-1Chapitre 9

Alors que le soleil se couchait, le téléphone de Brennan retentit dans toute la maison. Elle leva le nez de son livre et alla décrocher.

- Brennan, annonça-t-elle.

- Joyeux anniversaire ma chérie ! Je sais que ce n'est pas un bon jour pour toi mais j'espère que l'année qui va suivre sera meilleure.

- Merci Angela, ça me fait plaisir de t'entendre. J'avais oublié que c'était aujourd'hui mon anniversaire, avec tous ces évènements…

- Joyeux anniversaire ! raisonna la voix de Hodgins dans l'écouteur.

- Jack ! s'indigna Angela. Mes voisins ! Jack est persuadé que mes vieux voisins sont sourds comme des pots mais il se trompe complètement.

- Dis-lui merci et dis-lui aussi de prendre soin de toi. Je suis nulle pour étaler mes sentiments et je déteste faire ça mais je vais le faire quand même. Tu es la personne qui compte le plus pour moi, Ange'. Peut-être ce qui m'est arrivé de mieux.

- Je le savais déjà mais ça fait toujours quelque chose de l'entendre. Jack ?! Brennan t'ordonne de prendre soin de moi sinon elle te fait virer !

Brennan éclata de rire. Elle remercia Angela de l'avoir mise de bonne humeur puis raccrocha, un sourire pendu aux lèvres. Elle ne pensait même plus à la tristesse qu'elle avait ressentit lorsqu'elle avait effacer le message vocal de son frère sans même l'écouter. Elle se réinstalla dans son fauteuil et reprit sa lecture. Lorsqu'il fut l'heure de dîner, elle avala un café et un morceau de pain puis replongea dans son livre. Vers vingt-trois heures, elle ferma son livre, repensa au coup de téléphone d'Angela et un sourire s'afficha de nouveau sur son visage. Sa sonnette retentit alors. Elle se leva, se dirigea vers sa porte en se demandant qui pouvait bien lui rendre visite à cette heure tardive.

- Mais… il est tard ! s'exclama-t-elle en réalisant que la seule personne capable de lui rendre visite à cette heure après Angela ne pouvait être que lui.

- Oui mais minuit n'est pas passé alors je ne suis pas en retard, on peut même dire que je suis en avance d'une heure en fait !

Booth entra en souriant jusqu'aux oreilles pendant que Brennan refermait la porte en souriant elle aussi puis elle repris un air sérieux avant d'ajouter :

- En avance pour quoi ?

- Vous n'avez pas pu oublier ça, Bones, c'est impossible !

Brennan soupira puis elle rétorqua dans un sourire :

- Si Angela ne me l'avait pas rappelé tout à l'heure, je l'aurais oublié. Asseyez-vous, dit-elle en désignant le canapé.

- Merci. Comment allez-vous depuis tout à l'heure ?

- J'avais le moral un peu bas mais Angela me l'a remonté au téléphone, raconta-t-elle en prenant place à côté de lui.

- Ah bon ? Et comment a-t-elle fait, ça m'intéresse !

- Vous allez être déçu : elle n'a rien eu besoin de faire. Sa bonne humeur permanente m'a contaminée. Pourquoi êtes-vous venu aussi tard ?

- Pour vous voir.

- Oui mais pourquoi à cette heure-ci ?

Booth hésita.

- Parce que j'ai eu besoin de… plus de temps que prévu pour trouver votre… cadeau.

- C'était inutile de perdre votre temps, je n'aime pas les cadeaux, avoua Brennan.

- Je sais et c'est pourquoi je me suis efforcé d'être original. Le premier est un cadeau que je vous dois donc ce n'est pas réellement un cadeau. Mais ce n'est pas celui-ci qui m'a pris le plus de temps. Tenez, ouvrez.

Brennan saisit le sachet que Booth, impatient, lui tendait.

- Vous remarquerez que je ne l'ai pas emballé pour qu'il ressemble le moins possible à un cadeau, précisa-t-il alors que Brennan sortait une boîte d'un sachet.

- J'aurais du m'en douter, des calissons. Je vais les manger tout de suite parce que je n'ai rien mangé ce soir et j'ai très faim. De toute façon vous devez m'en acheter une par jour, c'est bien ça ?

- Vous oubliez votre anniversaire mais évidemment vous n'oubliez ce que je dis. Vous êtes un phénomène rare, Bones ! dit-il sur le même ton que prennent les journalistes pour annoncer une catastrophe naturelle.

- Merci, je vais me régaler, dit-elle en souriant du coin de la bouche.

- Le deuxième est un cadeau qui va vous remonter le moral et que je n'ai ni fait ni acheté. Par définition, ce n'est pas un cadeau.

