La la la, après s'être promené dans les bois en compagnie de Remus, suivons le chemin de traverse avec le reste des maraudeurs! Précisons que faire ses courses de rentrée pour Poudlard est presque aussi éprouvant que les soldes ! Quoi qu'un peu plus dangereux tout de même…

Remerciements : A tous les lecteurs qui s'expriment ou restent anonymes. Continuez de me soutenir, ça fait toujours plaisir (j'espère que je n'ai oublié personne, sinon faites-le moi savoir). Et un grand merci à mon beta-reader (j'ai nommé Beru ou bloub). C'est vrai qu'en ce moment, ça ne sera pas du luxe de relire mes chapitres. Alors, on le remercie encore bien fort.

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Titre de la trilogie : Le requiem de l'espoir.

Titre du troisième volet : Le réveil des légendes.

Auteur : Elizabeth.

Spoilers : les QUATRE premiers tomes seulement.

Disclamer : Tout ce que vous allez lire ne m'appartient pas (sauf peut-être l'histoire, ce qui n'est que peu de choses). Ayant décidé d'écrire sur le monde d'Harry Potter, je tiens à préciser qu'il appartient à l'écrivain J.K Rowlling. Je ne touche donc aucun droit d'auteur et le travail que je fournis n'est pas dans un but lucratif.

Avertissement : PG-13 / T (pas pour le chapitre en lui-même mais pour les idées développées dans l'histoire, les scènes de violences et autres).

Résumé général de la trilogie : 1970. A l'aube d'une des noires périodes de l'histoire, Lily Evans, James Potter et ceux qui les entourent se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Cela leur vaudra de rentrer dans l'Histoire en liant leurs pouvoirs et leurs vies.

Résumé du chapitre précédent :

Les croissants moldus, c'est mauvais pour la santé ! Une jeune sorcière travaillant au département des mystères se fait discrètement assassinée par un mangemort qui récupère le dossier qu'elle avait en charge. Pendant ce temps, Remus a la bonne surprise de recevoir une lettre un peu intrigante de Line. Les lieux nous offrent quelque douloureux souvenirs du garçon : son enfance, comment il est devenu loup-garou et ainsi que le don de guérison par apposition des mains qu'il partage avec sa mère et dont il a déjà fait l'illustration auprès de ses camarades : la flamme d'Eleusis. Quant à Lily (nommée nouvelle préfète en chef), elle parvient tant bien que mal à inviter Julia et Mary chez elle. Toutes trois découvrent avec étonnement la nomination d'un nouveau ministre de la magie qu'elles commentent sans tarder. Et alors que les trois jeunes filles se rendent à Londres pour faire leurs emplettes, une silhouette vient avec minutie observer la maison des Evans.

Rappel des personnages évoqués dans ce chapitre :

Black Beltégueuse : Mère de Sirius et Cassiopée. Autrefois Oubliator, elle a mis en place l'Opération Pégasus avec l'aide de Dumbledore. Elle est toutefois morte dans de mystérieuses circonstances mais en réalité assassinée par les mangemorts, ce dont Sirius ne doute pas.

Black Cassiopée : Sœur de Sirius et petite amie de Lawrence Ackerley. Elle semble un peu perdue depuis la mort de sa mère et refuse d'accepter qu'il s'agit d'un assassinat.

Black Orion : Père de Sirius et Cassiopée. Directeur de la brigade d'élite des tireurs de baguette. Autrefois charmant et rieur, il a tenté de travailler de plus en plus pour oublier la mort de sa femme.

Fortney Mondigus : Ancien ministre de la magie qui s'est assassiné.

Keïta Pélias : Se nomme en réalité Anderson Thésée. Ancien professeur de défense contre les forces du mal, c'est un mercenaire habitué à la triste cruauté des humains dont il a fait la douloureuse expérience. Il s'est rendu compte des 'capacités' particulières de Lily et la met en garde.

Potter Alexander : Père de James. Premier conseiller du cabinet du ministre, c'est un père assez souvent absent absorbé par les lourdes responsabilités de son travail.

Potter Kathleen : Mère de James. Représentante permanente anglaise à la Confédération Internationale Magique. C'est une femme très gentille qui sait se faire obéir.

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LE REQUIEM DE L'ESPOIR

3 Le réveil des légendes.

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Chapitre 2 : DEMONSTRATIONS DE FORCES.

Lorsque Kathleen Potter eut disparut en un 'pop' sonore après avoir lancé un regard lourd de soupçons à son fils et le meilleur ami de celui-ci, les deux jeunes hommes se dépêchèrent de déguerpir pour prendre leurs quartiers dans le grenier. Il avait été convenu que tous les deux se rendraient sur le chemin de traverse qu'en fin d'après-midi pour retrouver la mère de James. Pourtant les deux garçons ne l'entendaient pas trop de cette oreille. Après avoir rangé ou tout du moins empilé pour l'un et ramassé en un gros tas leurs affaires sur leurs lits, ils se laissèrent tombés par terre et chacun commença à faire tranquillement léviter ses livres et vêtements qui se rangeaient dans les grosses malles de voyages déjà pleines à craquer. Sur le lit de James traînait comme à son habitude un bout de parchemin miteux (qui s'avérait tout de même être un superbe plan de Poudlard, pièce unique) et une cape d'invisibilité à moitié froissée. Sirius pesta en cherchant une des ses chaussettes.

