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Avant-propos :
° Eh oui, je sais, c'est pas trop tôt pour un nouveau chapitre. Des fois les fanfiqueurs ont une vie, des fois les fanfiqueurs ont pas envie. Au moins, le chapitre est super long (11 600 mots, c'est… beaucoup TROP long, moi qui voulais m'en tenir à des chapitres courts dans cette fic !) donc vous n'êtes pas arnaqués sur la quantité. À vous de me dire pour la qualité…
° Vous vous en fichez probablement mais il n'y a qu'un seul nouveau point de vue d'enfant dans ce chapitre (celui de Bettina) parce que le dernier qui restait (celui de Cassiopeia) s'est fait chirurgicalement retirer et greffer au chapitre suivant.
° Le prochain chapitre sera à peu près aussi important que celui-ci, mais… comportera d'autres intérêts. Héhé.
° Chapitre écrit en semi-collaboration avec Kima (qui devait participer au chapitre d'avant sauf que tout ce à quoi elle a participé a fini dans celui-ci).
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Résumé des épisodes précédents : Vu à quand remonte la dernière update, il faudrait carrément relire la fic du début, haha. À défaut, on tente de faire ça façon résumé de séries, d'accord ? Voici quelques extraits pour vous rafraîchir la mémoire.
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« Une colonie de vacances, répéta Severus, appuyant chaque syllabe, et injectant un peu d'incrédulité en chacune.
– Une colonie de vacances », confirma Minerva.
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« Ce sont des orphelins de guerre, rappela Sirius. Vous ne pensez pas qu'ils aient déjà suffisamment souffert comme ça ? Cette colo devait être un moyen pour eux de reprendre goût à la vie, pas de rencontrer d'anciens Mangemorts possiblement responsables de la mort de leurs parents ! »
o°o
« Tu peux croire ça? fit Sirius en s'affalant, jambes sur un accoudoir, dans l'un des fauteuils moelleux du minuscule appartement de Remus. Même Minerva McGonagall nous traite comme un vieux couple !
– C'est ridicule… acquiesça mollement Remus.
– Tu veux qu'on s'envoie en l'air ? »
o°o
« Bon sang de… Qu'est-ce que c'est que tout ça, Moony ? »
– Mes vieux disques… Toute ma collection est là. Tu crois que je peux en emporter ?
– Évidemment, grande nouille. Mais sois raisonnable. Pas plus de deux cents. »
o°o
« Qu'est-ce qu'ils se disent, Severus et Remus ? » demanda Minerva à Sirius.
– Des mots d'amour.
– QUOI ?! laissèrent échapper Rose et Violet, avant de se couvrir la bouche mutuellement.
– Chut, c'est un secret ! prévint Sirius.
– Ça se peut pas ! protesta Richard. C'est des garçons.
– Comment, ça ne se peut pas. Va raconter ça à Severus, il risque de mal le prendre ! C'est l'amoureux de Remus.
– Moi j'ai lu un conte où il y a deux princes qui se marient », fit Judy timidement.
o°o
« Crois-moi, jeune Lestrange, dit Severus, tu ne veux pas te mettre quelqu'un comme moi à dos.
– C'est… C'est à cause de vous que mon père est mort, lâcha Achenar.
– Ton père est mort par sa propre faute. »
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« Sirius, rends-moi ça !
– Wow. »
C'était un portrait de Severus. Severus Snape dans toute sa splendeur, sombre et torturé ; presque beau sous le trait précis de Remus. Sirius laissa échapper un rire froid et lui rendit le carnet.
« Tu as vraiment du papier à gâcher. »
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« Allez, quoi, Severus, mets-y un peu du tien ! s'exclama Sirius, qui ne prenait pas la situation très au sérieux. Si on doit être compagnons d'insomnie, il va falloir être plus bavard que ça.
– … Compagnons d'insomnie ? » fit alors Severus sans comprendre.
o°o
Une main se posa sur le bras de Lilian, et elle réalisa que Lee l'appelait.
