-1Chapitre 8

Il était vingt et une heure lorsque le taxi de Brennan la déposa assez loin de la ferme pour qu'elle ne soit pas repérée. Il n'y avait aucune maison à au moins deux kilomètres aux alentours et elle fut surprise de constater que la ferme était abandonnée. La porte d'entrée était à moitié détruite ce qui lui permit d'entrer facilement à l'intérieur. À première vue, tout était délabré et poussiéreux mais une casserole remplie d'eau chaude lui prouva qu'il y avait bien quelqu'un à l'intérieur. Brennan prit la tige en ferraille qui était à côté de la cheminée et continua à s'enfoncer dans la maison. Le silence qui y régnait était assourdissant, c'est pourquoi elle prit la précaution de se déplacer très lentement pour ne faire aucun bruit.

- La ferme !

Une voix d'homme venue des escaliers menant au sous-sol avait retentit sans prévenir et Brennan lâcha l'objet en fer qui heurta le sol dans un vacarme surprenant. Brennan récupéra la tige en fer et se cacha de façon à voir qui remonterait ces escaliers sans être vue.

- Qui est là ? cria l'homme.

Brennan le vit apparaître; il était grand, avait une barbe de plusieurs jours et le dos courbé. Ses yeux lançaient des éclairs et son regard noir était effrayant. Il passa à quelques mètres de Brennan sans la voir. Il entra dans son salon et elle en profita pour descendre les escaliers. Arrivée en bas, elle entendit des pleurs venant d'une pièce tout près d'elle. Elle s'approcha d'une grille très semblable à des barreaux de prison et découvrit un tout petit corps secoué par des sanglots dans une robe blanche toute légère. Un trognon de pomme était posé par terre à côté d'une bouteille d'eau peu transparente. Brennan leva le loquet de la grille, la poussa et entra dans la pièce.

- Louisa ? chuchota-t-elle.

- Qui êtes-vous ? sanglota la petite.

- Je suis Tempérance Brennan et je viens pour te sortir de là.

- Jerry m'a dit la même chose, répondit Louisa en montrant du doigt un corps inanimé dans la petite pièce mitoyenne, de la taille d'un placard.

Tout à coup, Brennan entendit un bruit de métal. Elle se retourna et constata avec horreur que l'homme l'avait enfermée avec la fillette dans la pièce

- Alors elle veut jouer à cache-cache avec Manny la petite dame ?

Brennan se mit debout.

- Pas si petite que ça en fait. Elle va se présenter sinon je lui tire dessus, ajouta-t-il d'un ton grave en pointant son arme sur elle.

- Je m'appelle… Rebecca.

- Et qu'est-ce qui vous a fait venir ici ?

- Rien. J'ai entendu dire que la maison semblait inhabitée alors je suis rentrée. Comme j'ai entendu du bruit au sous-sol, je suis descendue.

- Vous n'allez pas me faire croire que vous êtes ici par hasard ! Se fâcha l'homme. Vous sortirez peut-être vivante si vous faites ce que je vous dis.

Brennan et Louisa l'entendirent remonter à l'étage.

- Pourquoi tu as dit que tu t'appelais Rébecca ? demanda Louisa à voix basse

- Il ne vaut mieux pas qu'il sache qui je suis, répondit Brennan.

- Où est Verona ?

La question ne surprit pas vraiment Brennan mais elle fut soulagée de pouvoir lui annoncer au moins une bonne nouvelle quant à la santé de sa sœur.

- Verona est en sécurité et tu la retrouveras bientôt.

- Mais je ne retrouverai jamais Bryan, papa et maman. Ils sont morts.

Louisa avait dit ces mots d'un ton tellement froid qu'un frisson parcouru le dos de Brennan.

- Je suis désolée Louisa.

C'est à ce moment que l'homme réapparut aux barreaux.

- Elles vont boire ça les petites dames, dit-il en leur tendant un gobelet chacune. Allez, allez, on se presse !

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Brennan.

- Du poison.

L'homme explosa d'un rire cruel qui aurait pu faire frémir Chavez.

- Ce sont des somnifères, déclara Louisa en allant chercher son gobelet. C'est pour qu'on dorme.

- Voilà ! Il faut demander aux habitués de la maison.

- Il n'est pas question que je m'endorme.

L'homme stoppa son rictus, son visage se crispa et ses yeux s'agrandirent.

- Tu vas boire ça comme ta copine et tu te la fermes sinon je te tire dans la jambe, c'est clair ?

Brennan ne supportait pas d'être traitée ainsi mais elle n'était pas en position de décider de quoi que ce soit. À son tour, elle saisit son gobelet et retourna auprès de la fillette.

