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Avant-propos :
° La fic commence enfin à tourner comme je le voulais ^^. Je m'amuse beaucoup plus à l'écrire et je suis donc plus motivée. Le chapitre 4 est déjà commencé et j'espère qu'il viendra vite ! Cela dépendra toutefois de quand j'aurai internet chez moi… Je suis en ce moment en Espagne et la parution du chapitre 3 a été retardée par mon déménagement.
° J'écris désormais chaque chapitre en collaboration avec une personne différente. Celui-ci existe grâce à la grande et merveilleuse Nonol, aka le_porkepik sur LiveJournal.
° Résumé des épisodes précédents : La colo a commencé, et les premiers problèmes arrivent : Louis, Richard et Philip se prennent pour des aventuriers, Achenar Lestrange se rebelle contre l'autorité de Severus qu'il considère comme un traître, et Remus a dessiné un portrait de Severus, ce qui ne plaît pas beaucoup à Sirius. Que va-t-il advenir de nos héros et de toute la marmaille ?! Vous le saurez en lisant ce chapitre… hum, hem.
Wendy Wood, 4 ans et demi. Très curieuse, veut toujours tout comprendre.
Louis "Lou" Jorkins, 8 ans. Bras droit de Richard avec Philip. Le boulet du trio, il récolte les tâches ingrates.
Lee Headlock, 8 ans : joli garçon au visage efféminé, ne s'entend pas du tout avec ses trois camarades de chambre sus-cités. Il passe son temps à s'occuper de sa petite sœur Lilian, frappée de mutisme.
Eleanor Smethley, 10 ans. Garçon manqué très crédible. Est amie avec les jumelles Rose et Violet. A pris la timide Judy sous son aile.
° Plus que jamais, il serait bien que vous puissiez écouter la chanson qui va avec le chapitre… Toutefois, ne la lancez que lorsqu'elle arrive dans le texte ^^. (cf. ma page de bio)
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[Note : "Losing my religion" est une expression imagée qui signifie, plus ou moins, "sortir de ses gonds", perdre son sang-froid, ses moyens.]
Jour 3
Losing My Religion
« Remus…
– Hn…
– J'ai fait pipi dans mon lit. »
Dès trois heures du matin, Remus sut que la journée serait longue.
°o°o°o°
Sirius se réveilla, au petit matin, dans un éternuement retentissant. La nuit avait été fraîche et avait laissé de la rosée après elle, mais Sirius avait connu pire. Sortant sa baguette pour sécher son oreiller humide et lui-même, il en profita pour réfléchir posément à la décision qu'il lui fallait prendre quant à l'affaire du dessin de la veille. Il n'avait pas voulu réagir sous le coup de la colère – on lui avait assez reproché d'être trop impulsif –, mais il ne comptait pas pour autant ne donner aucune suite. Après avoir laissé reposer le problème pendant une nuit, il pouvait maintenant analyser clairement la situation.
De toute évidence, Snape plaisait à Remus. Ceci, bien qu'incompréhensible, n'était pas si grave en soi. Beaucoup de gens plaisaient à Remus, pour des raisons pas toujours très évidentes. Sirius, encore aujourd'hui, plaisait à Remus, quoique, sans doute, moins qu'avant. Remus avait des goûts éclectiques, et c'était son droit.
Non, ce qui était impardonnable, c'était la tendresse. De ce que Sirius en savait, Remus n'aimait pas faire de portraits de personnes réelles, à l'exception de ses proches. Or Snape était, avait toujours été, et serait toujours leur ennemi. Sympathiser vaguement, pour des raisons strictement professionnelles, était tout juste tolérable aller au-delà, c'était trahir tous leurs principes – ou du moins, ce principe qui voulait qu'ils ne s'attachent qu'à ceux qui en valaient la peine.
Sirius ne pouvait décemment pas laisser passer un tel affront. Ils étaient les derniers Maraudeurs, après tout, et ils se devaient de faire honneur à ce statut ! Sans quoi… Sirius serait mécontent. Oui, il fallait admettre qu'imaginer Remus s'enticher réellement de quelqu'un comme Snape mettait Sirius dans un état de nerfs assez vilain. Il devait faire comprendre à Remus qu'il s'opposait complètement à cette idée. Et, oh, il connaissait un très bon moyen de le faire… Un sourire lui vint aux lèvres qui ne présageait rien de bon.
Satisfait par son raisonnement, Sirius rentra dans sa maison. À la seule vue du lit de Severus, il sentit le chien en lui se mettre à grogner… Sirius estima que Padfoot avait droit à la parole. Quelques secondes plus tard, le chien noir s'avançait vers le lit à baldaquin de Severus Snape. Remuant la queue d'avance, il glissa son museau sous le rideau, et, de toutes ses forces…
« OUAH ! »
°o°o°o°
« Sale clébard, j'aurai ta peau ! »
°o°o°o°
Remus s'appliqua de la Mousse Rasante de Gilberte Latondue – un rasage parfait pour sorciers parfaits – attendant que Sirius se décide à présenter des excuses. Comme rien ne venait, il finit par demander :
« Est-ce que je peux savoir ce que signifiait le petit numéro de ce matin ? Severus en fume encore par les oreilles. »
Sirius, enlevant déjà le gros de la mousse avec ses doigts, inspecta ses joues comme s'il n'avait rien entendu.
« Tu ne peux pas te transformer juste pour t'amuser, surtout si c'est aux dépens des autres ! fit Remus, qui détestait devoir employer ce ton avec Sirius. Je croyais que tu ne voulais pas que ton talent d'animagus s'ébruite ? »
Sirius s'aspergea le visage d'eau, puis s'essuya à l'aide d'une serviette de toilette, évitant délibérément le regard de Remus dans le miroir. Puis il jeta la serviette par-dessus son épaule, droit dans le visage de Remus, et quitta la pièce.
