Bon, je crois qu'il n'est même pas nécessaire de m'excuser pour ces six mois de silence… Le mieux étant encore d'apprécier ma nouvelle et maigre contribution à la suite de cette histoire ! Et encore merci à tous…
Titre de la trilogie : Le requiem de l'espoir.
Titre du troisième volet : Le réveil des légendes.
Auteur : Elizabeth.
Spoilers : les QUATRE premiers tomes seulement.
Disclamer : Tout ce que vous allez lire ne m'appartient pas (sauf peut-être l'histoire, ce qui n'est que peu de choses). Ayant décidé d'écrire sur le monde d'Harry Potter, je tiens à préciser qu'il appartient à l'écrivain J.K Rowlling. Je ne touche donc aucun droit d'auteur et le travail que je fournis n'est pas dans un but lucratif.
Avertissement : PG-13 / T (pas pour le chapitre en lui-même mais pour les idées développées dans l'histoire, les scènes de violences et autres).
Résumé général de la trilogie : 1970. A l'aube d'une des noires périodes de l'histoire, Lily Evans, James Potter et ceux qui les entourent se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Cela leur vaudra de rentrer dans l'Histoire en liant leurs pouvoirs et leurs vies.
Résumé du chapitre précédent :
Aliénor Smith se sent de plus en plus mal à l'aise à Poudlard, car malgré les timides approches du professeur de Combat, certains membres tel que Wace, l'irascible mage de guerre, stigmatise son manque de prise d'opinion. Etrangement, c'est la jeune préfète en Chef qui lui change les idées : Lily Evans aurait décelé dans le château d'étranges phénomènes magiques, que seuls de puissants sorciers auraient l'outrecuidance de pratiquer. Quant aux jeunes étudiants de l'Alliance de Pendragon, ils se réunissent durant une excursion à Pré-au-Lard qui tourne toutefois au cauchemar. Les mangemorts attaquent la place et malheureusement, Joshua Brooks tombe mortellement blessé au sol devant les yeux de ses camarades impuissants.
Rappel des personnages évoqués dans ce chapitre :
Darcey Line : Ancienne Gryffondor venant de France. Grand amour de Remus, elle revient en tant qu'apprentie de son tuteur, Roland Yaltes.
Bletchey Cassandre : Serdaigle, 7° année. Se pense intellectuellement supérieure aux autres et considère les sorciers de sang pur comme supérieurs.
Brook Joshua : Poufsouffle, 6° année, préfet en chef. Simple et gentil, il est issu d'une famille moldue. Certains lui prête des sentiments pour Lily. Il est tragiquement mort lors de l'attaque de Pré-au-lard.
Rosier Evan : Serpentard, 7° année, préfet. Frère de Clara et petit ami de Lisa. Aspirant mangemort Un esprit pervers, retord et vicieux, avide d'imposer son ordre et sa force à tous ceux qui l'entourent. Sa haine envers Lily l'a déjà opposé à la préfète.
Pucey Lisa : Serpentard, 7° année, préfète. Petite amie d'Evan Rosier à qui elle est promise et dont elle est plutôt le souffre-douleur. Aspirante mangemort.
Greylake Owen : Remplaçant de Flitwick qui reste cependant bien mystérieux. Personne ne sait rien de ses intentions et d'étranges phénomènes se produisent autour de lui.
McGonnagal Minerva : Professeur de métamorphose et directrice de Gryffondor. Sévère mais juste envers les élèves, elle soutient fidèlement Dumbledore dans l'ordre du phénix.
Smith Aliénor : Professeur de défense contre les forces du mal. Bien qu'aveugle, elle est très qualifiée mais se laisse facilement déséquilibrer. Certains la soupçonnent de traîtrise bien car elle n'appartienne pas à l'ordre du phénix.
Yaltes Roland : Professeur de combat venant de France et tuteur de Line. Lame de son état, il a accepté de travailler pour l'ordre du phénix.
Herrington Teresa : Enchanteresse de haut niveau travaillant pour l'ordre du phénix.
xxx
LE REQUIEM DE L'ESPOIR
3 Le réveil des légendes.
xxx
Chapitre 15 : REGLEMENTS DE COMPTES.
C'est en trainant les pieds qu'il arpentait le dernier couloir de l'Aile Ouest du château. Le temps venteux secouait toujours autant les vitraux et les torches grésillaient au détour des marches, laissant parfois s'échapper quelques maigres étincelles aux pieds du jeune homme.
Lorsque tous les élèves s'étaient enfin regroupés dans leur salle commune, la panique qui avait jusqu'alors régnait à Pré-au-Lard lors de l'évacuation, était retombée comme un soufflé. C'était la première fois que beaucoup étaient confrontés aux forces du sorcier qui faisait les gros titres de tous les journaux sorciers depuis plus d'un an. Et autant, il était facile de faire des pronostics, de braver les tabous en défiant par de vaines paroles le mage noir et ses sbires, autant, après avoir eu un maigre aperçu des dégâts que pouvait causer la magie utilisée à mauvais escient, la plupart des élèves étaient tout simplement remontés dans leur chambre sans dire un mot, se contentant de parcourir d'un regard las un vieux grimoire ou annotant une copie de métamorphose à rendre pour le lendemain.