- T'inquiètes pas, lui dit Louisa en buvant. C'est vraiment des somnifères.

Si Brennan ne connaissait pas son âge, elle lui aurait donné au moins quatorze ans. Imitant Louisa, elle but la totalité du gobelet sous la surveillance de l'homme.

- Dormez bien, mes jolies. De toute façon c'est l'heure, il est vingt-deux heures passées.

Booth regarda sa montre. Vingt-trois heures. Lui et son coéquipier roulaient depuis une bonne demi-heure et la pluie martelait toujours les vitres de la voiture.

Sur le siège passager, le frère de William Chavez, Billy Chavez, ne cessait de gesticuler.

- Arrêtes de bouger, Billy. C'est troublant pour celui qui conduit.

- Et toi arrêtes de stresser, on avancera pas plus vite.

- Dans quelle galère est-elle encore allée se mettre ? Pourquoi est-ce qu'elle avait besoin de partir seule ?

- Elles a essayé de te joindre mais ton téléphone était éteint.

- Oui. C'est de ma faute, soupira Booth.

- Non, c'est pas ce que je voulais dire, Booth.

- S'il lui arrive quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais.

- Si ça se trouve, elle a passé la nuit dans un hôtel, elle t'attend avant d'agir et toi tu t'inquiètes pour rien.

Booth regarda Billy.

- Tu ne la connais pas pour dire une ânerie pareille. Bones n'attend pas que quelqu'un décide d'agir pour faire quelque chose.

Ce fut autour de Billy de dévisager Booth.

- Tu sors avec elle ?

- Non !

- Alors tu dois drôlement tenir à elle.

- C'est ma partenaire, se justifia Booth.

- C'est tout ?

Booth regarda Billy puis reposa ses yeux sur la route, assombrie par la nuit.

- Non.

Lorsque le soleil se leva sur la ferme, l'homme qui détenait Brennan et Louisa prisonnières se réveilla de bonne humeur. Ses deux prisonnières devaient encore dormir jusqu'à midi avant que les effets du somnifère ne s'arrêtent. Ils descendit vérifier qu'elles dormaient avant de monter dans son 4x4 en direction du supermarché le plus proche. Arrivé en ville, il faillit percuter une voiture qui roulait bien trop vite et qui fila sans demander son reste.

Il était sept heures lorsque Booth arriva dans la ville qui longeait le parc Aligos.

- Tu roules trop vite, Booth.

- Je fais attention.

A ce moment, il faillit percuter un 4x4 de plein fouet ce qui le poussa à ralentir son allure.

- Tu vas nous tuer ! S'il y a deux morts dans le journal demain, ce sera nous et pas ta copine et la petite.

- Mais non, je contrôle.

Le reste de la route fut quand même long et Booth et Billy ressentirent un soulagement lorsqu'ils se garèrent à une centaine de mètres de la ferme Hoffman. Le jour s'était levé et Brennan et Louisa auraient eu le temps de se faire tuer au moins cent fois. Booth s'efforça de chasser cette pensée noire de sa tête.

- On dirait qu'il n'y a personne, remarqua Billy.

- Entrons. Et sors ton arme, conseilla Booth.

Les deux agents entrèrent et traversèrent la cuisine à grandes enjambées puis le salon et toutes les pièces de l'étage en essayant d'y trouver un quelconque signe de la présence de Brennan ou Louisa.

- Sortons, il n'y a rien, dit Billy.

- Attend, on dirait qu'il y a un sous-sol.

Ils descendirent les escaliers et Booth avança le premier jusqu'aux barreaux de fer.

- Bones !

Il souleva le loquet et ouvrit la porte de fer.

- Bones, réveillez-vous ! Louisa ?

- Chhhhut ! S'il y a quelqu'un, il va t'entendre. Emmenons-les dans la voiture et barrons-nous, dit Billy.

- Prend la petite.

Booth passa ses bras sous le dos et les genoux de Brennan et la souleva. Billy fit de même avec Louisa et l'un derrière l'autre, il regagnèrent la voiture.

- Je conduis, tu es crevé toi, déclara Billy.

- Je vais à l'arrière avec elles-deux.

Billy démarra en trombe de chez Hoffman et une demi-heure plus tard, ils étaient sur l'autoroute, en route vers chez eux. Louisa et Brennan étaient allongées sur Booth qui se trouvait au milieu d'elles-deux. Elles semblaient dormir profondément, d'un sommeil sans rêves.

- Pourquoi ne se réveillent-elles pas ? demanda Booth.

- Tu devraient prendre exemple sur elles, dors.