« Lily ? Lily ! »
Elle voulut toucher sa joue pour le rassurer, mais quelque chose d'étrange se produisit à ce contact, et Lee fut projeté en arrière comme sous l'effet d'un coup violent.
o°o
« Remus ? »
Il se retourna vers Lee, qui avait sa petite-sœur sur le dos.
« Lilian s'est fait mal en tombant. »
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« Lilian avait des blessures étranges tout à l'heure, des blessures qu'elle n'aurait pas pu se faire en tombant comme il me l'a dit.
– Quel genre de blessures ? s'enquit Severus.
– Je crois que ce sont des brûlures causées par la magie. »
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En ouvrant la porte, Severus s'arrêta sur le seuil, interloqué de ne voir personne. Puis il entendit les voix. Sirius et Remus venaient de parler à voix basse… dans le lit de Remus.
Severus reçut cette révélation comme une brique dans la figure. Les draps bougèrent, Remus émit un gémissement que Severus se serait aventuré à qualifier de sensuel, et c'était déjà plus qu'il ne pouvait en tolérer.
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Tandis que Sirius se laissait envahir par la tendresse au seul spectacle de Remus endormi, il se demanda ce qu'il cherchait de plus. Et si c'était aussi simple que cela, l'amour ?
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Bettina Jorkins, 7 ans. Petite-sœur de Louis, aka Lou du Gang des Trois Rois. Rondelette, un peu bizarre, et copine avec la jolie Minerva.
Judy Kegg, 9 ans. Grande timide, elle est dans la même maison qu'Eleanor et Cassiopeia. Avec Eleanor et les jumelles Rose et Violet, elles ont formé une alliance pour combattre dans l'ombre ceux qu'elles appellent les Trois Crétins.
Achenar Lestrange, 12 ans. Peu sympathique, il partage sa chambre avec William, Barney et Jonathan. Il en pince très manifestement pour Cassiopeia mais celle-ci le méprise ouvertement.
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Jour 6
Kozmic Blues
Sans un mot, Sirius s'approcha de Remus et lui prit violemment les lèvres. Le baiser était passionné, brûlant, et incitait les deux hommes à laisser vagabonder leurs mains sur leurs corps à demi nus. Sirius caressa les fesses de Remus tandis que celui-ci, plus direct, plongeait la main dans son pantalon. Laissant échapper une plainte sourde, Sirius plaqua Remus contre un mur et leurs deux corps s'engagèrent bientôt dans une étreinte fiévreuse à la chorégraphie chaotique. Ils frémirent, gémissant et haletant, et alors qu'ils allaient être emportés par l'extase, Severus se réveilla le souffle coupé, entortillé dans les draps.
Tandis que l'eau glacée de la douche apaisait peu à peu Severus, il se répétait avec calme que les rêves ne sont que de petits nuages chimiques influencés par les événements de la journée. Surprendre Sirius et Remus en pleine action la veille (même s'il n'avait rien vu à proprement parler) avait marqué son esprit. Et les rêves érotiques arrivaient à tout le monde ! Simplement, pas à lui, d'ordinaire.
Cela aurait pu être pire. Au moins, il n'était pas acteur du rêve.
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Severus noua la serviette autour de sa taille au sortir de la douche, ce qui l'empêcha de remarquer tout de suite la présence de Sirius. Celui-ci, près de la porte, s'amusa de le voir sursauter.
« Qu'est-ce que tu… ? commença Severus.
– Donc tu te laves les cheveux, des fois, dit Sirius. Je me demandais, parce que ça n'a rien d'évident lorsqu'on te regarde. »
Sirius avait un grand sourire. Severus, moins.
« Tu permets que je me rhabille, Black, ou tu tiens vraiment à discuter de mes cheveux, là, maintenant ?
– Je ne vois pas pourquoi l'un empêcherait l'autre. »
Severus avait une mèche de cheveux collée sur le nez qui, associée à son air exaspéré, était du plus haut comique.
« Tu dois soigner cet excès de pudeur, Severus, continua Sirius pour le pur plaisir de le mettre mal à l'aise.
