Toujours partant pour de nouvelles aventures (qui pourraient malheureusement bien être les dernières) ! Un chapitre un peu 'calme' avant de retomber dans la tourmente.
Remerciements : A tous les lecteurs qui s'expriment ou restent anonymes. Continuez de me soutenir, ça fait toujours plaisir (j'espère que je n'ai oublié personne, sinon faites-le moi savoir). Et un grand merci à mon beta-reader (j'ai nommé Beru ou bloub). C'est vrai qu'en ce moment, ça ne sera pas du luxe de relire mes chapitres. Alors, on le remercie encore bien fort.
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Titre de la trilogie : Le requiem de l'espoir.
Titre du troisième volet : Le réveil des légendes.
Auteur : Elizabeth.
Spoilers : les QUATRE premiers tomes seulement.
Disclamer : Tout ce que vous allez lire ne m'appartient pas (sauf peut-être l'histoire, ce qui n'est que peu de choses). Ayant décidé d'écrire sur le monde d'Harry Potter, je tiens à préciser qu'il appartient à l'écrivain J.K Rowlling. Je ne touche donc aucun droit d'auteur et le travail que je fournis n'est pas dans un but lucratif.
Avertissement : PG-13 / T (pas pour le chapitre en lui-même mais pour les idées développées dans l'histoire, les scènes de violences et autres).
Résumé général de la trilogie : 1970. A l'aube d'une des noires périodes de l'histoire, Lily Evans, James Potter et ceux qui les entourent se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Cela leur vaudra de rentrer dans l'Histoire en liant leurs pouvoirs et leurs vies.
Résumé de ce qui s'est passé un peu précédemment ou comment remettre les pendules à l'heure sans relire les deux premières parties :
Lily Evans, jeune gryffondor, est une jeune fille un peu mal à l'aise et craintive, qui ne sait jamais trop quoi faire face aux autres. Même si son poste de préfète lui confère quelques prérogatives, elle préfère s'effacer devant les autres. James Potter est lui tout le contraire, fier d'occuper la scène et la plupart des potins de Poudlard, il participe activement à mener la vie dure à la jeune fille avec les maraudeurs. Pourtant, leurs deux dernières années passées à Poudlard n'étaient pas vraiment reposantes.
Lily enfin décidée à faire face aux autres découvre que sa baguette a appartenu à Viviane de Brocéliance, la fameuse fée du lac. Ses révélations lui redonnent courage et elle réalise avec ses deux amies, Julia Hindle et Mary Bones, une étrange cérémonie qui les pourvoit d'une magie ancestrale qu'elles se cachent cependant bien d'utiliser.
Alors que James Potter et Sirius Black farfouillent un peu trop dans le passé de certains de leurs professeurs, ils découvrent tour à tour que d'étranges secrets entachent leurs vies et souvenirs. De puissants sorciers qu'ils prennent tout d'abord pour des espions se révèlent en réalité bien chargés d'étranges missions. Et les deux jeune hommes commencent à soupçonner que tout cela soit lié aux étranges activités dont Beltégueuse Black, la mère de Sirius, aurait fait partie avant de mourir assassinée. Les étudiants de Poudlard semblent être le centre de préoccupations bien plus importantes qu'ils ne le croient. Leurs dernières aventures les ont menés à assister au renouvellement de la magie de Poudlard (au péril de leurs vies).
Pendant ce temps là, la vie politique et publique du monde de la magie bascule peu à peu dans une période obscure d'angoisse car le groupe de dissidents d'un mage noir nommé Voldemort commence à faire planer son ombre néfaste sur le pays.
Les sentiments de tous ses jeunes gens : amour, angoisse, jalousie, peur et regret, se mêlent dans un tourbillon alors que le calme longtemps précaire bascule à l'annonce de la mort du ministre de la magie le jour même des vacances.
Rappel
des personnages évoqués dans ce chapitre :
Bones Mary : Gryffondor, 7° année. Amie de
Lily, douce et discrète. Petite amie de Daniel Payne. Possède
d'étranges pouvoirs liés à la magie
élémentaire.
Darcey Line : Ancienne Gryffondor venant de France et retournée dans son pays d'origine. Ses parents étaient impliqués dans l'Opération Pégasus. Grand amour de Remus, c'est une fille douée et déterminée malgré les doutes qu'elle dissimule au fond d'elle
Evans Lily : Gryffondor, 7° année, préfète en chef. Possède d'étranges pouvoirs liés à la magie élémentaire ainsi qu'une baguette faite par Viviane de Brocéliande.
Hindle Julia : Gryffondor, 7° année. Amie de Lily, sympathique et décidée. Possède d'étranges pouvoirs liés à la magie élémentaire
Lupin Remus : Gryffondor, 7° année. Lycanthrope, c'est un maraudeur discret, réfléchi et toujours un peu triste. Profondément amoureux d'une petite française.
Evans Elizabeth : Bibliothécaire. Mère de Lily.
Evans Pétunia : Sœur de Lily. A une extrêmement forte réaction de répulsion pour tout ce qui a attrait à la magie.
Hindle Eleonore : Mère de Julia et Christopher. Elle travaille pour le département des catastrophes magiques.
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LE REQUIEM DE L'ESPOIR
3 Le réveil des légendes.
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Chapitre 1 : AU FOND DES BOIS.
Cécile Lambel plaqua le petit sac de papier déjà gluant de graisse sous son bras en prenant soin de ne pas tacher sa veste et repoussa la porte vitrée de la boulangerie d'un geste fatigué. Ses petites chaussures claquèrent sur le macadam du trottoir où se pressaient déjà de si bonne heure de nombreux moldus aux visages austères et fatigués, portant à bout de bras de lourdes sacoches. Un homme chauve la bouscula presque et elle serra involontairement son sac contre sa poitrine. Et voilà, une magnifique tache de graisse sur sa chemise. Elle soupira et reprit son chemin d'un pas décidé. La jeune femme abandonna la foule qui se ruait vers la bouche de métro et elle bifurqua dans une petite rue attenante. Un coup d'œil par dessus son épaule l'informa que personne ne la suivait, juste une femme d'un certain âge qui claquait la porte d'entrée de chez elle, un paquet de lettres ternes à la main. Un soupir glissa entre ses lèvres et Cécile ferma les yeux. Un léger souffle de vent la parcourut et sa peau frissonna sans qu'elle s'en rende compte. Après tout, elle était habituée à la désagréable sensation du transplanage.
