Note : Merci pour vos reviews et vos follows ! Dans ce nouveau chapitre, les choses sérieuses commencent :). Bonne lecture.


L'avion quittait la piste dans un silence enveloppant ; le bonheur de la classe affaire. James ferma les yeux, croisait ses doigts encore légérement abîmés à cause des événements survenus à Skyfall, et allongea ses jambes devant lui dans un reste qu'il avait répété des centaines de fois. C'était bon, décoler, partir, voler. Il ne ressentait même plus l'illusion que son estomac se soulevait sous la pression. Il ne ressentait rien en fait. Quel bonheur.

Quelques bourrasques de vent firent secouer l'avion de gauche à droite, de furtives secondes mais assez pour agiter les quelques businessmen autour de lui. Pas besoin d'ouvrir les yeux, il le sentait. Dans douze heures, ils atterisseraient à Osaka. Douze heures pour profiter du charme exquis d'être injoignable – mort presque. Il savait son statut mis "en attente" dans les fichiers du MI6 lorsqu'il embarquait. C'était provisoire bien sûr, mais bon. Bien trop bon. Addictif. Et il s'était laissé aller une fois. Une balle d'Eve, une disparition opportune qui lui avait remit les idées en place. Ça, il aurait pu l'avouer à M, l'autre, avant qu'elle ne décide d'arrêter de se battre. Il aurait pu être honnête et lui confesser que sa retraite, il l'avait détesté. Quel intérêt pouvait-il y avoir à se réveiller tous les jours dans le même lit, à cottoyer quelques femmes de temps à autre et à boire toujours les mêmes alcools, quand il lui manquait. Le danger. L'adrénaline. Et bien sûr, une raison de se battre. Bond avait ça dans le sang, il avait besoin d'une cause à protéger, d'un ordre, d'une mission. Il exécutait, et à ce moment seulement, il se sentait vivant. Il y avait bien eu cette seule fois où une réelle envie de tout plaquer avait fait battre son coeur d'un souffle nouveau ; mais Vesper était morte de toute façon.

James rouvrit les yeux, passa son pouce sur ses lèvres sèches et détacha la ceinture de sécurité avant de se retourner ; il voulait voir Q. Et pourquoi pas le voir paniquer, ça serait amusant. Il chercha des yeux quelques secondes le corps frêle mais dut admettre qu'il avait tort : assit droit dans son fauteuil (bien trop grand, encore) le Quatermaster tenait entre ses mains un livre qu'il venait manifestement de commencer, il reconnut le nom de James Joyce, mais à la vérité il se fichait de ce que le gamin pouvait lire. Il était plutôt impressioné par son visage impassible, ses yeux cachés derrière ses lunettes de premier de la classe concentrés sur les phrases qui défilaient sous ses yeux, sa bouche muée dans un petit sourire discret. L'espion se leva sans attendre, s'approcha du jeune homme et posa sa main sur le dossier en cuir avant de se pencher vers lui ; un sourire amusé aux lèvres.

"Tu n'as pas peur en avion, n'est-ce pas ?"

"Pourquoi aurai-je peur en avion ?"

"Eve a du te remplacer lorsqu'il fallait me rejoindre à Macao."

Le Quatermaster quitta enfin son livre des yeux pour les poser sur l'homme qui le surplombait, haussa ses sourcils, visiblement profondément surpris, et tourna une nouvelle page.

"Oh. Un malentendu sans doute."

Il reporta son attention sur son livre, et James le regarda encore quelques secondes avant de se diriger vers le fond de l'appareil, où le bar du premier étage où ils étaient installés se trouvait. Il se stoppa néanmoins à quelques mètres de son dernier arrêt, sourit, et fit demi-tour pour revenir se pencher vers Q.

"Tu l'avais fait exprès."

"Et rater ainsi la sortie du dernier livre de Dicker ? Absurde." Répondit Q à la question sous-entendue de James : telle était la raison de son mensonge. Bond sourit de plus belle, pas mécontent de se faire surprendre par un gosse, et se redressa en remettant sa cravate en place avant de se diriger définitivement vers le bar.

