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Avant-propos :
° Je m'excuse de ce retard impardonnable et vraiment pas prévu… Certes les examens en sont la cause principale, mais j'ai eu du mal à m'y remettre ensuite et maintenant encore je ne suis pas très satisfaite de ce chapitre ! Seulement je tiens à le poster avant la sortie du tome 7…
° Petit résumé des épisodes précédents : Severus est inclus malgré lui dans une colonie de vacances pour les orphelins de guerre, tenue par Sirius et Remus. La cohabitation promet d'être difficile… Le premier jour, les enfants ont fait connaissance, et il y en avait beaucoup donc je ne vais pas tous vous les rappeler, mais seulement ceux qui sont mis en avant dans ce chapitre :
Ulysses Javed, 5 ans. Origines pakistanaises. Se retrouve parmi les tout-petits, Wendy, Pasiphae et Lilian, qui ne sont que des filles, alors que les filles, c'est nul.
Lilian Headlock, 6 ans : les tout-petits. Lilian, muette, suit toujours son grand-frère Lee partout.
Minerva Cuffe, 7 ans. Une jolie petite blonde joyeuse. Elle est la petite-fille de Minerva McGonagall. Elle partage sa chambre avec Bettina et les jumelles Rose et Violet.
Richard "Rick" Tremlett, 9 ans. Se vante toujours de ce que son père est le bassiste des Bizarr' Sisters. Il a pris Louis et Philip comme bras droits.
Judy Kegg, 9 ans. Grande timide. Elle est dans la même maison qu'Eleanor et Cassiopeia.
Achenar Lestrange, 12 ans. Peu sympathique. Il partage sa chambre avec William, Barney et Jonathan.
° N'oubliez pas que cette fic a une bande originale et que vous pouvez télécharger les chansons depuis ma page de bio !
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Jour 2
Sunday Morning
Je suis réveillé, disait Sirius, quelque part dans sa tête. Je vais me lever. D'accord. C'est bon, Remus, ce n'est vraiment…
« Pas la peine de me secouer comme ça ! »
Des rires stridents. Aaah. Mais oui mais oui.
Il venait de se rappeler où il se trouvait.
°o°o°o°
« Siiiriuuus… »
Tandis que Pasiphae chantonnait son prénom – pas trop fort, comme si elle craignait de réveiller l'adulte pour de vrai – Wendy, elle, le répétait inlassablement en agitant joyeusement la tête :
« Sirius ! Sirius ! Sirius ! Sirius ! Sirius ! Sirius ! … »
Très vite énervé par cette cacophonie inutile, Ulysses décida d'agir.
« Je vais le réveiller moi vous allez voir. »
Avec un courage remarquable pour son mètre zéro huit, il s'approcha du moniteur endormi et le secoua presque vigoureusement par l'épaule.
« Pas la peine de me secouer comme ça ! » grogna l'homme en réponse.
Les filles se mirent à rire bêtement et Ulysses rangea son courage pour aller se cacher derrière elles. Mais Sirius ne bougeait plus.
« Il s'est rendormi tu crois ? » chuchota Pasiphae.
°o°o°o°
Sirius serra les paupières, profitant quelques secondes de plus du cocon du sommeil il était bien… Puis il bondit sur ses pieds.
« RRROAAARRRRR ! »
Les enfants poussèrent des hurlements et se mirent à courir dans tous les sens. Souriant, Sirius rejeta en arrière la masse de ses cheveux et regarda les bouts de choux s'affoler avec délectation. Passée la première surprise, ils ne criaient plus que pour le plaisir de crier, en rajoutaient en agitant les bras au-dessus de leur tête et finissaient par tomber sur les fesses en hurlant – de rire, cette fois. Plus qu'à se baisser pour les ramasser.
« Attention, le monstre arrive ! »
°o°o°o°
Severus s'assit dans son lit, perplexe. Il fit mine de se lever, mais, inhabituellement conscient de ses mollets poilus, passa d'abord une sous-robe – un pantalon – qu'importe.
Remus était déjà debout, mais quelque peu débraillé. Il ferma sa robe de chambre sur sa poitrine avec un certain embarras Severus fit semblant de ne pas avoir vu ses cicatrices. Il y avait plus urgent que de trouver une méchanceté à sortir au loup-garou. Il lui rappellerait qu'ils n'étaient pas amis une fois qu'il se serait assuré qu'aucun ex-Mangemort encore en liberté n'égorgeait des enfants sous sa responsabilité au-dehors.
« Qu'est-ce que c'est que ce raffut ?! » demanda-t-il en ouvrant la porte.
Sa voix était plus éraillée qu'il ne s'y attendait, et la lumière du soleil était si vive que, aveuglé, il grimaça et recula de deux pas – heurtant Remus qui amortit le choc avec un « houf ».
« Hum », fit-il, écartant le loup-garou de son espace personnel de l'extrême bout de son coude.
Il s'était voulu impressionnant et redoutable mais – il commençait à le savoir – on n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie.
°o°o°o°
« Sirius ? Qu'est-ce que tu fais avec ces enfants ? » demanda Remus, un peu étonné.
Sirius se retourna. Il avait Ulysses sur une épaule, Zif sous l'autre bras, et Wendy accrochée à sa jambe.
« Ils se sont levés tout seuls ! se justifia-t-il.
– Il est six heures et demie du matin, fit remarquer Severus, grincheux dès le réveil.
– Si tôt que ça ? Dites donc, les gnomes, avant sept heures, vous poussez un peu.
– Lilian n'est pas avec vous ? » demanda Remus aux enfants.
Obtenir une réponse d'enfants de quatre et cinq ans complètement surexcités relevant de l'impossible, Remus alla jeter un coup d'œil à l'intérieur de la maison aux volets bleus, constata que la fillette dormait encore, et redescendit.
« Il faudrait en profiter pour que l'un de nous leur fasse la toilette et les habille, dit Remus en se frottant les cheveux.
– D'accord ! J'y vais ! fit Sirius avec entrain. Vous venez les gnomes ? On va choisir vos vêtements.
– Sirius ?
– Moony ?
– Ce ne serait pas une mauvaise idée de t'habiller aussi.
– Je suis habillé ! J'ai un pantalon de pyjama !
– Hum…
– Je plaisante, Moony. »
°o°o°o°
Exhibitionniste, songea Severus avec mauvaise humeur. Se pouvait-il vraiment qu'il ne fût pas en couple avec Lupin, alors qu'il lui parlait de cette façon ? Exhibitionniste ET allumeur ?!
« Tu veux te recoucher, Severus ? »
Severus décolla les yeux du dos de Sirius et rencontra le regard de Remus.
« Mmh ? Oh, non, je ne pourrais pas me rendormir à présent. Pourquoi au juste est-ce qu'on couche les tout-petits deux heures plus tôt que les autres, si c'est pour qu'ils se réveillent deux heures plus tôt le lendemain matin ?