– Quant à toi, tu dois soigner cette obsession de me voir nu.
– Ne sois pas ridicule. Tu es un homme, je suis un homme ; je doute que tu aies quoi que ce soit sous ta serviette qui soit une grande nouveauté pour moi.
– Oh, je ne doute pas qu'une charmeuse dans ton genre ait dû en voir un certain nombre, mais que veux-tu ? J'aime me distinguer. »
Sirius roula les yeux.
« Ne perds pas ton temps à me charrier sur ma sexualité. Je n'ai pas honte.
– Oh, je sais. Lupin et toi êtes un peu trop à l'aise avec votre sexualité, si tu veux mon avis. »
Sirius ouvrit la bouche pour répliquer, mais il s'interrompit et plissa les yeux, soupçonneux.
« Est-ce que tu joues juste à l'homophobe ou est-ce que tu sous-entends quelque chose ?
– Je sous-entends : trouvez-vous un hôtel, la prochaine fois. Il y a des gosses dans tous les coins, bon sang. »
Sirius eut un rire forcé. C'était du bluff. Il ne pouvait pas être au courant de l'épisode de la bibliothèque deux jours auparavant. Si ?
« Qu'est-ce que tu racontes ?
– Tu veux un dessin ? J'espère que non, je suis très mauvais en nu.
– Tu ne peux pas… Comment aurais-tu… ? »
Ne laissant pas passer son avantage, Severus émit un rire moqueur.
« Je ne sais pas pourquoi vous vous cachez alors que tout le monde est déjà convaincu que vous êtes ensemble.
– Nous ne sommes pas ensemble, répondit machinalement Sirius. Pas… vraiment.
– Ah oui ? Dans ce cas, j'aurais peur de savoir ce que ça donne quand vous êtes vraiment ensemble. »
Sirius serra les poings. Il ne voulait pas que Severus se mêle de ses affaires avec Remus. Il était extrêmement fâché de découvrir qu'il en savait autant. Il chercha quelques secondes une répartie fulgurante mais, trop décontenancé pour penser correctement, il brandit plutôt sa baguette et fit tomber la serviette de Severus, avant de sortir en claquant la porte.
°o°o°o°
« Sirius ? fit Remus en s'asseyant à la table du petit-déjeuner.
– Moony ?
– Est-ce que je peux savoir pourquoi je viens de croiser Severus à la sortie des douches, à peine habillé et vociférant que tu n'étais qu'un voyeur et un pervers et que je ne valais pas mieux ? »
Sirius manqua de vider le paquet de Weetabix dans son bol.
« Tu… ne veux vraiment pas savoir.
– Je m'en doutais…
– À peine habillé, mh ? Snape. Vraiment ?
– Je suis sous le choc également, avoua Remus. Sa robe était ouverte presque jusqu'au nombril ! Je n'ai jamais vu autant de Severus Snape de ma vie… »
Sirius s'esclaffa.
« Je t'avouerai en avoir vu un peu plus il y a quelques minutes, quand j'ai fait tomber sa serviette de bain alors qu'il ne portait rien d'autre.
– Je te demande pardon ?
– Il m'avait énervé.
– Bien sûr. »
Remus dévisagea Sirius.
« Quoi ? fit celui-ci.
– Tu ne fais pas de blagues sur Severus tout nu, remarqua Remus.
– Non, et alors ?
– Ça veut tout dire », gloussa Remus en portant une tasse de thé à ses lèvres.
°o°o°o°
Dans le miroir au-dessus des lavabos, le reflet d'Achenar prit une pose avantageuse. Le jeune homme n'était certes pas expert en beauté masculine, mais il s'estimait pourtant raisonnablement agréable à regarder. Le physique bourru de son père avait été quelque peu adouci par la finesse de sa mère, pour lui donner des traits nettement masculins, mais néanmoins harmonieux. Les rondeurs juvéniles de son visage étaient déjà contredites par une mâchoire carrée et un front marqué, mais sans succomber au grotesque que subissent souvent les jeunes adolescents. Si l'on ajoutait ces données au fait qu'il était par ailleurs athlétique et volait fort bien pour son âge, ce qui faisait de lui un joueur de quidditch accompli, il n'y avait aucune raison pour que Cassiopeia ne soit pas déjà raide dingue de lui… À part la raison qui sortit des douches derrière lui.