Il aimait ça, les bars dans les avions, il n'en croisait pas souvent et en profitait à chaque fois. Généralement il commandait un verre, deux au maximum, et il restait assis, à regarder les femmes des hommes d'affaires lorgner sur les bouteilles pleines, leurs hommes lorgner sur les hôtesses de l'air. Il aimait regarder les gestes rébarbatifs des barmen, voir glisser leurs mains serrant des chiffons fins dans les verres qu'ils reposaient ensuite dans des tiroirs prévus pour éviter toute casse éventuelle en cas de turbulences. Il aimait surtout être seul. L'avion pouvait être bondé, il n'en restait pas moins seul, et c'était la meilleure chose au monde. Il n'avait jamais comprit le manque d'intérêt de ses compagnons de voyage pour le bar ; peut-être les alcools étaient-ils trop chers. Peut-être James faisait peur. Peut-être le fait de boire dans un avion faisait alcoolique. Tant mieux, qu'on lui foute la paix.

"Alors, moi, je vais prendre, un…"

James tourna la tête et vit Q grimper sur la chaise haute à ses côtés. Ses yeux verts glissaient sur les bouteilles apparentes, sa bouche muée dans une petite grimace d'hésitation. Une bien belle comédie que James ponctua par la réponse qui lui semblait la plus probable :

"Un verre de lait ?"

Le barman arrêta d'astiquer la flûte de champagne qu'il tenait dans ses mains et se mit à regarder le blond et le nouvel arrivant, comme s'il suivait un match de tennis. Q ignora la réponse cinglante et demanda à destination de son désormais seul allié :

"Une mesure de Martini, six mesures de vodka et une olive verte. Non, deux plutôt." Le gamin frotta ses mains l'une contre l'autre en les laissant pendre entre ses jambes et tourna son visage souriant vers celui impassible de l'espion.

"Qui y'a-t-il Bond ? Des rumeurs feraient également croire que je ne bois pas d'alcool ?"

"Des rumeurs non, mais vos pulls, certainement."

"Oh."

James sourit en portant son verre à ses lèvres, il n'avait jamais autant pris de plaisir à déguster un Rhum Collins. Il vit du coin de l'oeil les mains de Q glisser discrétement tout contre son propre pull comme s'il prenait enfin conscience que des gilets vert impérial n'était pas la plus merveilleuse des idées, et le vit remettre ses lunettes en place avant de se redresser dans un petite toux discrète.

"Déjà voyagé avant Q ?"

"Oui, plein de fois."

"À plus de 300 kilomètres de Londres je veux dire."

"Oh. Non alors."

Cette fois James tourna son visage amusé et rayonnant vers le plus jeune ; Q était absolument incroyable. Visiblement bien trop intelligent pour son âge, insolent à oser mentir à ses supérieurs pour ne pas louper la sortie d'un fichu bouquin, mais dont l'égo arrivait miraculeusement à ne pas prendre le dessus. Il n'avait pas du aller plus loin que Porthmouth et il ne s'en cachait même pas. Unique.

"Mais j'avais déjà pris l'avion." Ajouta-t-il fièrement, comme s'il annonçait une bonne note à sa mère en rentrant de l'école.

"Bien. Retourne à ta place maintenant Q."

"Pourquoi ? Vous pensez qu'on va traverser une zone de turbulence ?"

"Non, mais j'ai envie d'être seul."

"Oh."

Cette fois James posa son verre vide, prêt à faire les gros yeux au gamin qu'il calmerait d'un simple regard, mais Q avait déjà respecté sa demande et se faufilait entre les sièges pour regagner le sien, son verre fraichement commandé en main. Il avait une certaine tendance à utiliser l'onomatopée "Oh" de sa voix si snobe que cela en était légérement agaçant. Mais il fallait bien pire pour énerver l'espion. Il commanda un autre verre et repensa à l'île d'Hashima avec un certain dégoût.


Il ne leur restait que quelques heures de vol avant qu'ils ne se posent enfin sur le sol japonais, et si James commençait simplement à ressentir le besoin de dormir, Q lui, semblait ne plus tenir en place. Il était passé à un autre livre, dont James ne put lire le titre, il avait pesté contre la télévision privée qui ne marchait pas avant de commencer à la démonter, et c'est en entendant le petit cri interloqué de l'hôtesse de l'air que James se rendit compte du carnage électronique. Il avait dormit aussi, droit sur sa chaise, la tête seulement recouverte de sa veste.
James s'approcha et se mit à genoux près du corps fragile. Ils n'avaient pas parlé depuis le bar et il était temps de recommencer un semblant de conversation.

"Tu sais, tu peux demander une couverture aux hôtesses si tu as besoin."

"Oh. Bien. Quand arrivons-nous ?"

"Dans deux heures à peu près."