Parmi les premiers arrivés, certains sixième années avaient eu la bonne initiative de faire flamber de lourdes bûches dans la cheminée. Lui était arrivé parmi les derniers et avait constaté que la préfète en Chef paraissait parfaitement affairée à dénombrer les élèves et à diriger tous les premières années d'une voix douce mais stricte. Pourtant, quand le petit groupe avaient poussé le grand tableau de la Dame en Rose, il avait tout de suite remarqué que les mouvements de la jeune fille s'étaient ralenti jusqu'à la maintenir dans un immobilisme presque effrayant. Ses grands yeux verts les avaient fixés chacun, simultanément, comme pour tenter d'en savoir plus sur ce qu'il s'était passé et auquel elle n'avait fort heureusement pas assisté, d'après lui. Ses lèvres tremblèrent et la main qui tenait sa baguette se baissa lentement, son corps s'affala et Julia Hindle eut tout juste le temps de pousser un gros fauteuil d'un mouvement de baguette que le corps de Lily Evans s'effondra dedans.
Epoussetant les débris qui jonchaient encore sa lourde cape, le jeune homme avisa une profonde coupure le long de son poignet et se dépêcha d'enrouler sa main dans la manche pourpre de son pull. A cet instant, un silence pesant s'insinua dans la salle car la plupart des élèves présents venaient enfin de remarquer que les septième années étaient de retour, et pour ceux qui étaient présents, en piteux état.
Remus s'avança maladroitement et aborda doucement Lily. James ne vit que la main de son ami saisir celle de Lily Evans et ses lèvres murmurer quelques paroles certainement douloureuses car le visage déjà plus que pâle de la préfète blêmit, ses lèvres balbutièrent et de lourdes larmes s'échappèrent enfin de ses paupières. Il s'apprêtait à se précipiter vers elle mais une main sur son épaule le retient. Le regard lourd de Kevin Perkins lui fit comprendre que ce n'était pas le moment de tenter une quelconque approche.
C'est donc sans réfléchir dans un pas lourd qu'il grimpa les escaliers menant à sa chambre, sous le regard ahuri des plus jeunes qui s'attendaient plutôt à un discours qu'à une telle fuite. Les tapisseries bordeaux des murs défilaient sous ses yeux et il donna un coup de pied puissant dans la porte de leur dortoir. Le jeune homme s'agenouilla à côté de son lit et saisit le manche vernis de son balai. Dehors, le beau temps avait laissé place à l'orage, un puissant vent du Nord se coulait violement à travers la vallée. Peu lui importait, il déverrouilla d'un coup sec la fenêtre au fond de la chambre et oublia enfin la confusion qui régnait dans son esprit seulement quand de lourdes bourrasques de vent vinrent saisir son corps déjà fatigué et gonfler sa sombre cape humide de pluie.
James Potter avait donc passé presque deux heures sous la pluie à voler sans relâche et surtout sans autre but que celui de ne plus penser. Pourtant, quand sa cape dégoulinante d'eau fut trop lourde pour qu'il puisse aisément virevolter dans les airs, et que les nuages sombres de la nuit tombante vinrent nimber les montagnes alentour, le gryffondor s'était enfin décidé à poser pied à terre.
A qui pouvait-il confier ses interrogations ? Remus était au prêt de Lily Evans et devait certainement s'occuper des gryffondors, Sirius avait été amené à l'infirmerie malgré ses véhémentes prétentions à se tenir debout, Peter avait disparu dans la foule des étudiants bien avant la catastrophe et n'avait pas montré le bout de son nez depuis.
Le gryffondor avait bien pliée au fond de sa poche, la précieuse carte du maraudeur. Ayant entendu des bruits de pas marteler les marches derrière lui, James se saisit du bout de parchemin et s'avança d'un pas pressant le long du couloir vers une immense tapisserie qui figurait un chevalier tuant un dragon. La chose paraissait tout à fait stupide au jeune homme, il n'y avait bien que les moldus pour croire qu'un homme armé d'une pitoyable lame de métal pouvait pourfendre un animal aussi impressionnant qu'un dragon.
James ne voulait surtout pas se retrouver nez à nez avec les nouveaux venus, et il pointa sa baguette donc sur la tapisserie. Il ne se souvenait pas d'un quelconque passage secret assez proche pour lui permettre d'échapper à la compagnie des autres élèves. Mais une chose que Poudlard lui avait apprise, c'est qu'il fallait parfois savoir forcer un peu la main à la magie. Puis tout élément de ce vieux château, du pied de chaise en pattes de lion aux tableaux les plus décrépis, cachaient plus souvent des surprises. Et cela ne manqua pas, les milliers de brins de soie frémirent et un léger souffle plissa la tapisserie qui dévoila une porte en bois que nul n'aurait pu deviner quelques instants auparavant. Un simple Alohomora vint à bout de la vieille poignée en laiton crasseux et James se faufila à l'intérieur.
Le gryffondor escalada les marches qui se présentaient à lui d'un pas lent, sans réelle motivation. Il ne savait plus trop quoi penser de ce qui s'était déroulé à Pré-au-Lard. Depuis son plus jeune âge, il avait rêvé de grandes aventures, de mystères excitants et de dangers tenaces, tout cela sans doute exacerbé par les jeux et les histoires qu'il avait partagés avec Sirius Black. Il était si facile de se laisser aller à imaginer des animaux fantastiques et de faire des longs après-midi d'été une parfaite histoire de vampires, de monstres et de sorciers maléfiques.
