Cette fois-ci je vais tenter de m'attaquer au mystérieux personnage de Sigyn, l'épouse de Loki et la Déesse de la Fidélité.

Le Loki/Darcy que je vous ai promis n'est donc pas pour tout de suite, mais il viendra, ainsi certainement qu'un Loki/Lorelei.

Fidelitas

Les grandes portes de la salle du trône claquèrent derrière elle. Ses pas résonnèrent dans un silence glacial tandis qu'elle avançait entre les hautes colonnes qui faisaient la fierté d'Asgard. Ses cheveux sombres n'étaient pas coiffés et tombaient en désordre sur sa robe noire, la première qui lui était tombée sous la main. Sigyn était accourue en hâte dès qu'on était venu lui apprendre la nouvelle, mais à présent qu'elle se trouvait là, face à son ennemi, elle marchait avec une lenteur menaçante et fixait sur le Père de Toutes Choses un regard intraitable.

Sur son trône, Odin soupira. Il aurait dû s'attendre à sa venue.

— Rendez-moi mon époux ! réclama Sigyn lorsqu'elle fut arrivée devant le roi des dieux.

— Lady Sigyn ... commença Odin, mais elle l'interrompit.

— Je sais qu'il est vivant ! Je sais que Thor l'a retrouvé, sur Midgard, sain et sauf. Conduisez-moi à lui !

— Sain et sauf peut-être, mais Loki s'est également rendu coupable de crimes monstrueux sur Midgard, répliqua Odin d'une voix ferme. Une centaine de personnes seraient ...

— Eh quoi ! s'insurgea aussitôt Sigyn. Des insectes ! Depuis quand le roi d'Asgard se soucie-t-il de ces faibles humains ? Si Loki les a tués, la belle affaire ! Il ne leur restait que quelques décennies à vivre.

— Avez-vous perdu tout sens de la justice, Lady Sigyn ? s'exclama Odin d'un ton scandalisé.

Mais Sigyn, bien loin de s'émouvoir, laissa éclater sa fureur :

— Est-ce bien à moi que vous posez cette question, Père de Toutes Choses ? A moi, Sigyn ? Moi qui ai accepté, par fidélité aux lois d'Asgard, de rester liée à l'assassin de mon fiancé ? Alors que vous-même étiez déjà prêt à renier les serments que nous venions de prononcer ? Eh bien ?

Les gardes royaux qui entouraient le trône conservaient comme toujours leur attitude immuable, mais Odin eut la ferme l'impression que l'un d'eux venait de tousser discrètement. Que Hela emporte cette maudite Sigyn ! Comment Loki avait-il réussi à transformer une jeune fille aussi douce en un monument de rage vengeresse ?

— Je veux voir mon époux ! répéta Sigyn. Rendez-le-moi !

— Cela est hors de question, Lady Sigyn. Loki a commis des crimes et il sera jugé. Il mérite la mort pour avoir tenté d'asservir Midgard.

— Le règne de mon époux aurait été la meilleure chose qui puisse arriver à ce monde insignifiant ! rétorqua Sigyn avec fougue. Vous n'avez pas le droit de continuer à nous séparer, non ! Vous ne pouvez pas avoir cette cruauté, Père de Toutes Choses, pas après que je l'aie cru mort pendant tout ce temps !

— Il suffit. Gardes, ramenez Lady Sigyn chez elle.

Des larmes brillaient désormais dans les yeux de Sigyn qui se débattait entre les bras puissants des soldats.

— Rendez-moi mon époux ! Rendez-moi Loki ! cria-t-elle encore pendant qu'on l'emmenait.


Couvert de chaînes, les mains liées par des cercles de métal dont aucun tour de magie n'avait pu le libérer, Loki se tenait sans le savoir au même endroit que son épouse et faisait face au même adversaire. Sa haute silhouette se découpait avec grâce au milieu des ors de la grande salle, mais la pâleur de son visage et ses longs cheveux noirs le marquaient comme un étranger. Il n'avait rien de la splendeur dorée des autres dieux d'Asgard, et son maintien froid et distant exprimait toute sa rancœur à l'égard de ce monde qui ne l'avait jamais accepté. Cette fois il était pris au piège, mais à son dépit de s'être fait capturer se mêlait un espoir brûlant : allait-on lui permettre de retrouver Sigyn ?

— Je ne vois vraiment pas pourquoi vous en faites autant, dit-il nonchalamment.

— N'as-tu vraiment aucune conscience de la gravité de tes crimes ? questionna Odin. Où que tu ailles, tu sèmes la guerre, la ruine et la mort.

— Je suis allé sur Midgard pour régner sur les peuples de la Terre comme un dieu bienveillant ... Comme vous, ajouta Loki après une courte pause.

— Nous ne sommes pas des dieux. Nous naissons, nous vivons, nous mourons. Tout comme les humains.

— A cinq mille ans près, répliqua malicieusement Loki.

— Tout cela parce que Loki désirait un trône, soupira Odin avec dédain.

— Ma naissance m'y donnait droit ! s'emporta soudain Loki.