– Ils ne pourront pas participer aux activités de fin de soirée la plupart du temps, donc mieux vaut qu'ils prennent ce rythme tout de suite.
– Et nous pendant ce temps on a une journée rallongée de deux heures ?
– Eh bien, oui. Mais on n'a pas vraiment besoin de dix heures de sommeil à notre âge, si ?
– Je suppose que non, soupira Severus tout en songeant : quand on arrive à dormir. Il reste à espérer que tout ce bruit n'aura pas réveillé les autres gamins, à présent.
– J'allais justement te proposer de nous en assurer », sourit Remus.
Bordel, Lupin, ça suffit. Je te méprise, bon sang.
« Mais oui, fais donc cela, répondit-il d'un ton moqueur. Moi je vais réveiller les elfes.
– Comme tu veux », répondit Remus en haussant les épaules.
Severus (qui avait espéré le voir protester et ainsi pouvoir l'humilier davantage) ressentit une pointe de déception à le voir s'en aller.
°o°o°o°
Tout était calme dans la maison aux volets verts, mais l'une des occupantes était réveillée.
« Bonjour, Remus, dit poliment Minerva du haut de son lit.
– Bonjour, Minerva. Tu as entendu les cris dehors, je présume ?
– Oui. Les jumelles aussi, mais elles se sont chanté une chanson et elles se sont rendormies tout de suite. Est-ce qu'il faut se lever ?
– Non, ce sont les petits qui se sont réveillés de bonne heure. Dors tant que tu veux. »
Ses doigts s'entortillaient dans ses anglaises blondes.
« Est-ce que si je me lève maintenant, je verrai Sirius ?
– Mmh, je ne suis pas sûr, il s'occupe des petits pour le moment.
– Ah, bon. »
Elle retourna sous les couvertures.
« Est-ce que Sirius pourra venir nous réveiller tout à l'heure ?
– On verra… »
Remus ressortit en se tapant les cuisses. Sirius, ce tombeur ! Même la petite-fille de Minerva McGonagall s'entichait de lui ! Hahaha ! Sirius ! Petite-fille de McGonagall ! Il s'accorda deux minutes pour pouffer sans retenue, ce qui faisait du bien une fois de temps en temps, puis il s'essuya les yeux et repartit faire sa ronde.
°o°o°o°
Sirius avait emmené sa petite troupe dans les douches et les poussait chacun dans une cabine, encore en pyjama. Il avait réussi à séparer Pasiphae de son doudou après lui avoir promis qu'il ne le laverait pas, même s'il craignait légèrement que l'informe tas de tissus ne soit un dangereux nid à microbe. Après une brève reconsidération du terme "laver", il lui appliqua discrètement un sort désinfectant et le mit de côté.
« On est pas tout nus ? demanda Wendy.
– Une seconde, je m'en occupe. »
C'était l'un des points qu'ils avaient dû soigneusement penser lorsqu'ils avaient su avec certitude qu'il n'y aurait aucune femme au campement. Mais aucun obstacle ne pouvait résister aux Maraudeurs, même réduits à deux, même frôlant la quarantaine. Sirius pointa sa baguette vers la cabine de Wendy.
« Devestio ! »
Ses vêtements volèrent tous par-dessus la porte et retombèrent en tas sur une étagère prévue à cet effet. La fillette était hilare. Il réitéra la manœuvre pour les deux autres enfants.
« Vous n'avez pas idée ce que ce sort m'a été utile durant les combats », soupira Sirius avec une pointe de nostalgie dans la voix.
°o°o°o°
Severus s'apprêtait à ouvrir la porte de la petite pièce de l'arrière-cuisine qui servait de chambre aux elfes de maison, mais il se ravisa au dernier moment et préféra donner quelques coups secs sur le battant de bois. Il venait de lui traverser l'esprit que l'un des trois elfes lui avait semblé être une femelle, et vraiment, il aurait préféré ne jamais avoir à envisager la vie sexuelle des elfes de maison, mais maintenant que c'était fait, il préférait ne pas prendre le risque de concrétiser de déplaisantes images mentales.
La porte s'ouvrit sur l'elfe rencontré la veille, Chinky, qui lui adressa un hideux sourire.
« Monsieur Severus respecte tellement les elfes qu'il frappe même à la porte ! »
Severus se demandait bien comment en une journée il avait pu donner à tout le monde l'impression d'être l'ami de tout le monde. Il n'aimait pas le monde et le monde ne l'aimait pas et il n'aimait pas être l'ami de tout le monde ! C'était pourtant clair, d'habitude.
« Il faudrait commencer à s'occuper du petit-déjeuner, certains enfants sont déjà debout », dit Severus en s'appliquant à faire passer impatience et mépris dans le ton de sa voix.
Mais inexplicablement, l'elfe sembla l'adorer encore davantage.
« Monsieur Severus demande à Chinky au lieu de lui ordonner, s'extasia-t-il. (Quoi ? pensa Severus. Quand ça ? Comment ?) Twinky ! Pinky ! Debout, fainéants, on a du travail. »
Se sentant aussi sale que si l'elfe avait bavé sur sa robe, Severus se retira en essayant de penser à toute la haine bien saine qu'on pouvait lui vouer d'ordinaire… Bon sang, c'était quoi son problème ? Voilà qu'il pensait délibérément à Harry Potter, maintenant.
°o°o°o°
Dans son lit du dessus, Richard dormait paisiblement, comme toujours. Il était très rare que ses méfaits aient des répercussions sur son sommeil, il ne donnait pas dans la mauvaise conscience. Sa philosophie, plus tard, quand il aurait appris le mot "philosophie", serait : « Si tes crimes doivent t'empêcher de dormir, autant rester au lit. »
De ce fait, lorsqu'une main se referma fermement sur sa cheville, il se réveilla dans la perplexité la plus totale.
« Iiih ! J'veux dire, aaah. Oh. C'est déjà l'heure de se lever ? »
La main sur sa cheville appartenait à l'un des moniteurs, Remus. Jusqu'ici, Remus lui avait semblé gentillet. Mais en voyant à présent son froncement de sourcils, Richard eut soudainement un doute à ce sujet, et il regretta de n'avoir pas davantage de notions élémentaires d'hygiène. C'est donc mal d'avoir les pieds pleins de terre dans son lit ? Il tâcherait de s'en rappeler à l'avenir.
Avec un certain talent d'acteur, il bâilla d'un air ensommeillé, et ouvrit de grands yeux angéliques.
« Richard… commença Remus.
– On m'appelle Rick.
– Richard, il va falloir qu'on ait une petite discussion avec tes amis. »
Il tapota la main de Louis dans le lit du dessous.
« Debout mon grand.
– Kézkezé ? gargouilla Louis.
– C'est l'heure de se lever, lui répondit Remus. Va réveiller Philip, tu veux ? »
L'air angoissé, Louis obéit sans protester.
« Et pourquoi tu réveilles pas Lee ? demanda Richard.