Katheen Potter avait fermement stipulé aux garçons d'attendre 16 heures pour venir sur le chemin de traverse pour effectuer leurs courses de rentrée en sa compagnie. Ou plutôt sous sa protection, marmonna dans sa tête le jeune Potter. Depuis l'assassinat du ministre de la magie au mois de juin, les vacances avaient été pour James d'un calme plat presque morose, ses parents perpétuellement à leur travail, enchaînant réunions sur réunions pour simplement s'enfermer à clé dans leurs bureaux une fois rentrés à la maison. Martha se désespérait de les voir arriver et ne pas prêter attention aux plats qu'elle avait préparés. Et tout cela coupait l'appétit à James qui abandonnait rapidement la table où il mangeait en solitaire.

C'était donc cantonné à la propriété des Potter que James avait passé ses vacances. Même si le jardin était grand, il ne lui trouvait plus comme lorsqu'il était petit ce côté intriguant et fantastique. Il se contentait donc simplement de dormir dans l'herbe en faisant mine de lire un livre lorsque Martha passait chercher le courrier ou revenait des courses.

Fort heureusement, Sirius était arrivé et avait rendu son moral à James. Dîner n'était plus aussi ennuyant et la plupart des corvées se transformaient rapidement avec l'aide du maraudeur en joyeuses parties de fous rires que la gouvernante sanctionnait en prenant parfois les deux jeunes hommes sur le fait. Elle s'abstenait toutefois de leur tirer les oreilles (comme la fois où ils avaient ensorcelé le linge qui séchait sur la corde entre le frêne et les buissons).

Le temps s'était couvert depuis le matin et les traînées blanchâtres des nuages opalescents avaient pris une teinte plus grise pour recouvrir et ternir l'horizon. Un coup de vent souffla et manqua d'ouvrir la petite fenêtre. James pointa sa baguette et la clenche se referma dans un bruit sourdement métallique et grinçant. Le jeune homme avait sur le visage un pli qui s'arquait entre ses sourcils et son air soucieux presque songeur marquait plutôt la déception qui résonnait en lui, désespérant de ne pouvoir enfin quitter la campagne de Bristol.

« Dis, James, à quoi tu penses ? »

« Juste au fait que l'on doive encore moisir ici pendant une journée sans pouvoir mettre les pieds dehors. »

« Dommage, je croyais que c'était la jolie silhouette d'une jeune fille qui obsédait ton regard ! »

La réflexion de Sirius lui valut de prendre l'oreiller accompagné d'un vol de plumes aériennes dans la figure. Pourtant, au fond de lui, James savait parfaitement que l'air taquin et les réflexions en l'air de Sirius permettaient de lui rendre le sourire et d'apaiser l'atmosphère de lourdeur et d'angoisse qui traînait depuis quelques semaines.

« Au fait, tu veux savoir ce que j'ai fait pendant le mois de juillet ? »

James haussa les épaules, se demandant de quoi son meilleur ami voulait lui parler.

« J'ai écrit à Lily Evans pour lui déclarer ma flamme… »

Il éclata de rire en voyant le visage de James pâlir et sa bouche s'arquer désagréablement en une grimace pleine d'inquiétude à moitié déguisée en dégoût.

« Allons, James ! Ne fais pas cette tête ! Je te la laisse, ta petite préfète ! »

« Sirius, arrête ! »

« Allez, tu ne vas pas me faire croire que tout le cinéma que tu as fait à la fin des cours n'était que parce que tu détestes cordialement Lily Evans ? »

« Et alors, rétorqua James en détournant la tête et s'occupant à empiler quelques rouleaux de parchemins. »

« Hum, tu sais, moi, je ne dis rien ! Tu fais ce que tu veux ! »

« Parlons d'autre chose, veux-tu ? »

« Pas de 'blème ! »

James déglutit en pensant à ce qu'il avait osé dire à Remus lorsque celui-ci était venu lui rendre visite. La situation quelque peu envenimée avait bien manquée de mettre le feu aux poudres et déclencher une véritable vendetta au sein du petit groupe. Mais en arrivant à King's Cross, devant la panique qui régnait, tous trois étaient restés plus d'une heure plantés sans rien avoir à faire sur le quai et James avait enfin senti le remord piétiner son cœur. Il avait donc présenté ses excuses à Remus qui les avait acceptées d'un signe de tête d'un air songeur, sans toutefois paraître impliqué. Il n'y aurait pas trop des deux mois de vacances pour laver les plaies et l'ego de chacun.

« Devine à quoi je pense, James ! »

« Je n'en sais rien, déclara James en se demandant ce que son meilleur ami avait pu fabriquer qui le rend de si bonne humeur. A quoi ça sert ? »

« Bah, ça peut nous rendre service pour se rendre sur le chemin de traverse, étant donné que ta mère a bloqué jusqu'à 16h le réseau de cheminette. »

« Sans compter que Martha nous a l'œil, ajouta James. »

« Si tu veux bien me suivre… »

Sirius se redressa et abandonna un de ses uniformes sur son lit tandis que James quittait la chambre sur ses pas. Ils dévalèrent en cadence l'escalier en espérant ne pas avoir à faire avec la gouvernante qui se serait empressée de leur demander ce qu'ils fabriquaient. Le salon était impeccablement ordonné et seule une pile de journaux épars sur un des guéridons donnait un peu plus d'humanité à la pièce rangée depuis peu. James attesta en effet qu'un sort de dépoussiérage avait été passé depuis seulement quelques minutes car les meubles en bois luisaient encore d'un singulier éclat doré si particulier.