En grandissant, James avait eu l'occasion de poursuivre ces fantasmes d'aventures à Poudlard en formant les maraudeurs. Le vieux château suffisait à lui-même pour inventer toutes sortes d'intrigues et de blagues, magiques ou non d'ailleurs. En compagnie de Sirius, Remus et Peter, il avait savouré de belles années d'insouciances que la période troublée à venir menaçait de reléguer à sa tendre enfance.
Des images violentes repassaient dans la tête du gryffondor, les décombres fumant et les cris apeurés des sorciers, la panique qui se lisait dans les yeux de ses amis et enfin le visage plein de désespoir de Joshua Brooks, tombant du toit pour s'écraser au sol, sans chance de pouvoir se relever.
C'était autant la consternation que le remord qui rongeaient les pensées de James. Il n'avait jamais vraiment apprécié le jeune Poufssoufle qui représentait pour lui l'archétype de l'élève sérieux, niais et quelque peu inintéressant. Outre son statut de Préfet en Chef, qui désignait Joshua comme un ennemi potentiel, ou tout du moins, un représentant de l'ordre, James ne comprenait pas pourquoi certains lui trouvaient tant d'intérêt.
Avançant à pas lents dans le dédale de pièces, vides depuis certainement des années, James finit par découvrir une salle qui servait apparemment de débarras. Il glissa son dos meurtri contre le mur et laissa ses jambes fléchir jusqu'à se retrouver assis par terre. Puis tout à coup, il sursauta et ses doigts se resserrèrent sur sa baguette magique. Une silhouette était apparue dans l'ombre mais on ne devinait qu'une paire de souliers cachée par un drap. James se redressa lentement, s'avança prudemment et tendit sa main qui accrocha les lourds plis du tissu poussiéreux pour le faire tomber au sol. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant la haute stature d'un homme qui lui faisait face !
Puis peu à peu, en prenant du recul, James se rendit compte qu'un cadre doré entourait l'homme. Le bois finement travaillé témoignait d'un travail d'artiste. Lançant son regard divaguer, le gryffondor avisa que quelques mots étaient écrits sur le dessus du miroir. Un sortilège de dépoussiérage (ho, que Martha aurait été contente de le voir enfin l'utiliser) lui permit enfin de lire : « Risèd Elrue Ocnot Edsi Amega Siv Notsap Ert Nomen Ej".». Secouant la tête, James reporta son attention à l'homme de haute stature qui lui faisait face, un sourire moqueur étirant les fines lèvres du reflet. Il se tenait avec souplesse, une main sur la taille tout en s'appuyant sur un magnifique balai de course. Le sourire du jeune homme déstabilisa James : il s'agissait à n'en pas douter d'un joueur de Quidditch vêtu des couleurs de l'équipe d'Angleterre. James crut alors reconnaître John, son cousin tragiquement décédé quelques mois plus tôt. John avait été l'un des premiers Potter à se consacrer à une carrière sportive. Puis tout à coup, James se rendit compte qu'une seconde silhouette se tenait en retrait et paraissait de trois-quarts, le dos tourné face au gryffondor. La cambrure de son corps se dénotait à travers la belle robe de soie qui drapait la jeune femme. Ses longs cheveux effleuraient ses épaules, lançant des reflets de flamme mordorés dans la pénombre. Puis, enfin, la femme se détourna et James fut presque stupéfixé par le regard que le reflet posa sur lui. Ses grands yeux verts le fixaient ardemment et dotaient le visage de la jeune femme d'un charme fou. Elle se déplaça doucement et enlaça le joueur de Quidditch qui lui rendit un baiser.
C'est alors que James réalisa que le miroir ne lui montrait pas son cousin mais lui-même et … Lily Evans. Il comprit alors d'où venait ce mal-être qu'il ressentait depuis Pré-au-Lard, un mal-être qui s'était peu à peu insinué en lui pour ronger ses pensées. Oui, il avait été inconsciemment jaloux du Préfet en Chef à qui Lily Evans paraissait accorder ses faveurs. James se souvint avec un goût désagréable des piques mesquines lancées à son adversaire, au regard d'envie lorsqu'il avait vu Lily danser avec le jeune homme au Bal de Noël…
Le miroir venait de lui ouvrir les yeux mais surtout le cœur. James ne savait pas trop si ce miroir dévoilait l'avenir mais il lui permettait surtout de se rendre compte combien il tenait à la jeune préfète en Chef. Pourtant, Lily Evans avait été durant ces premières années une élève comme les autres, un peu trop bucheuse à son goût. Elle passait des après-midi entiers dans les rayons obscures de la bibliothèque tandis que lui parcourait les cieux sur son balai dès le moindre entrainement de Quidditch. Puis depuis deux ans, la jeune fille s'était retrouvée contrainte de punir les maraudeurs pour les tours pendables qu'ils ne pouvaient s'empêcher de jouer. Et enfin, James avait eu l'occasion de se rendre compte que Lily Evans n'était pas la parfaite jeune fille qu'elle semblait être. Et cela avait très certainement fait fondre son cœur jusqu'alors insensible aux charmes féminins.
xxx
Entouré de sa troupe, il arpentait les couloirs d'un pas conquérant, le visage hautain et le regard fier. Sa cape claquait derrière lui et ses pas vifs annonçaient au détour des couloirs son arrivée. L'occasion aurait été trop belle pour se contenter de se morfondre dans les sombres recoins de la salle commune. L'intervention des mangemorts à Pré-au-lard lui avait permis de réaffirmer la prédominance des forces du mage noir face aux ridicules ripostes de quelques sorciers issus du ministère.