William Greenwood était un de ces garçons jolis et inoffensifs à qui Achenar aimait foutre une raclée pour leur soutirer de l'argent à la sortie de l'école. Achenar commençait à soupçonner que par quelque aberration, Cassiopeia lui préférait ce mollusque aux airs de tapette, ce qui était d'autant plus difficile à comprendre qu'il était plus jeune qu'elle de presque un an. Les filles n'étaient-elles pas censées aimer les hommes matures et virils, comme lui-même, de six mois son aîné ? En tout cas, il n'était pas prêt à déclarer forfait face à ce ridicule rival.
« Bonjour Achenar », fit William dans son dos.
Achenar se retourna en composant son visage le plus antipathique.
« Qui t'a autorisé à m'adresser la parole, merdeux ? »
William baissa les yeux.
« Je sais que tu ne m'aimes pas trop, mais j'aimerais vraiment qu'on soit amis.
– J'ai pas d'amis, surtout pas des petites pédales dans ton genre.
– Je suis pas une petite pédale, bougonna William. Je fais la même taille que toi, presque.
– T'es vraiment trop con, ricana Achenar. Tu ferais mieux de dégager avant que je colle mon poing dans tes dents. »
William hésita puis, dépité, sortit de la salle de bain. Son reflet s'attarda néanmoins encore un moment dans le miroir au-dessus des lavabos, posant doucement une main sur l'épaule du reflet d'Achenar en guise d'au revoir.
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« Tu n'en as pas assez de me jeter des regards en coin ? Si tu prêtais plutôt attention à ce que tu fais ? J'ai dit de "hacher" ces feuilles, Achenar, "hacher", et si tu ne sais pas ce que cela signifie, c'est parce que quelqu'un s'est apparemment occupé de faire subir ce sort à ta cervelle ! »
Severus dut faire un énorme effort pour ne pas prononcer ces paroles. Plus les jours passaient et plus il trouvait Achenar profondément agaçant. Après avoir pris Severus de haut dans un premier temps, il ne cessait à présent de lui tourner autour sans jamais oser l'approcher, comme un chien qui voudrait réclamer un sucre, mais sait pertinemment qu'il ne récoltera qu'un coup de pied au derrière. Qu'il se prenne son coup de pied, et qu'on en finisse !
À la fin du cours, alors que Jonathan restait pour l'aider à ranger, Achenar rôda un moment autour de l'endroit, au point que Severus ne put plus le supporter.
« Dis donc, le fils Lestrange ! Si tu veux rester, aide-moi à porter ces chaudrons, sinon va-t-en ! »
Achenar affecta un air surpris, regarda derrière lui comme si Severus avait pu s'adresser à un autre fils Lestrange, puis se dandina d'un pied sur l'autre de façon sûrement moins masculine qu'il ne l'aurait souhaité. Pour finir, il commença à s'en aller, mais au bout de trois pas, il fit demi-tour et vint se saisir d'un chaudron.
« Verse son contenu dans ce tonneau et range-le dans la remise, dit Severus. Jonathan, merci de ton aide. Tu peux aller profiter de ton temps libre, maintenant. »
C'était le maximum que Severus était prêt à faire pour aider Achenar à se prendre son coup de pied au derrière, et il le faisait uniquement parce que le règlement de la colo lui interdisait d'étrangler les enfants sous sa garde. Ils vidèrent en silence les chaudrons dans le tonneau Danaïde prévu à cet effet, les rangèrent en silence, et Severus commençait à croire que cet abruti de gamin allait repartir sans avoir réclamé son sucre, quand Achenar dit abruptement :
« J'voudrais parler d'mon père. A… Avec vous, j'veux dire. Enfin, j'voudrais que vous… »
Severus était partagé entre le dégoût et la pitié devant ce grand gaillard peu habitué à s'exprimer oralement, qui ne savait plus quoi faire de ses bras. La pitié l'emporta pour cette fois.
