Chapitre II. L'alliance du bouquet et du pancréas
L'intérêt principal du printemps, c'était les fleurs. Severus les adoraient et elles lui étaient très utiles pour les potions. D'autant que certaines ne poussaient qu'en cette saison. Tandis qu'il en cueillait plusieurs sur le bord du lac il fut témoins d'une scène plutôt inattendue.
« Allez Hermione me dit pas que personne ne t'a encore invité au bal du printemps, toi qui m'a jeté cet été parce que tu étais trop bien pour moi ! dit Ron sarcastiquement.
Laisse-moi tranquille Ron, répondit Hermione. Peut être qu'on m'a invité mais que ça ne m'a pas intéressé.
C'est ça ouais ! se moqua t-il. Je ne veux pas être méchant mais si tu continues à penser être au-dessus de tout le monde tu finira toute seule. »
Hermione ne répondit rien et le regarda s'éloigner. Elle s'assit au bord du lac et laissa libre cours à ses larmes. Elle ne pouvait pas voir le maître des potions, tapie dans l'ombre, n'osant faire un bruit, de peur de se compromettre. Après une profonde inspiration et guidé par une force invisible, soudaine et malvenue, Severus sortie de sa cachette la main pleine de fleurs. Hermione l'entendit et se releva précipitamment en pointant sa baguette sur la personne qui l'épiait.
« P-professeur ? Que faite-vous ? On dirait bien que vous n'avez jamais perdu l'habitude d'espionner les gens, dit-elle, une pointe d'ironie dans la voix.
Charmant Miss Granger, je vais mettre cette désagréable remarque sur le compte de votre profond mal être.
Qu'est ce qui vous fait dire que je vais mal ? demanda t-elle en essuyant vulgairement ses yeux d'un revers de manche.
Les grosses larmes qui coulent sur vos joues peut-être ? répondit-il en haussant les sourcils, l'interrogeant du regard. Également la précédente conversation que j'ai surprise, contre ma volonté, malgré ce que vous croyez.
Hermione sembla contrariée. Les traits de son visage passèrent de la colère à la tristesse en un rien de temps. Puis, elle devint rouge.
J'ai honte que vous me voyez dans cet état, vous devez me trouver puérile. Pleurer parce qu'en réalité, Ron a raison, personne ne m'a invité et parce qu'il se trompe sur mon compte. Je ne me pense pas supérieure aux autres. »
Severus était étonné de la voir s'ouvrir à lui et d'échanger avec elle plus que quelques phrases sarcastiques. Il ne savait pas comment, ni pourquoi, mais il fut soudain saisi par un sentiment qu'il ne connaissait plus. Il n'avait pas envi de se moquer d'elle comme il l'aurait certainement fait il y a quelques temps. Au contraire, il avait envi de l'aider, presque de la consoler.
« Je ne vous trouve pas puérile Miss Granger, je sais ce qu'est être seul. Votre ami Potter et la jeune Weasley se sont entichés, monsieur Weasley se satisfait de différentes filles toutes plus insignifiantes les unes que les autres et vous, n'avez personne. Il insista bien malgré lui sur ces derniers mots.
Merci, on peut dire que vous savez remonter le moral des gens, répondit-elle sèchement.
Il se sentait stupide, il avait dit ce qu'il pensait sans se soucier de l'effet que ses paroles produiraient sur elle. Cela faisait décidément trop longtemps qu'il n'avait pas eu de rapports sociaux normaux. Il fallait se rattraper.
Ne soyez pas désagréable une fois de plus. Ce que je voulais dire, Miss Granger, c'est que je me mets à votre place. En fait, je suis à votre place. Je suis seul, conclut-il. »
Un silence gênant s'installa. Il ne savait pas pourquoi il avait dit ca. Pourquoi s'ouvrait t-il à son tour ? Ce fut elle qui rompit le silence.
« Je pense que vous ne serez pas seul bien longtemps quand vous aurez offert ces fleurs, c'est pour qui d'ailleurs ? C'est à l'occasion du bal ?
Severus regarda les fleurs qu'il serrait fermement. Il les avait oubliés. Elle pensait que c'était pour une femme, quelle idiote.
Qui vous dit que je vais les offrir à qui que ce soit ? siffla t-il
Votre façon de les tenir avec beaucoup de respect, répondit-elle sans se démonter.
Dans ce cas est-ce que je comptais offrir ce pancréas de biche également ? Il sortie de sa poche un petit sac dans lequel on distinguait un morceau de cher. Hermione fit une moue de dégout.
Peut être pas finalement … c'est pour les potions plutôt non ?
J'ai eu peur que vous ayez perdu votre perspicacité, répondit-il avec un rictus qui pourrait être qualifié de sourire dans son cas. »
Un nouveau silence s'installa. Severus réagit : « Eh bien, pour ce qui est des fleurs, je vous les offre Miss Granger, vous pourrez clouer le bec à Weasley en lui rapportant qu'un beau prétendant vous a invité au bal. »
Sur ces paroles il lui tendit le bouquet. Il put lire l'étonnement dans ses grands yeux noisette. Ne lui avait-on jamais offert de fleurs ? Elle devait surtout trouver ça étranger de la part de la vieille chauve sourie des cachots.
« Euh, merci professeur, je ne voudrais pas vous priver de ce bouquet. Vous êtes sûr ? demanda t-elle incertaine. »
Il ne répondit pas mais posa sur elle un regard qui ne lui laissait guère le choix que d'accepter. Elle tendit faiblement la main pour les attraper. Leurs doigts se frôlèrent. Il put voir ses joues devenir rouge. Quant à lui, ce contact lui souleva le cœur, pas comme une envie de vomir non, plutôt comme une petite secousse très rapide. Étrange sensation pensa t-il. Alors qu'il s'éloignait, elle lança : « Donnez-moi ce pancréas de biche finalement, je veux montrer à Ron en quoi j'ai métamorphosé le dernier garçon qui m'a causé trop d'ennuis ». Il ne put réprimer un sourire qu'elle avait sûrement dû voir.