Le silence devait régner dans les autres salles communes mais lui avait profité de l'occasion pour exhorter les idées de Voldemort. Après tout, ce n'était que le début d'une lente ascension qui prendrait peu à peu de l'importance dans le monde des sorciers. Il était tout simplement fascinant de voir les visages des autres étudiants scruter ses moindres mouvements avec inquiétude ou boire ses paroles savoureusement acides au sein de la salle commune. Depuis quelques temps, il lui semblait régner sur les Serpentards. Bien sûr, il restait toujours quelques sceptiques qui le dédaignaient. Mais à ses yeux, la mort du Poufsouffle apparaissait comme un avant-goût des premières mesures du mage noir. Il ne s'agissait après tout que d'un sang-de-bourbe qui avait usurpé la magie. Il fallait faire comprendre aux étudiants qu'il s'agissait maintenant de choisir son allégeance.
Pour Evan Rosier, c'était surtout la chance de sa vie de se voir enfin reconnaître parmi les meilleurs. Ce n'était pas sa famille médiocre, son père sous-traitant des affaires de quelques riches et anciennes familles, qui lui donneraient l'occasion de faire ses preuves. La médiocrité ne faisait pas partie des ambitions du jeune homme et l'organisation du mage noir était pour lui le meilleur moyen de prendre enfin de l'ascendant sur ses vieilles familles de sorciers aux conceptions antédiluviennes, qui considéraient une quelconque avancée sociale impossible. Amer depuis sa plus tendre enfance, enviant les héritiers de ses puissantes familles, la rancœur d'Evan avait peu à peu empli son âme et en grandissant, il s'était juré de le faire payer à tous.
Subissant la main de fer des élèves plus âgés que lui, Evan avait peu à peu construit une armure invisible qui le protégeait. Sa froideur affichée et une certaine aura lui avait permis de peu à peu se constituer comme le centre névralgique d'une petite cour de serpentards. La plupart étaient inintéressants et le jeune homme espérait seulement qu'en prenant la tête de cette cohorte, il pourrait par la suite pénétrer dans les arcanes du pouvoir en prenant plus concrètement place dans les rangs des mangemorts. Pour cela, il ne pouvait se permettre d'échouer sur la mission que ces contacts lui avaient confiée. Il s'agissait de le tester, lui et sa volonté : il était ainsi devenu les yeux et les oreilles des mangemorts au sein de Poudlard.
Que Travers soit son contact l'avait quelque peu réconforté car il se savait pertinemment plus malin que l'ancien Serpentad. C'est pourquoi Evan Rosier avait du mal à accepter le rôle assez passif qui lui avait été attribué : après tout, superviser un traître n'avait rien de passionnant, surtout lorsque lui-même n'était pas tenu dans le secret de l'identité de la personne étudiée. Le jeune homme avait ainsi établi une liste des élèves et avait peu à peu éliminé ceux dont le profil ne semblait pas intéressant. Pour quelles raisons Voldemort s'intéressait-il de si près à un étudiant en particulier ? Il ne s'agissait certainement pas de l'élève en lui-même mais plutôt de ce qu'il pouvait représenter. Il n'avait alors pas été trop fastidieux de rectifier la liste en y laissant les enfants de personnalités ou d'agents ministériels ayant des postes hauts placés. Quelle solution plus aisée que de laisser le gouvernement lui-même plier le genou devant le mage noir face à la menace pesant sur les familles ?
Cédant à la tentation, Rosier traversa un des grands couloirs dans lequel se pressaient de nombreux élèves qui se rendaient en cours. Sur son passage, les regards se baissaient, les chuchotements résonnaient et le jeune homme appréciait d'être enfin regardé avec crainte, à défaut d'inspirer de plus nobles sentiments à ses condisciples.
Il se rendit compte que quelques étudiants de Gryffondor le lorgnaient avec malveillance, l'un d'eux d'ailleurs tenta de s'approcher de la troupe de Serpentard mais Crabbe et Goyle eurent rapidement fait de leur imposante silhouette une barrière dissuasive. Rosier n'appréciait pas spécialement que ces deux énergumènes se soient attribué un rôle de gardes du corps envers sa personne, même si c'était certainement la fonction la plus adaptée à leur faible intelligence. Evan joua d'un coup de coude autoritaire dans les côtes de Timothy Goyle qui se dandina pour laisser passer le serpentard au devant des élèves attroupés qui assistaient bien malgré eux à sa parade.
Rosier savourait autant sa voix lente et métallique que ses prérogatives de Préfet. Cette responsabilité ne l'intéressait pas : quel intérêt de pouvoir coller des élèves de premier année qui gloussaient dans les couloirs ou de retirer des points à quelques abrutis qui se bornaient à trainer sur son chemin ? Evan avait ainsi toujours délégué la lourdeur de cette fonction administrative à Lisa Pucey, sa collègue.
« Et bien… que se passe t'il ici ? Vous devriez être tous en cours, il me semble. »
Le gryffondor fronça les sourcils, ne s'attendant apparemment pas à la riposte du Serpentard.