°o°o°o°
Wendy regardait les adultes qui discutaient en essayant de comprendre quel était le problème. Il y avait un problème, c'était sûr, parce qu'ils faisaient tous les trois une sale tête et mangeaient sans se parler, et elle avait compris depuis un bout de temps que c'était le meilleur moyen d'exprimer son mécontentement sans avoir à trop se fatiguer. Tout ce qu'elle espérait, c'était qu'ils n'étaient pas fâchés contre elle et qu'ils n'allaient pas lui faire subir de traitement désagréable en punition, comme un shampooing qui pique les yeux ou une brûlure indienne sur l'avant-bras. Après plusieurs minutes d'observation timide, et bien que son attention fut plus d'une fois détournée (par un oiseau derrière la fenêtre, une blague de Minerva ou un papillon particulièrement joli posé sur la tête de Sirius), elle ne voyait plus d'autre solution que de demander :
« Pourquoi t'es pas content Severus ? »
Surpris, le moniteur leva les yeux vers elle et grogna :
« Demande ça à Sirius. »
Docile, Wendy interrogea Sirius :
« Pourquoi t'es pas content ?
– Demande ça à Remus », répondit-il en imitant de façon moqueuse le ton lugubre de Severus.
Craignant qu'on se fiche d'elle, et plus très sûre de ce qui motivait sa question au départ, Wendy demanda néanmoins à Remus :
« Pourquoi t'es pas content ? »
Remus jeta un coup d'œil à Sirius à gauche, un coup d'œil à Severus à droite, et dit sincèrement :
« Je suis aussi perdu que toi, mais quoi qu'il en soit, ce n'est pas de ta faute. »
Rassurée, Wendy se désintéressa des adultes et se régala d'un croissant au beurre qu'elle avait chapardé à Ulysses.
°o°o°o°
« Sirius, Wendy elle a mangé mon croissant ! s'exclama Ulysses.
– Quoi, un vol à la table du petit-déjeuner ? C'est bien vrai, jeune fille ? »
Severus, dégoûté, détourna les yeux et se trouva à regarder Remus, qui justement était en train de le regarder aussi.
« J'ose espérer que tu as rappelé ton toutou à l'ordre ?
– Je crois qu'il sait très bien que je n'approuve pas, et que c'est exactement pour cela qu'il a fait ce qu'il a fait. »
Severus eut un rire glaçant.
« Oh non, me voilà au milieu d'une scène de ménage. Vous ne pourriez pas casser quelques assiettes et me laisser tranquille, non ?
– Je ne trouve pas cela très drôle, Severus.
– De mon point de vue, avec un bon, bon sens de l'ironie, ça l'est.
– Eh bien, c'est que tu connais mal Sirius. Quand il est comme ça, il peut devenir insupportable.
– Plus que d'habitude ? fit Severus, mi-narquois, mi-inquiet.
– Tu n'as pas idée », soupira Remus.
Severus regarda Sirius qui discutait joyeusement avec les enfants et un frisson lui parcourut l'échine.
« Qu'est-ce qu'on peut faire ?
– Je m'en occupe, assura Remus. Dans le pire des cas, ça ne devrait pas durer plus d'une journée. »
°o°o°o°
Remus avait déjà vu Sirius agir de la sorte auparavant et savait exactement ce qui était en train de se passer. Sirius lui faisait la tête. Il y a deux sortes d'individus sur terre : ceux qui savent bouder un ami, et les autres. Si Remus en était à peu près incapable, Sirius maîtrisait, quant à lui, tout l'art de la chose. Heureusement, il ne faisait habituellement jamais la tête sans une très bonne raison mais aujourd'hui Remus ne croyait pas voir la cause de cette attitude.
Remus alla trouver Sirius dans la bibliothèque. Il feuilletait des livres de contes, apparemment à la recherche d'un texte précis, et ne parut même pas remarquer l'entrée de Remus. Celui-ci, ne sachant que dire, s'approcha des étagères à disques et caressa la tranche des albums du bout des doigts.
« Il fallait que je m'occupe de te faire rattraper ta culture musicale, tu te souviens ? lança-t-il, se voulant léger. Tiens, par exemple, R.E.M… Une référence ! »
Sirius n'eut aucune réaction. Tenant dans un premier temps l'album Out of Time à l'attention de Sirius, qui ne regardait toujours pas dans sa direction, Remus bougea nerveusement les doigts, puis déposa finalement le disque près de Sirius avant de s'asseoir sur un coussin en face de lui.
« Je ne comprends pas ce que tu cherches à faire, Sirius.
– …
– Si tu étais un tant soit peu mature, tu m'expliquerais ton problème en face au lieu de bouder comme un enfant de cinq ans.
– …
– Mais enfin, qu'est-ce que j'ai fait ? »
En réalité, Remus avait bien une idée de ce que Sirius pouvait lui reprocher, parce qu'il se doutait qu'il n'avait pas complètement apprécié leur discussion, la veille au soir, mais sa réaction lui semblait pour le moins démesurée. Ce n'était qu'un stupide dessin !
« S'il te plaît, dis-moi que ce n'est pas à cause du portrait de Severus. »
Sirius fit claquer son livre en le refermant. Il le posa sans ménagement et en ouvrit un nouveau d'un geste vif.
« Sirius, enfin, qu'est-ce qui te prend ? s'emporta Remus. Je dessine tout un tas de choses, figure-toi, et je ne t'ai jamais demandé la permission pour ça !
– …
– Tu décides de le prendre comme ça ? À ta guise, mais c'est ridicule.
– …
– Tu voudrais que je m'excuse ? Eh bien, je suis désolé, oui, vraiment désolé si tu te prenais pour mon unique modèle, ma muse, ou je ne sais quoi… »
Comme Sirius persistait dans son silence borné, Remus se releva tout droit.
« Tu sais quoi ? Boude tant que tu veux, je m'en moque. J'ai des soucis autrement plus importants. »
Et, bien qu'il ne s'en moquât pas du tout, loin de là, il partit sans un regard en arrière.
°o°o°o°
Ne pouvant contenir sa rage davantage, Sirius jeta de toutes ses forces le recueil des frères Grimm à travers la pièce.
°o°o°o°
« Allez, tout le monde ferme les yeux, ce sera plus facile pour commencer. Toi aussi, Lee ! »
Lee s'entraînait tant bien que mal à rassembler toute la magie de son corps en un même point à l'aide des exercices de concentration de Sirius, mais il était difficile de réellement se concentrer quand il devait garder en permanence un œil sur Lilian, sa petite sœur muette.