Dans le hall du ministère les sorciers se pressaient, arrivant par les hautes cheminées accompagnés d'une gerbe de flammes vertes. Quelques-uns la toisèrent avec un air hautain. Pourtant, ils avaient beau pour la plupart occuper de hauts postes à responsabilités, elle savait parfaitement qu'on la lorgnait ainsi avec supériorité pour mieux camoufler le désir et l'envie qui pointaient dans la plupart des regards. Car Cécile Lambel, petite sorcière assez jeune aux cheveux ternes, travaillait pour le département des mystères sous la responsabilité d'Henri Baltimer. Attaché au bureau de surveillance des pouvoirs inordinaires des sorciers, l'homme en savait plus que quiconque sur les gens car la plupart de son travail était confidentiel. Les gens fichés n'étaient pas au courant qu'ils subissaient une surveillance particulière ou encore que certains sorts leur étaient appliqués sans qu'ils ne s'en rendent compte.
Cécile dépassa le vigile, le regard à demi-assoupi, ses bajoues tressautant quand il interpellait un travailleur. Alors qu'elle se dirigeait vers la grille dorée de l'ascenseur, une voix cria son nom et elle se retourna pour découvrir un garçon aux cheveux très courts, un sourire sur les lèvres. Elle s'arrêta et plaqua sa sacoche contenant de la paperasse et manqua bien de faire tomber les croissants. Cécile remit avec rapidité une mèche de cheveux qui lui balayait l'œil depuis déjà quelques minutes. Sa main fit mine d'épousseter ses joues qui se mirent à rougir.
« Ha, bonjour, Damien ! »
« Dis, c'est pour moi, ces charmantes gâteries moldues ? »
« Certainement pas, rétorqua t'elle en éloignant prudemment le sachet presque rutilant de beurre du regard intéressé de l'homme. »
« Pour Baltimer, comme d'habitude ! Cet homme a beau être un véritable asocial qui ne décoche jamais un mot aux membres des autres bureaux, il trouve le moyen de se faire apporter des croissants par sa charmante assistante ! »
« Tu as tort de parler de Baltimer comme ça, répondit Cécile en plissant les yeux. »
« Allons, tu ne voudrais pas que je fasse faire une petite mutation au département des sports magiques ? Je connais quelqu'un qui aimerait volontiers avoir une petite secrétaire comme toi ! »
« Ha bon, je ne vois pas qui c'est ! »
La jeune femme poussa un petit rire puis jeta un coup d'œil à sa montre pour se rendre compte qu'elle allait finir par être en retard.
« Et bien, pour me faire pardonner, dis à cette très chère personne que je l'invite à dîner avec moi, ce soir à Borrow Ground. Disons, vingt heures, ça te va ? »
L'homme parut enfin satisfait mais la jeune femme s'esquiva rapidement alors qu'il voulait l'embrasser. Des collègues le regardèrent avec appui et il se sentit un peu honteux en laissant la jeune femme disparaître derrière la grille ouvragée de l'ascenseur.
Le bureau d'Henri Baltimer était une vaste pièce à la décoration assez sobre. Le bois sombre de son bureau reluisait, ciré avec application et les papiers s'empilaient soigneusement en petites piles, le tout classé par ordre et importance. Un vaste tapis persan recouvrait le parquet de chêne ambré et Cécile se rattrapa à la poignet de cuivre de la porte en penchant le haut de son corps par l'entrebâillement.
« Entrez donc, Cécile ! »
Aussitôt, elle s'exécuta et se présenta presque en sautillant devant son supérieur. Le sac de croissants beurrés bien en évidence au bout de son bras tendu, elle jeta un regard au front plissé et déjà soucieux d'Henri Baltimer.
« Je vois que vous avez pensé à moi. Ce n'était pas indispensable, vous savez ! »
« Ne racontez pas de mensonges, monsieur, je sais parfaitement que vous adorez les croissants modlus ! »
Cécile Lambel prit une pose un peu austère et agita son index comme pour réprimander un petit garçon. L'homme finit par redresser la tête et adressa un sourire à sa secrétaire.
Henri Baltimer n'était pas un homme très intéressant, peu bavard et assez banal à vrai dire. Seules ses prérogatives faisaient sentir dans les conversations, quand arrivait par inadvertance que son nom soit prononcé, une légère et rapide froideur, témoignant cependant d'un intérêt tout particulier. Mais après tout, toute personne travaillant pour le département des mystères semblait être assez extraordinaire pour les autres sorciers. De plus, c'était un homme qui était en haute connivence avec les plus grands secrets. Pourtant, les secrets que traitait Cécile se contentaient d'être des feuilles à moitié élimées par le temps et soigneusement rangées dans d'épais dossiers poussiéreux à la couverture craquelée.
Une petite demi-heure passa et la jeune femme s'était mise au travail tandis que son chef l'avait abandonnée, prenant en compte certaines directives que le ministère du département des mystères devait lui fournir. Quand il revint, une liste attendait sur son bureau bien en évidence. Il hocha pensivement la tête et s'assit pour la relire avec attention. Son regard buta sur une ligne et il repassa lentement dessus. Puis sa main vint frotter son menton glabre avec insistance, signe que quelque chose l'affectait particulièrement.
« Cécile, pouvez-vous me sortir le dossier n° 1278, s'il vous plait. J'ai bien peur qu'il nous faille nous en occuper rapidement. »
La jeune femme abandonna les parchemins sur lesquels sa plume courrait et elle se leva rapidement. Elle prit sa baguette à la main et passa dans la réserve attenant à son petit bureau. D'un geste lent du poignet, elle lança un sort et quelques instants plus tard, un album à la couverture de cuir brun lui sauta dans les bras. Elle le rapporta rapidement à Baltimer qui aussitôt passa de longues minutes à inspecter chaque page avec une minutie de bureaucrate.
Le soir venu, Cécile se dépêcha de sortir du ministère. Il était déjà vingt heures et des dossiers urgents ainsi que des recherches à faire pour le dossier 1278 lui avaient pris la plupart de l'après-midi. Henri Baltimer l'avait laissée depuis une heure en lui remettant des directives.
« Contactez cette personne rapidement. Ce soir même, je ne pense pas que vous la dérangerez. Si elle accepte, vous lui enverrez immédiatement le dossier. »
Alors qu'il calait son chapeau sur son crane, il se retint et se retourna vers sa petite secrétaire qui le regardait toujours avec un regard admiratif.
« Et bonne soirée, Cécile ! Ne rentrez pas trop tard ! »
Elle lui avait dit de ne pas trop s'inquiéter et s'était replongée dans la législation pour vérifier un détail sur un dossier récent. Maintenant, l'épais dossier calé sous son bras, elle avait donné un coup de baguette à sa jupe de couleurs fades et le col de sa veste s'était arrondi et avait pris une jolie teinte crème. Un peu plus tard, ses cheveux soigneusement relevés à force de magie, elle dépassa le vigile qui bailla en la regardant passer. Arrivée dehors, un léger transplannage la porta dans la petite ville de Borrow Ground.