« Avec un peu de chance, elle est dans la cuisine, entrain de préparer à manger. »

Sirius acquiesça et ouvrit la vitre pour se faufiler sur la haute terrasse avant de rejoindre l'herbe un peu sauvage du jardin. Les Potter n'ayant jamais eu un don extraordinaire en botanique préféraient laisser leur jardin à la nature et pousser le gazon, parfois de façon un peu trop exacerbée même.

L'air était frais et James sentit le vent ébouriffer ses cheveux avec malice. Sirius fit encore quelques pas discrets dans la moiteur verte puis se dissimula derrière un bocage d'églantiers. Là, il s'accroupit à terre et traça adroitement un symbole sur le sol à l'aide de la baguette qu'il venait d'emprunter à James. Un sourd bourdonnement résonna aux oreilles de James qui regarda autour de lui pour chercher la source de ce désagrément. Mais ce fut le bruit pétaradant qui retentit devant lui qui raccrocha son attention. Un superbe bolide venait d'apparaître devant eux, monture chromée, siège en cuir lustré et peinture rutilante, la moto de Sirius n'avait rien à envier à celle des moldus. James fut étonné et se demanda de ce que son meilleur ami avait bien pu ajouter à la bécane pour la rendre digne d'intérêt.

« Alors, questionna Sirius, un fier sourire aux lèvres en appuyant ses mains sur les poignets du guidon. »

« En effet, vraiment pas mal, reconnut James en admirant les flammes peintes qui s'agitaient sur le moteur. Mais je ne vois pas ce qu'elle a de particulier ? »

« De particulier, tu oses me demander ça à moi, Potter ! Et bien ouvre-bien tes yeux ! »

Sirius, ravi que James lui ait laissé l'occasion de faire admirer les résultats de ses talents, s'installa en selle et fit jouer une clé sur le contact qui se mit à ronronner doucement avant de rugir. Il lui fit signe de grimper à l'arrière et James s'exécuta presque sans mot dire.

« Sirius, où est-ce que tu comptes all…. »

Sa phrase fut engloutie dans un hoquet de surprise en voyant le garçon foncer plein gaz vers la maison. Alors que tout indiquait qu'ils allaient mourir dans d'atroces souffrances, écrabouillés contre un mur de briques dans les pensées de James, Sirius fit une embardée et ils s'envolèrent dans les airs. Sous leurs tourbillons, le manoir des Potter prit des allures de maison miniature et James ne put s'empêcher de s'accrocher à l'épaule de Sirius alors que ce dernier effectuait un looping accompagné d'un glapissement vainqueur.

« Prêt pour partir à la conquête du monde, Potter ? »

« Si tu redescends un peu, je pourrais récupérer un sac avec de l'argent. Je suis sûr que ça sera pas mal pour faire nos emplettes. »

Sirius fit redescendre doucement le véhicule qui vint flotter à quelques mètres en hauteur devant le premier étage dans un doux ronronnement de moteur. James braqua sa baguette vers la fenêtre.

« Accio sac ! »

La sacoche de James vint fracasser le carreau et le jeune homme l'attrapa au vol avant de réparer les dégâts. Les bris de verre rendu opaque par les intempéries se raccrochèrent au cadre de la fenêtre et on ne vit bientôt plus rien. James prit la peine d'enfiler le sac en bandoulière pour éviter de le perdre. Sirius poussa un nouveau un cri de réjouissance et la moto fila vers l'horizon dans un vrombissement sonore qui fit lever la tête à Martha, occupée à préparer le déjeuner. Inquiète, elle se précipita à la fenêtre pour voir le bolide frôler la grille et disparaître derrière un bosquet d'arbres le long de la route.

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Lily abandonna à regret la robe que lui proposait Mme Guipure et se contenta de demander une retouche sur sa cape. Le vêtement passa entre les mains expertes de la femme qui chaussa ses lunettes et à l'aide d'une étrange aiguille, donnait des petits coups sur le tissu. Les coutures apparurent et le manteau vint bientôt rejoindre le nouvel uniforme que la jeune préfète avait acheté. Celui de l'an passé n'était plus que loques sanglantes et humides lorsqu'elle avait retrouvé la surface après leurs péripéties souterraines. Malheureusement, le porte-monnaie ne contenait plus assez pour la jolie robe de sorcière exposée dans la vitrine. Lily avait bien vu que d'autres jeunes filles la regardaient avec envie, leurs mains appuyées contre le verre. La vendeuse glissa ses achats dans un sac et le lui tendit en souriant, sourire auquel la jeune fille répondit un peu maladroitement. Julia rangea à son tour le chapeau pointu et noir convenu par l'uniforme de Poudlard et sortit au-dehors, rejoindre le tumulte de la foule.