"Deux heures, noté. Vous ne dormez pas ?"

"Si je vais aller dormir un peu."

"Non ce n'était pas une question : vous ne dormez pas. Vous n'avez pas dormis de tout le trajet." James continuait de le regarder, impassible, désireux de savoir si le Quatermaster allait aller jusqu'au bout de ce qu'il insinuait. "Vous avez bu deux verres au décollage, vous avez parlé avec la rousse du siège C12 pendant 45min, vous avez lu le magazine de la compagnie aérienne en revenant à votre siège, vous avez regardé la rediffusion du film d'Hitchcock sur votre télévision privée, vous êtes retourné au bar pour commander un Coca cette fois et des olives noires, vous êtes revenu à votre siège pour essayer de lancer L'homme qui en savait trop mais comme, comme moi, vous vous êtes rendu compte que le film était bloqué en portugais sous-titré allemand vous avez arrêté le carnage. Et vous êtes venu me voir…" Son élégant énnoncé commença à se perdre dans les tremblements de sa voix, au fur et à mesure que le regard de Bond se faisait plus dur. "… pour me proposer une couverture." Finit-il en se reculant malgré lui de quelques centimètres.

"Tu… m'espionnes ?" Réussit à articuler l'aîné en sondant de son regard perçant le gamin qui s'annonçait bien plus compliqué que prévu.

"Ce n'est pas ce que vous faites aussi depuis le décollage ?"

"Mais c'est mon mêtier Q." Répondit James, l'évidence même éclairant sa voix.

"Oh, oui. Enfin, je pensais surtout que votre mêtier, votre mission en l'occurrence, était de me ramener sain et sauf à Londres. Pas de vérifier quel livre je lis -"

"– Ulysses de James Joyce." Interrompit-il pour marquer sa supériorité.

"Exact, et le deuxième ?"

Touché. James pinça ses lèvres, prêt à se relever et laisser là le gamin bien trop arrogant. Mais il ne bougea pas. Puis il sourit. Il était surpris par Q, les discussions qu'ils commençaient n'étaient jamais écrites d'avance. C'était plaisant. Intriguant. Ces cinq jours promettaient d'être intéressants, contre toute attente.

"Quel est le deuxième livre, Q ?" Demanda-t-il, infiniment plus calme.

"Je vous le dirai au retour."

James sourit, ferma les yeux lentement pour lui faire signe qui se pliait à son bon vouloir, et se releva pour regagner son siège. C'était bon, l'imprévu.


Le bateau qui les attendait dans l'Ouest d'Osaka, un Glastron à cabine habitable, ne ravit pas l'espion qui s'était déjà assit à côté du conducteur. Bateau trop petit, ils étaient cinq et déjà trop serrés. Mais pas de commentaire à faire tout haut de toute façon. Ils arrivèrent sur la petite île abandonnée en moins d'une heure et à peine Bond avait posé le pied sur la terre bétonnée que la nausée le prenait. Rien à avoir avec le mal de mer bien sûr, juste le souvenir du corps de Séverine tanspercé par la balle de Silva, son sourire de rat et ses allusions foireuses. Sans oublier ses caresses déplacées et son envie de retourner l'espion – contre Londres, ou contre le mur. Il préféra se concentrer sur Q, sa démarche discrète parmis les ruines, son regard planté face à lui comme s'il évitait tout contact visuel avec ce qu'il se passait autour d'eux, et son poing refermé durement tout contre sa cuisse. Ouais, l'ambiance était assez merdique, il fallait le dire. Il se laissa guider par un des trois hommes jusqu'à la salle remplie de serveurs bruyants, qu'il reconnut immédiatement. L'homme indiqua le bureau avec l'ordinateur à Q, et se posta au fond de la pièce, sans avoir ouvert une seule fois la bouche.

"Bon, Silva, à nous deux, que m'as-tu réservé comme petite surprise…" Chantonna presque le jeune homme en prenant place sur la chaise en plastique qu'on lui avait apporté. Il sortit de sa malette en cuir un petit disque dur, une souris sans fil et des écouteurs, qu'il s'empressa de brancher à l'ordinateur avant de dandiner discrétement sa tête chevelue de droite à gauche. James leva les yeux au ciel et prit place à quelques mètres de lui, inspectant chaque recoin de la pièce, ne pouvant se sortir du crâne qu'une part de Silva était toujours là.

