Elle continue à écrire, écrire la sauve. Et surtout cela lui permet de mettre des mots là où tout le monde se tait, et où elle se lacère le corps en tentant de se purger de sa peine.
Elle écrit tous ce qui lui passe par la tête. S'était devenue sa thérapie, un test désespéré d'un psychomage dépassé par son mutisme. Une idée lancée en l'air en désespoir de cause, une idée qui la sauve. Un filin qu'elle tend entre son monde et l'abime dans lequel elle était tombée.

Des mots qu'elle tapent avec l'énergie du désespoir sur sa vieille machine à écrire tout cabossée. Des lettres qui s'expriment sur le papier crème avec un cliquetis qui prend d'assaut ses idées noirs. Ils la sauvent d'elle même et elle se sent respirer à nouveau. Petit à petit elle réapprend à marcher.

Sur ses pages vierges elle écrit toute sa frustration, ses doutes et ses espoirs.
Des espoirs qui ont été brisés et dont elle rassemble les morceaux épars. Un puzzle qui petit à petit se reconstitue.
Seul dans son bureau avec une lampe qui jette sur la scène une lumière jaunâtre elle écrit. Elle écrit plus pour elle que pour son psychomage. Ce médecin qui se résume dorénavant à un nom marqué sur une enveloppe .

Elle a oublié comment parler et s'exprimer. Les lettres qu'elle couche sont devenues la seule façon d'exprimer tout haut ce qui la hante tout bas.
Elles sont le lien entre elle et le psychomage. Son bureau et l'extérieur.
Un paravent aussi qui la protège de ce dehors qu'elle a appris à craindre. Cet extérieur qui dans une autre vie était toute sa vie. Elle aimait voler sur un balai ses cheveux s'emmêlant sous l'assaut du vent. Elle adorait enfouir ses pieds nues dans la terre et l'herbe alors qu'allongeait sur le dos elle contemplait le ciel. Elle n'aimait pas être enfermait entre quatre murs alors que dehors il faisait si beau.
Mais tout cela maintenant ne l'attire plus. L'extérieur était devenu terrifiant, et les seules gouttes d'eau qui coulent sur son visage les jours de pluies sont ses larmes.

C'est difficile de ré-apprendre à faire des choses qui autrefois était si simple. Elle a du mal à mettre les mots sur cette difficulté sur cette peur du dehors.
Il lui avait conseillé de faire les choses en douceur. Un pas devant l'autre, doucement mais surement.
Un jour elle saura remarcher. Mais il faut qu'elle prenne son temps. Elle ne doit pas aller trop vite, sinon la chute lui sera fatale.
Alors elle ré-apprend.

Elle ré-apprend à dormir, quelque chose de simple en apparence. Mais comment dormir lorsque toute la nuit les gens que vous avez tués vous hantes? Quand vous revoyez les morts hurler et les sorts filer. Comment dormir lorsque vous revoyez devant vous le corps de votre frère étendu sur le sol froid?
Ginny ne sait plus dormir et les cernes qui s'étalent sur son visage en peinture de guerre en sont la preuve.
Elle ré-apprend à se lever le matin, à affronter une nouvelle journée. Qu'es ce qui vous fait vous lever lorsque vous n'avez plus de but? Lorsque vous pensez que la vie n'a plus rien à vous offrir et qu'elle vous à tout pris?
La réponse était rien, mais elle doit se créer une nouvelle réponse, trouver quelque chose qui lui donne envie de se lever.

Elle refait les gestes du quotidien sans prendre peur à chaque bruit insolite.
Ne plus sursauter lorsque la bouilloire siffle. Un sifflement qui lui donne des frissons et la paralyse jusqu'a ce que la source du bruit soit reconnue.
Ne plus prendre peur lorsqu'on frappe à la porte. A ce son elle sent toute l'angoisse de ce qu'elle avait vécue la saisir à nouveau.
Elle ne doit plus avoir le réflexe de prendre sa baguette au moindre bruit étrange et grincement de plancher.
Ce sont des choses qui ne s'oublie pas, des petits rien qui font qu'elle se sent encore en guerre. Des habitudes qu'elle avait prise et qu'il lui fallait oublier, que son corps devait oublier tout autant que son esprit.

C'est long de ré-apprendre, c'est difficile, mais elle veut redevenir le plus proche de ce qu'elle avait été avant. Elle a perdu une parti d'elle cette année là. Mais elle veut redevenir la Ginny courageuse et joyeuse qu'elle avait été.
Elle ne souhaite plus rester enfermer chez elle. Elle veut pouvoir se regarder à nouveau dans le miroir et se sourire.
Oui le chemin était long, mais elle commence à voir la lumière au bout.

Elle doit juste ré-apprendre à marcher, à rêver, à sourire, à vivre tout simplement.
Lentement surement un pas devant l'autre elle y arrivera.