Brennan secoua la tête de gauche à droite, ne comprenant pas pourquoi Booth avait fait tout ce cinéma. Il sortit de sa poche une boule de papier orange qui emballait quelque chose de la taille d'une noisette. Il posa le papier au creux de sa propre main et demanda à Brennan de l'ouvrir.

- Booth, c'est un peu trop mystérieux pour moi tout ça, dit-elle ce sourire toujours collé aux lèvres.

- Allez-y.

Petit à petit et avec le plus de lenteur possible, elle écartait le papier. Elle regarda Booth et quand elle s'aperçut qu'il ne souriait plus, elle lui demanda d'un air amusé :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis trop longue ?

- En fait, j'ai oublié une partie du cadeau. Voilà, dit-il en sortant un paquet de mouchoirs de sa poche. Continuez, c'est bon.

Ce fut au tour du sourire de Brennan de disparaître. L'amusement avait fait place à l'inquiétude et elle ne savait plus si elle voulait ouvrir le paquet ou non.

- Vous ne voulez pas savoir ce que c'est ? demanda Booth.

- Votre air sérieux et cette histoire de mouchoirs m'en ont dissuadée.

- Faites-moi confiance, allez-y.

Brennan reprit l'ouverture de son cadeau. Lorsqu'elle poussa le dernier coin de papier, elle prit une longue inspiration pour ne pas laisser l'émotion s'emparer d'elle mais une larme avait déjà coulé sur sa joue. Elle ne s'attendait pas du tout à ce cadeau et encore moins à avoir une telle réaction mais à la vue du bijoux vert jade brillant dans la main de Booth, une boule s'était formée dans sa gorge sans qu'elle puisse l'en empêcher. Elle voulait dire quelque chose mais rien ne venait. Elle regarda droit devant elle en s'efforçant de reprendre ses esprits et elle sentit la main de Booth lui essuyer furtivement la joue. Elle se recula.

- Je vous le met ?

Elle acquiesça. Booth saisit le collier, le passa autour du cou de Brennan puis l'attacha.

- Où l'avez-vous trouvé ? finit-elle par demander d'une petite voix.

- Dans la bibliothèque de Chavez mais vous avez fait un tel bordel que ça m'a pris plus longtemps que prévu ! s'exclama-t-il.

Cette réflexion eut pour effet de faire rire Brennan. Elle ferma les yeux puis regarda Booth droit dans les yeux.

- Je…

- Chhhhut, la coupa Booth. Quand on ne sait pas quoi dire, on ne dit rien.

Elle continua de le regarder pendant un temps infini, sans aucun bruit, puis comme si Booth avait sentit que ce n'était pas le bon moment, il se recula et se leva du canapé.

- Il est temps que je rentre chez moi, dit-il en prenant sa veste.

Brennan ne réagit pas.

- Bonne nuit Tempérance et joyeux anniversaire.

Il sortit de la maison comme il était entré une heure auparavant, sa veste à la main, un sourire sur les lèvres. Brennan resta un instant abasourdie par ce qui s'était passé puis elle alla se coucher sans enlever son collier.

Le lendemain matin, elle se réveilla sur son canapé. Elle avait du s'endormir dès que Booth était partit. Booth. Il s'était passé quelque chose de bizarre la veille et elle n'avait pas eu le temps de le remercier pour avoir retrouvé - et surtout cherché - son collier. Peu importe, elle le ferait aujourd'hui en s'excusant d'avoir été aussi lente à réagir. Elle prit aussi, pendant un court instant, la résolution de se coucher tôt le soir car elle sentait la fatigue s'accumuler.

- La fêêêêête ! s'exclama-elle à voix haute.

Elle avait complètement oublié la fête dont Angela lui avait parlé. Elle avait promis de l'y accompagner, elle devait respecter sa promesse même si ça ne l'enchantait guère. Elle se prépara un café, alla faire sa toilette, revint boire son café froid puis fonça au Jeffersonian. Elle n'avait aucune nouvelle des petites Julius. Lorsqu'elle arriva, elle vit Booth se garer à quelques mètres de là où son taxi l'avait déposé et elle le rejoignit.

- Booth !

- Bonjour Bones, ça va bien ?

- J'ai…Enfin j'ai pas eu le temps de… de vous remercier hier soir.

- Oui je vais bien, merci.

Brennan le regarda de travers.

- J'ai pas eu le temps de vous remercier pour le collier, répéta-t-elle alors qu'ils approchaient des marches de l'institut.

- Aucune importance, vous allez être très fâchée d'ici quelques minutes et croyez-moi, j'en suis désolé, annonça Booth de mauvaise humeur.

- Quoi ?

Booth accéléra le pas.

- Booth, que se passe-t-il ? demanda Brennan alors qu'ils entraient dans le laboratoire.