Mais Booth ne pu s'endormir. Ce fut au bout de deux longues heures de route que Brennan se réveilla. Elle n'ouvrit d'abord pas les yeux et la première chose qu'elle sentit fut une main posée sur son bras droit. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle constata que la main appartenait à un corps contre lequel elle était appuyée. Elle releva la tête de l'épaule de Booth et essaya de voir où elle se situait.

- Bones ? Comment vous sentez-vous ?

- Je… Est-ce que j'ai eu un malaise ?

- Non. Non, je ne crois pas.

- Oh, ce sont les somnifères, je me souviens.

- Pourquoi avez-vous pris un somnifère ?

- Vous choisiriez quoi entre vous faire tirer dessus ou prendre un somnifère ? J'ai hésité mais Louisa m'a conseillé le somnifère…

- Quel humour ! s'exclama Billy.

- Je ne crois pas que ce soit de l'humour, Billy.

- Non, ce n'était pas de l'humour, confirma Brennan.

Le sourire qui était apparut quelques secondes plus tôt sur le visage de Billy disparut aussitôt.

- Je ne veux pas la connaître davantage. Ton amie est cinglée, Booth.

- Comment nous avez-vous trouvées ? demanda Brennan en ignorant la remarque de Billy.

- De la même manière que vous avez trouvé Louisa et avec les indications de Hodgins.

- Et on va où là ?

- On va où ?! répéta Billy, surpris. Eh bien, on va à l'hôpital.

- Pourquoi ?

Billy s'apprêtait à faire une nouvelle remarque mais Booth l'en empêcha.

- C'est bon Billy, on a compris; Bones est cinglée.

- Je ne suis pas folle, se défendit Brennan.

- Faites semblant, ça fera plaisir à Billy.

- Oh, ma tête, se plaignit Brennan. J'ai besoin d'aspirine.

- Billy, regarde dans la boîte à gants, je dois avoir des comprimés et de l'eau.

Brennan avala son médicament et appuya de nouveau sa tête sur l'épaule de Booth pour s'endormir. Après cette épreuve un peu effrayante, elle trouvait agréable de se sentir rassurée et de pouvoir se reposer.

Pour la deuxième fois en trop peu de temps, Brennan se réveilla dans un hôpital. Elle se releva, se servit un verre d'eau et but une longue gorgée; elle se sentait prête à soulever des montagnes. Elle descendit de son lit, sortit dans le couloir et aperçut Booth en train de discuter avec un médecin. Lorsqu'il la vit il coupa court à sa discussion, remercia le médecin et se dirigea vers Brennan.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-elle.

- Quatorze heures et j'ai réussi à faire signer à un médecin un permis de sortie pour quatorze heures. C'est pas merveilleux ? dit-il en secouant la papier devant ses yeux.

- Si, dit Brennan, pensive. Si. Merci. Quel jour on est ?

- On est vendredi comme tout à l'heure dans la voiture, vous vous souvenez ? demanda Booth en souriant à son tour.

- Ah… Oui. Où est Louisa ?

- Elle s'est remise sur pied plus vite que vous mais elle est en compagnie d'une psychologue pour enfant qui fait très bien son travail. Elle n'a subit aucun sévices sexuels, elle était juste mal nourrie, expliqua Booth.

- Bien.

- Je vous ramène chez vous ?

Brennan rassembla ses affaires et monta dans la voiture. Elle appuya sa tête contre la vitre et regarda dehors pendant toute la première moitié du trajet, sans dire un mot, ce qui intrigua Booth.

- Il y a un problème ?

- Comment ?

- Vous n'avez pas l'air bien, vous n'avez rien dit depuis qu'on est partis de l'hôpital.

- Si, ça va, répondit-elle en continuant regarder dehors.

Booth attendit de voir une place libre sur le bord de la route et il se gara.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Brennan.

- Il y a que je vois bien que ça ne va pas et vous faites comme s'il n'y avait rien, dit-il en la regardant.

Brennan regarda ses pieds.

- Ce n'est pas important, dit-elle.

- Si, ça l'est.

- J'ai perdu le collier que ma mère m'a offert pour mes quatorze ans. Celui avec la pierre ovale vert jade. Mais je vais m'en remettre.

Elle avait dit ça en gardant les yeux fixés sur ses chaussures puis elle avait de nouveau tourné la tête vers l'extérieur. Elle espérait que Booth n'avait pas vu ses yeux humides mais elle se trompait.

- Vous l'avez perdu où ? demanda-t-il.

- Dans le Nouveau Mexique, je crois.

Booth n'insista pas. Il aurait pu lui dire des tas de choses pour la réconforter mais ses paroles n'auraient eu aucun effets; Brennan avait l'impression d'avoir perdu la seule chose qui la reliait à sa mère. Il la déposa chez elle un peu avant quinze heures puis retourna au FBI.