Malgré l'état d'effervescence des esprits qui avaient été profondément marqués par l'assassinat de Mondigus Fortney à son domicile, sorciers et sorcières se pressaient et se bousculaient, chacun pressés de rejoindre sa maison. Une femme au menton proéminent bouscula les jeunes filles et ne s'excusa même pas, marmonnant quelques paroles inaudibles dans le bruit. Mary proposa d'aller manger en attendant de faire la queue pour acheter leurs nouveaux livres. Lily trouva l'idée excellente et Julia se proposa de les guider dans une petite taverne un peu moins peuplée que le 'chaudron baveur'.

Attablée, Lily dégustait à pleine dents un gâteau pour terminer son repas quand Julia jeta un coup d'œil autour d'elle pour constater que personne ne leur prêtait attention. Une des serveuses venait de finir de charger lourdement un plateau avec des choppes de bière qu'elle alla déposer sur une table occupée par trois sorciers aux mines patibulaires. Un couple échangeait de petites bouchées en amoureux et Mary ne put s'empêcher de rire en entendant la femme glousser des mots d'amour à son fiancé.

« Lily, est-ce que tu crois que ce que Keïta t'a indiqué marche réellement ? »

« Je l'espère, rétorqua Lily en abandonnant son gâteau, la question de sa camarade lui ayant coupé l'appétit. »

L'an passé, le professeur de défense contre les forces du mal, Pélias Keïta lui avait fait remarqué la prédominance de son aura magique. Rendue soucieuse par les mises en garde, la préfète avait emprunté un ouvrage à la bibliothèque de Poudlard et avait fait part de ses découvertes à ses deux amies. S'étant un peu exercée pendant l'été, Lily n'était pourtant pas très sûre du résultat car elle avait découvert qu'elle-même ne voyait pas les auras qui entouraient les sorciers. Ce à quoi Julia avait rétorqué que nombreux étaient ceux maintenant qui camouflait leur magie et le centre névralgique de celle-ci.

« Cependant, tout le monde n'a pas la même perception des auras. Certains grands sorciers n'ont jamais vraiment réussi à regarder l'aura de leur voisin. Si ça se trouve, Keïta avait simplement une vision très perçante. »

« Espérons-le, ajouta Lily avant de se lever et d'enfiler sa veste. »

Sur le chemin de traverse, les gens se massaient comme si la cohésion avait la capacité de réduire les risques que l'on sentait presque palpables dans la tension qui envahissait l'air. Les trois jeunes filles abandonnèrent la place sur laquelle elles se trouvaient pour rejoindre la librairie Fleury et Botts. Les clients étaient éparpillés dans toute la boutique et elles eurent bien du mal à trouver parmi les rayonnages les ouvrages indiqués sur leur liste. Mary crut apercevoir une camarade de Serdaigle mais ne put l'interpeller dans le brouhaha régnant alentour. Lily dégota enfin le livre qu'elle cherchait à grand renfort de coups de baguette énergique pour faire sortir l'ouvrage d'histoire de la magie de l'étagère. 'Anthologie de la sorcellerie médiévale et contemporaine' vint ainsi rapidement rejoindre 'Prédominances des incantations – enchantements supérieurs'.

Julia ajouta à la liste un épais volume intitulé 'Indispositions et affections magiques de premier degré' sous l'œil amusé de Mary. Julia avait décrété depuis qu'elle avait réussi ses buses qu'elle désirait devenir médicomage, carrière prometteuse aux études toutefois longues et laborieuses. La vendeuse placée à la caisse mastiquait vigoureusement du chewing-gum et leurs achats furent encaissés en un éclair tout en les invitant d'un claquement de langue sonore à déguerpir. Lily fut presque outrée mais devant les gens qui allaient et venaient dans le magasin, préféra abandonner sa rancune pour retrouver Mary et Julia au dehors.

Tout à coup, un frisson parcourut le cou de la jeune fille dont les yeux s'agrandirent d'inquiétude. Le pressentiment fut exact car quelques secondes plus tard, un cri strident éclatait à ses oreilles.

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Ils arrivèrent en vue de Londres et fort heureusement pour eux, le ciel nuageux leur offrait de nombreux camouflages. Sirius se posa discrètement sur le toit d'un immeuble désaffecté et il fit disparaître le bolide d'un geste vaillant et énergique. Une fois qu'il eut rendu sa baguette à James, ce dernier le questionna et apprit que cela faisait plusieurs mois que Sirius travaillait à ce fabuleux projet. Le jeune homme reconnut le travail soigné de son ami mais qui rétorqua que ça ne valait pas une bonne virée en balai. Sirius avait eu bien du mal à peaufiner la moto car la baguette de remplacement qu'on lui avait prêté pour passer ses examens lui avait été reprise au moins de juin au grand damne du garçon. Ayant fini par dénicher celle d'un arrière grand-oncle dans une malle au fond de son grenier, il s'était attelé à la tâche et était maintenant fier du résultat.

Ils prirent un bus rempli de moldus et Sirius profita de l'occasion qu'ils se retrouvaient seuls à l'arrière, un groupe de touristes étant descendus à l'arrêt précédant, pour révéler quelque chose à son meilleur ami.