- Brennan, Booth ! Vous allez pas le croire ! J'ai comparé la terre de toute les chaussures de Klaus Bardy avec celle où ont été enterrés les corps des Julius et il n'y a absolument aucune correspondance. Même sur ses vêtements, je doute que Bardy soit l'assassin, annonça Hodgins.

- Est-ce que je t'ai demandé de faire ça ? demanda Brennan.

- Non, mais je l'ai fait quand même.

- Bardy aurait mentit, dit Booth. Pourquoi ?

- Pour qui, vous voulez dire, précisa Angela en venant rejoindre l'équipe. Quand on s'accuse de quelque chose que l'on a pas fait, c'est pour protéger quelqu'un.

- Est-ce que Bardy avait un lien précis avec quelqu'un de la boîte ? demanda Brennan.

- Pas que je sache, répondit Booth. Il ne me reste plus qu'à aller questionner Bardy jusqu'à le faire parler. Merci Hodgins.

Il se dirigea vers la sortie et entendit Brennan l'appeler.

- Booth ! De quoi parliez-vous tout à l'heure ? Booth !

- Rendez-vous au Bleu du Niagara à midi trente je vous expliquerez ! répondit Booth en sortant de l'institut.

- Whoua ! Comme c'est romantique ! Un rendez-vous hurler à travers un laboratoire, dit Angela en souriant.

- Angela…

A midi et demi, Brennan quitta l'institut et se rendit au restaurant. Booth attendait déjà, assis à une table, l'air inquiet.

- Désolée, je suis un peu en retard.

- Aucun problème. Bardy n'a rien voulu dire. Il soutient que c'est lui qui a commis ces meurtres mais c'est juste pour la forme; il ne croit même pas à ce qu'il dit, résuma Booth.

- Tout ça ne nous avance pas…

- Non. Vous voulez manger quoi ?

- Pareil que la dernière fois, et vous ?

- Vous n'êtes pas pour le changement. Je vais prendre comme vous pour goûter.

Ils commandèrent leur déjeuner et parlèrent de l'affaire jusqu'à ce que Brennan en arrive à parler des fillettes.

- Où est Louisa en ce moment ?

- Justement, je voulais vous en parler ce matin. Vous allez sûrement être fâchée et… personne ne pourra vous le reprocher.

Booth marqua une pause puis voyant que Brennan ne disait rien, il enchaîna.

- Louisa a été emmenée dans un orphelinat.

- Avec sa sœur…

- Non.

- Comment ça, non ?

- Ayant été retrouvée par le FBI au dans le Nouveau Mexique elle a dû être placée dans le système de là-bas.

Brennan n'y croyait pas. Les fillettes ne pouvaient pas être séparées comme ça. Il y avait sûrement un moyen pour les rassembler. Au plus vite.

- Mais… Il faut faire une demande pour… Je veux dire… On ne peut pas séparer Louisa de Verona, c'est inhumain, dit-elle d'un ton accusateur.

- Je vous ai déjà expliqué la situation. Il est impossible de les remettre ensemble en respectant la loi. J'ai fait une demande mais il y en a déjà tellement qu'elle risque de passer aux oubliettes. Je suis désolé, Bones, s'empressa-t-il d'ajouter.

- Vous pouvez sûrement faire quelque chose, Booth ! Elles ont forcément de la famille quelque part ! Elles ont perdu leur parent et leur frère, elle vont déjà vivre un enfer, Booth !

- Je sais, Bones. Ne croyez pas que ça ne me fait ni chaud ni froid ! D'après les Gracker, elles ont une grand-mère qui habite dans le centre des USA mais on ne l'a pas retrouvée, on avait trop peu d'indications.

- Vous n'avez qu'à demander à Louisa, elle saura le nom de sa grand-mère !

- C'est déjà fait, Bones ! Je vous jure que j'ai fait un maximum de démarches, je n'y suis pas arrivé.

De la tristesse se lisait dans les yeux de Booth mais aussi le regret de faire revivre à sa partenaire l'épisode difficile de sa vie où elle avait été séparée de son grand frère. Le visage de Brennan s'était décomposé à la découverte de cette mauvaise nouvelle. Elle avait assez souffert pour s'imaginer dans quelle détresse devaient se trouver les petites Julius.

- Voici votre déjeuner, bon appétit, dit le serveur d'une voix enjouée en apportant leur repas.

- Je n'ai plus faim, dit Brennan en quittant brutalement la table.

- Bones. Bones, attendez., dit Booth en l'empêchant de se diriger vers la sortie. Je suis désolé, j'ai fait ce que j'ai pu.

- Certainement pas.

Il n'y avait pas de colère dans sa voix mais son ton était rempli de reproches et Booth le sentit bien. Elle bouscula le serveur et les gens qui l'entouraient et s'enfuit dans la rue, laissant Booth seul sous le choc d'une réaction à laquelle il ne s'attendait pas. Il se doutait qu'elle serait en colère, mais pas contre lui.