– Tu sais très bien pourquoi, Richard. »
Richard sentit une boule d'inquiétude se former dans sa gorge. Comment Remus aurait-il pu savoir… ?
« Monsieur, intervint timidement Louis en tirant sur la manche de Remus.
– Tu peux m'appeler Remus, Louis.
– Re… Remus, Philip est tout rose.
– Ahaha, ouais ! » rigola Richard en pointant du doigt son ami qui descendait de son lit.
Puis il vit la couleur de sa propre main. La boule d'inquiétude tomba lourdement dans le fond de son estomac.
« M… Moi aussi je suis rose ! s'horrifia-t-il.
– Ça alors, fit semblant de s'étonner Remus. Quelle coïncidence, vraiment.
– Mais comment… ? »
Remus mit une main dans son dos, une autre sous son menton et se plaça au centre de la pièce.
« Hum, si vous me permettez, je vais endosser le rôle de Sherlock Holmes dans cette enquête-ci.
– Cher qui ?
– N'essaie pas de me faire me sentir vieux, petit insolent, répliqua-t-il avec un certain amusement. Bien. Si j'en crois ces empreintes de terre sèche sur le sol, vous êtes sortis de votre maison plutôt au début de la nuit, mettons, juste après cette bonne averse qui est tombée vers minuit, quand j'ai dû me lever pour aller changer les draps de… hm, peu importe. Louis a de la saleté jusqu'à mi-mollet, donc soit il est particulièrement maladroit, soit vous le faisiez passer devant pour qu'il teste le terrain, ce qui vous aura évité de marcher dans les flaques de boue. Mais je suppose que selon la version officielle tu es juste maladroit, hein, Louis ? »
Le garçon hésita, puis hocha la tête.
« Évidemment. Vous vous êtes dit qu'il serait sympa… ou plutôt cool de faire un petit tour en forêt. Même si nous vous l'avions formellement interdit, n'est-ce pas ? »
Les garçons hochèrent la tête mollement. Richard pinçait les lèvres.
« Louis n'ayant pas ce ravissant, ravissant teint rose vif, je me dis qu'il n'avait peut-être pas tant envie que ça d'y aller. Après tout, c'est dangereux de sortir la nuit, surtout dans une forêt inconnue. Alors vous deux, vous lui avez montré qu'il n'y avait rien à craindre, et vous êtes partis devant.
– Mais on n'est pas… commença Philip.
– Vous n'êtes pas sortis du périmètre, non, puisque nous avions activé la protection magique qui non seulement crée un champ de force presque aussi dur que du bois… (Il avisa les bosses sur le front des deux intéressés.) …mais donne également une éclatante couleur rose à quiconque s'y heurte. Ai-je raison ? »
Nouveaux hochements de tête contrits.
« Allons. C'est le moment où vous me promettez de ne plus jamais recommencer.
– On recommencera plus ! » dirent-ils en chœur.
Remus sourit, mais il n'avait pas l'air très convaincu. Richard se dit qu'ils devraient perfectionner leur air innocent au cours de la semaine. Remus fit disparaître la terre de leurs pieds et de leur lit, et dit :
« Ça suffira pour cette fois. Le rose disparaîtra de lui-même en cours de journée, vous pouvez retourner vous coucher.
– C'est pas l'heure de se lever ? s'étonna Richard.
– Mmh ? fit Remus. Pas du tout, il n'est même pas sept heures. Vous avez encore deux grosses heures de sommeil devant vous. »
Apparemment content de lui, Remus repartit les mains dans les poches. Richard était vert de honte et de rage.
« Lui, il ne s'en tirera pas comme ça.
– Je l'ai trouvé cool, dit Philip.
– Cool ? Ce naze ? Il a un père bassiste des Bizarr' Sisters, lui, peut-être ?
– … Non.
– Normal c'est un naze ! Et le naze va apprendre qu'il faut pas chercher Rick Tremlett. »
°o°o°o°
Perlinpinpin le lapin câlin ? Gertrude la tortue au pays des salades rouges ? Les trois petits chats mousquetaires ?!
Il semblait à Severus que lorsqu'il était lui-même enfant, ses lectures comportaient davantage de texte et moins d'animaux aux noms étranges. (Mais il ne pouvait en être certain puisqu'il avait la mémoire déficiente en ce qui concernait son enfance et en particulier ses aspects agréables – soit cela, soit il n'y en avait pas eu.)
Il arriva à une étagère où les livres avaient une forme très étrange : très plats, de grande dimension et parfaitement carrés. Il y en avait des dizaines et des dizaines… Juste comme il allait se rappeler où il avait déjà vu de pareils objets, du bruit lui parvint depuis le couloir.
« Une histoire, ça vous dit ? » retentit la voix de Sirius.
Severus chercha des yeux une seconde sortie – pas de seconde sortie – ou une fenêtre – trop haute – ou encore une trappe – ne sois pas ridicule Severus. Il tournicota dans la pièce jusqu'à ce que Sirius entre, accompagné de trois bambins fraîchement lavés et braillards. Sirius cligna des yeux. Severus lissa sa robe d'un air digne. Sirius cligna de nouveau des yeux.
« Laisse-moi ! criait le petit garçon – Hercule ? non, Ulysses ! – qui essayait vainement de dégager sa main de celle de Sirius. Je veux pas jouer avec des filles ! Je veux aller voir les autres ! Lâche-moi !
– Pourquoi tu veux pas jouer avec nous ? demandait la toute petite fille – Wendy.
– Parce que vous êtes que des sales filles !
– On a pris la douche, ça se peut pas. »
Sirius se ressaisit et regarda Ulysses.
« Si tu ne veux pas rester avec Zif et Wendy, tu peux aller avec Severus. »
Severus faillit protester, mais aussitôt le garçon pâlit et alla se cacher derrière les jambes de Sirius. Le maître de potions s'interdit de se sentir vexé.
« Très amusant.
– Je trouve aussi. Les enfants, allez choisir un livre, d'accord ?
– Ouais ! »
Severus jeta un nouveau regard vers la fenêtre.
« Qu'est-ce que tu penses de la bibliothèque, Severus ?
– Formidable, Sirius. Perlinpinpin le lapin câlin ? Je reconnais bien là tes goûts littéraires. »
Pas d'humeur à s'énerver, Sirius sourit en secouant la tête.
« Remus t'a dit, pour le programme d'aujourd'hui ?
– On commence l'initiation à la magie, je le sais déjà.
– On s'est dit que si tu pouvais trouver vite fait une potion pas trop compliquée à préparer pour les plus grands, ce serait bien.
– Pardon ? Une potion ?
– Remus s'est occupé du matériel, je décline toute responsabilité s'il manque quelque chose.
– Tu veux dire que vous avez écouté ce que j'ai dit ?
– Sirius ! appela Ulysses.
– Remus veut essayer de t'impliquer davantage. Ça va peut-être te surprendre, mais en tant moniteur de colo tu ne peux pas éviter les enfants pendant tout le séjour.