Ses talons claquaient sur le pavé et elle pestait silencieusement contre le maudit dossier qu'elle se devait d'emmener avec elle. Il lui faudrait s'en charger immédiatement après le repas. Pourtant, ses pas saccadés ne la conduisirent pas bien loin car une silhouette capée de noir surgit de derrière un réverbère dans un grésillement d'étincelles. Cécile Lambel fit un pas en avant et se demanda qui pouvait bien ainsi transplaner sous son nez. Elle plaqua sa manche devant son visage en attendant que la fumée se dissipe. Alors, enfin, elle vit que l'on dirigeait dangereusement la pointe d'une baguette vers elle. La femme poussa un petit cri et n'eut pour réaction que de tenter de se protéger du plat du dossier. Un jet d'étincelles calcina le cuir qui dégagea une forte de grillé. Elle chuta à terre sous le choc et ne vit qu'une lumière verte se répéter avant de fermer les yeux.
L'homme observa le corps à ses pieds et après avoir détourné la tête du bout du talon de sa chaussure, il se pencha et ramassa le dossier avant de le faire disparaître dans ses vêtements. Sa main se tendit instinctivement vers sa baguette pour marquer le lieu du signe qu'il vénérait et craignait à la fois. Pourtant, on lui avait bien stipulé que la marque des ténèbres ne devait en aucun cas apparaître au dessus du meurtre. Enfin, il se résigna et glissa la baguette de frêne à sa taille avant d'adresser un sourire navré au cadavre.
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Au dessus de la forêt, le soleil brillait déjà haut quand le jeune homme manqua de tomber de son lit à la voix de sa mère qui l'appelait pour le déjeuner. Il sortit des draps un peu raides en se frottant les yeux et s'étira souplement avant d'aller ouvrir le volet. Un rayon lumineux l'aveugla et il le filtra entre ses doigts écartés pour contempler silencieusement les alentours. La petite maison de chaux blanche était tapie dans les fourrés sombres, couronnée de la cime penchée par le vent de quelques hêtres qui se balançaient doucement dans la brise. Au loin, à travers la vallée, il distinguait vaguement les toits gris de Newcastle. Des nuages mités par le ciel bleu s'élançaient au-dessus de lui et voilèrent la lumière matinale. Il s'étira une dernière fois et referma la petite fenêtre vitrée.
Ses pas le menèrent lentement aux escaliers et la voix chuintante de sa mère le rappela à nouveau. Arrivé dans la petite cuisine, il découvrit la femme aux cheveux maladroitement attachés dans son cou, des mèches ébouriffées dépassaient de son chignon et son visage un peu pâle rendait sa chevelure terne. Le jeune homme soupira et tira une chaise en paille pour s'asseoir dessus. La pièce regorgeait de douces odeurs capiteuses qui se mêlaient pour entêter ses habitants. Sa mère se retourna et fit apparaître d'un coup de baguette un succulent déjeuner. Remus jeta un coup d'œil devant lui avant d'attaquer une de ses tartines et ses œufs au plat.
Ruth Lupin était courbée en deux au-dessus de l'âtre et son chaudron bouillonnait déjà doucement. Elle coupa quelques herbes avant de les jeter une à une. Un nuage de fumée apparut et la masqua aux yeux de son fils. Au plafond pendaient de longues grappes d'herbes et de plantes que sa mère, après les avoir cueillie en connaisseuse, avait pris soin de faire sécher. Il vit même une nouvelle gerbe de dandelions dont la sève luisait encore sur les tiges. Il soupira et posa sa tête dans le creux de sa main avant de voir que le journal était arrivé. Remus le déplia avec précaution, tentant de ne pas le tacher et commença à parcourir évasivement les pages recouvertes de petits caractères.
Rien de bien nouveau, pensa t'il en détaillant une brève qui exposait les difficultés que rencontrait le ministère pour tenter de ramener le calme. Depuis que le ministre de la magie avait été assassiné, personne ne lui avait encore succédé et les jours passaient lentement sans qu'aucun nom ne soit annoncé. Un souffle un peu plus fort que les autres le fit se retourner vers sa mère et la découvrit le visage rougi par la vapeur, ses cheveux collants à ses temps. Elle lui adressa un sourire en voyant que son fils l'observait puis repartit dans sa potion.
« Qu'est ce que tu prépares de si bonne heure ? »
« Un remède pour Mme Pregins. Je dois le lui apporter aujourd'hui. »
Il fit une petite moue et replongea dans sa lecture alors que la grosse horloge derrière lui sonna la demi. Ruth Lupin avait toujours élevé son fils avec beaucoup d'amour et celui se désolait parfois de la voir peiner pareillement pour des sorciers qui la remerciaient à peine et prononçaient son nom avec une petite pointe d'appréhension. Bien sûr, quelqu'un touché par la flamme d'Eleusis était un peu particulier, différent des autres même mais Remus pensait qu'on pouvait parfaitement vivre avec. Sa mère s'en sortait très bien, à part qu'elle ressentait toujours le besoin d'aider les gens par son don et cela gênait toujours Remus de la voir s'escrimer ainsi dans un dur labeur pour si peu de considération.
Quand il était petit, bien avait de rentrer à Poudlard, sa mère l'avait mené chez un sorcier qui lui avait demandé une pommade que Madame Lupin avait mis des jours et des nuits à préparer, veillant sur la cuisson de chaque ingrédient avec une minutie appliquée. Et bien, l'homme les avait remercié et avait refermé la porte d'un geste sec, laissant sa mère sur le petit perron alors que lui était accroché à sa longue robe pourpre. Sur le chemin du retour, il lui avait demandé si tous les gens étaient comme ce sorcier prétentieux qui se croyait mieux qu'elle. Après tout, s'il faisait appel à Ruth Lupin pour confectionner ses pommades, c'était qu'il n'était pas assez doué pour les faire lui-même. Sa mère avait déposé un baiser sur son front, entre ses petits sourcils lissés par le gel, et avait répondu dans un sourire que les gens ne voyaient pas toujours la flamme d'Eleusis d'un bon œil. C'était un peu comme les personnes qui se révélaient posséder un troisième œil. Ce don pour les plantes et la nature l'avait marqué dès son plus jeune âge et s'était même déclaré dans le soin des blessures qu'elle guérissait par apposition de ses mains. C'était pour cela que son blason était marqué d'une flamme dont les gens se détourner par crainte.