« James, j'ai la preuve que ma mère a été assassinée car elle menait une opération secrète. »

« Et comment, Si' ? »

« J'ai récupéré un livre qui contient ses derniers écrits et elle cite plusieurs choses assez étranges à ce propos. Je suis sûr que ce sont les mangemorts qui ont fait ça. »

Le jeune homme serra les poings et James vit le visage de Sirius se contracter sévèrement alors qu'une flamme étrange brillait dans ses yeux.

« Tu te souviens de ce que Prenzweller m'avait avoué en cinquième année, demanda James. »

« Qu'elle aussi travaillait pour un truc pas très net ! »

« Exact ! Si ça se trouve, tout est corrélé. »

« Peut-être… mais ça sera dur de trouver des informations. Déjà que le ministère a laissé gentiment enterré ma mère comme s'il s'agissait d'un simple accident ! »

Sirius manqua d'ailleurs de bondir de son siège de rage. James savait que Sirius avait tenté de convaincre son entourage de l'assassinat de sa mère mais chacun avait réagi sans concéder qu'il puisse avoir raison. Sa sœur pensait que son frère perdait la raison en repensant à Beltégueuse Black et quand à son père, Orion Black, après s'être submergé de travail avait paraît-il manqué de démissionner. Rendu dans un état de chagrin épouvantable, il lui était de plus en plus difficile d'accepter la mort de sa femme et les affirmations de son fils ne faisaient que le déranger, plus qu'autre chose. James avait même entendu la grand-mère Black déclarer que Sirius se méprenait et tentait de trouver une explication crédible pour se consoler de sa peine. Pourtant, lui aussi considérait un peu mieux ce que nombre ne savait pas et il avait fini par conclure que les hypothèses de Sirius puissent avoir quelque chose de véridique. Fort heureusement, la porte du bus à double impérial s'ouvrit et ils descendirent rapidement pour se rendre sur le chemin de traverse.

Dans la boutique d'Ollivander, James laissa passer un petit garçon à l'air maussade accompagné de sa grand-mère. Lui et Sirius attendirent patiemment tandis que le gamin se contentait d'agiter vainement les différentes baguettes que lui présentait le marchand. Au bout d'un moment, une flamme vint lécher le comptoir et Ollivander poussa un petit cri en tentant d'arrêter le massacre. James remarqua que le petit garçon affichait enfin un air satisfait, presque moqueur au vieil homme. Quand ce fut leur tour, Sirius s'avança et sourit maladroitement devant le regard un peu soupçonneux que prit Ollivander, ses sourcils touffus s'agitant.

« Et bien, monsieur Black, vingt-six centimètres, bois de frêne et crin de licorne, n'est ce pas ? Que puis-je pour vous ? »

« Il se trouve que j'aurai besoin d'une nouvelle baguette… »

« Et qu'avez-vous donc fait de l'ancienne ? »

« Je pense sincèrement que vous préféreriez l'ignorer, répondit doucement Sirius. »

James manqua de pouffer de rire au ton navré que prit son meilleur ami. Le visage d'Ollivander devint écarlate puis se mit à pâlir, des petits tremblements agitèrent ses mains mais il reprit son air courtois.

« Très bien, j'aurai dû me douter qu'avec des clients tels que vous ou encore monsieur Potter, j'aurai à vous présenter une nouvelle baguette. En fait, je suis étonné de ne pas vous avoir vu avant. »

La réponse narquoise fit tiquer Sirius qui essayait un modèle et dont un drôle de crépitement se fit entendre. Ollivander préféra presque lui arracher la baguette des mains avant de voir son magasin réduit en cendres.

« Vous êtes sûr que vous ne voulez pas savoir, monsieur, demanda à nouveau Sirius qui prenait un malin plaisir à rendre le vendeur nerveux. »

« Oui, absolument sûr ! Après tout, qu'elle soit en petits morceaux de la taille d'allumettes ou dans le ventre d'un dragon, ça n'a pas d'importance ! Tenez, trente et un centimètre, bois de saule et ventricule de dragon. »

Sirius tapota le bout de la baguette sur le comptoir qui laissa jaillir une longue gerbe d'étincelles blanches et or.

« Parfait, parfait, s'exclama l'homme qui s'empressa d'emballer l'acquisition de Sirius et de lui rendre la monnaie. »

James sortit de là en se demandant ce qu'Ollivander aurait pensé, en apprenant que l'ancienne baguette de Sirius gisait lamentablement dans les eaux souterraines de la rivière des fondations de Poudlard.

Pourtant alors qu'ils arpentaient la rue pavée pour se rendre à la boutique de Quidditch, James vit un mouvement de masse apparaître devant eux. Un cri perçant lui déchira les tympans et il vit la foule commencer à se mouvoir lentement tandis que chacun se mettait à crier. Bientôt, l'agitation fut telle que plusieurs personnes furent emportées par le courant humain. Sirius vit une petite fille tomber à terre manquée d'être piétinée. La panique gagna rapidement les gens qui étaient restés stoïquement immobiles. James se plaqua instinctivement contre le mur et vit des gerbes d'étincelles apparaître dans les airs tandis que les gens bousculaient tout sur leur passage. Les étales furent renversées et piétinées au même titre que ceux qui n'étaient pas assez rapides pour échapper à l'emprise effrénée qui gagnait toujours plus la foule.