– Sirius ! Zif elle a pris le livre que moi je voulais !
– Me voilà, du calme. »
Comme Severus restait planté sur place, interdit, Wendy s'approcha de lui et le regarda avec attention.
« Bonjouuur, dit-elle avec une timidité coquette.
– Hn.
– Pourquoi ton nez il est comme ça ? » demanda-t-elle en pointant un petit doigt rond.
Severus eut un regard terrifiant, mais la fillette, trop occupée à observer son appendice nasal la bouche ouverte, n'y fit pas attention.
« Est-ce que je te demande pourquoi ton nez est comme ça ? » lui retourna-t-il avec le plus grand mépris.
Wendy gloussa en se mettant la main sur le nez. Severus émit un bruit impatient, mais en même temps, à son propre effroi, il s'adoucit légèrement, et se surprit à trouver l'enfant plutôt mignonne, pour une enfant.
Complètement traumatisé, il déguerpit de la bibliothèque en vitesse.
°o°o°o°
Remus termina son inspection en vérifiant à nouveau la maison des tout-petits. Il trouva Lilian debout, sa vache en peluche sous le bras, ses longs cheveux défaits encadrant son visage sévère. Remus songea un instant que son regard n'était pas sans rappeler celui de Minerva McGonagall, ce qui était assez anormal pour une enfant de six ans. Elle se contenta de secouer lentement la tête lorsque Remus l'invita à sortir.
« Enfin, tu ne vas pas rester ici toute seule si tu es réveillée. »
Elle s'assit sur son lit et serra sa peluche un peu plus fort contre elle.
« Bon, comme tu veux. Ton frère viendra te chercher plus tard, dans ce cas. »
Quand Remus ressortit, il avait un peu froid, et terriblement envie de musique. Il trouva Sirius dans la bibliothèque, assis en tailleurs sur le sol, trois enfants suçant leur pouce à l'unisson autour de lui, tandis qu'il racontait à sa façon le conte du Petit Chaperon Rouge à partir des images du livre.
« Mais c'est alors que surgit un énorme loup noir aux yeux brûlants ! Une fille normale aurait hurlé comme ça : Iiiiiiiiih! »
Remus se boucha les oreilles tandis que les enfants gloussaient.
« Mais pas le Petit Chaperon Rouge, non non. Bien au contraire, elle le salua et le laissa s'approcher… »
Sirius aperçut Remus du coin de l'œil et lui adressa un petit sourire.
« Car sa mère-grand lui avait appris depuis toujours que les loups ne s'attaquent aux hommes, jamais. Vous le saviez ?
– Mais là c'est pas un zomme c'est une 'tite fille, objecta Ulysses en se mâchonnant un doigt.
– Les petites filles non plus.
– Et les mamans ?
– Aucun humain.
– Oooh.
– Mais pourquoi, pourquoi à la fin il, le loup pourquoi il mange l'amergran alors ? objecta Wendy.
– Oh, ça c'est l'histoire de l'autre Petit Chaperon Rouge dans celle-ci il épouse la mère-grand. »
Le regard de profonde perplexité que la fillette renvoya à Sirius le fit éclater de rire.
« Tu veux te joindre à nous, Moony ?
– Remuuus ! s'écria Pasiphae d'un air ravi.
– Non, je venais juste pour mettre un disque, mais puisque vous êtes occupés je reviendrai plus tard…
– C'est quoi un disque ? demanda Wendy.
– Tu ne le sais pas ? s'étonna Sirius. Toute une éducation à refaire ! Moony, il faut qu'on répare ça. »
Sirius prit l'un de ses propres disques pour le montrer à Wendy. Remus choisit une chanson de Lou Reed and the Velvet Underground qui lui semblait écoutable par des enfants, et apporta ainsi la preuve irréfutable que "le rond noir et même pas beau", selon les termes de Wendy, produisait effectivement du son.
« Et ce n'est même pas de la magie », sourit-il.
Tandis que les enfants étaient hypnotisés par le tourne-disque, Sirius vint près de Remus et lui glissa :
« Tu sais, ça m'inquiète que ça se passe si bien. Il n'y a même pas eu de problème avec Judy encore.
– Et ça t'inquiète ?
– Oui ! On demande des enfants à problèmes, on nous garantit des problèmes, où sont les problèmes ?
– Je crois qu'ils viendront bien assez tôt, Sirius.
– Je sais, mais entre-temps je risque de m'habituer à ce que ce soit si… bien. »
Ils regardèrent Pasiphae donner des coups de doudou à Ulysses qui lui tirait les cheveux, attendris.
« C'est un bien agréable dimanche matin, dit rêveusement Remus.
– C'est un super dimanche matin. »
Sunday morning, praise the dawning
It's just a restless feeling by my side…
« Oh, au fait, si ça peut te rassurer, nous avons deux enfants rose fuchsia ce matin.
– Non ?! Vas-y, raconte. »
°o°o°o°
« Mettez vos poings en dessous du mien.
– Comme ça ?
– Ouais. Maintenant on jure.
– Je le jure.
– Tais-toi, Lou, tu vois bien qu'il a pas fini !
– Pardon…
– Répétez après moi. Moi, Rick, je jure de jamais trahir le groupe…
– Moi, Rick…
– Faut que tu dises "Lou", Lou.
– Ah, bon. Moi, Lou… euh… j'ai oublié la suite.
– Bon, vous savez quoi ? Moi je parle et vous vous dites juste "je le jure" à la fin.
– Ouais !
– D'accord.
– Je jure de jamais trahir le groupe. Je jure que tout ce qu'on fera ou dira entre nous sera répété à personne en dehors du groupe. Je jure de faire passer le groupe avant ma vie et de le défendre jusqu'à ma mort. Dites "je le jure" !
– Je le jure !
– Euh… je… je le jure. Mais euh…
– Quoi encore, Lou ?
– On va pas vraiment mourir, hein ? »
°o°o°o°
Après le petit-déjeuner, Sirius expliqua rapidement de quelle façon se dérouleraient les journées à la colo.
« Vous serez libres jusqu'à dix heures, heure à laquelle nous donnerons des cours de magie jusqu'au déjeuner. L'après-midi, nous réaliserons des activités en extérieur, et le soir, eh bien, des activités nocturnes. »
À ce point il fronça les sourcils, et Remus sut exactement à quoi il pensait. "Activités nocturnes" ? Mince, ça sonne un peu cochon. Heureusement, la plupart des enfants étant trop jeunes pour avoir l'esprit mal tourné, seul Achenar Lestrange ricana dans son coin.
« Est-ce que vous avez des questions ? » conclut Sirius.
Eleanor leva la main.
« Pourquoi Richard et Philip sont roses ? »
°o°o°o°
Severus se sentait mieux depuis que le cours de potions avait commencé. C'était familier, légèrement ennuyeux, mais néanmoins rassurant. Il ne savait pas se comporter avec des enfants en dehors du cadre d'un cours. Comme on pouvait l'attendre, Sirius avait essayé de le déstabiliser en inventant des règles idiotes, mais il en fallait plus pour impressionner Severus.
