avant de remarquer que beaucoup de passants les observaient. Certains faisaient mine de s'approcher, mais les crocs menaçants des chiens leur faisaient changer d'avis, au grand soulagement de Georgiana et de son frère qui ne tenaient pas à parler à ces hypocrites.
Georgiana parlait joyeusement avec son amie et elle lui demanda si elle accepterait de venir à Pemberley pour les vacances d'été.
- A Pemberley ? fit Lizzie. J'ai prévu de me rendre à Kympton pour rendre visite à une de mes amies qui a épousé le pasteur.
- Kympton n'est qu'à un mile de Pemberley. Vous parlez de Mme Langford, n'est-ce pas ? Je l'invite souvent à venir me voir lorsque je suis à Pemberley. Elle est très gentille et son petit garçon est adorable.
- Il faut que je demande la permission à mon père, Georgiana. Je ne sais pas s'il voudra me le permettre.
- Oh, mais il ne faut pas qu'il vous garde tout le temps près de lui. Il faudra bien qu'il s'habitue à votre absence lorsque vous serez mariée.
Lizzie sourit.
- Sans doute, oui. Je lui parlerai. Puisque, de toute façon, il était prévu que j'aille dans le Derbyshire, je ne pense pas que cela posera de problèmes.
Ils finirent par se séparer, mais convinrent de se revoir bientôt.
Les jours suivants furent très joyeux. Lizzie allait bientôt retourner à Longbourn. Elle se réjouissait de revoir sa famille.
?
Lizzie était impatiente de partir. Son père lui avait permis de prolonger son absence et de séjourner à Pemberley. Elle devait partir avec les Lucas. Elle savait que sa mère avait tenté de faire des histoires sur son absence, - on se demande pourquoi ! – et sur le fait qu'elle n'avait que des enfants pour s'occuper. Elle déplorait que Lydia, sa favorite, ne soit pas en âge de se marier. Lizzie, elle, en était soulagée. Lydia était très indisciplinée, en dépit de son jeune âge. Malgré la gouvernante qui s'occupait de son éducation, sa mère semblait très désireuse de tout gâcher en apprenant à Lydia à faire uniquement ce qu'elle voulait.
Heureusement, son père ne permettait pas une telle chose. Il n'avait pas fallu longtemps à Lydia pour découvrir que tout ce que disait sa mère ne comptait pas et que seules les décisions de son père étaient valables.
Lizzie entendit le bruit de la voiture qui arrivait devant l'entrée de la maison. Il était temps de partir. Les valets se chargèrent de porter ses bagages dans la voiture. Elle avait déjà fait ses adieux à sa mère et à ses jeunes frères et sœurs. Elle se rendit à la bibliothèque pour dire au revoir à son père :
- Vous abandonnez donc votre vieux père, fit celui-ci, assis devant son bureau, un livre à la main.
- Papa !
- Je suppose que je le dois, puisque je vous l'ai permis. Mais ce sera long sans vous. Vous connaissez votre mère. Elle ne pourra plus vous exhiber devant les messieurs, ce qui est très frustrant pour elle.
- Elle sait que je n'ai aucun intérêt pour eux.
- Je le sais. Mais je crains que votre mère refuse de le comprendre. Je crois qu'elle serait incapable d'imaginer que vous pourriez refuser un prétendant. Il est heureux qu'aucun de ces messieurs ne puisse en être un sérieusement, n'est-ce pas ?
- Cela vaut mieux, en effet.
- J'imagine que votre mère trouvera un autre moyen. Même si elle ne peut pas espérer faire aussi bien qu'avec Jane. Allez-y, Lizzie. Ne me laissez pas vous retarder.
Lizzie embrassa son père sur le front.
- Je vous écrirais, Père. J'espère que vous me répondrez.
- J'essaierais, promit Mr Bennet.
C'était mieux que rien. Cependant, Mr Bennet la retint au moment où elle allait quitter la pièce.
- Oh ! J'allais oublier ! J'ai quelque chose à vous confier.
- De quoi s'agit-il ?
- Vous rappelez-vous, qu'il y a quelques années, un homme est venu me voir. Je vous ai dit, après son départ, que c'était mon cousin, sir Lewis de Bourgh.
- De Bourgh ? Comme Grand-Mère ?
- Oui. Sir Lewis était son neveu.
- Vous n'en avez rien dit à Maman. Elle s'était mise en tête qu'il pourrait épouser Jane jusqu'à ce que vous l'informiez que son épouse risquait de ne pas apprécier son idée.
- C'était ridicule, n'est ce pas. Lady Catherine de Bourgh est une femme très déplaisante, si vous voulez mon opinion. Elle n'a un but dans la vie, c'est de s'approprier Pemberley.
- Comment espère-t-elle réussir ? Cette propriété appartient aux Darcy, pas à elle.