Remus réagit en entendant le corbeau de sa mère toquer de son bec contre la vitre. Il se releva et laissa l'oiseau pénétrer dans la maison au caractère rustique. A côté de la porte, reposait le vieux balai de sa mère et une serpe d'or était accroché à une patère. Sa mère se retourna et vit l'oiseau debout sur la table de bois, occupé à becqueter la tartine tandis que le jeune homme retourner avec appréhension une petite enveloppe de couleur crème marquée d'un sceau de cire bleue. Les doigts du garçon s'agitèrent comme pour l'ouvrir mais il la reposa à côté de son assiette pour terminer de déjeuner. Rien ne semblait avoir changé en lui ; c'était toujours le même visage longiligne aux traits tirés, les cheveux châtains glissant discrètement dans son cou et sur son front, cette petite fossette sur la joue gauche et le grain de beauté à côté de l'œil. Seul son regard gris avait perdu son habituelle allure de tristesse, ce regard empreint de nostalgie, brillait maintenant d'une petite lueur guillerette qui tressautait dans sa pupille.
« Tu ne l'ouvres pas, demanda Ruth Lupin en se redressant et essuyant la sueur qui pointait sur son front. »
« Pas tout de suite… »
« Tu as raison. Il vaut mieux faire durer les bonnes choses, pouvoir les déguster avant qu'elles ne disparaissent… »
Remus releva la tête et vit que sa mère s'était détournée de la cheminée, et s'était appuyée sur le plan de travail carrelé, les poings serrés. Il vint se blottir derrière elle et noua affectueusement ses bras autour des épaules de la femme. Son menton reposa sur sa clavicule un peu osseuse et il sentit sa mère sangloter. Il se tendit et son dos se mit à lui faire mal, ses muscles noués douloureusement. Quelques minutes passèrent ainsi et ce fut le croassement de l'oiseau qui le fit sortir de sa léthargie. Sa mère le repoussa gentiment et reprit son travail.
« Allez mon grand ! Va donc lire cette lettre, je sais que tu en meures d'envie. »
Il acquiesça et commença à monter les escaliers. Au mur pendait un bouquet de fleurs séchées que Remus ne regardait même plus depuis le temps. Il était composé de fleurs des champs, qui avait eu beau faner, étaient tout de même rester de magnifique beauté. Le bouquet de mariage de sa mère était à mort tout comme l'homme que Ruth Lupin avait juré d'aimer toute sa vie.
Armand de Lancastre était apparu un beau jour, une sacoche de cuir sous le bras, un bâton de bois à la main pour l'aider à marcher. Son regard pétillait de bonne humeur quand il avait croisé sur le sentier menant à la petite maison Ruth Lupin, une jolie jeune femme aux grands yeux en amandes. Il l'avait poliment accosté, un léger accent voilant ses mots et lui demanda si elle connaissait une dénommée Ruth Lupin. Il avait en effet beaucoup entendu parler d'elle par des connaissances qui lui avaient vanté ses remèdes. Lui-même médecin, il avait d'abord levé un sourcil soupçonneux en entendant parler de tels pouvoirs car l'homme était bel et bien un moldu et ne se doutait pas de l'existence des sorciers. Un jour, une femme était venue dans son cabinet, un petit garçon dans les bras et il s'était étonné car elle ne faisait pas partie de sa clientèle. Alors qu'il la questionnait, elle lui avait répondu que son mari se procurait d'excellents remèdes dont elle n'aurait jamais soupçonné l'efficacité. Soucieux, Armand de Lancastre avait abandonné assistante et cabinet, traversé la Manche et parcouru le sol britannique à la recherche de cette étrange femme.
Et voilà qu'il venait de la trouver dans ce petit coin de forêt sauvage, un panier d'osier sous le bras, ramassant quelques fleurs. Elle avait eu la politesse de l'inviter à boire le thé et un violent orage en fin de soirée avait empêché l'homme de repartir. Il n'était en réalité jamais retourné en France et avait vécu de longues années de bonheur en compagnie de sa femme. Un peu étonné de découvrir tant d'étrangetés dans l'univers de Ruth, elle avait fini par lui avouer la vérité. Deux longues et paisibles années s'étaient écoulées et le médecin avait repris son métier, visitant les malades des villages alentour tandis que Ruth confectionnait les préparations pour ses clients. La tranquillité du bois cachait ainsi la petite maison recouverte de chaux, abritant avec douceur le couple. Ruth vaquait toujours à ses occupations quand un heureux événement eut lieu.
Le petit garçon qui naquit fut prénommé Remus de Lancastre et la clairière résonna rapidement de ses pleurs tandis que sa mère cueillait avec amour et application quelques fleurs. Il grandit et appréciait quand son père l'emmenait dans la forêt voir des écureuils ou quelques lapins qui se terraient aussitôt dans leur terrier sur son passage. Remus était un petit garçon sage qui aidait parfois sa mère à cueillir quelques plantes quand il ne jouait pas en compagnie de son petit chien au pelage doré.
Pourtant, deux ans avant de rentrer à Poudlard, il se réveilla en pleine nuit pour se souvenir que son chien était resté dehors alors que la neige tombait. D'un pas agile, il descendit les petites marches de bois puis parcourut avec discrétion la cuisine avant d'enfiler son manteau accroché derrière la porte. La lourde clenche se souleva et retomba dans un petit bruit de ferraille. Quelques instants plus tard, il était dehors, les pieds dans la neige duveteuse qui tombait et maculait son visage de larmes. Il resserra le pan de son manteau et s'avança maladroitement dans la futaie noire des arbres dénudés. La nuit était tombée depuis de longues heures et il erra ainsi à travers la forêt qu'il connaissait si bien. Pourtant aucunes traces du petit chien ne marquaient le manteau neigeux et il finit par s'asseoir grelottant de froid sur une vieille souche d'arbre à moitié pourrie. Le froid engourdissait ses membres et la neige cristallisait sur sa tête, nimbant ses cheveux d'un voile pailleté. La lumière de la lune, grosse et ronde dans le ciel le rassura un peu et il siffla entre ses doigts qu'il avait porté à sa bouche. D'abord, rien ne lui répondit puis enfin, il crut discerner un petit couinement plaintif au loin. Remus reprit son chemin, tendant l'oreille aux couinements étouffés qui lui parvenait sourdement.