Les pianotements des longs doigts de Q contre le clavier en plastique durèrent une bonne demie-heure, entre jurons discrets et soupirs de plaisir ; l'informaticien y arrivait, James pouvait le lire dans sa mine réjouie. Parce qu'en vrai, il n'aurait jamais pu le lire sur l'écran : suite de chiffre blancs sur fond noir, ligne de code et failles de sécurité informatique le laissaient de marbre.

"On va juste récupérer les enregistrements des caméras de surveillance pour le plaisir, et on sera bon…"

Il sentit derrière lui l'homme qui les avait amené s'impatienter – tout le monde voulait quitter cette île maudite – et fut appelé par la voix hésitante de Q.

"Bond ? Vous avez une minute ?"

Des questions rhétoriques, comme s'ils avaient le temps. L'espion se rapprocha sans attendre et s'appuya d'une main sur le dossier de la chaise avant de se pencher en avant vers l'écran. Silva, assit face à lui, ses deux mains sur ses cuisses. Ça pour sûr, Q avait réussit à récupérer les enregistrements des caméras de surveillance. James pesta intérieurement, pas franchement désireux de revoir ces images et dit d'une voix incroyablement neutre :

"J'ai fais ce que j'avais à faire." Là, l'espion fiable était de retour. Mais il ne put s'empêcher de rajouter pour la forme : "Il ne s'est rien passé."

Q, les yeux toujours rivés sur l'écran qui se reflétait dans ses lunettes, glissa sa main frêle tout contre Bond pour lui tendre l'oreillette droite, que l'espion plaqua contre son oreille sans attendre. Sa propre voix résonna contre leurs deux tympans "Qu'est-ce qui vous fait croire que c'est la première fois ?"

Q fit glisser le pointeur de sa souris avec une lenteur extrême jusqu'à l'icone lui permettant de mettre l'écran en veille, qu'il pressa furtivement et alors que son corps était comme tétanisé par la peur, celle la même que les antilopes ressentaient, celle d'être dévorées par un lion les repérant dans les broussailles, il tourna lentement son visage vers celui de Bond, à quelques centimètres du sien, ses yeux écarquillés, ses pommettes ridiculement rosies par la gène.

"Tu as tout Q ?" Demanda James en haussant un sourcil, bien décidé à ne pas discuter de ce moment plutôt génant avec le gamin qui allait faire un syncope au vue de la paleur de son visage. Il allait se relever pour faire signe au chauffeur qu'ils pouvaient repartir, lorsqu'il sentit la main glacée du Quatermaster sur celle qu'il avait posé prêt de l'ordinateur portable. Il ouvrit les lèvres, prêt à calmer les ardeurs du gamin dans la seconde, lui qui semblait bien trop troublé par les déviances de Silva, lorsqu'il vit l'index du plus jeune se tendre presque imperceptiblement vers l'écran noir, d'où se reflétait la luminosité provenant de la porte ouverte derrière eux, et la silhouette du corps de leur accompagnateur, son bras tendu vers eux, ne pouvant signifier qu'une chose.

James repoussa violemment la chaise de Q, le projetant à quelques mètres de lui, sa main ayant déjà attrapé le Glock 18 qu'il tenait dans son dos et tira sans attendre dans la jambe de l'homme qui s'écroula de douleur, relâchant l'arme qu'il pointait sur eux. Agir, seulement agir, et protéger le Quatermaster, ordre à respecter, cible à abattre. Il rechargea son arme, remit sa cravate en place avant qu'elle ne le gêne, s'approcha d'un pas rapide de l'homme à terre qu'il releva violemment en empoignant ses cheveux et le poussa à sortir de l'immeuble, le tenant fermement contre lui pour l'utiliser comme bouclier humain. Il sentit le corps tressaillir lorsqu'une première balle vint se loger dans son ventre – il en profita pour se tourner à droite, suivre la trajectoire de la balle et abattre d'une balle dans la tête le deuxième homme, puis il se tourna à sa gauche, releva les yeux, les rabaissant, cherchant où se cachait le dernier. Il pressa plus fermement le corps en avant, qu'il sentait se vider de toute énergie, et pesta tout haut en le sentant s'écrouler. Plus de bouclier humain. Plus qu'une chose à faire. Repérer le dernier avant qu'il ne réagisse.