Brusquement, certains parurent faire demi-tour et James et Sirius qui étaient parvenus jusqu'alors à éviter la tourmente se virent happer par le flot. Les visages déformés par la panique des gens offraient tout ce qu'il y avait de plus effrayant et James sentit un bras s'abattre presque autour de sa gorge. La femme accrochée à lui tentait vainement de ne pas disparaître dans la foule. Ses yeux exorbités le regardèrent puis elle se détacha de lui et disparut, violemment projetée au sol par trois sorciers pris de panique. Le jeune homme ne put rien faire. Puis brutalement, un de ses voisins poussa de haut cris en voyant plusieurs corps s'élever dans les airs. Les gens se débattaient vainement et James totalement abattu par le choc, regardait le spectacle sans pouvoir penser autre chose que : 'faites que ça cesse'.

Il aurait voulu dégainer sa baguette pour faire cesser toute cette panique mais il resta paralysé par l'horreur lorsqu'une nouvelle gerbe d'étincelles verte apparut cette fois-ci dans le ciel. Quelques instants plus tard, une voix forte lança un sort et une brumeuse tête de mort à langue de serpent se forma au niveau de la devanture de la librairie Fleury et Bott. James se redressa alors qu'un sorcier lui enfonçait violemment un coup de coude dans le visage pour tenter de se frayer un chemin. Le garçon sentit le sang se mettre à couler sur ses joues puis tout se mit à tourner et il tomba à terre.

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Lily vit un groupe de silhouettes vêtues de noir qui s'agitaient de l'autre côté de la rue. Elle se campa sur ses deux jambes qui néanmoins tremblaient d'anxiété. Autour d'eux, les gens étaient devenus étrangement immobiles, comme si on avait jeté un sort de stupéfixion aux passants. Un jet d'étincelles enflamma le store d'une pâtisserie et ce fut le signal que la foule attendait pour se mettre en branle. Lily sentit Mary l'attraper par le bras pour la faire reculer devant le mouvement de foule qui se précipitait maintenant vers eux. Ceux qui restaient bloqués devant les mangemorts paniquaient et ne parvenaient pour la plupart même pas à sortir leur baguette. Un des mangemorts lança un sort de couleur rouge à une femme qui se tordit au sol dans d'abominables convulsions, ses ongles s'accrochant aux pavés. Les sorts se mirent à fuser sur la foule et chacun tenta courageusement de se cacher derrière son voisin. Lily vit deux enfants disparaître dans leur course contre un mur et s'effondrer au sol. Rester là, sans bouger, alors qu'une panique effroyable gagnait les gens autour d'elle, était stupide mais elle était paralysée. Ce fut un grand raffut et un grincement au-dessus de sa tête qui lui fit reprendre ses esprits. Julia plongea sur elle et elles évitèrent ainsi toutes les deux la chute de l'immense enseigne de la librairie. Lily se dégagea avant d'étouffer au sol.

« Où est Mary, s'exclama t'elle en cherchant son amie d'un regard énergique et fou. »

« Je crois qu'elle s'est mise en arrière, répondit dans un souffle rauque Julia en s'appuyant contre le mur ! »

« Très bien, on va la rejoindre, alors. »

Mais quelqu'un passa devant eux et alors qu'elles enjambaient en courant les débris, une femme vint se jeter presque dans leurs bras, entraînant Lily au sol. Julia voulut l'aider à se dégager de l'étreinte mais fut à son tour emportée dans la foule. Lily, les larmes brûlantes coulant de ses yeux, ne vit bientôt plus rien. De nouveaux sorts fusèrent au-dessus de sa tête et la femme rendue presque folle par les détonations la secouait énergiquement.

« Sauvez-moi ! Sauvez-moi ! S'il vous plaaaaaaaaait. »

Lily ne sut que répondre et vit un sorcier courrant, se voir emporter dans les airs avant qu'un mangemort ne le projette d'un geste sec de sa baguette contre une vitrine où il s'écrasa douloureusement.

Pourtant, le mangemort ne vit pas un sort lui répondre et se retrouva plaqué au sol par un filet d'ondes bleues et lumineuses. Un homme de haute taille à la corpulence importance, les épaules larges, s'avança et le fit se redresser. Il l'envoya valser et le mangemort poussa un cri de rage alors que l'inconnu, le visage encadré par un collier de barbe, le rejetait encore. En observant les alentours, relevant le menton de la poussière, Lily vit que certaines personnes s'étaient portées à l'encontre des mangemorts. Un homme courbé sur un blessé tentait difficilement de le dégager alors qu'un mangemort apparaissait dans son dos, prêt à le frapper. Une femme, le front plissé, quelques mèches de couleur miel lâchement attachées dans son cou, interpella le mangemort qui se détourna de sa proie première. Lily fit un sourire en voyant la situation un peu évoluer en faveur des secours. Elle roula sur le ventre et à l'aide de ses mains se redressa. Un homme vêtu d'une cagoule noire passa près d'elle et la repoussa d'un violent coup de pied. Il braqua sa baguette vers son front et Lily vit un grand éclat de lumière verte autour d'elle. La femme qu'elle avait tenu quelques instants encore contre elle s'effondra en grimaçant et Lily, voyant son sacrifice, se précipita pour se redresser. Elle tendit une de ses mains et fit une brusque arabesque. Se concentrant de son mieux, elle vit la flamme grandir et la lança vers le mangemort. La robe de ce dernier s'embrasa aussitôt et il rugit en s'aspergeant d'eau pour éteindre les dégâts causés par la petite préfète.