Tout à coup, il entendit un terrible cri bestial. Aussitôt, il se mit à courir, les branches fouettant son visage. Les racines et mottes de terre encore herbeuses le faisaient sournoisement trébucher. Il manque de tomber à quatre pattes dans la neige puis se reprit pour remonter en courant un petit monticule, le souffle court, lâchant de longs nuages de buée opaque devant lui. Le spectacle qu'il découvrit le laissa immobile, les bras ballants. En contre-bas, son petit chien s'était tapi avec méfiance devant le monstre qui lui faisait face. L'animal était imposant, son garrot bien plus haut que tous les gros chiens que Remus avait eu l'occasion de voir. Son échine était recouverte de longs poils sombres collés entre eux par l'humidité, ses oreilles pointues dressées en l'air pour entendre le moindre bruit. Le garçon vit la bête s'avancer souplement à pas feutrés et le petit chien aboya courageusement, comme pour faire fuir le monstre. L'énorme loup grogna sourdement et découvrit une terrible rangée de crocs acérés. Sa mâchoire scintilla à la clarté de la lune et Remus se rendit alors compte que le loup qui était devant lui n'avait rien d'ordinaire. Il leva avec frayeur son visage vers le ciel et découvrit en déglutissant l'énorme astre laiteux qui laissait retomber sa lumière tamisée dans la futée noire et blanche du bois. Le loup-garou poussa un hurlement sinistre et d'un bond souple se jeta sur le petit chien au pelage doré. Remus poussa alors un terrible cri et tomba à terre. Son petit chien tenta de s'enfuir mais le monstre jeta une puissante patte en l'air et le fit rouler dans la neige. Une gerbe de sang jaillit et inonda la neige immaculée. Le garçon voyant le carnage se saisit d'un bâton solide et poussa un cri de rage. Son chien glapit lorsque la gueule du monstre se referma sur lui. Ses petits cris plaintifs disparurent dans la nuit opaque et Remus se retrouva stupidement devant la bête aux babines retroussées et sanglantes, les lambeaux de chair entre les griffes de ses pattes.
Il comprit enfin son erreur et en voyant l'animal s'intéresser alors à lui, il fut pris de panique. Il serra ses doigts sur l'écorce rappeuse du bois et fit un petit pas en arrière. Dans le regard ambré de l'animal brillait une étincelle démoniaque qui illustrait parfaitement que le réveil du meurtre par le sang frais avait décuplé la sourde rage qui tambourinait dans sa poitrine velue. Il fit un bond vers le garçon qui aussitôt partit en courant. Dans sa cavalcade, Remus abandonna son bâton et entendit le cri du loup retentir au lointain alors qu'il reprenait en courant la sente qui menait à la maison. La chevauchée du loup était rapide et le garçon sentait une peur sourde monter en lui. La première frayeur était passée mais c'était maintenant qu'il avait le plus peur. Ses pas malaisés dans la neige le désespéraient et chaque tronc d'arbre masquait une autre étendue neigeuse à perte de vue. Les bruits de courses retentirent dans son dos et il poussa un hurlement strident en entendant le souffle rauque de la bête sur son côté gauche. Apeuré, il avança encore de quelques mètres avant de trébucher dans les broussailles. Son petit corps roula dans la tourbe et il tenta vainement de se redresser.
Il cria de toutes ses forces. Le loup approchait d'un pas souple, dégustant d'avance avec une joie perfide la boucherie morbide qu'il allait s'offrir en cette froide nuit hivernale. Tout à coup, il reçut avec violence un bout de bois sur le museau et ébroua son lourd pelage d'un geste vif. Remus pleura en voyant son père apparaître entre les buissons d'églantiers. Il tenait à la main une petite dague d'argent qui appartenait à sa femme. Remus rampa jusqu'à ses pieds et son père l'attrapa brutalement par le col pour le redresser et le plaquer contre lui. Il ne protesta pas mais sentit sa gorge se nouer en voyant le loup-garou s'avancer à pas lents vers eux.
« Remus, cours jusqu'à la maison ! »
« Mais papa… Et toi ? »
« Ta mère m'a donné ceci. Ne t'inquiète pas ! »
L'homme lui désigna son arme rutilante et le garçon fut encore plus apeuré en voyant le regard brumeux de son père se poser sur lui. Armand de Lancastre ne se rendait pas compte de ce qu'il s'apprêtait à affronter. Il n'était pas un sorcier et même une bonne baguette magique ne serait pas forcément venue à bout du monstre. L'argent bien sûr était efficace mais alors que la main de l'homme se refermait sur le manche en ivoire du coutelas, la bête s'élança vers eux.
Remus se mit à courir talonné par son père à qui il avait donné sa main. Leur course maladroite les mena au petit carrefour de la pierre plantée. Ils ne se trouvaient donc pas loin de la maison, tout au plus une centaine de mètres. Le loup apparut devant en dérapant dans la neige alors que Remus s'était détaché de son père, voyant la silhouette massive de la petite maison.
Il n'eut pas le temps de s'arrêter que la bête bondit sur lui dans sa course. Remus roula à terre et se sentit étouffé par le poids énorme du monstre. Une douleur lui traversa l'épaule. Du sang chaud lui coulait sur le visage et il craint d'abord que ce ne fut le sien mais alors la bête poussa un hurlement terrifiant. Armand venait de plonger sur la bête et avait enfoncé avec brutalité la lame tranchante dans le flanc du loup. Remus s'extirpa à l'aide de ses mains et se redressa en titubant.
Son père se battait maintenant avec l'animal qui continuait de grogner. Ruth apparut, sa baguette à la main, ses cheveux détachés dans son cou, une cape à peine jetée sur ses frêles épaules. Remus se blottit contre sa mère et elle le repoussa derrière elle. Le tumulte de la bagarre était atroce, une mare de sang souillait déjà la neige piétinée.
« Maman, aide papa ! Je t'en pris ! »
« Remus. Tu sais très bien que je risque de toucher ton père. »
Sa voix étranglée par les larmes résonna encore longtemps aux oreilles de son fils. Un rayon bleu toucha la tête du loup qui se tortilla de douleur. Armand se redressa, et plongea à nouveau avec saccade le couteau dans la gorge. Sa mère jeta un dernier sort qui acheva le monstre. Son corps retomba mollement dans la neige et le garçon entendit la respiration haletante ralentir avant de disparaître dans un souffle sinistre.
Ruth s'élança vers son mari, agenouillé dans la neige, ruissellent de sang visqueux et puant.
Elle le traîna tant bien que mal jusqu'à la maison alors qu'il s'appuyait avec difficulté sur son épouse. Remus encore sous le choc suivit ses parents en boitillant. Armand se blottit dans un fauteuil et déclara à sa femme que ce n'était pas très grave. Il lui ordonna de s'occuper de leur fils et alors que Remus palissait toujours plus car la tête lui tournait. Elle le dévêtit rapidement et frictionna avec acharnement son corps frissonnant avec de l'huile de plantes. Le garçon ne tarda pas à s'écrouler dans ses bras, épuisé et elle déposa précautionneusement le petit corps sur le canapé.
Son mari tenta bien de se redresser pour lui assurer qu'il allait bien, que ce n'était que du sang de l'animal qui maculait ses vêtements. Elle aurait voulu le croire mais le força à s'allonger dans le grand lit dans lequel il partageait leurs nuits.
Elle le dévêtit rapidement lui aussi et manqua de défaillir en voyant la poitrine de son mari marquée de profondes griffures tandis que son bras n'était plus qu'une bouillie informe de chairs suppurantes. Elle sanglota tout en le soignant alors qu'il lui assurait qu'il ne fallait pas s'inquiéter pour lui mais pour le petit. Au fil des heures de la nuit, son corps fut parcouru de spasmes douloureux et il se mit à gémir sourdement. Elle nettoya avec soin les plaies, lavant à grande eau, sa chair à vif, tachant les draps de longues traînés rosées. Enfin à l'aube, Armand sombra dans le sommeil tandis que sa femme se redressait sa chemise de nuit rougeâtre et ses bras douloureux.