— Ta naissance te donnait seulement le droit de mourir ! tempêta Odin. Seul, sur un rocher de glace ! Si je ne t'avais pas recueilli, tu ne serais pas là pour me haïr.

Loki serra les poings et s'efforça de ne pas se laisser atteindre par la brutalité des paroles de son faux père.

— Si vous voulez ma mort, par pitié, finissons-en, prononça-t-il d'un ton calme. Ce n'est pas que je n'aime pas nos petites conversations mais ... Je ne les aime pas.

— Ce n'est que grâce à Frigga que tu es encore en vie, et tu ne la reverras jamais. Tu passeras le restant de tes jours dans les cachots.

Pris de court, incrédule, Loki se mit à trembler malgré lui. Ne plus revoir sa mère ? Il en avait le souffle coupé. Non, non, sûrement Odin n'oserait pas ... Il fit un pas en arrière, trop dégoûté par le Père de Toutes Choses pour supporter sa proximité.

— Et Sigyn ? demanda-t-il encore, le cœur battant.

— Ton épouse sera séparée de toi pour l'éternité.

— NON !

Cette fois il n'avait pas pu résister. Il n'avait pas pu dissimuler sa fureur. Loki se jeta en avant, fou de rage, mais les gardes qui l'entouraient se jetèrent aussitôt sur lui pour l'empêcher d'approcher du trône.

— Pas Sigyn ! Pas elle ! Laissez-la-moi !

Avec un petit sourire satisfait, Odin observa son fils qui se débattait en vain, et Loki aurait voulu lui trancher la gorge. Non ! Par tous les dieux non, pas Sigyn ! Odin ne pouvait pas être aussi cruel, non, il voulait seulement la revoir, juste un instant, juste elle, juste une fois ! Il ne pouvait pas imaginer ...

— LOKI ! hurla une voix de femme à l'autre bout de la salle.

Sigyn parvint à courir vers son époux pendant quelques secondes avant d'être arrêtée par d'autres gardes.

— Sigyn ! Laissez-la, ne la touchez pas ! cria Loki en se démenant de plus belle.

Mais ils étaient tous les deux impuissants, dépassés par la poigne des gardes qui les tenaient chacun séparés par une distance atroce. Jamais Loki n'avait autant envié la force de Thor. S'il l'avait pu, il les aurait tous massacrés un par un pour prendre dans ses bras sa femme, son épouse, sa bien-aimée, Sigyn, sa seule véritable alliée. Même Frigga était partie lorsque Odin lui en avait donné l'ordre, même Frigga l'avait abandonné, l'avait laissé affronter Odin seul. Mais Sigyn était venue, Sigyn était là.

— Loki, ne pars pas ! Ne me laisse pas ! s'époumonait Sigyn de toute la force de sa voix.

— Je te retrouverai, je te le promets ! lui jura Loki dans un cri plein de détresse.

Leurs yeux seuls pouvaient se trouver, et leurs yeux exprimèrent tout le monde d'amour et de peine qu'ils s'étaient construit. Sigyn était sa plus terrible victime et Loki ne pouvait pas vivre sans elle. Loki avait causé son plus grand malheur et Sigyn l'adorait par-dessus tout. Ils auraient donné leur vie pour un seul baiser. Ils auraient tout détruit pour se retrouver.

— Emmenez-les ! tonna Odin. Je ne veux plus les revoir devant mes yeux.


Sigyn avait vu Lady Sif passer devant elle. Enchaînée et désarmée, entourée de gardes, comme Loki l'avait été. Pourtant, bien que la guerrière semblait avoir reçu de fameux coups, elle se tenait la tête haute et marchait aussi fièrement que si elle venait de remporter son combat au lieu de le perdre. Sif, enchaînée ? Que s'était-il donc passé ? Lorsqu'elle était arrivée près de Sigyn, Sif avait levé les yeux vers elle et l'avait regardé intensément.

Avait-elle voulu lui dire quelque chose ?

Sigyn, déesse de la fidélité, savait que dans le couple qu'elle formait avec Loki elle devait être fidèle pour deux. Loki avait connu de nombreuses femmes avant de l'épouser et entretenait encore parfois certains liens coupables, notamment ceux qui l'unissaient à la belle Sif aux cheveux d'or. Sigyn le savait et pardonnait, car elle savait aussi qu'elle était la seule que Loki aimait véritablement, celle vers qui il retournerait toujours, quoi qu'il arrive. Loki pouvait peut-être désirer Sif (comme tout Asgard, d'ailleurs, parfois Sigyn elle-même se demandait ...), mais il ne lui ferait jamais confiance.

Et cependant, Sif était là, enchaînée, et se tournait vers elle ... Pourquoi ?

Un cri répondit soudain à ses interrogations.

— Alerte ! Ils s'évadent !

Sigyn sentit son cœur bondir, comme si une brise fraîche était venue rafraîchir son visage. Loki était libre. Et s'il était libre, il viendrait la retrouver.


Une main frappa trois coups à sa porte.

— Lady Sigyn ?