« Tu n'es pas à Poudlard ici, d'accord ? Ce sont les vacances. Pas question de crier après les enfants.
– Hn.
– Et tu dois appeler les enfants par leur prénom.
– Oui ben ça va.
– Leur prénom, et c'est tout. Pas de "Miss" ou de "Mr".
– Je ne suis pas stupide, Black.
– "Sirius".
– Qu'importe, Mr Sirius. »
Six adolescents le regardaient d'un œil vitreux à cet instant. Les plus jeunes, Jonathan et Eleanor, se contenteraient d'observer les autres pour aujourd'hui.
« Miss… hum… Cassiopeia, puisque tu as déjà eu des cours de potions, tu dois être en mesure d'identifier cet ingrédient ?
– Euh… »
Elle se passa frénétiquement la main dans les cheveux, l'air complètement stupide.
« Je vois. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les Potions sont une matière importante quand on veut devenir coiffeuse. Barney sera peut-être plus inspiré ? … Barney ?
– … Hein ?
– Achenar », soupira Severus.
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La jeune Lilian Headlock refusait de se séparer de son frère Lee. Comme il était assez traumatisant d'essayer de faire changer d'avis une enfant muette, et comme de toute façon il n'avait aucun droit de la forcer à faire quelque chose qu'elle ne voulait pas faire, Sirius la laissa venir dans son groupe. Impassible, elle restait assise aux pieds de Lee tandis que Sirius essayait de poser pour tout le monde les bases du contrôle de la magie.
« Comment est-ce qu'on peut faire de la magie ? On n'a pas de baguette ! objectait Richard.
– La baguette ne sert qu'à canaliser la magie qui parcourt votre corps en un point précis. C'est pour cela qu'un Moldu ne peut rien faire d'une baguette magique – sinon se gratter le dos aux endroits inaccessibles. Mais la plupart d'entre vous ont déjà dû faire de la magie sans baguette. N'est-il jamais rien arrivé de bizarre alors que vous étiez en proie à une vive émotion ? »
Les enfants s'échangèrent un regard perplexe, puis Lee s'exclama :
« Si ! Une fois, des débiles m'embêtaient à la cantine, et mon bol de soupe s'est mis à bouillonner et à déborder et à cracher du potage partout, c'était trooop fort !
– Et moi j'ai fait sauter toute les cordes de la guitare à mon père parce qu'il voulait pas m'emmener à une de ses répétitions, bing ! bing ! bing ! se rappela Richard.
– Moi, j'ai fait exploser le toit de ma maison », dit alors Judy.
Tous les regards se tournèrent vers elle le temps d'un silence parfait. Puis Richard la toisa avec mépris :
« Pff, pas la peine de faire ton intéressante ! Comment elle crâne j'y crois pas… »
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Remus avait eu une idée brillante concernant les cours qu'il dispenserait aux plus jeunes : raconter les meilleurs morceaux de l'Histoire de la magie à la façon des plus grandes légendes – briller par son verbe et son emphase pour dépoussiérer les cours du professeur Binns – transformer les faits plats en récits épiques de guerres terribles aux héros splendides ! Ça, c'était l'idée.
« Mais alors Susanna la Petite Natte va parler aux gobelins et leur dit : "Laissez mon peuple en paix et nous vous donnerons en échange le plus grand des trésors."
– C'est quoi le trésor ? demanda Ulysses.
– Mais tais-toi-euh ! dit Pasiphae.
– Pourquoi elle veut donner son trésor ? demanda Wendy.
– Arrête de demander pourquoi tout l'temps, Wendy !
– Bah pourquoi ?
– Pfff !
– Ze veux la suite de l'histoire ! protesta Pasiphae en frappant Ulysses.
– Eh arrête de me taper ! Remus, j'en ai marre que Zif elle me tape ! »
Remus inspira un grand coup.
« Zif, arrête de taper Ulysses. Ulysses, arrête de m'interrompre et écoute l'histoire. Et Wendy, ne me demande pas pourquoi.
– …
– …
– Mais pourquoi ? »
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« Achenar. »
En entendant son nom, Achenar cracha par terre avec insolence. Le nez haut, Severus plissa les yeux et le garçon se sentit aussitôt perdre de sa superbe.
« Merlin, s'affligea Severus du bout des lèvres. Le pauvre garçon est si bête qu'il ne peut que baver sa réponse. »
Achenar se sentit rougir.
« Je parle pas aux traîtres », grogna-t-il.
Severus leva les yeux au ciel.
« Les adolescents et leur sens du mélodrame. Qu'importe. William, tu peux répondre ?
– C'est euh, un champignon ?
– Brillant, William. » Le garçon ne perçut pas la nuance de sarcasme et fit un grand sourire. « J'aurais toutefois préféré que tu me donnes le nom de ce champignon. Il s'agit d'une lépiote brune. Vous allez le découper en lamelles d'un millimètre d'épaisseur. »
Mais tandis que les autres enfants s'activaient docilement, Achenar restait obstinément les bras croisés.
« Toi aussi tu veux être coiffeuse ? lui fit Severus.
– J'obéis pas à un traître. »
Severus se pencha vers lui pour le scruter de très près. Achenar faisait de son mieux pour paraître inébranlable, mais il n'en menait pas large.
« Crois-moi, jeune Lestrange, tu ne veux pas te mettre quelqu'un comme moi à dos.
– C'est… C'est à cause de vous que mon père est mort, lâcha Achenar.
– Ton père est mort par sa propre faute.
– Vous l'avez trahi alors qu'il vous faisait confiance !
– Haha, oui, c'est cela. Confiance. On voit que tu n'as pas connu ce bon vieux Rabastan. Il était complètement paranoïaque depuis la première chute du Seigneur des Ténèbres – il faut dire qu'il a passé cinq années à se cacher avant de se faire emprisonner avec tonton Rodolphus et tata Bellatrix. »
Achenar avait envie de pleurer, mais cela faisait bien longtemps qu'il avait renoncé aux réactions de bébés. Il suffisait de changer la douleur en colère, la douleur en colère, la douleur en colère.
« Non, je le connaissais pas, et je le connaîtrai jamais par votre faute ! »
Severus se redressa et le contempla d'un air impuissant.
« Écoute. J'ai bien conscience que c'est dur pour toi, mais très franchement, ne jamais rencontrer cet homme était la meilleure chose qui pouvait t'arriver.
– C'est facile à dire pour vous, votre père était pas à Azkaban toute votre enfance avant de mourir à la guerre, pas vrai ? »
Severus sembla peser cet argument. Il répondit avec beaucoup de sérieux.
« Crois-moi, j'aurais préféré. »
°o°o°o°
Profitant du temps libre après le déjeuner, Severus parcourait les dossiers de certains enfants.