« Tu ferais mieux de ne pas traîner dans mon sillage, Rosier, grinça le jeune garçon. »
« Et pourquoi donc ? Je risque de te faire de l'ombre ? Il me semble pour l'instant, que c'est toi, qui ferais mieux de déguerpir avant que… »
Laisser sa phrase en suspend avait bien plus d'impact que de lancer quelques funestes menaces. L'attroupement qui s'était formé se dissipa, apparemment déçu pour certains de l'absence d'affrontements. Evan respira profondément avec délectation et reprit son chemin à travers les couloirs.
Il lui semblait nécessaire non pas d'attiser une quelconque haine envers Serpentard mais plutôt de faire planer le doute, parader mais sans triompher en quelque sorte. Que les incertitudes s'insinuent dans les esprits, que des questions se posent et que certaines alliances se déchirent. Il lui était bien plus favorable de déclarer une guerre larvée que favoriser des affrontements ouverts.
Le professeur les attendait dans la grande salle de cours, comme à son habitude. Quelques élèves retardataires entrèrent rapidement sous le regard des autres étudiants. Rosier se contenta alors de scruter les Serdaigles avec application tandis que Roland Yaltes résumait quelques points théoriques. Il était certain qu'après les évènements de Pré-au-Lard, aucun cours de pratique ne leur serait permis et qu'ils devraient se contenter de théories. C'était fort dommage car Rosier aurait apprécié de voir le Français faire une démonstration de ses capacités. Le jeune homme avait beau être le tuteur de Line Darcey (une peste que le serpentard ne pouvait supporter) et être certainement dans les petits papiers de Dumbledore, son statut de Lame arrivait tout de même à le fasciner. D'après ce qu'Evan en avait entendu dire, Roland Yaltes provenait d'une simple famille de sorciers et c'était son talent qui lui avait permis de s'élever jusqu'à la guilde des Lames, dont les places se trouvaient assez souvent limitées évidement aux meilleurs éléments mais aussi aux rejetons des familles les plus influentes. Evan Rosier avait pour sa part, comprit depuis longtemps que peu d'opportunités se présenteraient dans sa vie et qu'il lui faudrait faire preuve d'audace pour réussir.
Une jeune fille de Serdaigle posa une question impertinente à laquelle le professeur tenta de répondre avec calme. Rosier la scruta depuis sa place et reconnut Cassandre Bletchey. Il la connaissait vaguement et avait rapidement compris qu'il ne serait pas trop dur de l'attraper dans leurs filets. Hautaine au possible, le jeune home l'avait déjà entendu dédaigner le fait de ne pas être au moins en classe avec des gens de son niveau.
Le cours passa assez vite malgré les craintes d'Evan et il se leva rapidement, pressé d'aller déjeuner. Dans le brouhaha ambiant, il avisa une sorcière qui attendait que les étudiants soient sortis de la salle pour parler avec le professeur de Combat.
xxx
Roland Yaltes poussa un soupir profond lorsque l'heure de cours s'acheva dans le calme. Il avait redouté d'affronter les regards lourds des étudiants après le désastre de Pré-au-Lard. Depuis l'évènement, le château s'était fait bien taciturne et seuls les pleurs silencieux de quelques-uns avaient troublé le calme feutré des murs. Le décès du jeune Poufsouffle avait déclenché parmi les professeurs une brutale prise de conscience : Poudlard devenait lui aussi l'enjeu de la guerre qui se préparait dans le monde extérieur. Et il s'agirait d'un affrontement sans merci de la part des partisans du mage noir.
Lorsqu'il avait été convoqué par les dirigeants de la Guilde des Lames à Paris, Roland avait attendu avec appréhension de savoir quelle mission allait lui être confiée. S'il avait eu l'occasion de s'illustrer dans quelques faits d'armes, le jeune homme n'avait pas encore eu la chance d'être envoyé sur le terrain. Le siège de la guilde se trouvait au cœur même de la capitale, dans les anciens murs du Chatelet. Une petite porte peinte en bleue n'était visible que depuis le parapet du pont et elle recelait derrière elle, de grandes salles majestueuses mais profondément marquées par le passé. Roland avait été invité à attendre dans un vaste salon dont les fenêtres donnaient sur la Seine. Quant un bruit de porte se refermant l'avait invité à se retourner, il s'était retrouvé nez à nez avec une sorcière d'un certain âge, vêtue d'un chapeau à larges bords.
Le jeune homme l'avait déjà croisé à plusieurs reprises mais son souvenir le plus tenace remontait à leur première rencontre, alors qu'il présentait l'examen d'entrée des apprentis. Dans une grande salle aux boiseries chatoyantes, le jury lui faisait face assis sur une estrade. Tout frais sorti de Beauxbatons, le jeune et impétueux Roland Yaltes s'était promis avec plusieurs amis de se présenter devant la fameuse guilde. Ses deux camarades venaient malheureusement pour eux d'échouer et Roland avait fait de son mieux pour réaliser l'enchantement de niveau supérieur qui lui avait été demandé par un vieux mage aux sourcils broussailleux. L'effort avait été considérable et il sentait parfaitement de fines gouttes de sueur perler sur son front alors que les dernières brides de magie disparaissaient devant lui. C'était alors qu'une sorcière présente s'était penchée et avait murmuré quelques mots à l'oreille d'une femme au chapeau volumineux. Cette dernière l'avait scruté d'un œil attentif et lui avait demandé pour quelles raisons il tenait tant à rejoindre les Lames. La question pourtant bien simple l'avait déstabilisé et il avait attendu quelques instants avant de formuler une réponse dont il n'avait d'ailleurs pas été satisfait. Hochant la tête, le jury avait annoncé sa délibération et invité les candidats à patienter dans la cour du bâtiment.