Pour le moment, elle restait sagement assise à le regarder de ses grands yeux bleu nuit. Cependant, parfois, elle s'en allait sans raison apparente, et si Lee ne se dépêchait pas de la retrouver, cela pouvait causer tout un tas de problèmes. Son copain Alistair l'avait prévenu : on risquait d'envoyer Lilian dans un hôpital de fous ou chez des "psys", et même si Lee n'était pas très sûr de ce qu'était un psy, c'était probablement redoutable. Jusqu'ici, heureusement, il l'avait toujours rattrapée avant qu'un adulte ne s'aperçoive de sa disparition.
Lee commençait à percevoir les légers picotements qu'avait décrits Sirius, comme un rire à l'intérieur, et essayait de canaliser cette sensation dans la zone de sa poitrine, quand Lilian lui prit la main. Les picotements s'évanouirent instantanément.
« Qu'est-ce qu'il y a, Lily ? »
Sirius tourna brusquement la tête de leur côté, l'air bizarre, et de peur d'être puni, Lee inventa une excuse :
« Lilian a besoin d'aller aux toilettes. »
Sirius consentit à ce qu'il accompagne sa sœur. Lee prit Lilian par la main et se dirigea vers la maison commune. Sur le chemin, Philip lui fit un croche-patte, mais il réussit à garder l'équilibre et pressa le pas sans un mot. Philip, Louis et Richard étaient des gros débiles, et un jour, oui, il leur ferait payer, mais présentement, il devait s'occuper de sa petite sœur.
Arrivé à l'intérieur de la maison, Lee s'enquit à nouveau de ce que voulait sa sœur. Celle-ci ne répondit rien, bien sûr, mais elle le fixa avec une intensité qu'il ne lui connaissait pas, l'air apeuré, serrant fort contre elle sa vache en peluche rose. Il s'aperçut soudain qu'elle tremblait.
« Tu as froid ? » demanda-t-il, inquiet, en mettant une main sur le front de Lilian, comme le faisait Maman, avant.
Lilian secoua négativement la tête. Lentement, ses petits bras se desserrèrent, laissant tomber au sol la vache rose : la petite fille cessa aussitôt de trembler et fit deux pas en arrière.
« Qu'est-ce que… ? »
La peluche vibrait inexplicablement sur le sol, les pattes agitées de spasmes, comme animée par une baguette invisible.
°o°o°o°
Après le déjeuner, pendant la sieste des tout-petits, Severus s'installa tranquillement à l'ombre de l'arbre titanesque qui surplombait de ses branches une bonne partie du campement pour avancer un peu ses lectures. Du coin de l'œil, il repéra bientôt une petite troupe d'enfants qui avançait dans sa direction. Il était à peu près certain qu'ils ne comptaient pas vraiment venir lui parler : il avait pris soin de se rendre trop effrayant pour cela. Pourtant, les gamins se plantèrent bientôt devant lui avec un beau chœur de : « Severuuus ? » Il leva la tête, perplexe.
« Tu veux bien nous raconter une histoire ? demanda Minerva d'un air angélique.
– Quoi ?
– Oui, une histoire, s'il te plaît Severuuus ! fit le chœur.
– Je ne connais pas d'histoires… désolé.
– On a apporté un livre ! dit Minerva en brandissant l'objet du crime.
– Perlinpinpin le lapin câlin ? lut Severus avec effroi.
– Sirius a dit que c'était ton préféré !
– Sirius, hein ?
– Oui. Il a dit que tu peux pas me dire non parce que tu travailles pour ma grand-mère, sourit Minerva, toujours aussi charmante.
– Le sale fils de… commença Severus, avant de se reprendre : … de son père. Bon, une histoire. Peu importe. Elle fait vingt pages, ce sera vite expédié. »
Il ouvrit le livre sur ses genoux tandis que, de façon assez surréaliste, la demi-douzaine de bambins s'asseyait autour de lui.
« "Perlinpinpin est un petit lapin qui adore les câlins", lut péniblement Severus. "Tous les matins, sa maman lui fait un câlin, et son papa lui fait un câlin, et sa sœur…"»
Se sentant faiblir, Severus leva instinctivement les yeux du côté où Sirius, un peu plus loin, gloussait ostensiblement en contemplant le spectacle.
°o°o°o°
Remus vit arriver Severus en trombe à l'heure de la sortie en forêt.
« Dis à Black qu'il joue un jeu dangereux. Je suis à deux doigts de l'homicide volontaire.
– Ah.
– Bon, je passe devant.
– Euh, d'accord.
– C'est parti, tout le monde vient par ici, on va partir ! Wendy, tu m'écoutes ? Barney, quand tu auras fini de buller, on pourra peut-être y aller ! »
En dépit de l'énervement manifeste de Severus, Remus se réjouit de constater qu'il prenait de lui-même les choses en main et qu'il avait fini par se familiariser avec les enfants. Ulysses vint s'accrocher à la robe de Remus.
« On est obligé d'aller avec Severus ? fit-il d'une petite voix.
– Tu peux rester près de moi, si tu veux.
– D'accord-si-te-plaît-Remus », répondit le garçonnet en lui prenant la main.
Remus remarqua alors Pasiphae, qui semblait boudeuse derrière son doudou informe.
« J'ai deux mains », fit-il en lui tendant celle qu'il avait de libre.
Mais la petite fille haussa les épaules d'un air contrarié et partit dans une autre direction tout en suçant son pouce.
°o°o°o°
Le Gang des Trois Rois – le Gang pour faire court – attendait la sortie de l'après-midi avec impatience.
Ils avaient finalement trouvé leur nom quand Remus leur avait appris qu'ils portaient chacun un prénom de monarque : Richard comme les rois d'Angleterre, Philip comme les rois d'Espagne, et Louis comme les rois de France. Ils avaient envisagé de s'appeler les Rois Sanglants, ou les Rois Mages, mais ils avaient finalement opté pour le Gang des Trois Rois, qui exprimait mieux leur côté dur et casse-cou, ainsi que le fait qu'ils étaient trois, et puis aussi le truc des rois (qui était quand même vachement la classe, comme disait Rick). En toute honnêteté, Louis aurait préféré les Rois Mages, mais c'était Rick le chef et il était logique que ce soit lui qui décide ce genre de choses.
Ce que Louis comprenait moins, c'était ce qu'il devait faire pour que Rick cesse de lui donner toujours toutes les corvées. Cette fois encore, c'était lui qui allait devoir s'occuper de divertir les moniteurs, pendant que Phil et Rick se feraient la belle. Et il n'avait pas la moindre idée de comment procéder.
« Comment je fais ? avait-il demandé.
