Eh bien cher lecteur, je présente devant tes yeux le troisième chapitre de mon recueil de saisons...

J'espère que ça te plaira!

...

Printemps.

Je souris, laissant la brise légère de ce début de mois d'avril caresser mon visage. Les yeux fermés, les bruits du parc sont encore plus agréables; les pépiements aigus des oiseaux au-dessus de ma tête, le bruissement doux du vent frais dans les feuilles des arbres… mes pas me mènent docilement vers l'avant, pas après pas sur le chemin de terre, et je sens de temps à autre le bras de Sherlock frôler le mien.

Je lève les yeux vers lui; il arbore un air franchement maussade. Sherlock a tellement râlé quand j'ai proposé cette balade au parc que j'ai presque failli abandonner l'idée, mais alors Mycroft lui a envoyé un SMS qui l'a plongé dans un état d'agacement tel qu'il a aussitôt accepté ma proposition, prêt à faire n'importe quoi pour sortir le plus vite de notre appartement.

Alors nous voilà dehors, Sherlock engoncé dans son manteau noir totalement incongru en cette saison mais dont il refuse obstinément de se séparer, moi marchant à côté de lui, rythmant chacune de ses longues enjambées par deux des miennes. Nous croisons quelques couples, couchés dans l'herbe et assis sur un banc, et tous ont l'air amoureux et comblé des gens qui sortent pour s'embrasser dehors parce qu'il fait beau. Je lance un regard de biais vers Sherlock; ses yeux sont braqués droit devant lui, son nez tendu en avant comme pour scinder le vent en deux. La brise déplace ses boucles brunes avec une délicatesse presque polie, et une mèche de cheveux rebelle vient former une petite pointe arrondie, juste derrière la tendre courbe de son oreille.

Je sens immédiatement le besoin presque douloureux de lisser de la main ce ruban de boucles, mais je me retiens; Sherlock est déjà suffisamment nerveux comme ça.

-Alors? je demande à la place, d'un ton enjoué, maintenant mes doigts fermement en place contre ma cuisse. Ce n'est pas si terrible, pas vrai?

Sherlock me lance un œil ennuyé.

-Tu veux parler du vacarme insupportable que ces volatiles criards produisent? répond-il en faisant de grands gestes théâtraux. Ou de cette lumière aveuglante et totalement hors-saison?

Je sens ma gorge se serrer; Sherlock est presque en train de crier à présent.

-Ou bien peut-être de cette atmosphère écoeurante de bons sentiments et d'hormones déchaînées? finit-il dans un crescendo effrayant.

Je sens ma lèvre inférieure trembler; je suis partagé entre l'envie de pleurer et le désir de gifler Sherlock pour lui faire reprendre ses esprits…

Oh et puis zut.

Je tourne les talons et m'éloigne d'un pas rapide dans la direction opposée. Sherlock crie mon nom mais je n'hésite pas et continue à marcher; mes yeux me brûlent, je vois flou, mes oreilles bourdonnent. Et moi qui pensais lui changer un peu les idées avec cette balade au parc! J'ai eu bien tort de penser que je pouvais faire quoi que ce soit pour les aider, lui et ses egos dévorants.

J'entends des pas précipités derrière moi et Sherlock m'attrape par l'épaule, me forçant à me retourner vers lui. Il a l'air normal à nouveau, et ses traits contrits sont déformés par le remords.

-John, je suis désolé, déclare-t-il d'une voix vibrante. Je…

-Laisse-moi! je m'exclame avec colère en me dégageant de son étreinte. J'en peux plus, j'en ai marre de me faire piétiner sans arrêt par tes sautes d'humeur imprévisibles et toujours, toujours agressives…

Sherlock se maintient toujours à ma hauteur; il a l'air complètement paniqué à l'idée de m'avoir blessé pour de bon.

-J'étais de mauvaise humeur contre Mycroft et je me suis défoulé sur toi, explique-t-il d'un air honteux. Je ne pensais pas vraiment ce que j'ai dit…

Je m'arrête net.

-Tu ne comprends vraiment pas, pas vrai? Les bruits des oiseaux que tu détestes, la brise de printemps, même les amoureux qui s'embrassent dans les coins… tout ça, c'est moi! C'est moi parce que j'aime le printemps, la chaleur du soleil et les feuilles qui remuent dans les arbres!

Sherlock ouvre de grands yeux.

-C'est moi parce que je t'aime, toi, et que je voulais juste te montrer un de mes endroits préférés, je finis faiblement. Alors quand tu dis que tu le détestes…

-John, je suis tellement désolé, je ne savais pas… dit Sherlock d'une voix suppliante. Je…

-Laisse tomber, Sherlock, je l'interromps, le cœur encore gros. Viens, on rentre.

Mais alors que je m'apprête à repartir vers la sortie du parc, je sens la main hésitante de Sherlock attraper la mienne. Mon cœur s'arrête, et moi aussi; je regarde Sherlock, ses doigts qui enferment les miens, Sherlock à nouveau.

-John… souffle-t-il. S'il-te-plaît.

A ces mots, je sens toute ma colère fondre comme neige au soleil ; les joues de Sherlock sont rosies par l'appréhension, et il a l'air terrifié à l'idée que je me dérobe à nouveau. Je m'approche de lui, mon visage plus qu'à quelques centimètres du sien.

-D'accord, je reste, je lui concède. Continuons cette balade.

Sherlock lâche un long soupir de soulagement ; ses doigts s'enroulent un peu plus fort autour des miens.

-Mais d'abord, embrasse-moi, j'ajoute d'un ton sans appel.

Je sais que Sherlock n'est pas un grand fan des démonstrations d'affection en public, mais là j'ai juste vraiment besoin de sentir ses lèvres contre les miennes.

-Là, maintenant ? Devant tous ces gens ? hésite Sherlock.

Mon expression inébranlable semble répondre à sa question, puisqu'il se penche lentement vers moi et me donne un long baiser très doux, ses lèvres chaudes remuant gentiment contre les miennes tandis que sa main glisse derrière ma nuque. Après quelques secondes délicieuses, je me dégage doucement.

-Alors ? je dis d'une voix taquine. Les hormones déchaînées, les bons sentiments... est-ce que c'est si terrible ?

Sherlock, les lèvres encore humides après notre baiser, esquisse un sourire rassuré.

-Je suppose… que je pourrais m'y habituer.

Je lui décoche un sourire éclatant, et nous reprenons notre route, nos doigts toujours entrelacés.

...

Dis donc, on a frisé la dispute, là... j'avoue, je ne savais pas trop comment j'allais m'en sortir en l'écrivant... mais finalement, ahhhhhaaa, tout ce fluff, je meurs! Ouf.

Dis-moi si ça t'a plu dans une review, et à la semaine prochaine pour le dernier chapitre!