Lily évita plusieurs personnes qui courraient dans tous les sens et pour finir sa tâche, plongea à genoux et frappa de sa paume le sol qui se mit à trembler. Mais la secousse fut de courte durée, Lily se rendait compte que son énergie s'amenuisait rapidement. Elle se mit à courir et vit un mangemort agiter une vieille sorcière qui glapissait dans les airs. Elle fit un pas maladroit en arrière en manquant de tomber et se rattraper au bras d'un sorcier qui la repoussa, effrayé, pour finalement se diriger droit vers un mangemort. Lily lança un rai de lumière vers l'attaquant et sa victime bascula au sol et la regarda s'enfuir.

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Quelques minutes plus tard, apparut enfin une troupe d'agents du ministère mais tous les mangemorts avaient depuis longtemps disparus. Seuls restaient étendus par terre, les cadavres, les gravats et les blessés attendant qu'une âme charitable vienne les aider. Sirius qui tenait James par l'épaule l'aida à reprendre ses esprits. Le jeune homme avait eu la chance que son ami soit resté en retrait et qu'il l'ait tracté jusqu'à une petite ruelle un peu plus tranquille où les gens transplanaient pour la plupart.

James se redressa et vit en effet une troupe d'aurors, même accompagnée de mages de guerre, n'ayant rien d'autre à faire que constater les dégâts. James se traîna en boitillant pour s'appuyer contre un mur. Sirius fit disparaître le filet de sang qui maculait ses tempes et James y vit enfin un peu plus clairs. Alors qu'ils soufflaient un peu, un sorcier apparemment du ministère vint les interpeller pour savoir si tout allait bien et leur proposa de venir se faire examiner par un médicomage. Sirius déclina rapidement l'offre et déclara qu'ils n'avaient rien vu. Aidant James à marcher, un bras passé autour de ses épaules, Sirius arpenta les ruelles où étaient retombées agitation, panique et effroi.

« Tu parles que je n'avais rien à raconter, s'exclama Sirius dans un rire amer. J'étais aux premières loges… D'ailleurs, tu ne devineras jamais ce que j'ai vu ! »

« Non, lâcha James en sentant sa cheville lui faire un peu plus mal. »

« Je crois avoir reconnu Lily Evans. »

« Et alors, elle s'en est tirée ? »

« Plutôt bien car elle a lancé quelques sacrés sorts à des mangemorts avant de prendre la poudre d'escampette ! Elle a vraiment du cran, cette fille ! »

« Quand je pense que je suis resté sans rien faire dans la foule…, commença James. »

« Arrête, James ! Tu n'aurais rien pu faire ! Moi, le seul truc que j'ai pu faire, c'est extirper une personne qui était tombée à terre. Je peux te dire qu'Evans, ce n'était pas avec sa baguette qu'elle a chassé les mangemorts ! »

« A mains nues, rétorqua James de mauvaise humeur. »

« Pas loin ! Elle faisait de la magie sans baguette. »

« Sans baguette…, tu es sûr, Si' ? »

« Oui, je l'ai déjà vu faire l'année dernière. »

« J'ai aussi vu Bones dresser une barrière de magie à mains nues. »

Une femme vêtue d'un châle couleur prune les voyant avancer si lentement les prit en pitié et se proposa de lancer un sort à la cheville de James, ce qu'il accepta. Ils finirent par trouver un âtre public et prenant une bonne poignée de poudre de cheminette entre leurs doigts, ils déclarèrent à voix haute l'adresse des Potter.

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Lorsqu'ils atterrirent dans la cheminée, accompagnés comme à leur habitude d'un épais nuage de suie poisseuse, ils se dépêchèrent de remonter dans leurs chambres. Mais alors que Sirius commençait à monter les marches, une voix éclata sourdement derrière dans le couloir. Ils se retournèrent lentement en se demandant quel mensonge ils allaient bien pouvoir raconter. Mme Potter leur faisait face, ses cheveux hirsutes, les mains plaquées sur ses hanches, elle les fixait avec une férocité non feinte. Ses yeux se plissèrent brusquement en détaillant son fils et son meilleur ami puis elle croisa les bras sur sa poitrine, en emprisonnant un pan de sa cape de voyage en lambeaux qu'elle n'avait apparemment pas eu le temps d'enlever.

« Et bien, messieurs, puis-je savoir d'où vous revenez ? »

Les deux garçons échangèrent un regard mais chacun hésita à répondre, sachant indubitablement que mentir ne servirait à rien.

« Nous sommes allés…, commença timidement James en balbutiant. »

« Assez, James ! Je sais que vous vous êtes rendus sur le chemin de traverse avec une moto volante ! Martha vous a vu et m'a aussitôt prévenue ! »

« Mais…. »

« Il n'y a pas de 'mais', James Richard Charles Potter ! »

James sentit qu'il avait fait une grosse bêtise et regretta amèrement d'avoir pris la parole. La voix vibrante de sa mère tempêta en prononçant son nom et c'était souvent très mauvais signe ! Elle s'approcha de lui et lui administra une gifle magistrale qui marqua la joue de son fils de cinq doigts rouges. James resta sans bouger, impassible malgré la douleur.