– Improvise ! » avait répondu Phil.
Louis ne comprenait pas vraiment cette réponse, mais supposait que "un pro vise" était un dicton quelconque signifiant qu'il allait devoir se débrouiller sans l'aide de ses deux amis. Il se creusait encore les méninges lorsque la troupe prit le départ et que sa petite sœur Bettina vint à sa hauteur.
« Coucou Louis, dit-elle en remontant ses grosses lunettes.
– Je m'appelle Lou maintenant, répondit Louis, mal à l'aise.
– T'as vu j'ai trouvé un bâton tout droit.
– Euh, cool.
– Je vais me faire une baguette magique avec. »
Louis jeta un œil par-dessus son épaule. Évidemment, Rick et Phil le regardaient. Ils attendaient qu'il fasse diversion et ils n'allaient pas apprécier de le voir faire la causette à sa débile de sœur.
« Bon, Bettina…
– Et avec ma baguette je changerai Richard et Philip en vilains crapauds.
– Eh, tu dis pas ça de mes copains, t'entends ? C'est toi le vilain crapaud ! »
Bettina baissa la tête en triturant son bâton. Puis elle voulut prendre la main de Louis. Paniquant, celui-ci la repoussa brutalement et elle tomba sur les fesses. Aussitôt, des pleurs déchirants brisèrent le calme de la forêt.
« Oh, ça va, dit Louis, je suis sûr que t'as même pas eu mal, avec tes grosses fesses ! »
Mais Sirius et Remus accouraient déjà. Louis jeta un regard désespéré vers Rick et Phil, et les vit lui adresser un clin d'œil avec le pouce levé, avant de s'enfuir du sentier.
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« Où sont Richard et Philip ? » demanda soudain Remus.
Sirius se mordit la lèvre. C'était lui qui fermait la marche, il n'aurait pas dû venir s'occuper de la petite Bettina – abruti, abruti !
« Louis, tu sais par où ils sont partis ? »
Le garçon secoua la tête.
« Je sais que tu le sais, Louis, insista Sirius. Ils ne sauront pas que tu nous l'as dit.
– La forêt est dangereuse, ajouta Remus. Tu dois nous dire où ils sont allés, ou il pourrait leur arriver malheur. »
Louis secoua à nouveau la tête, un peu plus hésitant cette fois. Severus surgit alors et écarta Sirius et Remus d'un ample geste des bras. Brandissant sa baguette sans un mot, Severus se pencha de toute sa hauteur vers le jeune garçon comme pour l'engloutir. Les yeux de Louis s'agrandirent et il cria :
« Ils sont partis par là ! »
Tel un corbeau repliant ses ailes, Severus recula avec un sourire satisfait. Sirius perçut un frémissement impressionné chez Remus, mais il ne pouvait s'en préoccuper pour le moment.
« J'y vais, restez surveiller les enfants. »
Il s'élança dans la direction indiquée par Louis, bien décidé à réparer sa faute.
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Severus était content de son petit effet et ne put s'empêcher de noter l'air bluffé de Remus.
« Chacun sa tactique, fit-il d'un air suffisant.
– Terrifier un enfant de huit ans n'est pas vraiment la meilleure des solutions, objecta mollement Remus, avant d'avouer du bout des lèvres : Même si, en l'occurrence, c'était peut-être nécessaire… »
Dans ses yeux se lisait une certaine admiration, qui gonfla l'ego de Severus comme un gros ballon de baudruche. Il rassembla les autres enfants d'un ton assuré et protecteur – assez proche finalement de celui d'un fier père de famille, ce qui l'aurait traumatisé s'il s'en était seulement rendu compte. Remus lui adressait un sourire reconnaissant, lorsque Louis fit d'une petite voix :
« Est-ce que Rick et Phil vont mourir ?
– Non, le réconforta Remus, Sirius est à leur recherche et il les trouvera avant qu'il leur arrive quoi que ce soit.
– Comment tu sais ?
– Je le sais parce que Sirius est fort, obstiné et courageux… Aucun être vivant dans cette forêt ne pourra l'éloigner de son but. »
L'ego de Severus se dégonfla d'un coup, et il se rappela à quel point il détestait ces imbéciles de Gryffondors.
°o°o°o°
La forêt était dense et remplie de pièges, mais les pattes du chien se posaient toujours au bon endroit, souples, propulsant son corps en un tourbillon de fourrure noire à travers la végétation sauvage. Grâce au flair de Padfoot, Sirius avait aisément retrouvé la trace des fugueurs. La piste olfactive le guida ainsi sur une centaine de mètres, avant de s'évanouir au pied d'un grand arbre aux branches basses, chargé de fruits colorés. Il se retransforma pour appeler :
« Richard ! Philip ! Je sais que vous êtes là ! »
Il y eut un craquement dans les branchages et un bruit de voix étouffé.
« Descendez de là tout de suite ! Vous n'avez pas envie que je vienne vous chercher, croyez-moi ! »
Un nouveau craquement retentit et les garçons poussèrent un cri : la minute suivante, une branche trop fine qui avait cédé sous leur poids tombait au sol, tandis qu'ils flottaient en l'air, maintenu par un sort de Sirius qui, heureusement, avait de bons réflexes.
« Vous êtes contents de vous ? En plus, vous abîmez une forêt protégée ! »
Il allait les attraper par le col pour les ramener bon gré mal gré au campement, mais à cet instant, une chose très étrange se produisit. Le tronc noueux de l'arbre se mit à frémir, et tout à coup, il s'ouvrit, comme une bouche béante et noire. De là surgit un gros chien blanc, qui se jeta sur les enfants dans un grognement menaçant.
°o°o°o°
Remus avait beau avoir foi en Sirius, il aurait préféré l'accompagner à la recherche des garnements plutôt que de rester ici à garder les enfants et à se forcer à avoir l'air serein pour n'inquiéter personne. Sirius trouvait qu'ils avaient déjà placé trop de protections magiques, mais la preuve en était que non ! Il dressait déjà dans sa tête la liste des charmes qu'ils allaient devoir tisser en prévision des prochaines sorties, quand enfin, Sirius réapparut, hirsute, les deux garçons marchant devant lui.
« C'était trop cool ! » s'exclamèrent Richard et Philip.
