Chapitre III. L'aspi-venin

Severus n'en revenait toujours pas de ce qu'il avait fait. Offrir des fleurs à une femme ? N'importe quoi. Qui plus est, à une élève. Il ne savait pas pourquoi il était devenu si gentil avec ses élèves. Non. Ce n'était pas ça, il n'était pas gentil avec ses élèves. Il avait était gentil avec elle seulement. Peut-être parce que son malheur n'était pas sans rappeler le sien.

Le lundi suivant, une semaine avant le bal du printemps, il avait eu cours de potion avec les septièmes années de Gryffondor et Hermione Granger avait osé lui glisser un mot avec sa copie en début de cours. Elle le remerciait pour le bouquet mais avouait que cela n'avait pas eu l'effet escompté. Ronald Weasley s'était moqué d'elle et ne l'avait pas cru. À la lecture de ce billet il frappa du point sur la table. Tous les élèves cessèrent leur préparation de potions et le regardèrent.

« Attendez-vous que je vous retire des points ? Rien ne doit vous perturber. Reprenez immédiatement votre travail, siffla t-il »

Les élèves s'exécutèrent mais Hermione Granger l'interrogeait du regard. Il ne s'en souciait guère, il ne voyait que Weasley en train de rire allègrement avec Potter en faisant des petits signes à une fille du premier rang. Quel imbécile ! Severus sentait la colère gagner du terrain sur sa volonté, il aurait bien écrasé Weasley pour s'être moqué d'elle comme ça. Il ne perdait rien pour attendre, il n'en resterait pas là. À la fin du cours, il somma Hermione de venir le voir.

« Qu'est ce qu'il te veut ? demanda Ron

- Rien qui ne te concerne Ronald répondit-elle sèchement.

- Ah mais j'y suis, c'est lui qui veut t'inviter au bal ? Le voilà ton beau prétendant. » Il s'esclaffa et Hermione arma son poing, prête à cogner mais Harry intervint avant et éloigna Ron. Hermione s'avança alors jusqu'au bureau de son professeur.

« Miss Granger, je suis désolé pour la déplorable attitude de votre… » il marqua une pause et continua « ami ».

Ne vous en faites pas, il est simplement en colère contre moi parce que je l'ai plaqué cet été.

Ne voudriez-vous pas lui donner une bonne leçon ?

Comment ? Retirer des points ne vous suffit plus ? répondit-elle en riant.

J'ai simplement une idée, pourquoi ne pas prétendre avoir un garçon à vos pieds, transi d'amour et vous débrouiller pour trouver quelqu'un qui fait l'affaire le jour j ?

Ron n'y croirait jamais, il n'est pas bête à ce point.

Je peux vous aider si vous vous chargez de trouver quelqu'un, n'importe qui, pour le jour du bal. Il n'y aura qu'à prétendre que c'est celui qui vous courtise depuis le début de la semaine, vous pourrez vous en débarrasser à la fin du bal.

Je ne comprends pas ce qui vous pousse à m'aider. Vous avez changé professeur.

J'ai besoin d'occupation, depuis la fin de la guerre, je n'ai que mes cours et mes recherches. Je ne suis pas contre un peu d'action, si l'on peut appeler ça comme ça.

Très bien, que suggérez-vous alors ?

Il vous faut des marques de passion sur le corps, dit en réfléchissant. J'ai un outil pour aspirer le venin de serpent qui, lorsqu'il est utilisé trop longtemps, fait l'effet d'un suçon sur la peau. Utilisez le sur votre cou, suggéra t-il avec autant d'enthousiasme que s'il avait trouvé une potion pour ramener les morts à la vie.

Hors de question, s'offusqua t-elle.

Pourquoi pas ?

Ce n'est pas réaliste, il n'y croira pas, et surtout ça ne sera pas agréable, je me trompe ?

Non, en effet. Que suggérez-vous ?

Faites-le-vous, dit-elle, une lueur de défi dans le regard

Elle suggéra cela avec tellement de désinvolture, Severus en resta bouche bée. Il n'allait quand même pas l'aider corps et âme ? L'âme suffisait.

Je refuse Miss Granger, vous êtes mon élève, ce n'est pas correct.

Dégonflé ! »

Elle jeta ce mot avec provocation. Severus n'en revenait pas. Pour qui se prenait elle ? Il avait le malheur de faire tomber le masque de la chauve-souris des cachots et elle le traité de dégonflé ? Cela le mettait hors de lui. Sans plus attendre, il fondit sur elle, plaçant sa bouche juste sous la mâchoire. Elle poussa un cri de surprise mais le laissa faire. Il suça avec beaucoup de délicatesse la peau fine de son cou. Au bout d'une minute, il se retira et la regarda dans les yeux. Elle semblait avoir du mal à respirer et ses yeux brillaient. Elle était tellement proche qu'il sentait son souffle effleurer l'arête de son nez. Puis, ce fut elle qui se rua sur lui, sur ses lèvres. Elle l'embrassa d'abord doucement, puis avec fougue, forçant le passage derrière ses dents. Il pensa d'abord la repousser mais il n'en avait pas la volonté. Lorsqu'elle s'arrêta son visage se décomposa. « Excusez moi professeur, je ne sais pas ce qui m'a pris. »

Elle s'enfuit à toute jambe, le laissant seul, les bras ballant, la bouche encore grande ouverte. Que c'était-il passé ? C'était surréaliste. Hermione Granger l'avait embrassé, une femme, une élève surtout. Reprend toi Severus. Il devait pourtant reconnaître qu'il avait aimé ça, la chaleur de sa bouche, son odeur, son regard … Elle le regrettait surement maintenant. Comment pourrait-il en être autrement ? Il ne la laisserait pas le rejeter, il ne pourrait le supporter. C'est lui qui la rejetterait si elle semble s'approcher de lui.