Elle descendit alors voir son fils qui se réveilla en se plaignant d'une atroce douleur dans son dos. Elle le mit au lit et passa de longues nuits, les mains plaquées sur l'articulation de son épaule. Il sentait alors une chaleur lancinante l'envahir en même temps que la fièvre, la brûlure s'intensifia et il retomba évanoui. Sa mère s'abandonna aux sanglots larmoyants en comprenant que tous les soins qu'elle prodiguerait à son fils ne pourraient qu'amoindrir sa souffrance et non pas guérir la morsure. Même ses mains se révélèrent impuissantes à faire disparaître les profondes marques qui avaient immolé la chair blanche de l'enfant.
Lorsque Remus se réveilla la fois suivante, plusieurs jours s'étaient écoulés et sa mère vint masser la profonde plaie avec un onguent qui soulagea un peu sa souffrance. Il resta dix longs jours couchés dans la moiteur des draps avec la température lancinant ses tempes, délirant de longues heures, parfois lucide quand la fièvre l'abandonnait. Il finit par pouvoir à nouveau marcher lentement et demanda à voir son père.
Ruth refusa et referma la porte de la chambre parentale. Le garçon plaqua son oreille contre la serrure pour n'entendre que de faibles gémissements. Il connaissant un petit trou dans la cloison qui lui permettrait d'en apprendre plus. Il se glissa donc jusqu'à sa cachette.
Ruth découvrit son mari s'agitant nerveusement dans les draps alors que son regard hagard tentait vainement de fixer son attention. Voir ce corps nu se débattre dans les draps en appelant désespérément, se contorsionner ainsi l'accablait et lui donnait la nausée. Pourtant elle vint s'asseoir au bord du lit et prit le corps tremblant de l'homme contre sa poitrine. Le dos marqué par le combat était couvert de meurtrissures qui prenaient une inquiétante couleur violette. Armand sanglota dans les bras de sa femme. Il finit par laisser son dos s'affaler dans les draps et Ruth se blottit contre lui. Le visage de son mari était contracté et ses traits se déformaient violemment. Il se débattit encore un peu avant que la douce chaleur de sa femme blottie contre lui vienne l'apaiser. Il se calma et retrouva un peu ses esprits. Ruth glissa une main dans le cou de l'homme et se mit à pleurer silencieusement.
« Ru.. Ruth… Comment va Remus… Dis- le moi… S'il… te…te plait ! »
« Remus va bien, il est debout et se remet lentement. »
La voix au timbre clair de sa femme le réconfortait mais il comprenait douloureusement que sa femme lui offrait la dernière chose qu'elle pouvait encore lui donner et qui l'apaisait, sa chaleur, ainsi recroquevillée contre lui.
« Il va … s'en sortir… Tu me le promets… »
« Ce sera dur… mais je l'aiderai… je te le promets… »
« Il a été mordu… »
« Oui malheureusement et je n'ai rien pu faire… »
Remus entendit la voix de sa mère sombrer dans l'émoi et il frémit. Ruth serra le drap contre son visage puis elle se redressa maladroitement. Son mari la regardait sans bouger, la tête enfin calée sur l'oreiller, seuls ses yeux s'agitaient encore des ces orbites caves.
« Je vais mourir, je le … sais , Ruth… »
« Ne dis pas ça, sanglota la femme en cachant son visage dans ses mains fines. »
« Ecoute… moi… Ruth… Ce… n'est pas de … ta faute. »
« Pourquoi je ne parviens pas à te soigner alors que la magie de la flamme d'Eleusis court en moi, ragea t'elle, sa voix dérapant méchamment avant qu'elle ne se remette à pleurer. »
« Promets moi… que tu n'aban… donneras pas… ça… »
Armand roula sur le côté et son torse barré de plaies et de morsures tomba devant sa femme agenouillée sur le fatras du lit. Ses mains se tendirent doucement en tremblant et vinrent effleurer ses doigts.
« Apprends-le à Remus. D'accord…. »
Elle agita la tête et entoura le corps à moitié dressé de l'homme contre elle. Il poussa un cri déchirant et s'agita frénétiquement devant sa femme éplorée, ne pouvant contrôler son corps qui ne lui obéissait plus. Ruth savait que Armand avait été trop cruellement blessé par la bête pour que son corps puisse le supporter. Déjà, il avait perdu son bras droit. Il n'aurait pu supporter la métamorphose. Ses yeux s'agitèrent et il sentit une étrange fièvre monter en lui. Il voulut s'asseoir mais finit par s'agiter maladroitement. Sa mâchoire claquait et il jeta ses mains sur sa tête comme pour se protéger de quelque chose. Les hurlements qui déchirèrent sa poitrine firent pleurer sa femme qui se redressa brutalement et se plaqua contre le mur en larmoyant. Sa batailla contre lui-même s'arrêta alors qu'il se griffait furieusement le torse couvert de bandages maintenant inutiles, en désespérant de perdre la raison.
Le fils et sa mère avaient donc mis le corps en terre, simplement entouré d'un drap blanc pour linceul. Ils l'avaient enterré dans la forêt sous un immense saule dont les branches basses caressaient par moments le tumulus terreux qui recouvrait maintenant Armand de Lancastre. La terre était dure et gelée comme si elle avait refusé qu'on la creuse pour lui offrir un mort de plus, mort qui s'était sacrifié pour son fils. Remus avait demandé à sa mère de lui couper les cheveux courts en signe de deuil et il sentait maintenant le froid du vent hurlant dans le ciel lécher avec avidité sa tête. Il s'agenouilla pour poser sur la neige un bouquet de perce-neiges à peine écloses qui annonçaient déjà la fin de ce rigoureux et tragique hiver.
Sa mère s'était agenouillée et avait serré le petit corps de son fils dans ses bras chaudement entourés et lui avait déclaré en pleurant qu'elle devait lui apprendre quelque chose. Cette chose qu'elle avait dans le sang et lui très certainement, ce que certains considéraient comme une malédiction bien que ce don, si particulier soit-il, permette de soigner les blessures : la flamme d'Eleusis.