Sirius leur talocha la nuque pour leur faire abandonner leur sourire réjoui. Remus s'enquit :
« Il n'y a pas eu de problème ? »
Sirius lui passa devant sans répondre et alla s'asseoir sur un tronc d'arbre couché, apparemment exténué.
« Sirius sait se transformer en chien ! » révéla Richard haut et fort, les yeux brillants.
Remus, que l'attitude de Sirius et l'inquiétude avaient rendu doublement irritable, regarda l'animagus avec consternation.
« Oh, vraiment ? Un chien ? Étonnant, j'aurais cru que c'était le genre de talents qu'un sorcier adulte et responsable n'utiliserait qu'en ultime recours, et pas comme moyen d'impressionner de deux fugitifs de huit ans. »
À ces paroles, pour peut-être la première fois de la journée, Sirius lui retourna son regard. C'était un regard au moins aussi consterné que le sien.
« C'était pas pour se faire bien voir, expliqua Richard. Il y a un monstre qui nous a attaqués !
– Quoi ?
– Un énorme chien tout blanc, avec des dents comme ça, et au moins dix queues ! dit Philip.
– Plutôt cinq, marmonna sombrement Sirius.
– Il est sorti de l'arbre, vouf, une vraie tornade !
– Et Sirius s'est changé en chien noir et l'a combattu jusqu'à ce qu'il retourne dans son tronc tout moisi qui pue !
– C'était trooop cool ! »
Éberlué, Remus bégaya :
« Un… Un houkou ? Ici, dans cette forêt ? Oh, Sirius, je…
– S'il vous plaît, pas en public », grinça Severus.
Remus suspendit son geste pour toucher l'épaule de Sirius, puis il s'en voulut et fit signe à Severus qu'il l'emmerdait profondément. Il revint à Sirius, qui se massait le genou d'un air concentré.
« Je suis désolé d'avoir… Ahh. Tu… tu n'es pas blessé ? »
Sirius haussa les épaules.
« Ne t'en fais pas.
– C'est quoi un "oko" ? demanda Pasiphae.
– Un quoi ? Ah ! Euh, les houkou sont des créatures magiques originaires du Japon… Ils vivent à l'intérieur des arbres et attaquent ceux qui abîment la nature.
– Ils tuent les gens ? demanda Louis.
– Eh bien, tout ce qu'on peut dire, c'est qu'ils emmènent leurs victimes à l'intérieur de l'arbre avec eux, et on ne les revoit jamais… Hm. »
Il y eut un silence.
« Nous pourrions peut-être rentrer au camp pour aujourd'hui ? » proposa Severus.
Pour une fois, tout le monde était d'accord.
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La sortie annulée, Eleanor tournait en rond dans le campement. D'accord, les moniteurs leur avaient proposé de jouer au quidditch sans balai pour occuper le reste de l'après-midi, et d'ordinaire Eleanor adorait éclater les "autres" garçons au quidditch, mais sa frustration l'avait poussée à décliner l'invitation. Elle s'était assise dans un coin avec Judy et les jumelles, et regardait les autres jouer en grommelant.
« Tout ça, c'est la faute du Gang des Trois Crétins.
– Haha, Gang des Trois Crétins, gloussa Judy, avant de rosir. C'est… C'est sûr que ça leur va mieux comme nom.
– Tu l'as dit ma belle. Ils se prennent pour des super héros alors que ce ne sont que des super zéros.
– Les agents triple zéro ! renchérirent Rose et Violet.
– Les super héros, ce seraient ceux qui leur mettraient la pâtée, moi je vous le dis, continuait à maugréer Eleanor. Il faut quelqu'un, quelqu'un qui leur montre qu'ils sont pas les rois. »
Elle leva la tête vers ses amies, les yeux brillants, ressemblant plus que jamais à un garçon.
« Est-ce que vous pensez à ce que je pense ? »
Les jumelles se regardèrent et sourirent de toutes leurs dents blanches, avant d'hocher la tête.
« Hein ? fit Judy. Mais euh… Eleanor… on est juste des filles.
– Filles ? rugit Eleanor. Où ça des filles ? »
Judy, qui était toujours trop sensible, eut les larmes aux yeux au seul ton d'Eleanor. Celle-ci s'adoucit et passa un bras autour de ses épaules pour la consoler.
« Écoutez. Vous n'êtes pas "juste des filles". Vous êtes des princesses. Vous valez au moins cinquante mille fois mieux que ces garçons débiles. »
Rose et Violet échangèrent un murmure impressionné. Cinquante mille, c'était beaucoup.
« Et toi, alors, qu'est-ce que tu es ? demanda Judy.
Eleanor sourit d'un air malicieux.
« Je suis votre humble serviteur, dit-elle en courbant la tête. Votre chef de guerre, le Général Norman. Et je me ferai un plaisir de vous guider vers la victoire, mesdemoiselles ! »
Les jumelles applaudirent en synchronisation parfaite, et Judy lui adressa un petit sourire confiant, ce qui était plus qu'il n'en fallait à Eleanor pour décrocher la lune.
« Par où commence-t-on, Général Norman ? demanda Judy.
– Je vous en prie, mesdemoiselles ! Appelez-moi Leo. Commençons par nous trouver une base secrète où nous pourrons échafauder nos plans à l'abri des regards indiscrets… »
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Severus refusait bien entendu de participer au match de quidditch. Il ne fallait pas se méprendre : il était un joueur de quidditch tout à fait décent, et il n'hésiterait pas d'ordinaire à envoyer quelques cognards à la tête de sales gosses. Seulement, d'une part, les trois jeunes idiots qu'il avait réellement envie de frapper étaient en cuisine, punis d'une corvée de vaisselle, et d'autre part, jouer au quidditch sans balai impliquait de courir dans tous les sens, robes au vent, et cela, non, très peu pour lui. Il restait donc sur le côté à surveiller tout son petit monde, attendant une seule excuse pour jeter un sortilège à un fuyard potentiel. C'est ainsi qu'il vit très tôt les cinq enfants sur le banc de touche commencer à venir vers lui, et eut un mauvais pressentiment.
« Qu'est-ce que vous voulez ? »
Ils sourirent sans répondre. Il y avait encore une fois la petite Minerva, mais aussi Lee et sa sœur, Bettina, et l'horrible Barney.
« Je ne vous raconterai pas d'histoire, retournez jouer.
– À trois ? fit Minerva aux autres.
– Vous êtes sourds ?
