Cher lecteur,
J'avais dans l'idée d'écrire quelque chose à l'ambiance très Noël, et puis après je me suis dit que vu ma propension à en faire, j'écrirais sûrement plusieurs scènes de Noël sans aucun rapport avec les autres... et alors une excellente amie m'a sans le vouloir donné l'idée de faire un mini-recueil de quatre scènes Johnlock inspirées des quatre saisons (je sais, j'aurais pu me creuser un peu plus la tête pour le titre, mais bon).
Malgré l'usage abusif que je fais de leurs personnages, je tiens à rappeler que John Watson et Sherlock Holmes ne m'appartiennent pas plus que le dragon dans mon salon n'est carnivore: ils sont sortis des entrailles spirituelles (hem, navrée pour l'image repoussante) de Sir Arthur Conan Doyle et de ses dignes successeurs Mark Gatiss et Steven Moffat.
Sur ces bonnes paroles, cher lecteur, je te souhaite une excellente lecture!
...
Automne.
Je déteste, je déteste quand Mycroft fait cela: me kidnapper sans explication pour me parler de Sherlock et de ses problèmes, puis me lâcher après un entretien sinistre dans une rue inconnue de moi, et dont je ne sais absolument pas où elle commence, où elle finit, et surtout comment elle va pouvoir m'aider à rentrer à Baker Street.
J'enfonce mes mains dans mes poches d'un geste rageur. Evidemment, je n'ai pas mon téléphone, et je ne peux qu'espérer voir passer un taxi à proximité qui pourrait me prendre.
Et voilà qu'en plus il se met à pleuvoir.
Une première goutte glaciale s'écrase sur mon nez et je l'essuie d'un geste machinal, mais elle est vite suivie par ses nombreuses froides consoeurs. De grosses gouttes crèvent les nuages qui s'amoncellent au-dessus de ma tête et elles tombent par milliers, se fracassant sur le sol dans un rythme étrangement envoûtant.
Oh, fait chier.
Je n'ai rien contre la météo londonienne, vraiment rien. J'aime son inconstance et cette impression que le ciel n'en fait qu'à sa tête, la vague conviction que le temps peut virer du bleu au gris, du rose au noir, en quelques minutes d'une transition presque artistique. Mais pour assister à ce phénomène fascinant, il va sans dire que je préfère être bien au chaud à Baker Street, blotti dans le canapé moelleux du salon et enroulé dans un tas de couvertures.
De préférence avec Sherlock roulé en boule contre mon flanc.
Je retiens un sourire en remontant au maximum le col trempé de mon pull, et même la sensation désagréable de la laine mouillée contre ma peau ne suffit pas à l'effacer de mes lèvres. La vérité, c'est que la simple pensée de Sherlock suffit à me mettre de bonne humeur. Sherlock et ses longues mains pâles qu'il aime passer sur mon ventre, Sherlock et ses doigts de pieds toujours glacés qu'il frotte amoureusement contre mes mollets, Sherlock et ses boucles folles qui caressent son front quand il penche la tête en me regardant.
Sherlock… et sa haute silhouette sombre qui se dessine soudain à travers le rideau de pluie?
Je me fige et, complètement immobile, je le regarde avec effarement s'avancer droit sur moi à grandes enjambées. Enveloppé dans son long manteau, il brave les intempéries sans ciller, ses yeux incandescents braqués sur moi; il ne s'arrête finalement qu'à quelques centimètres de distance à peine, et un frisson me secoue de la tête aux pieds en sentant son corps si proche du mien. Je le regarde, un peu perdu. Comment a-t-il su que j'étais ici ?
-Mycroft m'a prévenu, dit Sherlock, devinant ma question silencieuse.
Je regarde, presque hypnotisé, les gouttes d'eau glisser lentement jusqu'aux pointes de ses boucles détrempées et rouler sur sa peau luisante.
-Il n'aurait pas dû te condamner à rester dans le froid, continue Sherlock d'un ton amusé, mais je crois qu'il n'a pas su résister à l'idée de me prévenir de ta situation pour me voir accourir à ton secours…
Il réprime un gloussement moqueur.
-Malgré tous ses efforts pour paraître dénué de cœur, Mycroft est désespérément romantique, raille-t-il.
Je lui fais un sourire timide, mais soudain une quinte de toux violente me déchire la gorge. Sherlock fronce les sourcils, une expression inquiète se peignant aussitôt sur son beau visage.
-Tu es resté là combien de temps, John ? demande-t-il d'un ton pressant.
Il se penche sur moi et ses doigts chauds enveloppent mon cou de chaque côté, ses yeux papillonnant de mon pull gorgé d'eau de pluie à mes lèvres engourdies. Ses traits se durcissent.
-Je vais le tuer, je l'entends grincer entre ses dents.
Il se redresse et dénoue calmement son écharpe bleue, avant de la passer tendrement autour de mon cou. Je tente de me dégager, de lui rendre son écharpe, mais ses doigts fermes emprisonnent mes poignets et son regard intense me cloue sur place.
-John, fait Sherlock d'un ton rassurant, tu vas prendre froid si tu ne te réchauffes pas un peu, et nous connaissons tous les deux ta résistance aux basses températures…
Je suis obligé de m'incliner face à cet argument inattaquable; je laisse retomber mes mains avant de fermer les yeux, savourant la douce chaleur de l'écharpe de Sherlock autour de mon cou. Quand je rouvre les paupières, Sherlock s'est également délesté de son manteau et le passe autour de mes épaules d'un large mouvement souple. Malgré la chaleur bienvenue qui envahit mes membres, je me prépare à protester – Sherlock ne porte qu'une chemise, bon sang ! -, mais il m'interrompt d'un baiser sur les lèvres.
Sans surprise, mes mots repartent aussitôt d'où ils venaient et pendant une seconde je me sens fondre contre la bouche de mon amant.
Quand il se sépare de moi, une chaleur subtile se répand comme un liquide brûlant dans tout mon corps, en partant de mes lèvres. Sherlock me donne une brève caresse sur la joue, et je me laisse paresseusement aller contre sa paume.
-On va te ramener au chaud, me souffle-t-il à l'oreille.
Avant de bondir soudain en avant, agitant ses bras tendus dans tous les sens pour attirer l'attention du taxi qui vient d'apparaître de l'autre côté de la rue. Je le regarde se précipiter à sa suite, gigotant comme un fou derrière le véhicule, et j'en profite un peu pour admirer les muscles fermes de son dos et de ses épaules jouer à travers le tissu trempé de sa chemise… La pluie assombit un peu plus sa chevelure indomptable à chaque seconde qui passe, et l'eau ruisselle sur ses bras pour goutter du bout de ses doigts blancs. J'inspire un grand coup, et c'est l'odeur unique de Sherlock qui imprègne d'un coup tout mon corps, s'exhalant comme un sortilège olfactif de son manteau si confortable... ce dernier a réussi à arrêter le taxi et me fait désormais de grands signes triomphants.
Malgré les moqueries de Sherlock, je ne suis pas sûr que Mycroft soit le plus romantique des deux frères Holmes...
...
Hé hé voilà, c'était mon premier essai de courte-fic-en-quelques-chapitres sur du pur fluff Johnlock... j'espère que ça t'a plu! N'hésite pas à laisser une review en attendant le deuxième chapitre, la semaine prochaine!