"Achenar Lestrange, fils de Rabastan et Melusine Lestrange. Melusine Lestrange a mis fin à ses jours en 1991. Achenar, alors âgé de cinq ans, a par la suite été élevé par ses grands-parents maternels. Rabastan Lestrange est mort aux côtés de Voldemort à la fin de la guerre sans avoir jamais reconnu son fils…"
Severus resta pensif un moment, les yeux au plafond, se penchant en arrière sur sa chaise puis son attention glissa sur ce qui ressemblait fort à un grand mille-pattes juste au-dessus de la fenêtre. Au moment où il envisageait de l'attraper pour l'ajouter à ses ingrédients à potions, la porte du bureau s'ouvrit d'un coup et Severus perdit l'équilibre, s'effondrant dans une volée de papiers.
La tête de Remus surgit par-dessus le bureau.
« Pardon, Severus. Je t'ai fait peur ?
– Ha, peur ! Tu ne pourrais pas même si tu le faisais exprès. … Aide-moi à me relever, tu veux. »
Remus lui tendit une main et Severus se remit sur pieds. Remus souriait de façon insupportablement amicale.
« Tu jetais un œil aux dossiers ?
– Quel sens de l'observation.
– Si tu as des questions, surtout n'hésite pas… »
Severus devait à tout prix faire comprendre à cet idiot qu'ils ne sympathiseraient jamais ! Mais il avait effectivement une question.
« Que signifient ces chiffres et ces lettres sur la liste d'appel ?
– Oh, ça… Le chiffre indique combien de leurs parents sont morts et les lettres "M" et "P" précisent s'il s'agit du père ou de la mère. »
Severus ne put s'empêcher d'être un peu choqué.
« Je sais, c'est morbide, grimaça Remus. Mais il faut éviter les gaffes par tous les moyens.
– Donc tous les enfants ne sont pas vraiment orphelins ?
– Non, mais les parents survivants sont tous en soins intensifs à Sainte Mangouste. On se voyait assez mal refuser des enfants sous prétexte qu'ils avaient un père dans le coma ou une mère amnésique qui a oublié jusqu'à leur existence…
– Mmh. » Pas très réjouissant, tout cela.
Severus ramassa les divers papiers et se rassit pour les ranger sur la table devant lui. Puis il leva les yeux vers Remus, qui le regardait fixement.
« Quoi ? »
Remus secoua la tête d'un air soucieux. Severus fit pencher sa chaise en arrière, un pied sur le bord du bureau comme pour défier Remus.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
– Je… »
La porte s'ouvrit, Remus sursauta, Severus tomba à la renverse pour la seconde fois.
« Oh Merlin je ne veux pas savoir ce qui était en train de se passer derrière ce bureau, s'écria Sirius. Vous êtes conscients qu'il y a des enfants qui peuvent entrer ici à tout moment ? Moony, te connaissant, ça ne m'étonne pas vraiment, mais Severus ? Je m'attendais à mieux venant de toi. »
Severus se releva en grommelant.
« J'espère que tu te fais rire, parce que tu serais bien le seul, dit Remus.
– Remus, tu as un gloussement juste au coin de la bouche.
– Ce n'est pas vrai, dit Remus en toussotant.
– J'ai l'impression d'être l'unique adulte d'une colonie de vingt-et-un mômes », grogna Severus.
Sirius éclata de rire.
« ÇA, ce serait drôle à voir. Trêve de plaisanteries, il va être l'heure de se remettre au boulot. »
°o°o°o°
Sirius ouvrait la marche. Cette première sortie en forêt le rendait terriblement nerveux – mais non, ils n'allaient pas perdre d'enfants en pleine forêt, mais non – et la nervosité se manifestait chez lui par une incapacité à s'arrêter de parler. La jeune Minerva, qui lui faisait la conversation, en semblait enchantée.
« … Et c'est cette année-là que Remus m'a fait la tête pendant un mois sans que je m'en rende compte. Il faut savoir que quand Remus fait la tête il se contente de sourire moins et soupirer davantage. Moi je croyais qu'il était tombé amoureux !
– Est-ce que tu as déjà été marié toi ?
– Non, et toi ?
– Hihi, moi je suis trop petite. Pourquoi tu t'es pas marié ?
– Eh bien, euh, c'est un peu compliqué. Je n'en ai pas eu l'occasion, disons.
– Tu attends de trouver la bonne personne ?
– Voilà.
– Tu sais, moi dans dix ans je pourrai me marier aussi. »
Sirius gloussa.
« Si je suis toujours libre dans dix ans, je penserai à toi alors. »
La fillette eut un sourire jusqu'aux oreilles.
Sirius jeta un regard par-dessus son épaule pour s'assurer auprès de Remus qu'ils étaient toujours dans la bonne direction. Mais Remus était occupé à faire remarquer mille et une choses – cet arbre ! cet insecte ! cette fleur ! – aux enfants qui tournaient la tête dans tous les sens, l'air ravi. Sirius remarqua alors la petite Judy qui marchait juste derrière lui.
« Hé, Judy, tu te souviens du livre de contes dont tu as parlé hier ? Celui avec les deux princes… »
Elle hocha timidement la tête.
« Tu ne l'as pas apporté dans tes bagages, par hasard ? »
L'enfant secoua la tête.
« Ah… Et tu ne te rappelles pas le titre ou l'auteur ?
– Ça s'appelle juste Contes, dit-elle d'une petite voix. L'auteur je sais plus. »
Elle semblait désolée.
« C'est sans importance », la rassura Sirius.
Minerva tira sur sa main pour avoir de nouveau son attention.
« Tu préfères les cheveux blonds ou les cheveux marron ?
– Marron », répondit Sirius sans réfléchir.
Minerva sembla profondément contrariée.
°o°o°o°
Judy marchait en silence, ses grosses lunettes glissant le long de son nez toutes les deux minutes. Elle était encore tracassée par ce qu'elle avait dit au cours de ce matin. Elle aurait dû se douter qu'elle serait la seule à avoir fait sauter le toit de sa maison par inadvertance : personne d'autre n'était aussi bête.
« C'est vrai que tu as fait exploser ta maison ? » demanda quelqu'un.
C'était Eleanor, cette fille d'un an de plus qu'elle qui ressemblait autant à un garçon qu'à une fille, et qui dormait dans le lit au-dessus du sien. Judy rougit, comme à chaque fois qu'on lui accordait la moindre attention.
« Qui t'a dit ça ?
– Les jumelles, Rose et Violet. Alors c'est vrai ?
– N… Non, j'ai juste fait exploser le toit…
– C'est dingue ! Comment c'est arrivé ? »
Judy remonta ses lunettes, les yeux baissés.
« Mes parents sont morts, et j'ai crié, et la seconde d'après, le toit était plus là. Je sais pas vraiment ce qui s'est passé.
– Oh. »
Judy ne pouvait s'empêcher de parler sur un ton morne, c'était sa seule façon de ne pas sembler affectée par ce qui l'entourait. Elle savait que ça la rendait terriblement ennuyeuse. Eleanor allait probablement ne plus jamais lui adresser la parole, maintenant.