– Un, deux…
– Déguerpissez où je vous change en couches-culottes usagées !
– TROIS ! »
En une seconde d'horreur, les cinq enfants se jetèrent sur lui, le faisant tomber à la renverse, et commencèrent à poser leurs petites mains partout sur son corps pudique.
« J'ai trouvé des bonbons dans ses poches ! s'écria Lee.
– Continuez, Sirius a dit qu'il y en avait plein ! dit Minerva.
– BANDE DE SALES… NE ME TOUCHEZ… AAARGH ! »
Il se trouvait que Severus détestait qu'on le touche. Si c'était intentionnel, c'était encore pire. Et l'une des raisons, même si le dégoût du contact humain était bien sûr la première, l'une des raisons en était que Severus, à son grand dam, était horriblement chatouilleux. Se tortillant comme un beau diable, il n'arrivait pas à se débarrasser des petits monstres, et encore moins à attraper sa baguette dans sa poche.
« Eh, dit alors Barney, il en a même dans le pantalon ! »
En plein cauchemar, Severus sentit enfin sa baguette sous ses doigts, et il était prêt à les tuer tous d'un seul Avada Kedavra, au moment où Remus cria un sort et tous les enfants furent propulsés à quelques mètres de lui.
Haletant, Severus se remit péniblement sur ses jambes.
« Mais enfin qu'est-ce qui vous a pris ? criait Remus aux enfants.
– Severus a des bonbons partout sur lui ! se justifia Minerva en brandissant ceux qu'elle avait trouvés.
– Et c'est une raison pour faire ce que vous avez fait ?
– Mais Sirius a dit que Severus adore jouer à "Cherchez les bonbons" et que c'est pour ça qu'il en a toujours sur lui…
– Quoi ? Sir… Severus, non ! »
Remus retint Severus alors qu'il se jetait sur Sirius, qui riait aux éclats à trois pas de là.
« Je vais l'achever ! Je vais lui arracher les yeux et les lui faire bouffer, et ensuite je prendrai une hache et…
– Severus, calme-toi, la violence n'est pas une solution ! plaidait Remus.
– … et quand il sera en charpie, je piétinerai tous les petits bouts, et après, après, j'y foutrai le feu ! Et je danserai autour en riant ! EN RIANT !
– Ttt ttt, fit Sirius, goguenard devant les mains de Severus qui battaient dans le vide à quelques centimètres de son visage. Je sais que Remus et toi êtes intimes, mais vous voir vous toucher comme ça, c'est vraiment troublant… »
Severus réalisa alors que la force mystérieuse qui l'empêchait d'avancer n'était autre que l'épaule et les bras de Remus, dont il s'écarta brutalement en rajustant sa robe.
« Vous êtes malades ! siffla Severus, rouge, et pas seulement de colère. Il faut vous faire enfermer ! »
Commençant à retrouver la maîtrise de lui, Severus annula le sort que lui avait jeté Sirius et qui faisait apparaître des bonbons dans ses vêtements, foudroya une dernière fois du regard les enfants qui l'avaient assailli, et tourna les talons en se drapant du peu de dignité qui lui restait.
°o°o°o°
« Temps calme ! Tout le monde rentre dans sa maison, je ne veux plus un bruit ! »
Sirius riait encore de sa bonne blague, quand Remus vint, bien sûr, jouer l'adulte responsable. Il singea avec brio son expression constipée.
« Arrête, tu sais que je déteste qu'on m'imite.
– Oui, je le sais, fit Sirius d'un ton insolent. Ne te fatigue pas, Moony, je sais déjà ce que tu vas me dire.
– Je n'ai plus rien à te dire, Sirius. Rien. Je ne vois plus… ce que je pourrais bien te dire. »
Remus fit le geste de jeter l'éponge et s'en alla dans la direction qu'avait prise Severus. Un peu choqué par cette attitude inhabituelle, Sirius cria :
« Ouais, c'est ça, va retrouver ton Severus chéri ! »
Puis :
« Je serai dans la bibliothèque, si tu trouves quoi me dire ! »
Puis, pour lui-même :
« Abruti ! »
°o°o°o°
Remus savait que Severus voulait être seul, mais il savait aussi qu'être seul n'avait jamais arrangé grand-chose pour lui. Il vint donc s'asseoir près de l'endroit où Severus s'était allongé dans l'herbe tendre, les yeux fixant le ciel.
« Severus…
– Au revoir, Lupin. »
Remus se tut, mais ne bougea pas. Il avait cueilli une pâquerette et en enlevait machinalement les pétales, absorbé par ses pensées.
Au bout d'un long, long moment, Severus dit :
« Pourquoi vous n'avez pas pris une femme au campement ? Ça semble tellement plus logique que de prendre Kingsley… Ou moi, d'ailleurs.
– Nous en avons discuté, bien sûr. Il s'est simplement avéré que nous n'avions aucune candidate. Il y a Pomfrey, bien sûr, que nous pouvons faire venir au moindre souci, mais elle ne pouvait pas être monitrice. Comme la plupart des gens, elle a besoin de temps pour reconstruire sa vie… La guerre a tout chamboulé.
– Je vois. En toute logique, seuls ceux qui n'ont pas de vie se retrouvent ici.
– Haha, hum… Bref, on s'est résigné à l'idée d'être trois hommes au campement. Sirius dit que de toute façon, je fais une très bonne maman. »
Il regretta aussitôt d'avoir dit cela et rit avec embarras. Mais Severus, sans doute un peu fatigué, ne saisit pas la perche au lieu de quoi, il ferma les yeux sous une brise fleurie, et poussa un soupir d'aise. Les branchages au-dessus de lui dessinaient des motifs aux contours doux sur son long corps anguleux – sur son visage blanc se voyait l'ombre, et sur sa robe noire la lumière… Remus pencha légèrement la tête de côté tout en l'observant, pris d'une forte envie de dessiner.
°o°o°o°
Severus se sentait plus apaisé qu'il ne l'avait été depuis longtemps, ici, dans l'herbe, la lumière du soleil morcelée par le feuillage du grand arbre, et Remus Lupin quelque part à sa gauche, maladroit et insupportablement gentil.
Une bonne maman ? Ha, ce n'était pas faux… La question sortit toute seule de sa bouche :
« Tu aimerais avoir des enfants ? »
Il entendit Remus remuer un peu, puis répondre doucement :
« Les loups-garous ne peuvent pas prendre ce risque.