« Qu'est-ce que tu veux savoir ?
– Je… Hein ? fit Achenar, décontenancé.
– Je n'ai pas écrit de poèmes à son sujet, donc si tu veux que j'en parle, il va falloir être un peu plus précis.
– J'ai pas vraiment réfléchi à…
– Alors réfléchis, et reviens me voir quand tu auras trouvé. »
Achenar hocha sobrement la tête et Severus prit aussitôt la fuite. L'échange avait duré trente pénibles secondes et il espérait qu'il n'allait pas le regretter. La seule chose qu'il détestait davantage que les enfants en bas âge, c'était les ados à la recherche de leur identité.
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Le cours de Sirius commençait à devenir véritablement enthousiasmant. Les enfants avaient la faculté d'apprendre tellement vite ! Même Lee, qui avait du retard jusqu'à ce que sa petite sœur Lilian soit placée dans le cours de Remus, était maintenant capable de déplacer une feuille morte juste en la regardant. C'était peu, mais c'était plus de magie que n'en avaient jamais réalisée ces enfants de moins de onze ans et ses jeunes élèves n'étaient pas peu fiers de leurs prouesses.
Seul le jeune Philip Bode avait quelques difficultés à faire ce qu'on lui demandait. À chaque fois que Sirius venait voir où il en était, la même chose se produisait, et il en venait à se demander si le garçon y mettait vraiment du sien.
« Tu es sûr que tu ne le fais pas exprès ?
– Ben non. »
Sirius éteignit de sa baguette la feuille qui avait pris feu encore une fois.
« Ne t'entraîne pas en dehors du cours sans ma surveillance, d'accord ? La dernière chose qu'on veut voir arriver, c'est un incendie de forêt.
– Oui, Sirius. »
Une seconde, Sirius aurait juré que Philip avait souri bizarrement. Il se raisonna néanmoins. Snape avait réveillé ses tendances paranoïaques avec ses allusions, bravo. De toute façon, tout était toujours la faute de Snape.
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« C'est ainsi que l'impératrice des fées fut sauvagement assassinée par sa belle-sœur Constance, et que celle-ci prit sa place. Mais le frère de l'impératrice…
– Attends, Remus, t'as oublié un bout ! s'écria Pasiphae sévèrement.
– Oui, t'as pas dit quand la Belle Sœur elle fait enfermer le frère de la pératrice dans une cage, dit Ulysses.
– Et même que après, après, eh ben, après elle le met dans un arbre pour que les humains ils le trouvent ! » renchérit Wendy.
Remus était au comble de l'enchantement. Contre toute espérance, sa classe avait appris quelques petites choses. Aujourd'hui, même Lilian, qui 'avait rejoint son cours que la veille, à semblait avoir pris goût aux histoires, et Remus était un peu attristé à l'idée que le lendemain serait son dernier cours avec les petits.
« D'abord c'est IMpératrice, dit Pasiphae à Ulysses.
– Même pas vrai, "un" c'est pour les garçons !
– T'es trop bête toi ! s'exclama Pasiphae en administrant un coup de Doudou à Ulysses.
– Remus ! Zif elle recommence ! commença à pleurer Ulysses.
– Allons, du calme. De toute façon, je vois qu'on a largement dépassé l'heure de la fin du cours. Vous êtes libres ! »
Pasiphae et Ulysses arrêtèrent instantanément de se chamailler, se levèrent en criant « OUAAAIIIS ! » et partirent jouer en compagnie de Wendy. Lilian, qui passait toujours le plus clair de son temps avec son grand frère Lee, restait encore à l'écart de leur petit groupe.
« Ça va, tu ne t'ennuies pas pendant la classe ? » lui demanda Remus.
Elle fit non de la tête. Remus sourit. Puis il regarda pensivement les bandages qu'elle avait autour de ses mains, dont les paumes avaient été mystérieusement brûlées la veille.
