Et doucement l'abcès se perce. Les nuits se font de plus en plus longues tandis que les insomnies reculent. Petit à petit elle apprend à sortir du monde qu'elle s'est crée de toute pièce. Lentement elle remet le nez dehors.
Ce sont les petits gestes simples et quotidiens qui la font avancer.
Il n'y avait pas de grand bond en avant. Pas de guérison miraculeuse. Seulement un long chemin parsemé de chutes et échecs mais aussi de petites avancées. Un pied posé devant l'autre qui permet d'avancer petit à petit.

Ce sont des gestes simples. Ouvrir sa fenêtre et contempler le terrier et ses alentours. Passer la tête par l'encadrement de la fenêtre sans craindre ce qui se se trouve au dehors.
Descendre se préparer un thé pendant la journée alors que le reste de sa famille se trouve en bas.

Ce sont des choses simples mais comme son psychomage le dit il faut y aller progressivement. Des choses si simples mais qui pourtant ne lui paressent pas naturelles.
Réapprendre à marcher, réapprendre à sourire et ne plus fuir aux contacts des autres. C'est difficile de sourire lorsqu'on a le coeur en miette.
Elle brise petit à petit sa bulle.

Ce sont des gestes simples mais qui lui paraissent si difficile.
Réapprendre à sourire, un sourire esquissé au détour d'un couloir à Harry. Et quant elle a vu son regard qui s'éclairer à la vue de ce simple rictus dévoilé elle avait envie de sourire plus. Elle se regarde dans la glace en tentant de reproduire ce sourire d'autrefois. Elle apprend à se ré-accepter. Elle dessine les contours de son visage qui ont perdus ses rondeurs d'enfants. Elle effleure de ses doigts ses yeux caves qui portent encore les stigmates de ses insomnies. Elle imprime dans sa rétine son visage pour se souvenir de ce qu'elle était. Elle tente de réapprendre à sourire. Comment réapprend on à sourire? C'est quelque chose qui est sensé être naturel.

Des choses simples et pourtant si difficile. Elle essaye de ne plus se couper du monde et d'arrêter de vivre la nuit afin de tous les éviter. La nuit lors de ses insomnies elle se penche par la fenêtre et regarde la lune. Sentir le vent emmêler ses cheveux, gouter l'air de la nuit du bout des lèvres l'apaise. Elle apprend pendant ses nuits là à ne plus sursauter lorsque des animaux font craquer des brindilles dans leur fuite. Elle ne rentre plus sa tête dans les épaules au hululement d'une chouette. La moindre silhouette, ou ombre ne la fait plus sombrer dans une peur panique.
Elle n'a peut être pas encore réappris à vivre avec les autres mais elle apprivoise son monde. Elle met le nez dehors et arrête de se cloitrer dans sa chambre.

Et puis un jour mue par une envie soudaine elle ouvrit la porte, descendit les escaliers à pas de loup et sortit par la porte d'entrée du terrier. La nuit l'appelait, comme tant de fois auparavant.

Elle aime être dehors et admirer la pleine lune en compagnie des étoiles et du vent qui caresse son visage. Depuis toujours elle adore ses instants là, et comme autrefois elle se sent si bien assise dans l'herbe les genoux contre sa poitrine et le nez levé en l'air.
ça avait un gout d'innocence retrouvé. Sa bulle se brise sous les gestes d'un quotidien retrouvé.

Ce ne sont que des minuscules ridules qui apparaissent à la surface de la vitre, mais doucement l'abcès se crève. Les plaies sont depuis longtemps refermées, mais maintenant lentement son coeur se recolle. C'est le sourire doux d'Harry lorsqu'il la croise. Ce sont les petits gestes esquissés vers elle par sa famille. Des gestes auxquels elle ne prêtait pas attention tant elle s'était repliée sur elle même.
Cette main posée furtivement sur son épaule dans l'escalier. Ce plaid disposé sur elle lorsqu'elle s'était endormie sur l'herbe une de ces nuits d'été. Ce mug de chocolat déposé sur la table à côté du fauteuil ou elle lit. Et puis toutes ces lettres qu'elle reçoit. Des lettres pour donner des nouvelles, des lettres qui parlent de la guerre, de la douleur des gens qui l'ont eux aussi vécue et par dessus cette volonté de se relever qui se lit entre chaque ligne. Des lettres remplies d'une amitié sincère. Des lettres qui étaient restées lettres mortes jusqu'a ce qu'elle se décide enfin à leur répondre. Elle ne prend seulement sa plume pour s'épancher dans son journal. Elle n'envoie jamais de lettre autrement qu'a son psychomage.

Mais par dessus tout ce qui l'avait poussé à avancer ça avait été les doigts entrelacés d'Harry avec les siens lorsqu'il l'avait amené au royaume des hiboux. Il voulait lui acheter un joli petit hibou tout rond, depuis qu'au détour d'une conversation elle avait laissé entendre qu'elle en voulait un pour répondre à ses amis. A cette mention il l'avait fait quitter le chaudron baveur, où il l'avait invité, pour lui acheter un hibou.
La lueur de joie et d'espoir qu'elle vit dans ses yeux lorsqu'il lui acheta un hibou agit comme un déclic. Elle veut continuer à voir cette étincelle de joie dans les yeux de celui qu'elle aime. Elle espère transformer cette lueur d'espoir de guérison en joie de la revoir venir d'entre les morts.

Elle allait se relever pour elle, pour ceux qu'elle aimait, et surtout pour son avenir qui à 20 ans n'est pas encore joué. Cela fait trop longtemps qu'elle vit dans son passé.
On était le 5 avril 2001 et la vie est devant elle.