Remus claqua la porte de sa chambre et décacheta sa lettre d'un coup d'ongle sec bien placé sur le rabat de l'enveloppe. Il défroissa la lettre et son regard argenté découvrit avec une attention toute particulière la fine écriture italique et un peu acérée à l'encre bleue. Line lui envoyait depuis deux ans de longues lettres auxquelles il répondait avec empressement, sa plume fébrile grattant et déchirant presque parfois le parchemin. Ses yeux s'embuèrent un peu et il les essuya du revers de sa manche. Les mots affectueux se mélangeaient aux nouvelles que lui offrait la jeune fille et il trembla plusieurs fois en relisant quelques paragraphes. La française avait pourtant refuser de lui parler des études qu'elle poursuivait actuellement, après avoir passé un an à Beauxbatons.
Sa lettre se terminait par ses mots :
Mon amour, je me permets juste de te dévoiler que mon choix n'a pas enchanté mes parents mais j'ai préféré continuer avec entêtement à travers cette voie. Je les ai quittés depuis peu et je profite du fait que je me rends à Paris pour écrire cette lettre. Le train est fort long et ennuyeux et je désespère en regardant passer les champs qui me rappellent un autre voyage fait en ta compagnie entre les montagnes d'Ecosse et la gare de King Cross. Si tu savais combien tu me manques…
Je pense à toi à chaque instants, espérant à chaque inspiration retrouver ton odeur. Cela me vaut d'ailleurs quelques moments d'inattentions qui m'ont été bien réprimandés. Mais je ne t'en dis pas plus… Tu trouverais toi aussi mon choix sévère et déterminé mais au fond de moi, je suis presque sûre que ça ne t'étonnerait pas trop, me connaissant si bien.
Tu ne recevras pas de prochaines lettres avant longtemps mais c'est pour une bonne raison qui te fera plaisir. Si tu veux me répondre, envoie le courrier à mon nom, auprès du département du ministère de la magie, à Paris. Et place un bon sort dessus, je ne tiens pas à ce que tous les agents du ministère puissent lire les mots si doux que tu m'écris et dont je me languis.
J'aimerai pouvoir me blottir contre toi et t'embrasser pour de vrai mais je me contenterai d'un malheureux sort convoité par les amoureux.
Les doigts de Remus effleurèrent le papier qui portait une étrange marque. Aussitôt, un doux baiser invisible se souleva dans un souffle et vint effleurer ses lèvres. Le jeune homme ferma fugacement les yeux et fut déçu en les ouvrant de se rappeler qu'il était seul dans sa chambre, Line Darcey à plusieurs centaines de kilomètres de lui.
xxx
La calme banlieue de Cambridge fut survolée par un étrange oiseau de couleur ocre qui portait à sa patte un rouleau de parchemins. La petite chouette rabattit son vol vers un petit pavillon au jardin moins entretenu que ceux de ses voisins aux fleurs presque artificielles. La fenêtre venait juste de s'ouvrir en grand devant les bras d'une jeune fille qui reçut le petit animal contre sa poitrine. Elle referma son emprise sur la chouette qui se laissa faire et la regarda avec une étrange admiration dans ses grands yeux dorés. Lily détacha d'un geste sec les lettres qui provenaient de Poudlard et n'eut malheureusement rien d'autre à offrir à son messager qu'une caresse qui lui valut un coup de bec vengeur.
Elle redescendit précipitamment les escaliers pour retrouver ses deux amies qui déjeunaient en bas dans la cuisine. Lily avait réussi à convaincre ses parents d'inviter Mary Bones et Julia Hindle. Cela ne leur avait par ailleurs pas réellement posé de problèmes, leur fille les ayant totalement tenus ignorants des macabres évènements qui s'étaient déroulés depuis le mois de juin. La plus grosse difficulté avait été de convaincre Pétunia de partir bien gentiment en vacances avec ses propres amis, ce que la sœur de Lily avait rapidement accepté, refusant de passer deux semaines avec sa sorcière de sœur. Heureusement, personne ne l'avait prévenue que les deux camarades de la petite préfète dormiraient dans sa chambre. Mary n'avait pas eu trop de mal à venir (sa mère moldue l'avait laissée naïvement partir, elle aussi dans l'ignorance de l'assassinat du ministre de la magie) car son père qui était sorcier avait été appelé de toute urgence à l'étranger pour faire rapatrier tous les fonds de Gringotts vers l'Angleterre. Quant à Julia, sa mère avait d'abord fermement protesté contre le désir de sa fille et s'était finalement laissée convaincre par le fait qu'elle ne resterait pas longtemps, seulement une semaine avant la rentrée. Eléonore Hindle avait donc accepté de mauvaise grâce, totalement absorbée par la masse de travail que lui imposait son poste au département des catastrophes magiques.
La radio fonctionnait en fond sonore tandis que Mme Evans fait cuire du bacon délicieusement grillé à la poêle, comme elle savait si bien le faire. Lily apparut dans une robe de chambre verte et lança les lettres sur la table avant de grimper sur le tabouret qui lui servait de chaise. Elle lut son courrier avec bonne humeur en voyant la lettre de Poudlard qui faisait la liste des livres à acheter pour leur dernière année d'études. La liste était assez conséquente et la gryffondor remarqua qu'on avait pris le soin d'ajouter une longue liste d'ingrédients pour la potion qui lui fit faire la grimace. Un autre mot était glissé dans l'enveloppe et le morceau de parchemin lui glissa entre les doigts tandis que Mary et Julia commentaient vaguement les ouvrages à acheter. Elle relut le mot au moins trois fois avant d'en être bien sûre. Lorsqu'elle redressa la tête, son visage avait viré au rouge pivoine et Julia voyant cela, s'interrompit brusquement.
« Quelque chose qui ne va pas, Lily ? »
« Heu… non ! C'est juste que … je suis nommée au poste de préfète en chef. »
« Fantastique, s'exclama la jeune fille en applaudissant son amie. »
« Toutes mes félicitations, Mademoiselle la préfète en chef, rétorqua Mary. »
« De toutes façons, on s'y attendait un peu, tout de même ! »
Lily haussa les épaules mais ne put s'empêcher de faire un grand sourire à sa mère qui leur apportait encore quelques toasts chauds.
« Alors, quoi de neuf, Lily ? »
« Je suis nommée au poste de préfète en chef, expliqua la jeune fille. »
Elizabeth Evans congratula sa fille puis disparut à l'étage pour se préparer. Lorsqu'elle redescendit, les jeunes filles avaient rangé soigneusement leurs bols. Elle les salua et leur souhaita une bonne journée.
« Maman, au fait… Nous allons aller faire nos courses de rentrée cette après-midi. On prendra le train ! »
« Très bien, à ce soir alors. »
Mme Evans les abandonna donc pour partir travailler. Remontée dans la chambre de Lily, chacune se mit à faire des paris sur le garçon qui serait nommé au même poste que Lily. Son chat se saisit d'une de ses chaussettes et emporta sa proie vivement attrapée sous le lit sans qu'elle puisse récupérer ni l'auteur du méfait ni la chaussette.