« Tu te rends compte de ce que vous avez fait ! D'abord n'importe qui aurait pu vous voir sur cette moto et vous auriez pu tomber ! Quant au chemin de traverse, je suppose que vous avez vu le résultat ! Vous pouvez vous avérer contents de ne pas faire parti des morts et des blessés ! Oui, il y a eu des morts, James ! Ca ne sert à rien de me regarder comme ça en baissant la tête comme si tu avais quatre ans ! Tous les deux, vous êtes totalement immature et irresponsables ! Je vous avais pertinemment interdit de sortir sans mon autorisation ! Vous deviez m'attendre, non ? »

Elle ravala une bouffée d'air avant de s'étouffer de fureur et James vit que Sirius simulait un discret repli vers l'escalier.

« Vous ne vous rendez donc pas compte de ce qui aurez pu se passer ! Les mangemorts ne vous font donc pas peur ! Vous voulez finir comme ces pauvres gens à qui ils ont arrachés la magie ou qu'ils ont torturés jusqu'à les rendre fou ! La gazette du sorciers a beau ne pas en parler, c'est la stricte réalité ! Maintenant, montez dans votre chambre ! James, je te jure que ton père va en entendre parler ! »

Un peu de bruit en bas retentit malgré la voix de Mme Potter qui s'arrêta de réprimander sévèrement son fils pour se pencher par-dessus la balustrade. Lorsqu'elle se redressa, son visage était froid et James remarqua que sa lèvre inférieure tremblait.

« Tu as de la chance ! Ton père vient de rentrer, James. »

Elle lui lança un dernier regard accusateur avant de désigner d'un geste brusque les escaliers que James et Sirius se dépêchèrent d'emprunter à pas souples et silencieux. Un portrait leur lança un air dédaigneux et James le bouscula maladroitement en passant, une grimace plus qu'un sourire vengeur sur les lèvres.

Il comprenait que sa mère se soit énervée contre lui et Sirius, enfin surtout lui, pensa t'il avec amertume. Sa joue l'élançait encore lorsqu'il l'effleura du bout des doigts. Sirius se laissa tomber lourdement sur son lit et plongea son visage dans les plis de la couverture. James resta lui aussi prostré à genoux sur son lit. Il se redressa un peu et plaqua son dos contre le mur pour pouvoir regarder par la fenêtre le soir qui tombait déjà rapidement, nappant l'horizon de brumes pourpres et marines piquetés d'étoiles argentées. Sirius s'endormit ou tout du moins ignora profondément James, le corps recroquevillé dans une position déplaisante. Au bout de quelques heures, il décida qu'il était temps de manger quelque chose, même si son estomac ne l'y encourageait pas. Il descendit au premier étage et s'apprêtait à se rendre au rez-de-chaussée quand la porte du bureau de son père claqua lourdement. Aussitôt, il se dissimula dans le creux d'une des boiseries en priant que ses parents passent rapidement devant lui.

« Il paraît que certaines personnes étaient déjà là, même avant les autorités. »

« Malheureusement, c'est vrai. Et ça démontre la minable organisation du gouvernement face à ce genre de choses, soupira son père à la réponse de Kathleen. »

« Ce n'était pas des sorciers quelconques, Alex' ! Il y avait des aurors, des oubliators et même un mage de guerre qui a mené la lutte. Pendant peu de temps bien sûr, mais tout de même ! »

« Les agents du ministère leurs ont d'ailleurs presque ordonnés de se présenter à eux, répondit la voix grave et douce du père de James. Certains trouvent très étrange que de telles personnes se soient trouvées au même endroit juste à ce moment-là. »

« Il aurait donc mieux valu qu'ils soient absents, c'est ce que pensent ses crétins du ministère, n'est ce pas ! Six morts ne leur suffisaient donc pas, il en aurait fallu plus ! »

James déglutit silencieusement en entendant la voix de sa mère se tordre douloureusement avec une crispation pleine d'amertume. Puis finalement, elle se mit à pleurer, des sanglots à moitié étouffés que son père effaça en la serrant dans ses bras.

« Et quand je pense… à ces deux là… qui … n'ont… rien trouvé de mieux que… »

« Chut, Kath' ! Ca ne sert à rien…. Calme-toi. »

Finalement ses parents ne descendirent pas mais se rendirent directement dans leur chambre. James maintenant seul dans le couloir se mit à genoux et sentit ses yeux l'irriter. Il ôta ses lunettes et l'idée qu'il était descendu pour manger le rendit malade. Il se releva précipitamment pour s'effondrer quelques instants plus tard dans la salle de bain, le cœur au bord des lèvres. Lorsqu'il se sentit un peu mieux, il eut honte de se regarder dans la glace, réalisant qu'il avait presque fermé les yeux et n'avait pas réagi face à l'horreur dont il avait été témoin cette après-midi. Comme un idiot, égoïste et sans cœur, il aurait voulu reprendre le fil paisible de sa petite vie d'adolescent.

fin du chapitre 2