Donovan,

Tout d'abord, je m'excuse de ne pas t'avoir donné de signe de vie plus tôt. Notre départ de Bornéo s'est fait dans l'urgence et depuis le retour à Londres, tout ne s'est pas passé comme prévu. En tout cas, si j'avais eu le temps, sache que je serai venu te voir, te remercier, pour tout, et je t'aurais dis au revoir, un vrai au revoir en bonne et due forme.

Il m'a fallut trois mois pour réussir à t'écrire ces quelques lignes ; je sais, c'est nul, désolé.

Je ne sais pas si tu te rappelles de la discussion que nous avions eu lorsque tu étais venu au refuge pour nous apporter à manger. Je n'avais pas beaucoup parlé, tu me connais, mais tu avais fais la conversation à toi tout seul et tu avais parlé des choses qu'il faut apprendre à aimer et à quitter, parce que c'est inévitable. Déjà, sache que je n'ai jamais compris pourquoi tu m'avais parlé aussi honnêtement et sache qu'à ce moment là je t'avais pris pour un fou. Un gentil fou certes, mais un fou quand même.

Je ne vais pas devenir trop sentimental car ce n'est pas mon genre et ma lettre n'a pas pour but de te déprimer, mais sache que tu avais raison. Il faut savoir savourer les belles choses quand elles arrivent ; il faut savoir passer à autre chose quand elles nous quittent.

Il aura fallut un parking pour que je l'accepte.

J'ai finis par passer à autre chose. J'ai quitté ce qui m'avait bouffé pendant des années et j'ai accepté de changer ; parce que j'ai reconnu mes erreurs. J'ai eu tort, j'ai eu tellement tort des années durant. Je m'étais construis une carapace que je pensais nécessaire, je me trompais royalement sur la véritable signification de la vie et de la mort, et tout ce que j'ai pu louper à cause de ça. Je n'ai pas honte de mes erreurs, elles ont fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. J'ai arrêté de me mentir et j'ai enfin accepté la fatalité : la mort et la fin des choses est inévitable.

Il y a cette phrase qu'on m'a répété, cette phrase que j'ai haïs, cette phrase que je ne comprenais pas et que je rejetais « Tout a une date d'expiration ». Et Tom, depuis que j'ai accepté l'idée que rien n'était éternel, moque toi de moi si tu le veux, mais je ne me suis jamais senti aussi vivant. Des années durant j'ai refusé la mort de mes parents, la solitude revenant violemment bouffer mes entrailles la nuit lorsque l'inconscient reprenait le dessus ; longtemps je n'ai cherché que la beauté des choses, que le positif, car je pensais que c'était ça qui m'aiderait à tenir, je pensais que refuser m'aiderait à vivre. Mais je te l'ai dis, j'ai eu tort et je ne m'en cache pas.

Aujourd'hui plus rien n'est pareil et je n'ai plus peur de la solitude, je n'ai plus peur de ce que je ne peux pas contrôler. Advienne que pourra comme on dit.

Je ne sais pas si je retournerai un jour à Bornéo mais sache que tu es le bienvenue à Londres si jamais tu visites l'Europe, comme tu m'en avais parlé. J'ai déménagé il y a trois semaines, je vis à l'Est d'Hyde Park dans un quartier extrêmement calme qui me fait un bien fou. Je serai ravi de te faire découvrir le coin un jour.

Embrasse ton père et dis lui que Bond et moi allons bien. Il ne lui écrira jamais, et je suis sûr que l'inverse est vrai aussi, mais nous vous devons beaucoup.

Prends bien soin de toi,

-Ben


« Q ? » La voix de James avait résonné derrière le plus jeune qui doucement pliait la lettre qu'il venait de signer. « Qu'est-ce que tu fais ? »

« J'ai écris à Tom. »

« Je n'arrive pas à croire que tu sois réellement devenu ami avec ce gamin. »

Le brun sourit et referma l'enveloppe avant d'écrire l'adresse qu'il avait mit tant de temps à retrouver. Bond ne qualifiait plus que de gamin que tous les autres jeunes hommes de son âge et jamais plus il n'avait adressé ce mot légèrement condescendant à son amant. Il s'approcha, embrassa chaudement son cou contre lequel il s'était penché et murmura :

« Tu veux un thé ? »

« Et si on sortait ? J'ai envie de prendre l'air. »

Bond l'aida doucement à se redresser, malgré ces trois mois de rémission, l'opération d'extraction de la balle n'avait pas été des plus faciles et des complications avaient cloués au lit le Quatermaster de trop longues semaines ; il en gardait une démarche encore légèrement hésitante, et des grimaces de douleur lorsqu'il tournait son torse dans un sens ou dans l'autre. C'était la seule différence physique. Les différences mentales quant à elles était nombreuses. Peut-être qu'un homme lambda aurait eu peur de perdre la personne qu'il aimait lors de son léger changement de personnalité, mais James savait que la balle qui s'était logée dans le corps de Q avait été nécessaire. Il n'était pas dur, il était réaliste. Le plus jeune était bien trop naïf, vivant dans un monde irréel où il suffisait d'y croire pour que tout soit éternel ; un Peter Pan des temps modernes en quelque sorte. S'il avait fallut lui dessiner leur relation il l'aurait fais de la sorte : Q et lui étaient sur la même ligne, le plus jeune placé à l'extrême gauche du côté de la vie chaude et absurde, le plus vieux placé à l'extrême droite du côté de la mort froide et infâme. Les lèvres et l'amour du Quatermaster l'avaient ramené au centre de la ligne ; la balle d'Harry avait ramené Q au centre lui aussi, et enfin, ils s'étaient retrouvé, chacun acceptant et embrassant la part terrible de l'autre. Q avait perdu la flamme indescriptible qui faisait briller ses pupilles vertes mais il n'avait surtout plus rien d'un gamin. Il était un homme, un magnifique homme que James aimait au-delà de la raison, un homme avec qui il s'était installé près d'Hyde Park, un homme pour qui il avait demandé une pause à durée non déterminée au MI6. Mais c'était bien, il en avait besoin. Q avait reprit son statut de Quatermaster depuis quelques semaines ; ils se séparaient le matin, se retrouvaient le soir et Bond profitait de toutes ces journées libres pour se reposer, se promener, respirer. Il ne courait plus, il n'en avait plus l'utilité. Il se surprit même à trouver Londres belle et quelque part agréable.

Ils sortirent ensemble de l'immeuble en brique, le bras de James entourant déjà les épaules de son cadet dans un geste doux et protecteur. Ils marchèrent en silence vers le parc. Il faisait froid mais James aimait ça ; toute excuse était bonne pour garder l'homme qu'il aimait contre lui.

Les arbres autour d'eux, la pelouse sur laquelle il marchait, le vendeur de gaufres criant ses prix aux badauds affamés, les deux chiens qui se battaient à qui attraperait la balle le premier ; tout avait une date d'expiration, Q et James le savaient pertinemment, même eux en avaient une.

Tout, absolument tout sur cette fichue terre ; à l'exception de leur amour.

C'était ça le plus important finalement.