20 Octobre 1916.
Côté Allemand, Guerre de Position.
Sergent Potter.
Je suis également désireux de connaître votre nom et âge. Je me prénomme Draco Lucius Malfoy mais appelez-moi plus simplement Draco. Je suis né un 5 juin 1896. J'ai donc vingt ans.
Je voudrais savoir comment vous êtes, aussi. Il me plaît de vous imaginer mais je préfère avoir des éléments concrets.
Je vous donne ce mouchoir sur lequel ma mère a brodé mes initiales en gage de mon existence.
Sachez que c'est réciproque, cet échange, bien que récent, est important pour moi. A vous, je sens que je peux tout confier. Je serai accablé d'apprendre votre décès et vous me manquerez.
Les hommes politiques sont plus fous que nous.
Cette promesse m'affecte, je vous remercie d'avance. Vous êtes quelqu'un de bon et généreux. Je ne comprends pas pourquoi vous êtes dans cette guerre également, c'est inhumain. Tout aurait pu être différent. Je les hais également. Mais peut-être étions nous destinés à être ennemis ? Si nous nous étions connus, peut-être nous serions nous détestés ?
J'ai trouvé les livres d'Hugo difficiles mais poignants de réalisme. J'aurai aimé finir Germinal, tout comme j'aimerai finir cette guerre. Je me répète, je le sais. Je pense sincèrement que vous n'êtes pas un lâche, Sergent.
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.
Verlaine, Soleils Couchants.
J'ai appris ce poème il y a quelques mois, un de mes hommes me l'a donné avant de mourir. J'apprécie la poésie comme tout ce qui est littéraire...
J'espère aussi qu'il survivra. J'espère revoir ma famille quand tout cela sera fini. J'espère que je vous rencontrerai et que nous irons à Paris. Je ne sais pas pourquoi votre mère pourrait être surveillée, mais il y a beaucoup de possibilités. Vous êtes déjà fort, croyez-moi, pour avoir vécu jusqu'à maintenant. Vous restez un humain, vous avez simplement besoin de dire ce que vous avez sur le cœur. Une mère ne devrait pas avoir à priver son fils de son humanité et de la seule chose qui lui permette d'avancer. Je ne pense pas que ce soit le cas de votre mère, Sergent. Avez-vous une fiancée ?
Je rêve jours et nuits de la fin de cette maudite belligérance. Je suis tenté de courir aussi avec un drapeau blanc. Mais je suppose que je serai dans le même cas que vous. A peine aurai-je mis ma tête hors de cet insipide boyau que ma cervelle se répandra sans doute pour se mêler au reste.
En effet, nous pourrions nous tuer sans le savoir. Est-ce mieux ? Je ne sais pas. Je souhaite de tout mon être de ne pas avoir à faire cela. Je veux que la paix vienne avant que nous nous rencontrions.
Je ne vous en veux pas, j'ai certes été inquiété par l'absence de retour mais si vous avez été blessé, il ne faut pas vous en excuser. Ce n'est pas votre faute. Comme je le disais plus tôt, je suis également attaché à vos lettres, si récentes soient-elles. Nous nous connaîtrons de mieux en mieux au fur et à mesure, si nous ne mourons pas avant. Pourquoi stupide et inconscient ? Je ne saisis pas. Mais sachez que je ne le pense pas.
C'est le petit matin. Au travers de la fumée, j'arrive à percevoir le croissant de lune. J'adore le ciel lorsqu'il est étoilé, que tout est calme et reposant. Lorsque la guerre semble ne pas exister, que seuls nos petits problèmes personnels nous préoccupent. Ici tout est calme. Mais c'est loin d'être reposant. Toujours le même défilé incessant des morts, des blessés, des médecins et des infirmières. Toujours ces visages que je que reconnais, à moitié ensanglantés, le crâne ouvert, éventrés, les membres arrachés, la bouche ouverte sur une plainte que la mort a étouffée. Et quand je dors, ces visages ne me quittent jamais. Souvent je me réveille, tremblant et en nage. Je me réveille et je vois qu'en fait, le cauchemar que je faisais n'est autre que la réalité.
Il me faut prêter ma plume à un autre qui l'a perdue. Rétablissez-vous bien.
Caporal Malfoy,
112e régiment d'infanterie.
Allemagne.