« Après tout, ça ne peut être que quelqu'un qui est déjà préfet, déclara Julia en réfléchissant. »
« Donc, soit Daniel ou encore William Jordan. »
« Qui est préfet chez les serdaigles, demanda Julia en se coiffant vigoureusement d'un coup de baguette magique. »
« Régis Fiske, il me semble, lui répondit Lily qui terminait de préparer son sac. »
« Et on oublie malheureusement quelque chose dans l'équation, rétorqua Mary qui descendait déjà le long de la rambarde cirée de l'escalier. »
Lily s'aperçut qu'un hibou avait déposé la gazette du sorcier sur le rebord de la fenêtre qu'elle avait laissé entrouverte. L'oiseau, furieux de ne trouver aucun humain pour le débarrasser de sa missive, s'était apparemment vengé sur la ficelle attachée à sa patte et le journal était parsemé de petits coups de bec qui avaient déchiré le papier. La jeune fille le fourra dans son sac et décida de le garder pour le lire pendant le trajet.
« Quoi donc ? »
« Le préfet de Serpentard… »
« Qui n'est autre que…, commença Julia. »
« Oui, je sais, Evan Rosier. Et bien, je vous promets que si c'est lui le nouveau préfet en chef, je file ma démission à McGonnagal dès mon arrivée à Poudlard ! »
Elles sortirent de la maison et Lily claqua la porte d'entrée avant de lui donner un tour de clé. Le chemin jusqu'à la gare fut vite parcouru et le train les attendait déjà sur le quai. Lily monta la première et choisit une place confortable bien que le trajet fût relativement court. Elle sortit le journal alors un peu froissé et le posa sur ses genoux pour découvrir la photo sépia d'un homme à la mâchoire serrée, le regard décidé au fond de ses orbites. Ses joues étaient parfaitement lisses et même un peu osseuse tandis que son front présentait deux grandes rides horizontales bien qu'il ne parut pas si âgé que cela. Le journaliste avait titré la photo par de gros caractères interrogateurs : 'Delwin Mandrake, l'homme de la situation ?'
Lily montra la photo à Julia qui reconnut aussitôt l'inconnu en poussant un petit cri étonné.
« C'est le patron de ma mère, Mandrake. Il est chef du département des catastrophes magiques. »
« Et bien, il vient d'avoir de l'avancement, on dirait, déclara Mary qui lorgnait sur le petit paragraphe en dessous de la photo sur laquelle le dénommé agitait vainement les sourcils. »
« Delwin Mandrake a été nommé hier au poste de ministre de la magie, que son prédécesseur, Mondigus Fortney, avait abandonné contre son grès, assassiné en juin dernier par les partisans du mage noir. Si l'on considère le parcours du nouveau chef du gouvernement, on peut toutefois se demander s'il est à même de tenir face aux problèmes récurrents et tristement croissants qu'impose Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ? On se souvient en effet de l'affaire. (suite de l'article page 5). »
Lily abandonna le journal après l'avoir lu à voix haute.
« Et comment est-il ce Mandrake, demanda Mary à Julia. »
« Relativement sévère mais je ne le vois pas tellement à ce poste. Il a beau avoir du sang froid, ma mère déclare toujours que ses idées manquent assez souvent de doigté et qu'on manque parfois de friser la catastrophe par sa précipitation ou ses positions radicales. »
« De toutes façons, il n'y a pas grand monde a dû se battre pour le poste, déclara Mary pour toute réponse. Quand on voit ce qui reste de son prédécesseur, Mandrake a dû y aller à reculons. La preuve est qu'ils ont tout de même mis presque deux mois à trouver un remplaçant. »
« Je crois plutôt que ça a dû attirer Mandrake, c'est un arriviste d'après ma mère mais il n'était pas sûr du poste. Certains auraient pu choisir le directeur de la justice magique. Je ne me souviens plus de son nom… »
Après avoir passé quelques instants, un doigts sur les lèvres en quête du nom qui lui échappait, Julia finit par abandonner et les trois jeunes filles ne trouvèrent pas grand chose dans la gazette du sorcier qui soit digne de leur intérêt.
Mais après tout, Lily Evans n'avait jamais été vraiment intéressée par la politique et seuls les derniers évènements lui faisaient lire les nouvelles du journal.
La jeune fille pensait à tout autre chose car la dernière année à Poudlard était arrivée et elle espérait réussir ses ASPICS avec succès pour pouvoir choisir son orientation. De plus, ce serait la dernière année qu'elle passerait ainsi en compagnie de ses camarades. La jeune fille fit une petite moue satisfaite en pensant à ceux qu'elle n'aurait pas à revoir par la suite. La liste n'était pas très longue mais comprenait tout de même une grande partie des Serpentards (dont figurait en tête Evan Rosier), puis le professeur de potions Brocklehurst (qui même si elle se révélait douée dans cette matière transformait toujours ses cours en véritable séance de torture) et enfin les maraudeurs… Non, plutôt James Potter. Car oui, James Potter à lui tout seul aurait largement suffit sur cette liste. Quant aux trois autres gryffondors, Peter Pettigrow n'était jamais bien présent sur la scène et même s'il faisait parti du quatuor, il passait relativement inaperçu. Remus Lupin était celui que Lily supportait le mieux car il était calme et résonné et travailler avec lui ne la dérangeait pas. Quant à Sirius Black, la jeune fille décida de ne plus en vouloir au jeune homme. Malgré son caractère moqueur, le gryffondor n'était jamais méchant et en repensant à ce qu'ils avaient vécu ensemble, elle lui devait très certainement d'être encore en vie aujourd'hui. Elle se refusa de penser à Sirius Black autrement que comme camarade et aussitôt un visage déjà un peu perdu dans sa mémoire réapparut, celui d'Avery Nott. La jeune fille avait encore une fois tenté de lui écrire une petite lettre pour lui demander de ses nouvelles mais voilà quatre jours que l'enveloppe était revenue, barrée d'un gros tampon à l'encre rouge stipulant férocement que le destinataire de la lettre était introuvable à cette adresse.
Mary se redressa et ferma d'un geste sec la vitre et sortit Lily de sa torpeur alors qu'elles arrivaient à la gare de Londres.
Un peu plus tard dans la journée, en début d'après-midi, Elizabeth Evans revint chez elle. Elle descendit le long de la petite allée, un sac de course à la main qu'elle était allée faire en sortant de son travail et n'aperçut pas une sombre silhouette qui disparut derrière le massif de fleurs près du garage. La clé tourna dans la serrure et elle monta rapidement à son bureau pour travailler un peu. La silhouette parut observer une fenêtre à l'étage puis finalement après avoir hésité à pénétrer à l'intérieur se contenta d'un signe de tête adressé à elle-même et transplana dans un petit pop sonore qui fit aboyer le chien du voisin.
fin du chapitre 1
10 janvier 06