La voix ne lui était pas familière. Sigyn alla ouvrir la porte de sa chambre avec méfiance et découvrit l'un des gardes royaux. Que venait-il lui annoncer ? Se pouvait-il ... ? Les doigts de Sigyn se crispèrent sur le bois de la porte.

— Lady Sigyn, puis-je entrer ? J'ai à vous parler. Il s'agit d'une affaire de la plus haute importance.

Avec un hochement de tête, Sigyn recula pour laisser entrer le garde dans sa chambre. Mais à peine la porte se fut-elle refermée sur lui que l'homme la prit dans ses bras et se mit à l'embrasser éperdument. Sidérée, Sigyn tenta de se libérer de son étreinte ... jusqu'à ce qu'un scintillement vert apparaisse tout le long du corps du garde et que son apparence change brusquement. La cape dorée fut remplacée par le manteau de cuir doublé de vert qu'elle aimait tant. Le casque aux pinces de scarabée disparut et laissa apparaître de longs cheveux noirs et un visage amaigri qu'elle enserra aussitôt de ses mains.

— Loki ... Loki ... Loki, murmura-t-elle, folle de bonheur, entre deux baisers. Enfin te voilà. Mais ... Tu es couvert de sang !

Sigyn s'alarma en découvrant les blessures de son mari, mais Loki lui adressait un sourire lumineux qu'aucune douleur ne semblait pouvoir effacer.

— Ma chère, il en faudrait davantage pour m'empêcher de revenir vers toi.

— Que t'est-il arrivé ? J'ai appris que Thor t'avait aidé à t'enfuir, mais ...

— Chut, ne t'en fais pas, tout va bien, l'interrompit-il d'un ton calme en posant un doigt sur ses lèvres. Aide-moi juste à m'asseoir, ma chère, chère Sigyn. Il me semble que mes jambes ne me portent plus.

Loki, en effet, vacillait déjà. Sigyn se hâta de le conduire jusqu'au grand lit nuptial où elle avait si longtemps dormi seule, puis déchira une large bande de tissu dans les draps pour en faire un ballot qu'elle pressa contre les plaies sanglantes de son époux.

— J'ai aidé Thor à venger Frigga, notre mère. J'ai abattu le monstre qui lui avait ôté la vie.

Sigyn se tenait assise près de Loki et caressait son visage en l'écoutant parler tout en tenant le pansement. Sa présence tant désirée, là, dans leur lit, lui paraissait encore trop inespérée pour qu'elle parvienne à y croire tout à fait.

— Il m'a blessé en retour et Thor a cru ... Je l'ai presque cru aussi, l'espace d'un instant. J'ai cru que je quittais ces mondes. Mais mon destin n'était pas de mourir sottement sur Svartalfheim, ma très chère. Tu sais que je suis chargé d'une charge trop glorieuse pour cela.

— Tu mérites d'être roi, approuva tendrement Sigyn.

— Quand je suis revenu à moi, Thor avait disparu. Il me croit mort, désormais. Et je suis revenu à Asgard pour informer mon cher père de cette triste nouvelle.

Loki se redressa, prit Sigyn par les épaules et la regarda ardemment. Elle remarqua avec un coup au cœur que sa peau était grise, son souffle court, et que des gouttes de sueur roulaient sur son front. Quoi qu'il en dise, Loki devait être passé bien près de la mort.

— J'ai enfin une chance unique de réparer le mal qui m'a été fait. Ils me croient tous mort et ne se méfieront pas. Je dois me venger d'Odin et reprendre le trône d'Asgard. Veux-tu m'aider, Sigyn ? Veux-tu m'accompagner dans cette tâche ?

Sigyn se laissa aller, abandonnée, dans les bras de son bien-aimé.

— Je ferai tout ce que tu voudras.


Voilà, mon idée est donc que c'est avec l'aide de Sigyn que Loki a pu prendre Odin par surprise, le jeter en prison et prendre sa place sur le trône d'Asgard.

Je regrette vraiment de ne pas écrire en anglais parce que Loki ne peut appeler Sigyn que « Darling », avec l'accent le plus british possible. Tout le reste sonne faux. Mais bon.

J'ai choisi comme titre de m'inspirer du fameux sortilège d'Harry Potter, j'aime bien cette idée que la fidélité absolue à un pouvoir que rien ne peut vaincre :)

Dans Marvel, Loki aimait Sigyn qui se refusait à lui car elle était fiancée à un Asgardien nommé Theoric. Loki s'arrangea pour faire assassiner Theoric, prit son apparence et rejoignit Sigyn. Odin les maria sans que personne ne se doute de rien, mais dès que la cérémonie fut terminée Loki révéla son imposture. Outré, Odin voulut que le mariage soit immédiatement annulé mais Sigyn intervint pour dire que puisqu'elle était désormais l'épouse de Loki, elle rester fidèlement à ses côtés. Odin fit alors de Sigyn la déesse de la Fidélité.

J'essaierai d'écrire un autre épisode sur ce couple à l'avenir parce que je trouve qu'il y a vraiment matière à creuser leur relation !

Encore une fois, je remercie ma petite peluche de sœur adoptive, alias Tinu/Mikipeach, pour toutes les idées et les images qu'elle me donne !