Il releva son regard, attiré par du mouvement sur un balcon un peu plus loin, grimaça lorsque les rayons inquisiteurs du soleil brûlérent sa rétine, et suivit son instinct, celui là même qui le tenait en vie depuis tout ce fichu temps, tourna à 45° à gauche et tira sur l'homme immobile. Son corps lourd passa au-dessus de la barrière, s'écrasant dans un bruit sec d'os brisé à quelques mètres de James. Cibles neutralisées. Protéger Q.

Bond accéléra le pas en sens inverse, rentra dans l'immeuble désafecté où la chaise vide renversée trainait au milieu de la pièce, chercha des yeux Q et le trouva exactement comme il l'avait imaginé : recroquevillé, serré dans un coin, sa tête cachée entre ses longues jambes fines, ses bras tremblants.

"Viens." Ordonna-t-il sans aucune douceur dans la voix. Mais pourquoi lui avait-il demandé d'ailleurs ? Il savait très bien comment ce genre de gens réagissait dans ces moments là : ils ne réagissaient pas. Il attrapa Q par le col de son pull, le sortit de sa léthargie honteuse et le trainait déjà hors de la pièce avant que la voix brisée par l'émotion du plus jeune rompt le silence étourdissant :

"L'ordinateur !"

"Pas le temps Q.

"Mais non, James, c'est ce qu'ils voulaient !"

Il repoussa la poigne ferme de James sans hésiter, pressa le pas jusqu'à l'ordinateur qu'il ferma, glissa dans sa malette, ainsi que son disque dur, et oublia ses écouteurs avant de courrir à nouveau vers l'espion.

Q, malgré l'émotion, était revenu à la raison pour mener à bien sa mission. Encourageant. Rassurant. Mais James ne pouvait qu'admettre l'impensable, le Quatermaster avait raison : ils n'avaient plus d'armée à combattre, de bijoux à retrouvés, la vraie guerre, le vrai danger, tenait dans un ordinateur, une carte mémoire, aussi petite que ridicule. Mais beaucoup trop dangereuse. Ils en parleraient plus tard, pour l'instant, Bond n'avait qu'en tête la seule certitude qu'ils devaient sauver leur peau, dégager, et surtout ne pas contacter le MI6. Il lacha sans douceur Q pour le pousser vers le bateau, prit place à ses côtés en retirant la corde qui les retenait à cette île de merde, et mit le contact avant de se diriger au sud.

Les îles, pourquoi par Bornéo. Comme il y avait 10ans de ça. Peut-être pourrait-il même le retrouver – s'il était encore en vie bien sûr. Mais partir, il fallait partir.

Q se redressa avec difficulté, s'approcha de l'espion et posa ses mains tremblantes sur son avant-bras pour retenir son attention – il l'appelait depuis plusieurs minutes, mais le bruit des moteurs et la concentration extrême, primaire, de James l'avait coupé du reste du monde.

"Bond, nous devons appeler Mallory – M". Corrigea-t-il en secouant la tête, encore trop choqué par les derniers événements pour penser normalement.

"Non."

"Non ? Bon sang James on a essayé de nous tuer là-bas ! C'était un piège !"

"Un piège dans lequel nous a mené le MI6."

Q baissa son regard inquiet, passa une main sur son front trempé de sueur et hasarda d'une voix faible :

"Mais M n'aurait jamais fait ça…?"

"Non, très certainement, mais avant de savoir quel est l'enfoiré qui nous a doublé, autant disparaitre de leurs radars."

Le Quatermaster ferma son visage, bien conscient que les prochaines heures, les prochains jours seraient bien plus durs que ce pour quoi il était préparé, et baissa son regard jusqu'à l'avant bras de James qu'il tenait toujours d'une main. Il appuya d'un doigt contre la peau hâlée et croisa son regard soudain si vide dans celui toujours imperturbable de son aîné. Il savait ce qu'il restait à faire. Ils savaient tous deux ce qu'il restait à faire. James attendit que le bateau s'arrête, coupa le moteur, fit signe au Quatermaster de chercher dans le petit habitacle et tendit son bras en avant, serrant son poing. Q sortit quelques secondes plus tard, un petit couteau bien trop pointu dans la main, il posa l'autre sur l'avant-bras de l'espion, prit une petite inspiration, profonde, nécessaire, et sans attendre enfonça la pointe de la lame dans la peau dure. Il savait où il était. Il l'avait conçu. Deux mouvement circulaires, un mouvement vers le haut ; il retira enfin le mouchard couvert de sang que James attrapa et lança par-dessus bord. Il remit le moteur en route, se retourna vers Q et sourit.

"Tu vas voir, c'est plaisant d'être mort."