« Est-ce que c'était des Mangemorts ?
– Hein ? s'étonna Judy
– Mon père s'est fait tuer par des Mangemorts. Ma mère, elle, s'est fait tuer par un sort perdu au cours d'une attaque-surprise des résistants… elle faisait juste des courses. "Elle s'est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment", c'est ce qu'on m'a dit. »
Il y eut un silence.
« Tu veux que je te présente les jumelles ? proposa Eleanor. Elles sont suuuper sympa. »
Judy eut un tout petit sourire.
« Oui, je veux bien. »
°o°o°o°
Remus veillait à ce que personne ne s'éloigne du chemin. Les trois petits diables qu'il avait réprimandés ce matin avaient viré au rose bonbon, et ne cessaient de comploter dans leur coin.
« … un nom cool, pouvait-il entendre de la bouche de Richard. Comme les Trois Mousquetaires ! Sauf qu'on peut carrément pas s'appeler les Trois Mousquetaires.
– Pourquoi ? demanda Louis.
– Parce qu'on est pas des mousquetaires ?
– Ah, ouais. »
Remus s'avança vers eux et lança l'air de rien :
« Vous savez, j'ai connu une bande de garçons redoutables qui se faisaient appeler les Maraudeurs.
– Les Maraudeurs ? grimaça Richard.
– Ça sonne bien, dit Philip.
– Mais ça veut dire quoi ? demanda Louis.
– Exactement ! fit Richard. C'est un nom de pédés, les Maraudeurs. »
Remus tiqua. Pas exactement l'effet qu'il espérait.
« Maman dit qu'il faut pas dire "pédé", dit Louis.
– Ta mère est morte, Lou », lui rappela Philip.
Lou fit une moue.
« … Mais même. »
Remus se racla la gorge.
« Richard, j'ai une question.
– Euh, oui, euh, Remus ?
– Quelle est la signification de "pédé" ?
– Beeen…
– Ne me fais pas croire qu'un jeune homme de ta qualité ne sait pas quels mots il emploie. Prenons un exemple. Est-ce que tu estimes que je pourrais être qualifié de pédé ?
– Euh…
– Ouais », répondit Philip, sans la moindre crainte.
Remus n'aimait pas son sourire. Son ton se durcit.
« Et qu'est-ce qui te permet de le croire ?
– Parce que t'aimes lui, répondit-il en pointant un doigt vers Severus par-dessus son épaule.
– Pardon ?! »
Remus manqua de s'étrangler. Il jeta un regard en arrière pour voir si Severus avait entendu – non, Merlin soit loué – ce qui fit rire Philip. Remus l'attrapa fermement par l'épaule pour l'arrêter et le regarder dans les yeux. Il dut faire un gros effort pour sourire et garder une voix posée.
« Écoute mon grand, ça te fait peut-être rire, mais pas moi. Je suis une personne tempérée, et je ne vais pas gâcher cette belle journée à cause d'un jeune imbécile, mais prends garde au ton que tu emploies à l'avenir. C'est compris ?
– Oui.
– Oui qui ?
– Remus.
– Va rejoindre tes amis. »
Le garçon ne se le fit pas dire deux fois.
« Que se passe-t-il ? demanda Severus qui arrivait à la hauteur de Remus.
– Quoi ? Oh, rien. »
Comment un gamin pouvait-il soupçonner que Remus ait une quelconque inclination pour Severus ? Ce n'était même pas le cas ! N'est-ce pas ? Non ! Si c'était le cas, il ne pouvait pas être le dernier à le savoir, donc non !
« Ce n'est rien », répéta Remus, rassuré.
°o°o°o°
« Et ça, c'était cool, peut-être ? se moqua Richard.
– Trop pas ! s'exclama Louis.
– Il m'a déçu, reconnut Philip.
– Donc on trouve un nom, et ensuite on se venge.
– Pourquoi il faut un nom ?
– Pour la gloire, Lou !
– Mais si on fait des bêtises on doit pas le dire que c'est nous !
– Non, mais si on a un bon nom, tout le monde le connaîtra ! Il y aura jamais de preuve contre nous, et pourtant, tout le monde saura que c'est nous ! La gloire, les mecs !
– … Je pige pas.
– Oh, t'es lourd, Lou. »
°o°o°o°
Severus regarda Remus repartir devant avec soulagement. Peut-être que les regards noirs avaient finalement suffi à lui faire comprendre toute la haine profonde qu'il lui portait ? En tout cas, sur les enfants, cela fonctionnait à merveille. Aucun n'osait ne serait-ce que l'approcher !
À part le petit Lestrange bien sûr, qui lui tournait autour et lui lançait des coups d'œil à la dérobée depuis qu'ils avaient quitté le campement. Mais Severus s'en moquait comme de sa dernière paire de chaussettes. D'ailleurs, avait-il pensé à changer de chaussettes ce matin ?
« Je peux vous demander un truc ? dit Achenar abruptement.
– Je ne vois pas comment t'en empêcher… Légalement, s'entend.
– Hm… »
Le garçon gardait les yeux braqués droit devant lui, les mains dans les poches. Severus ne savait pas bien quelle attitude adopter. Ce n'était pas exactement un gosse comme les autres. Un fils de Mangemort, franchement ! À quoi pensaient les organisateurs de cette colo ? S'ils avaient seulement pensé à quoi que ce soit !
« Vous… Vous l'avez bien connu, mon père ? demanda finalement Achenar.
– Assez bien, je suppose. Bien malgré moi, cela dit… Pourquoi ?
– Pour rien… »
Le garçon marcha encore une minute à ses côtés, puis s'éloigna. Ah ? Bon. Severus s'en moquait comme de sa dernière robe. D'ailleurs, avait-il pensé à…
°o°o°o°
La troupe s'était arrêtée au pied d'un arbre énorme et noir, et dont certaines racines étaient grosses comme le torse d'Achenar.
« Cet arbre a plus de mille ans. Il a pu vivre tout ce temps grâce à de petites créatures que l'on appelle Botrucs et que nous allons chercher ensemble… »
Un peu plus loin se tenait Cassiopeia, ravissante dans sa robe rose et verte. Achenar s'approcha d'elle.
« C'est chiant hein ? On a l'impression d'être en cours.
– Tu permets ? J'essaie d'écouter.
– Ah, ouais. »
Tout le monde scrutait l'arbre pour réussir à voir un Botruc, animal protecteur des arbres au camouflage presque indétectable, sauf lorsqu'il était en mouvement. Achenar décida de le trouver le premier pour pouvoir ensuite parler avec Cassiopeia. Soudain, il aperçut quelque chose.
« Il est là, sur la branche basse, juste derrière le feuillage ! »
Cassiopeia le dévisagea d'un air étonné, comme s'il venait d'ôter un masque, et sourit légèrement. Dans la poche ! se réjouit intérieurement Achenar.
