28 Octobre 1916.
Côté Allemand, Guerre de Position.

Sergent Potter,
J'hésite également à vous appeler Harry. Mais puisque nous mourrons peut-être bientôt, je ne veux pas perdre de temps avec des manières alors permettez moi de vous appeler Harry. Vous pourrez m'appeler Draco quand bon vous semblera.
Je sais que je vais peut-être un peu vite mais je vous considère comme un ami. Quelqu'un de rassurant sur qui je peux compter. C'est un peu une ironie du sort, sachant que vous pouvez me tuer à n'importe quel moment.
Je vous imaginais brun mais je n'arrivais pas à imaginer plus. Il faut dire que je n'ai plus spécialement de temps pour m'adonner aux élucubrations de mon esprit...
Je chercherai une photographie d'identité de ma personne, elle doit être quelque part parmi mes papiers dans mon sac. Je ressemble beaucoup à mon père, je suis très blond aux yeux gris. De ce que je vois de vous, vous êtes plutôt bien fait. Je m'étonne que vous refusiez les avances des filles, après tout ce doit être facile. Mais peut-être cherchez-vous l'idéal ?

Il n'y a pas de quoi pour le mouchoir, si cela peut vous éviter de vous enfermer dans une folie sans nom, croyez-moi ce n'est rien.

Sachez que l'impatience de recevoir vos réponses se fait de plus en plus présente en moi. Je suis désolé que votre mère n'envoie plus rien, vous ne méritez pas cela. Promettez-moi aussi de m'écrire tant que vous serez encore vivant. Comme ça, je saurai s'il vous est arrivé malheur. Une poussée des vôtres a eu lieu toute à l'heure, j'ai empêché mes hommes de leur tirer dessus par peur de vous atteindre. Ce sont d'autres qui les ont abattus, j'ai prié pour que vous ne soyez pas parmi ces français.
Nous sommes comme des bougies. Lorsque nous sommes complètement consumés, on prend une autre bougie pour nous remplacer. Si notre flamme s'éteint, ce n'est pas bien grave, après tout. Il y en aura toujours d'autres pour prendre nos places. Avant, je rêvais de pouvoir. Maintenant, je rêve d'anarchie.

Oui, nous nous serions détestés. Je méprisais tout le monde. Je fais partie d'une famille de bourgeois, comprenez. Je n'étais qu'un prétentieux qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez et qui se fichait éperdument de comment allait le monde. Vous m'auriez forcément haï à un moment ou à un autre, Harry.

Nous sommes dans les mêmes conditions météorologiques que vous. J'ai attrapé mal - faible que je suis - et dans trois jours je serai en permission. Je continuerai à vous envoyer des lettres, bien sûr. Vous avez de la chance d'avoir mangé comme cela, si je puis utiliser ce terme. Nous n'avons pas touché à un repas chaud depuis belle lurette.

Je vis dans l'espoir aussi... Il est grand dommage que vous ne soyez jamais allé à Paris non plus. Il parait que la Tour Eiffel est époustouflante à voir tellement sa taille est impressionnante. Ma mère me racontait que la nuit, la ville s'illumine de mille feux qui se reflètent sur la Seine. Harry, du haut de la Tour, vous pourrez voir le ciel d'encore plus près. Nous regarderons les étoiles bienveillantes, milliers de points lumineux qui semblent si fragiles. Vous pensez qu'il y aura un restaurant en haut ? Si c'est le cas, je vous y inviterai.

Vous savez, il ne vaut mieux pas que l'arrière se rende compte de ce qu'est le front. Parce que pour qu'ils s'en rendent compte, il faudrait qu'ils le vivent. Et je ne tiens pas à ce que d'autres vivent cette horreur. Je suis sûr que vous êtes de mon avis.

Comment va votre blessure ?

Bien à vous,
Caporal Malfoy,
112e régiment d'infanterie.
Allemagne.