– Ce n'est pas ce que j'ai demandé… »
Le silence de Remus s'éternisa, et Severus crut qu'il allait s'endormir. Puis, finalement :
« Oui. Je crois… J'aurais aimé ça. Mais voilà… loup-garou et homosexuel, je ne suis pas tellement encouragé par la vie. »
Severus rouvrit les yeux.
« Ha, c'est vrai que tu cumules, se moqua-t-il. Tu ne dois pas avoir beaucoup d'amis, Lupin…
– Peut-être, mais moi au moins, j'en ai.
– Sympa.
– Vrai. »
Severus passa en position assise.
« C'est pour ça que tu veux être mon ami, Lupin ? Je te fais pitié ? »
Remus roula les yeux.
« Oui, Severus, c'est ça. Je m'humilie constamment en essayant de me faire apprécier suffisamment pour que tu me donnes une chance, chance que tu n'as clairement aucune intention de me donner, pourtant, mais je m'obstine, et je te laisse me mépriser ouvertement pour éviter les disputes inutiles, je te laisse nuire à mon amitié avec Sirius, et tout ça, tout ça parce que tu me fais pitié. C'est évident. »
Remus se releva, jetant de côté une pâquerette en miettes, et se racla la gorge.
« Bon euh… Je vais aller… ailleurs. »
Severus le dévisagea sans un mot.
« À plus tard, Severus. »
Il s'éloigna d'un pas rapide, mais il entendit malgré tout dans son dos :
« À plus tard, Remus. »
Remus attendit d'être hors de vue, et quand il fut certain que Severus ne pouvait pas l'entendre, il s'adossa à la patte d'une maison, et se mit à rire.
°o°o°o°
[Losing My Religion]
Par la fenêtre de la bibliothèque, Sirius voyait Remus rire – Remus, qui ne riait plus très souvent, même pas avec lui, Remus riait maintenant les yeux dans le vague. Sirius avait mis le disque que Remus lui avait sorti ce matin, il aimait bien, et il comptait le lui dire quand il viendrait, sans nul doute attiré par la musique. C'était le moment d'arrêter de bouder, sinon, comme c'était parti, Remus allait se rapprocher de Snape encore davantage, et ce n'était pas ce qu'il voulait, oh non.
Voilà ce que Sirius s'était dit, mais comme toujours, semblait-il, il comprenait un peu trop tard.
°o°o°o°
Remus crut qu'il entendait une musique familière… Oh, life is bigger / It's bigger than you… Puis il réalisa qu'effectivement, du R.E.M. sortait par la fenêtre de la bibliothèque. Connaissant Sirius, cela ne pouvait annoncer qu'une réconciliation… Le cœur léger, il courut jusqu'à la bibliothèque en chantonnant.
The lengths that I will go to / The distance in your eyes…
« Salut, fit-il en entrant. Je ne sais pas qui t'a conseillé d'écouter du R.E.M., mais il a bon goût.
– Oui, en musique, il a bon goût.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– Eh bien, le disque ! Qu'est-ce que tu en penses ? »
That's me in the corner / That's me in the spotlight / Losing my religion…
« C'est vraiment super.
– N'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Haha. »
Trying to keep up with you / And I don't know if I can do it…
« Tu es allé voir Severus, alors ?
– Euh, oui. Vite fait.
– Et ?
– Et rien. Il s'est calmé, mais tu sais comment il est… »
I thought that I heard you laughing / I thought that I heard you sing…
« Qu'est-ce que tu as, Remus ? fit doucement Sirius. Je ne t'ai pas vu aussi joyeux depuis une éternité.
– Tu ne m'avais pas fait la tête depuis une éternité non plus. Crois-moi, ça fait du bien quand ça s'arrête.
– Il faut croire…
– Tu as fini par te rendre compte à quel point c'était idiot de te faire des idées sur Severus et moi ? »
Every whisper / Of every waking hour I'm / Choosing my confessions…
« Il faut croire, répéta Sirius d'une voix faible.
– Je préfère ça… »
Trying to keep an eye on you / Like a hurt lost and blinded fool, fool…
« Sirius ? Ça n'a pas l'air d'aller.
– Ce n'est rien… Cette musique me rend triste. »
Oh no, I've said too much / I set it up…
« On arrête, si tu veux.
– Quoi ?
– La musique !
– Oh. Non, laisse. Je le mérite, je t'ai emmerdé toute la journée pour rien.
– Merlin ! Tu es vraiment déprimé ! Tel est pris qui croyait prendre, finalement…
– Remus… Tu ne m'en veux pas, hein ? »
What if all these fantasies / Come flailing around / Now I've said too much…
« Tu sais bien que même si je le voulais, je n'y arriverais pas », dit Remus en venant s'asseoir à côté de lui.
Sirius esquissa un petit sourire.
« Je suis trop sexy, c'est ça ? Je comprends, je comprends, moi-même j'ai dû mal à m'en vouloir, des fois.
– C'est ça, rit Remus. Je suis un faible !
– Oh, pas si faible que ça. Tu es la première personne qui résiste à ma bouderie jusqu'à ce que je doive céder.
– Oui eh bien, si j'avais su que ça te mettrait dans un état pareil, je t'aurais laissé gagner… La tristesse te sied mal au teint, tu sais. »
Sirius le regarda longuement dans les yeux, aux lèvres un sourire serein qui venait contredire le tumulte au fond de ses prunelles. Puis son regard caressa le reste de son visage, et sa main à son tour vint caresser sa joue, douce, douce… Il y avait toujours eu cette tendresse profonde et sincère entre eux, cette tendresse qui troublait le cœur de Remus, et à cause de laquelle il était constamment perdu. Sirius approcha son visage du sien, passa sa main sur la ligne de sa mâchoire, les doigts légers courant sur sa peau. Il posa son autre main sur sa nuque, ses longs doigts s'enfonçant dans ses cheveux, caressants, et Remus ferma les yeux une seconde, tel un chat content, prêt à ronronner. Sirius profita de cette seconde d'inattention pour déposer sur sa joue un gros baiser mouillé.
« Un bisou baveux, miam, grimaça Remus.
– Pas baveux ! Humide, tout au plus.
– Tellement sexy.