Roland avait finalement abandonné ses amis qui détaillaient et mimaient leur performance respective. Le jeune homme avait préféré se tenir à l'écart, contemplant les hautes arcades qui l'entouraient. C'est alors qu'une des sorcières présentes dans le jury s'était approchée de lui. Elle était relativement grande, ses longs cheveux blonds vaguement attachés dans son cou tandis que sa tunique luisait au soleil. Roland avisa une longue et fine épée accrochée à sa taille.
« Vous ne rejoignez pas vos camarades ? »
« Non, murmura doucement le jeune homme. Je crois malheureusement que nos routes vont bientôt se séparer… »
« Pourquoi dites-vous cela, demanda la femme avec curiosité. »
D'abord méfiant de sa réponse, Roland se dit que si la femme prenait ainsi le temps de discuter avec lui, c'est qu'elle ne participait pas à la délibération. Il lui avoua donc sa déconvenue devant les questions du jury. Après tout, il n'y avait qu'une dizaine de places à pouvoir et plus d'une centaine de candidats s'étaient présentés. D'ailleurs, réussir cet examen n'autorisait qu'à suivre une rigoureuse formation au sein de la guilde mais n'assuraient que pour les meilleurs la chance d'avoir un parrain, qui leur ferait pénétrer le plus haut cercle des Lames.
« Vous avez eu la justesse de répondre que vous désiriez rejoindre la guilde car vous trouviez que le fait d'être une lame était juste. De nombreux jeunes gens tentent chaque année de rejoindre nos rangs à cause du prestige ou simplement parce que leurs parents ont aussi eu la chance de passer par ses murs. Essayez de ne pas oublier ce qui vous motive, jeune homme. »
La rencontre s'était ainsi terminée et la femme était repartie d'un pas vigoureux dans le grand Hall annoncer que les résultats allaient être rendus publics. A cet instant, Roland Yaltes ne savait pas qu'il venait de rencontrer une femme qui allait changer sa vie, qu'elle deviendrait son mentor dans quelques années et que lui-même serait par la suite celui de sa fille.
Le regard pesant de la sorcière lui fit aussitôt comprendre que la mission qui lui avait été attribuée ne serait pas une partie de plaisir. Après tout, Roland avait eu la chance de parvenir au plus haut statut au sein de la Guilde après que Kathia Prenzweller l'eut encadré durant cinq ans. Il ne tenait donc pas à se voir désigné comme gardes auprès d'une personnalité ministérielle.
« Bonjour, Roland, déclara la vielle sorcière en replaçant maladroitement son chapeau sur le dessus de sa tête. Comment va donc Kathia, voilà longtemps que je n'ai pas eu de ses nouvelles ? »
« Elle est toujours en province avec son mari, vous n'êtes pas sans savoir qu'elle a été rendue à la vie publique, répondit Roland. »
« Oui, c'est exact…Bon, reprenons, j'ai quelques précisions à ajouter à la mission qui vous est confiée. J'ai reçu il y a quelques mois une requête de la part d'une vieille connaissance… et c'est pourquoi vous devrez partir d'ici quelques semaines en Angleterre. »
« En Angleterre, s'étonna Roland. Je ne pense pourtant rien avoir entendu sur ce qui se passe Outre-manche. »
« C'est exact, marmonna la sorcière. Je sais que vous ne pensez pas être appelé ainsi à quitter le pays mais il s'agit de quelque chose de très important. J'en ai discuté avec les autres membres du conseil et ils sont d'accord pour détacher une Lame à Poudlard. »
« A Poudlard, l'école de magie d'Angleterre, dirigé par Albus Dumbledore ? »
« Exactement, et c'est pourquoi votre apprentie vous accompagnera. Line a déjà suivi un an d'études là-bas et elle vous sera d'une aide précieuse, j'en suis certaine. Vous prendrez vos ordres de mission auprès de Dumbledore. Je ne suis pas à même de vous en dire plus …. Mais j'espère que vous serez assez patient avec vos futurs élèves, Roland ! »
« Mes futurs élèves ? »
C'était ainsi qu'il s'était retrouvé dans ce vieux château planté entre les montagnes brumeuses d'Ecosse, profitant certainement de l'air pur. Le jeune homme avait dans les premiers temps douté de son utilité sur place. Si Paris formait des Lames pour les envoyer enseigner à l'étranger, quel était donc l'intérêt ? Sa rencontre avec Dumbledore l'avait quelque peu recadré dans ses prérogatives, lorsque le célèbre sorcier lui avait avoué avoir regroupé autour de lui de nombreux magiciens de tous bords pour faire face à la menace qui planait sur le pays depuis l'ascension d'un certain Voldemort.
Au cours des réunions organisées par l'Ordre du Phénix, Roland avait eu l'occasion de rencontrer des aurors, des mages de guerre, des enchanteurs et s'était rendu compte de l'étendue de l'influence du vieux sorcier qui lui avait servi le thé accompagné de biscuits dans son bureau. Un véritable réseau d'information était en place, faisant participer bien plus de personnes que Roland n'aurait crues possible. Il semblait plus que nécessaire d'anticiper les ambitions des mangemorts et de cerner leur réseau. Se retrouver dans le château à enseigner aux élèves avait dans un premier temps frustrer le français jusqu'à ce qu'il comprenne la place importante qu'il jouait dans la protection des jeunes gens. Veiller à la fois sur eux et leur apprendre de façon détournée certains réflexes face au danger était donc devenu son quotidien. Un quotidien tranquille mais pas si désagréable que cela lorsqu'il avait l'occasion de croiser certains de ses collègues.