« Dis-moi ma grande, je dois te poser une question au sujet de tes brûlures… »
Lilian serra légèrement sa vache en peluche contre elle. Remus eut le cœur serré et, remarquant un pissenlit fané pris dans ses longs cheveux bruns, il le dégagea délicatement le temps de trouver ses mots. Mais aussitôt, Lilian s'empara de la fleur et se mit à la fixer avec concentration. Intrigué, Remus la regarda faire sans un mot. Essayait-elle d'imiter ce que son grand frère faisait pendant ses cours ? L'espace d'un instant, il lui sembla presque voir frémir les pétales de la fleur, mais un cri détourna son attention.
« LILY ! »
Remus vit Lee arriver en courant.
« Lily, viens, dit-il d'un ton brusque, attrapant le bras de sa sœur.
– Est-ce que tout va bien ? » fit Remus.
Lee fit un sourire de gentil petit garçon.
« Oui oui, j'ai juste vu une grenouille là-bas, et Lilian adore les grenouilles. »
Ils s'éloignèrent rapidement, et Remus ne put s'empêcher de ressentir de l'inquiétude. Et si Lee maltraitait réellement sa sœur ? Il n'aurait pas été le premier à se laisser tromper par un visage angélique.
« Hahaha ! Eh, Lily, attends-moi quand même ! »
Un peu plus loin, Severus les regardait passer d'un air à la fois furieux et peiné.
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Ils devaient être en cinquième année lorsque Remus suspecta Severus Snape d'éprouver des sentiments à l'égard de son amie Lily Evans. C'était une idée un peu ridicule, d'autant que Remus ne s'y connaissait pas beaucoup en amour, mais elle conférait au personnage étrange de Severus Snape une dimension supplémentaire, laissait entrevoir un peu de douceur sous cette armure glaciale. Après bien des hésitations, il décida un jour de demander discrètement des renseignements à Sirius.
« Dis Padfoot, à force, tu dois être un genre d'expert en amour, non ?
– Comment ça, "à force" ? fit Sirius, sur la défensive. Tu me prends pour qui, un dragueur compulsif ? Je te signale que je suis complètement incapable de dire un seul truc intelligent face à une fille qui me plaît, j'ai vraiment rien d'un expert…
– Non, bien sûr ! C'est pas ce que je voulais dire. Mais… tu as l'habitude de plaire, non ? »
Sirius lui dirait plus tard avoir ressenti une certaine fierté et aussi un peu de gêne en constatant que son ami avait cette image de lui. Il dut néanmoins choisir de faire marcher la fierté à ce moment-là, car il se passa une main dans les cheveux et parodia un regard séducteur.
« Naturellement, mon cher Monsieur Moony, je suis le rêve ambulant de toute personne dotée du sens de la vue, fit-il d'une voix grave. Que puis-je pour toi ? »
Remus gloussa.
« Je me demandais… À quoi est-ce que tu vois que quelqu'un s'intéresse à toi ?
– Ooooh, sourit Sirius. Qui s'intéresse à toi, Moony ? Vas-y, dis-moi tout !
– Hein ? fit Remus, stupéfait. Ah non ! Personne ! C'est juste quelqu'un que je connais qui… »
Sirius éclata de rire. Remus insista, se sentant un peu idiot :
« Non, mais, ce n'est vraiment pas moi !
– Comme tu voudras. Donc ce "quelqu'un"… il s'intéresse à une certaine personne et cherche à déterminer si son intérêt est réciproque ?
– Hum… on peut dire ça comme ça… »
Sirius réfléchit.
« Franchement, j'en sais pas long, vu que je loupe presque à tous les coups quand on s'intéresse à moi. Je pense que les signes varient pas mal d'une personne à l'autre et d'une situation à l'autre. J'ai quand même remarqué que les filles timides ont tendance à avoir le regard fuyant, à éviter au maximum les contacts physiques, à ne pas savoir quoi dire… Tandis que les plus entreprenantes au contraire…
– Mmh, l'interrompit Remus, pensif. Forcément, tu ne t'y connais qu'en filles. »
Sirius sembla déconcerté.