« En vérité on appelle cet animal un écureuil, Achenar, s'amusa Sirius. Mais merci de ta participation. »
Le sourire de Cassiopeia se changea en moue de dédain. Achenar dut se mordre la langue pour surmonter un brusque sentiment de honte. L'insupportable William, son compagnon de chambrée, avec ses grands yeux bleus qui lui donnaient l'air constamment ébahi, le rejoignit et lui sourit gentiment.
« J'aime les écureuils.
– Ferme-la ducon.
– D'accord. »
°o°o°o°
Severus était fatigué. Il était heureux que les enfants aient trop peur de lui pour lui parler, parce que passer la journée à les surveiller et les occuper était déjà crevant. Allez, deux jours de passés. Plus que… ahn. Cette pensée le déprima légèrement.
« Fatigué, Severus ? »
Oh non. Lupin.
« Qu'est-ce qui peut bien te faire penser ça, le fait que je sois allongé sur mon lit les yeux fermés ? Avec des conclusions aussi hâtives, on pourrait s'imaginer que je me suis isolé pour être tranquille ! »
Remus eut un rire léger.
« Un de ces jours tu vas t'empoisonner avec tes propres sarcasmes.
– Tant que ça me débarrasse de toi, tous les moyens sont bons !
– Je suis flatté.
– Ne le sois pas.
– C'est tellement enrichissant d'être en ta compagnie, Severus.
– C'est certainement pour cela qu'elle est aussi recherchée.
– En effet. Mais tu ne me feras pas fuir aussi facilement, désolé. »
Severus émit un gémissement de douleur déchirant.
Remus se surprit à détailler la silhouette étendue de Severus dans la pénombre de son lit à baldaquin. Depuis que le maître de potions faisait partie de la colo, Remus se sentait comme un gamin qui aurait ramené un chaton à la maison.
« C'était juste pour te dire qu'on mangera dans une petite demi-heure, dit-il finalement.
– Je sais, merci.
– Je te laisse à ta souffrance alors.
– Bonne idée, tu m'empêches de me concentrer. »
Remus lâcha le rideau.
°o°o°o°
Après avoir vérifié que tout le monde était au lit, et après une douche froide bien méritée, Sirius n'eut qu'à suivre la musique pour trouver Remus dans la bibliothèque. "Sunday Morning" ne s'écoute pas le dimanche soir, Remus, enfin.
Remus était assis par terre en tailleur et lui tournait le dos. Vu d'ici, il pouvait sans peine être pris pour ce jeune homme discret dont l'image était encore nette dans la mémoire de Sirius. Ce bon vieux Remus. Sirius resta un moment à le regarder, avec une certaine tendresse Remus et ses épaules frêles, la courbe de son dos aux os trop saillants, sa tête qui se relevait, le mouvement de sa nuque tandis qu'il apercevait Sirius par-dessus son épaule, son sourire un peu brouillé, fatigué sans doute…
« Je t'aime tu sais, soupira Sirius.
– Mmh. »
Puis Sirius s'aperçut que, contrairement à ce qu'il avait cru, ce n'était pas un livre que Remus tenait sur ses genoux.
°o°o°o°
« Eh, qu'est-ce que tu dessines ? »
Pris de court, Remus serra son carnet de croquis contre lui.
« Je… Rien…
– Je ne savais pas que tu dessinais toujours ! s'enthousiasma Sirius. J'ai toujours adoré tes dessins.
– Tu plaisantes, fit Remus nerveusement. Tu te moquais toujours de mes dessins.
– Quoi ? Enfin, je me moquais de tout, Moony ! C'était pour déconner, tu le sais bien.
– Vraiment ?
– Bien sûr ! »
Remus était pensif.
« Je croyais réellement que tu les détestais.
– Tu dessines fabuleusement bien, Moony. Comment aurais-tu pu croire que j'étais sérieux ? »
Remus haussa les épaules.
Early dawning, Sunday morning
It's just the wasted years so close behind…
Penché sur son carnet, Remus ne vit pas tout de suite Sirius se réveiller. Il capta du coin de l'œil son mouvement pour chasser un bourdon, et aussitôt sa voix suivit, paresseuse :
« Moony ?
– Oui.
– J'ai dormi ?
– Comme une masse.
– Je suis désolé. Tu me parlais, hein ?
– En effet, sourit Remus. D'ailleurs, je crois qu'à un moment tu m'as répondu alors que tu dormais déjà.
– Hein ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
– "Je te l'avais bien dit que c'était un bouc."
– … Ah. »
Ils rirent. C'était une belle matinée ; quelques nuages épars, légers comme le cœur de Remus. L'herbe tendre embaumait, et la guerre aurait aussi bien pu avoir lieu sur une autre planète.
Avant ce jour-là, Remus avait toujours pensé que rien ne serait plus embarrassant que s'il couchait avec Sirius – non qu'il y ait réellement pensé. Seulement, il savait bien que Sirius avait l'esprit dangereusement ouvert sur tout ce qui pouvait être source d'amusement, et ses propres orientations étant ce qu'elles étaient… Cela avait fini par arriver. Forcément. Et, en fin de compte, nul embarras… Il se sentait bien.
« Montre-moi ce que tu as dessiné !
– Pas question, tu vas encore te moquer.
– Mais non ! Allez, donne !
– Non, je… »
Sirius avait déjà réussi à attraper son carnet. Il ne laissa rien paraître de son trouble, et pourtant ce fut presque un choc, ce dessin de lui couché dans l'herbe haute, plus paisible qu'il ne l'avait jamais été, plus beau qu'il ne le serait jamais. Remus semblait gêné, mais aussi relativement content de lui. Sirius se força à rire.
« Tu as vraiment du papier à gâcher », dit-il d'un ton léger.
Sunday morning and I'm falling
I've got a feeling I don't want to know…
Sirius ne semblait pas pouvoir concevoir qu'il ait réellement pu blesser Remus vingt ans auparavant.
« En plus, James et Peter te disaient tout le temps à quel point…
– Ton avis comptait davantage que celui de James ou de Peter, Sirius. Ou même des deux réunis.
– Pourquoi tu ne veux pas me montrer, alors ? Est-ce que c'est un dessin de moi ? »
Sirius fit un clin d'œil et, avec une vivacité hors du commun, lui prit le carnet des mains.
« Sirius, rends-moi ça !
– Wow. »
C'était un portrait de Severus. Severus Snape dans toute sa splendeur, sombre et torturé ; presque beau sous le trait précis de Remus. Sirius se sentit glacé de l'intérieur.
Tout en se redressant, il laissa échapper un rire peu enthousiaste et lui rendit le carnet.
« Tu as vraiment du papier à gâcher. »
°o°o°o°
Sirius coucha de nouveau dehors ce soir-là. Au milieu de la nuit, Severus et son insomnie pointèrent leur nez hors de la maison, et s'installèrent près du feu de camp pour le regarder dormir. Dans son sommeil, Remus remonta les couvertures par-dessus sa tête.
