13 Novembre 1916.
Front Allemand, Guerre de Position.
Harry,
Je m'inquiète beaucoup de n'avoir toujours pas de réponse de votre part. Je sais que peut-être votre courrier met un peu de temps pour parvenir jusqu'à moi. Je ne peux cependant pas m'empêcher d'avoir peur... Je ne suis pas attentif à ce qu'il se passe autour de moi, toute à l'heure j'ai bien failli y rester si un brave ne m'avait pas tiré en arrière. Ma main gauche a été blessée, je suis heureux que ça n'ait pas été la droite ! Je n'aurais pu continuer à vous écrire et c'est ce qu'il y a de plus important pour moi. Cela peut paraître exagéré, l'importance que j'accorde à notre amitié. Que faire, si vous avez perdu la vie à Verdun ! D'après les retours que j'ai, l'Allemagne prend largement le dessus. Nous avons été fourni avec ces nouvelles armes, elles sont terribles. Nous avons également des gaz jaunes qui vous prennent à la gorge si bien que vous ne pouvez plus respirer et vous mourez misérablement, étouffé. Si vous êtes mort, je prie pour que vous n'ayez pas souffert. Mais que dis-je ! Vous n'êtes pas mort, n'est-ce pas ? Vous ne m'auriez pas laissé, là, seul. Je me sens horriblement seul, intrus au milieu des Allemands mais je ne peux pas aller de votre côté de toute manière. Si vous perdez cette guerre, je pleurerai avec vous. Si vous la gagnez, je serai aussi heureux que vous. Sauf si je meurs avant.
Il fait très froid, mes doigts sont congelés. Pas que mes doigts, mon corps tout entier tremble. Je suis couvert mais le froid parvient tout de même à traverser mes couches de vêtements. Il va neiger bientôt. La fièvre que j'avais ces derniers temps est retombée, tant mieux. Elle m'a fatigué plus qu'autre chose mais bon... Tant pis. On fait avec, n'est-ce pas ? Et puis que je sois fatigué ou non, pour ce que ça change. L'encre de ma plume gèle, je suis obligé de la réchauffer à la bougie... Les hommes se serrent les uns contre les autres pour garder de la chaleur. Le ciel est tout blanc, tout est calme. Je pense que les vôtres sont dans la même situation que nous. Le pire c'est la nuit. La température baisse vertigineusement. Deux jeunes hommes sont morts de froid hier. J'avais de la peine pour eux, ils se sont bien battus depuis le début et voilà que la nature avait raison d'eux ! Quelle injustice ! C'est inhumain que d'infliger cela. Une véritable torture, même pas une torture, il n'y a aucun mot pour décrire. Dire qu'il n'y a pas si longtemps j'étais au chaud, chez moi. En fait, les permissions sont là pour nous saquer encore plus le moral quand on revient. Je n'aurais peut-être pas dû revenir. Surtout si vous n'êtes plus là. A quoi sert tout cela ? Ce mot me sera peut-être renvoyé. Là, je saurais que vous ne faites plus partie de ce monde, Harry. J'attends d'avoir de vos nouvelles avec impatience. Avec espoir.
Aimez-vous la musique ? J'ai toujours admiré les quatre saisons de Vivaldi. Je pense à l'hiver présentement. Ce virtuose sait bien faire ressortir cette saison en musique, je trouve qu'elle y correspond parfaitement.
En souhaitant votre retour prochain,
Caporal Malfoy,
112e régiment d'infanterie.
Allemagne.