« Tu veux savoir ce que font les garçons ? s'étonna-t-il.
– Euh… » Remus réalisa ce que sa remarque pouvait impliquer et rougit violemment. « Non, enfin… C'est cette personne qui…
– Ne te justifie pas, Moony ! Toutes les tendances sont à la mode, ces temps-ci. Je trouve juste ça bizarre parce que – comment te l'annoncer sans te choquer… ? Tu ES un garçon.
– Hum, certes. Mais je ne suis pas vraiment… "l'exemple type", si ? »
Sirius dut le reconnaître.
« Je pense que les garçons timides sont comme les filles timides : mal à l'aise. C'est juste différent parce que les hormones sont méchantes avec nous et… enfin bon. Autant la fille timide se rabaisse stupidement à la première occasion, autant le garçon timide essaie plutôt de compenser son manque d'assurance en se mettant stupidement en avant. Ce qui est marrant, c'est que les garçons sûrs d'eux font exactement la même chose, alors qu'en fin de compte, les filles, elles s'en fiche de ce qu'on pense de nous-mêmes, elles veulent savoir ce qu'on pense d'elles.
– Comment tu sais ça ? s'amusa Remus.
– Tu n'apprends donc rien à fréquenter James ? Les réactions d'Evans quand cet imbécile tente de lui faire des avances sont pourtant plutôt explicites, rit Sirius. C'est marrant, on dirait que la nature a inscrit dans les gènes du garçon le besoin irrépressible d'impressionner les filles, mais sans lui donner aucun moyen d'y parvenir. Notre puberté commence plus tard, ce qui fait qu'à côté d'elles on a l'air parfaitement ridicule, et comme on les comprend pas, on est tout simplement incapables de la moindre subtilité avec elles…
– Je ne ressens pas le besoin d'impressionner les filles », remarqua Remus en toute innocence.
Sirius le regarda d'un drôle d'air, puis sourit :
« T'as pas besoin d'essayer, tu es déjà Préfet. Tu as du pouvoir, tu es mature et responsable… Si seulement tu parlais à une fille un jour, tu verrais qu'elles sont déjà toutes à toi ! »
Remus ne prit bien sûr pas cette remarque très au sérieux. Il remercia Sirius de son aide précieuse, et demanda une dernière précision :
« Et si les deux personnes sont déjà amies, est-ce que ça change quelque chose ? »
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Lee et Lilian jouaient à cueillir des fleurs pour faire des couronnes, sous la surveillance discrète de Severus, qui n'avait rien de mieux à faire de sa vie. Rien à voir avec le fait qu'il l'avait promis à Remus il avait lui-même observé les brûlures de la fillette et elles avaient bien été causées par la magie. Ce qui était assurément quelque chose de préoccupant pour un moniteur consciencieux.
« Qu'est-ce tu fais ? » s'enquit Wendy avec son manque d'articulation caractéristique.
D'où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.
« Hein, dis ? » insista-t-elle.
Severus n'aimait pas les enfants, c'était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n'avait pas peur de lui. Peut-être parce qu'elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres qui hantaient ses cauchemars, elle eut l'audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.
« T'aimes ça, l'herbe, toi ? »
Les yeux de Severus s'attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace, car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n'importe comment devant sa bouche.
« T'es rigolo !
– On me le dit souvent, ironisa-t-il.
– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.
– En effet. »
Elle prit soudain l'air très sérieux.
« Qu'est-ce tu fais ?
– Je prends un bain de soleil. »
Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l'association du mot "soleil" et du fait manifeste que Severus était assis à l'ombre.
« Pourquoi ? fit-elle pour comprendre.
– Pour être beau, soupira Severus.
– Pourquoi ?
– Devine. »
Elle ouvrit des yeux catastrophés.
« Je sais pas !
– C'est normal, si tu savais, tu ne pourrais pas deviner. »
Wendy se mit à réfléchir, ou du moins c'est ce que supposa Severus, même s'il n'était pas certain qu'à quatre ans et demi on puisse réellement parler de réflexion. Enfin un peu de silence, se dit-il en retournant à l'observation morne de Lee et Lilian.