– Comme toujours, comme toujours. »
That was just a dream / Just a dream, just a dream / Dream…
°o°o°o°
Au dîner, Severus remarqua que Sirius avait arrêté son numéro stupide. Tant mieux : même pour lui, il y avait des limites au ridicule… Black et Lupin, comme cul et chemise, à nouveau. Bizarrement, dès que Sirius était là, Remus n'éprouvait plus du tout l'envie de lui adresser la parole. Pas du tout prévisible. Heureusement que Severus n'avait pas cru une seconde qu'on lui portait un réel intérêt, son cœur aurait pu se briser… Oh non, qu'il était bête ! Il n'avait pas de cœur, c'était bien connu. Severus Snape n'éprouvait aucun sentiment, jamais. Si seulement ! avait-il envie de leur dire, à tous. Si seulement…
« Au fait, Severus, dit Sirius par-dessus la table. Désolé pour les mauvaises blagues. »
Severus chercha des yeux un autre Severus, avant de devoir conclure qu'on s'adressait bien lui. Ah, c'était comme ça ? Ah oui ? Black s'excusait ? Comme ça ? Encore un coup de maman Lupin !
« C'est un peu facile, fit Severus, grincheux.
– Tu as raison… Je trouverai un moyen de me faire pardonner. »
Remus rayonnait.
« Eh voilà, plus personne n'est fâché contre personne !
– Si, moi je suis encore fâché contre Wendy, dit Ulysses.
– Pourquoi ?
– Elle a mangé mon croissant ! »
°o°o°o°
Une fois les plus jeunes au lit, tout le monde s'installa auprès du feu. Ils avaient prévu la soirée astronomie ce soir, mais le ciel était couvert, aussi avaient-ils décidé de remettre au lendemain, et de finir la soirée en se faisant tranquillement griller des marshmallows suprises et en se racontant des histoires.
Sirius avait un faible pour les histoires d'horreur moldues.
« Une nuit, une jeune femme se trouve seule chez elle, à regarder un film à l'eau de rose à la télévision. Elle est complètement absorbée par l'histoire d'amour, mais juste au moment où Brad va déclarer sa flamme à Janet, voilà qu'arrive la page de publicité ! Ou du moins le croit-elle… L'écran reste noir, et bientôt, une voix chuchotante s'élève du poste de télévision : "Je suiiis la maiiin sanglaaante… Je me trouve à un kilomètre de votre maisooon…" »
Sirius savait bien raconter les histoires. Il en oubliait souvent des bouts, mais il savait mettre le ton et choisir ses mots. À mesure que l'histoire avançait, il sentait que son assistance frémissait de plus en plus.
« Mais à la seconde où elle éteint la radio, le téléphone sonne. Dring… Dring… Dring… Elle décide de ne pas décrocher. Dring… Dring… Dring… Elle débranche le téléphone, mais la sonnerie continue ! Dring… Dring… Dring… N'en pouvant plus, elle finit par décrocher. "Je suiiis la maiiin sanglaaante… Je me trouve à 10 mètres de votre maisooon…" »
Un marshmallow surprise explosa et certains poussèrent un cri. Du coin de l'œil, Sirius remarqua que Remus se levait pour aller rejoindre Severus. Il poursuivit sans se laisser distraire.
« Elle ne va pas ouvrir, bien sûr, mais derrière la porte, elle entend : "Je suiiis la maiiin sanglaaante… Je me trouve à la porte de votre maisooon…" Terrifiée, elle court se réfugier dans sa chambre et tend l'oreille contre la porte. Dans un premier temps, elle n'entend rien. Plus personne ne sonne à la porte d'entrée. Mais soudain, la voix reprend, tout près, tout près… "Je suiiis la maiiin sanglaaante… Je me trouve à la porte de votre chaaambre…" Se sentant acculée, elle attrape sa lampe de chevet pour s'en servir d'arme, et ouvre la porte en grand. Et là, elle voit… »
Tout le monde retint sa respiration. Sauf Remus, bien sûr, trop occupé à papoter avec Snape. En riant. Eh, une minute, est-ce qu'il avait rêvé, ou Snape avait souri ?!
« Elle voit quoi ? s'impatienta quelqu'un.
– Euh, oui. Elle voit une main surgir des ténèbres, couverte de sang. Le sang tombe par terre, goutte par goutte, ploc… ploc… ploc… "Je suiiis la maiiin sanglaaante… dit la voix. Vous auriez pas un pansement ?" »
°o°o°o°
« Lupin, cette soirée m'ennuie déjà suffisamment sans devoir te supporter à mes côtés.
– Mais Barney a des gaz… souffla Remus derrière sa main.
– Merci pour cette précieuse information.
– De rien.
– Hn !
– Quoi ?
– Sarcasme, Lupin ! Sarcasme !
– Eh bien, tu as tort. Il est toujours bon de savoir à côté de qui ne pas s'asseoir.
– Mmh. Je l'admets. Mais trouve-toi une autre place, avec nos couvertures sur les épaules nous devons avoir l'air de… d'un couple de vieillards séniles.
– Et tu ne veux pas passer pour un vieillard, c'est ça ? fit Remus en riant.
– Merlin, tu es si drôle que les mots me manquent.
– Comment ?
– Je dis : tu es si drôle que les mots me manquent !
– Commeeent ?
– … En fait vous êtes aussi idiots l'un que l'autre, Sirius et toi, grommela Severus sans pouvoir retenir une ébauche de sourire.
– Oui. Nous avons une théorie comme quoi la génération de 1960 s'est fait lobotomiser par la sortie de l'album Elvis Is Back.
– C'est bien possible. … Eh, minute, je suis de 1960 aussi !
– La preuve par trois. »
°o°o°o°
Exténué, Severus ramassait les paquets de marshmallows oubliés de quelques mouvements de baguette endormis. Alors qu'il s'apprêtait à se lever pour rejoindre son lit, les enfants que Sirius lui avait envoyés au cours de la journée l'entourèrent.
« Sirius a dit que nous aussi on devait s'excuser.
– Euh. D'accord.
– À trois ? fit Minerva. Un, deux…
– Attendez, qu'est-ce que…
– Trois ! »
Ils se jetèrent tous sur Severus pour lui faire des bisous en hurlant :
« PARDON SEVERUS !
– AAAAH ! LÂChez-moi ! AAAAH ! SIRIUS JE VAIS TE TUER ! »
°o°o°o°
« Hihihi. »