Lorsqu'elle s'était présentée à lui, le professeur McGonnagal lui avait paru quelque peu austère mais c'était une femme préoccupée par la justice et la réussite de ses élèves, les bons comme les mauvais. Mais c'était surtout la nouvelle enseignante de défense contre les forces du mal qui l'avait captivé. La première fois qu'il avait vu son beau visage recouvert d'un bandeau de soie, Roland avait été si intrigué qu'il l'avait suivi au détour d'un couloir et l'avait regardé inviter des élèves de première année à se mettre correctement en rang.
Au cours des mois et des saisons, il avait eu l'occasion de partager plusieurs dîners aux côtés d'Aliénor Smith dans la grande salle et de la rencontrer (par hasard…) dans la salle des professeurs alors déserte. Il était captivé par la candeur et la fragilité qui émanait de la sorcière. Un monde les séparait très certainement, elle plongée dans l'obscurité tandis que lui avait longuement eu l'occasion d'éprouver les frissons palpitants de courtes missions sur le terrain.
Il n'osait pas se l'avouer mais il ressentait un pincement au cœur en l'admirant disparaître dans ses appartements. D'ailleurs, tel un jeune adolescent fougueux et passionné, il n'avait pas hésité à l'inviter à danser au bal de Noel mais le délicieux moment s'était retrouvé gâché par son collègue d'enchantements. Il était d'ailleurs dommage que du fait de son handicap, Aliénor ne puisse rejoindre de l'Ordre du Phénix, bien que Dumbledore ne le lui ait apparemment pas proposé et que certains, comme Wace, se bornaient à voir en la jeune femme une incompétente.
A cet instant, on toqua à la porte et le jeune français redressa rapidement la tête pour découvrir une sorcière appuyée doucement contre le battant de la porte. Elle irradiait d'une aura lumineuse et son sourire enjôleur faisait pétiller ses yeux. Roland avait à plusieurs occasions rencontré la jeune femme qui se dénommait Teresa Herrington. C'était une femme magnifiquement belle, aux longs cheveux blonds et soyeux, toujours habillée de magnifiques robes de soie bleutée. Aujourd'hui, elle avait revêtu une cape de voyage sur ses épaules, une cape apparemment mouillée par la pluie. La femme s'approcha à pas lent du français et lui souhaita bonjour. Roland se souvint alors douloureusement de la dernière fois qu'ils s'étaient rencontrés et il la revit se blottir dans ses bras après la fin de l'affrontement de Pré-au-Lard. Il l'avait raccompagné à l'auberge qui servait de quartier général à l'Ordre du Phénix et s'était préoccupé de savoir ce qui pourrait la soulager. Après avoir bu quelques gorgées d'une décoction d'écorces de saule préparée par la jeune fille qui se chargeait des potions auprès des membres de l'Ordre, l'enchanteresse s'était tout simplement endormie, la tête posée sur les genoux de Roland.
« Je ne vous avais pas revu depuis Pré-au-lard, souffla Roland qui classait quelques papiers sur son bureau. »
« C'est exact, répondit la jeune femme, j'étais repartie en mission pour Dumbledore et je viens tout juste de rentrer. Le temps était abominable comme vous pouvez le voir… »
Elle s'avança de quelques pas et écarte les pans humides de sa cape, pour se frictionner les bras.
« Vous avez froid ? »
Roland abandonna ses affaires et se redressa devant sa visiteuse. Il s'assit sur le bord du bureau et se rendit compte avec un plissement de sourcils que sa lame le gênait. Il se redressa alors tandis que l'enchanteresse lui demandait de ses nouvelles. Puis tout d'un coup, son regard croisa celui vert émeraude de la jeune femme et une étincelle dorée parut s'y refléter. S'approchant pour proposer à la jeune femme d'ôter sa cape mouillée, il se pencha délicatement et sentit un parfum d'orchidée s'échapper du cou de la jeune femme. Ses lèvres effleurèrent doucement la peau de perle de la jeune femme qui décala doucement sa tête et leurs lèvres se rencontrèrent dans un tendre baiser.
xxx
Aliénor s'était enfin décidée à aller revoir le jeune homme. Lorsqu'elle avait appris les tragiques évènements de Pré-au-Lard, des larmes amères lui étaient venues aux yeux. Elle avait une fois de plus maudit le fait d'être aveugle car elle aurait pu alors être là-bas auprès des élèves et au moins servir à quelque chose. Elle n'aurait donc jamais la chance de faire valoir sa ferveur et ses qualités aux yeux des autres sorciers. Certains, tels que le fameux mage de guerre, l'avaient ouvertement stigmatisée comme incapable. A nouveau, Aliénor avait une fois de plus été blessée dans son orgueil.
Pourtant, elle était certaine d'avoir des choses à révéler aux autres sorciers qui pourraient s'avérer cruciales. La jeune femme avait donc cherché auprès de qui se confier et son esprit s'était alors souvenu d'une des rares personnes qui lui avaient procuré un intérêt attentionné. Oui, pourquoi ne pas aller confier ses craintes à Roland Yaltes, le professeur de Combat ? Jusqu'alors, Aliénor s'était plutôt arrangée pour rester le plus possible tapie dans ses appartements, n'engageant la conversation avec ses collègues que si cela était strictement nécessaire.