- Elle croit pouvoir l'atteindre par le biais d'un mariage entre sa fille et Mr Darcy. Et pour cela, elle a inventé un prétendu engagement entre sa sœur et elle lorsque leurs enfants étaient au berceau.
- Est-ce que les deux pères ont donné leur consentement ?
- Bien sûr que non. Elle ne les a jamais obtenus. Elle sait parfaitement que sa sœur et son beau-frère étaient opposés à une telle union. Ils n'ont jamais été dupes de ses manigances.
- Alors, Mr Darcy n'a aucune obligation envers sa cousine ?
- Aucune. Je suis en mesure de détruire de façon définitive tous les beaux projets de lady Catherine.
- Comment ?
- Sir Lewis de Bourgh a signé un contrat de mariage entre sa fille, Anne et le vicomte de Stratton.
- Jeremy ? Pourquoi n'en ai-je rien su ?
- Les documents qui le prouvaient avaient disparu. Je pense qu'il vaudrait mieux que le comte de Matlock, qui en est le tuteur, lui en retire la garde, car elle la tient dans un esclavage odieux pour garder le contrôle absolu sur elle. Vous n'avez pas entendu ce ridicule pasteur, Mr Collins, qui chantait les louanges de la mère. Il mentionnait même le prochain mariage de la demoiselle avec son cousin et se pavanait parce qu'il était persuadé que c'était lui qui célébrerait le mariage.
- Mais si la fille est promise à Jeremy, pourquoi n'a-t-il pas eu lieu ?
- Parce que lady Catherine a fait en sorte de détruire toute chance pour que ce mariage ait lieu. Elle a trouvé le moyen, je ne sais pas comment, de faire disparaître le contrat qui se trouvait en la possession de votre oncle.
- Pour empêcher le mariage d'avoir lieu ?
- Oui. Mais elle n'a pas réussi à mettre la main sur l'exemplaire de son mari.
- Pourquoi ?
- Parce que ce document est en ma possession. Et elle l'ignore.
- Mais vous devez le remettre au comte !
- C'est ce que j'ai l'intention de faire. Où plutôt, je compte sur vous pour vous en charger. J'aimerais que vous confiez les documents à Mr Darcy lorsque vous le verrez. Il les remettra à son oncle. Dans peu de temps, miss de Bourgh sera majeure. A ce moment-là, elle sera la seule maîtresse de Rosings Park et de la fortune de son père. Elle pourra se marier sans l'accord de sa mère.
- Lady Catherine sera sans doute furieuse.
- Oui. Sans doute. Surtout quand elle découvrira que c'est moi qui détenait le document qu'elle a cherché en vain à Rosings Park. Elle m'a toujours détesté. Elle s'est pavanée sous mon nez avec l'idée de me remettre à ma place si jamais j'avais l'audace de lui montrer de l'intérêt. Je l'ai totalement ignorée. Elle en a été extrêmement choquée et vexée. C'est pour cela qu'elle voudra sans doute essayer de se venger de moi.
- Vous ne croyez pas qu'elle aurait pu envoyer Mr Collins dans ce but ?
- Que voulez-vous dire ?
- Elle pourrait s'être renseignée sur votre famille. Nul besoin de chercher loin pour découvrir le lien qui existe entre nous deux. Si elle est aussi autoritaire que vous le dites, elle a certainement manipuler Mr Collins pour qu'il jette son dévolu sur moi. Malheureusement pour lui, je n'étais pas là.
- En effet. J'ai également fait comprendre à Mr Collins que je ne lui permettrais jamais de vous épouser et qu'il pouvait faire un autre choix à sa guise.
- Maman devait être furieuse.
- Votre mère n'a rien à dire sur le sujet. Si elle refuse de le comprendre, tant pis pour elle. Surtout, ne l'écoutez pas. Elle ne choisit que les hommes les plus indésirables pour vous, ceux qui n'ont pas la moindre chance de vous intéresser.
- On pourrait croire qu'elle le fait exprès !
- C'est peut être le cas, mais cela ne lui servira pas à grand-chose. Elle n'a pas son mot à dire à ce sujet.
- Heureusement que Lydia n'est pas en âge de se marier, sinon, elle risque de ne pas apprécier d'être exhibée de cette manière devant les hommes.
- Je ne permettrais pas une chose pareille. Mais il s'écoulera encore plusieurs années avant qu'elle ne soit en âge de sortir. Et elle devra attendre que ses sœurs soient mariées, que cela lui plaise ou non. Je crois que vous devriez partir maintenant, Lizzie. Les Lucas vont vous attendre.
- Et les documents pour le comte de Matlock ?
- Ah oui. Un instant.
Mr Bennet ouvrit un tiroir fermé à clé, en sortit un petit paquet et le remit à sa fille qui le rangea dans son réticule.
- Au revoir, Père. Et bon courage.
Lizzie quitta la pièce, puis sortit de la maison et monta dans la voiture. La portière fut refermée et les chevaux partirent.