Et pourtant, le jeune homme avait semblé plutôt intrigué par elle car de nombreuses fois, elle avait ressenti aux limites de sa perception une légère aura nébuleuse. Car si le fait d'être aveugle empêchait de voir le visage des personnes, ressentir les auras magiques des sorciers en disait bien plus long sur eux. Il paraissait que les moldus parlaient parfois d'atomes crochus, Aliénor était certaine que la même chose se jouait entre les auras des différentes personnes. Certaines se fondaient dans la masse tandis que d'autres lumineuses ou puissantes ne pouvaient que s'opposer.
La sorcière attendit donc que le dernier cours après le déjeuner se fût fini pour parcourir rapidement les couloirs qui la séparaient de la salle de Roland Yaltes. Enfin, elle aperçut au loin les septièmes années de Serdaigle s'éloigner de la salle. La jeune femme reprit son souffle et ses mains effleurèrent par habitude le bandeau de soie qui recouvrait ses yeux. Quelques pas l'approchèrent encore de la porte qui était à moitié entrouverte. Le couloir semblait désert et Aliénor poussa donc timidement la porte. Une vague appréhension l'envahit lorsqu'elle se rendit compte que Roland était bien présent mais certainement pas seul. Elle se tint quelques instants sur le pas de la porte pour contempler l'aura de la sorcière qui se tenait tout prêt du français. Son aura était étrange, nébuleuse tel une langue de brume, d'une couleur laiteuse très lumineuse. Et bien qu'aveugle, à cet instant, Aliénor comprit parfaitement que les deux sorciers étaient entrain de s'embrasser. Sa main trembla contre la poignée et elle recula de quelques pas maladroits, la gorge nouée, avant de s'échapper dans le couloir.
La jeune femme n'aurait pas su mesurer le temps qui l'avait séparé de cette détestable découverte. Elle avait rejoint aussi rapidement que possible ses appartements et s'était abandonnée au chagrin sur son lit. Les pleurs avaient à nouveau perlé aux coins de ses paupières et elle avait fini de guerre lasse par ôter son bandeau pour se sentir plus à son aise.
Elle avait été bien naïve de croire que le professeur de Combat pouvait lui être d'une quelconque aide et qu'il paraissait intéressé par elle. Pour la première fois qu'elle croyait qu'on ressentait de l'intérêt pour elle, Aliénor s'était totalement trompée. Quel toupet d'avoir cru qu'un homme puisse apprécier une jeune femme comme elle ?
Tout à coup, Aliénor ressentit un léger malaise car l'air autour d'elle dans la pièce semblait s'être refroidi. Elle se redressa sur son lit et sursauta lorsqu'une voix venue de nulle part résonna dans la pièce.
« Bonjour, mademoiselle Smith… Il semblerait que vos espoirs aient été déçus, déclara la voix masculine, grave et profonde. »
« Qui est là, répondit avec fébrilité la sorcière se recroquevillant sur son lit, la main crispée sur sa baguette. »
Ce qui l'effrayait le plus n'était pas la voix elle-même mais l'absence d'aura dans la pièce. Aucune présence magique ne se dévoilait à son regard et cette voix sortie de nulle part était plus qu'angoissante. Tout sorcier ou créature magique dégageait une aura, et d'ailleurs même les fantômes laissaient sur leur sillage un courant de magie glacée parfaitement reconnaissable. Là, pourtant, rien de tout cela !
« Allons, je pense que vous feriez mieux d'écouter ce que j'ai à vous dire. Il se trame d'étranges choses dans ce château et j'aimerai beaucoup que vous m'en disiez plus. »
« Je ne vois pas ce que vous voulez dire, rétorqua Aliénor en retrouvant un peu de contenance. »
« Moi, je crois que vous savez parfaitement… Au lieu d'aller confier vos interrogations à votre collègue, qui ne semble pas tellement vous apprécier, vous feriez mieux de me les confier. »
« C'est hors de question ! »
« Je ne crois pas que vous soyez en position de décider, Mademoiselle Smith, grinça la voix sournoisement. »
Aliénor gémit en sentant la pointe d'une baguette effleurer la peau de sa nuque. Il y avait donc bien un sorcier dans sa chambre, un homme dont elle était incapable de sentir l'aura magique. Il était quasiment impossible de faire disparaître son aura, certains sorciers assez puissants la dissimulaient bien sûr face aux regards de tous. Seule la magie noire la plus puissante permettait de se déplacer ainsi sans laisser la moindre trace derrière soi, pensa Aliénor avec frayeur. Ses lèvres s'entrouvrirent et elle parvint difficilement à acquiescer quelques mots.
« C'est d'accord… je ferai tout ce que vous voudrez. »
La baguette se dégagea de son cou et elle put à nouveau respirer plus librement. La voix reprit une dernière fois la parole avec lenteur.
« Et ce n'est pas la peine d'essayer de parler à quiconque de notre petite conversation… De toute façon, il me semble que certains de vos collègues aient mieux à faire qu'écouter vos doutes et incertitudes… Et d'ailleurs, qui croirait une aveugle qui entend des voix, sérieusement ? »
= fin du chapitre 15 =
10 février 2009