« Je sais ! C'est pour qu'il t'aime plusse ! dit alors Wendy en s'appuyant sur sa cuisse de façon assez inconfortable.
– Hein ? Qui ?
– Remus », dit-elle en pointant du doigt quelque chose de l'autre côté de Severus.
C'était Remus qui arrivait avec aux lèvres son sourire fatigué. Severus eut un bref instant de panique.
« Arrête de raconter des bêtises, Wendy.
– Mais c'est pas des bêtises, c'est ton namoureux Remus ! s'écria-t-elle, outrée.
– Ça va pas, non !
– Même que vous faites des bisous et tout et tout !
– Tais-toi maintenant !
– Pourquoi ? »
Severus l'attrapa par la taille, la posa sur ses genoux et la bâillonna d'une main, ce qui la fit beaucoup rire.
« Severus, le salua Remus avec sa douceur habituelle.
– Remus, répondit Severus, légèrement nerveux.
– Je vois que tu t'es attiré les bonnes grâces de Wendy.
– Mmh, il est dur de s'en défaire.
– Tu dis ça au sens figuré ou parce que son visage est soudé à ta main ? »
Severus dissimula mal son embarras.
« On dit que la vérité sort de la bouche des enfants, mais je vois surtout en sortir d'énormes sottises.
– Oui… C'est qu'ils répètent ce qu'ils entendent sans penser aux conséquences, mais parfois ils comprennent mal et déforment tout.
– Exactement », fit Severus.
Il y eut un blanc.
« Et donc, qu'est-ce que tu fais, à part empêcher Wendy de dire des sottises ?
– Je surveillais les Headlock, là-bas.
– Vraiment ? Merci, Severus, c'est très gentil de ta part.
– Ha ! Gentil ? Mais non, non non…
– Non, tu as sûrement un intérêt personnel dans cette démarche, suis-je bête ! se moqua Remus.
– Parfaitement. Ça me donne une excuse pour rester assis là sans rien faire.
– C'est vrai que tu as toujours été l'incarnation même de la paresse, rit Remus.
– Que veux-tu que je te dise, je me fais vieux. »
Remus le dévisagea sans cesser de sourire.
« Tu es jeune, Severus.
– Oh oui, un vrai jeune homme de quarante ans…
– Trente-huit, rectifia Remus. Il te reste presque trois fois ça à vivre selon les dernières statistiques du Ministère de la Magie. »
Merlin m'en préserve, songea Severus, j'ai déjà l'impression d'avoir vécu trois fois ça. Mais il n'aimait pas être le sujet de la conversation et s'empressa d'en changer.
« Je n'impliquais pas que tu étais vieux, si c'est ce qui t'inquiète, Lupin.
– Ce n'est pas ce qui m'inquiète. »
Il choisit néanmoins de laisser Severus tranquille et se tourna vers le frère et la sœur qui jouaient au loin.
« J'espère vraiment que je me trompe au sujet de Lee. Lily ne supporterait pas de perdre la seule famille qui lui reste.
– Lilian, corrigea Severus.
– Mmh ?
– Rien… »
Au cours de la conversation, Severus avait libéré Wendy, qui après avoir écouté attentivement les adultes, choisit cet instant pour lui demander :
« T'auras des zenfants avec Remus quand vous serez mariés ? »
L'expression de Remus la rendit complètement hilare.
°o°o°o°
Ils avaient agrandi les salles du bâtiment commun pour favoriser la ventilation, et beaucoup d'enfants s'étaient mis à rentrer et sortir et rentrer et sortir, s'émerveillant de ce que le bâtiment était plus grand à l'intérieur sans l'être à l'extérieur. Affalé dans la bibliothèque, Sirius écoutait Janis Joplin, entouré par les enfants épuisés par leur jeu, qui venaient ici pour fuir la chaleur et occuper le reste du temps calme du début de l'après-midi. Un quart d'heure plus tôt, Minerva avait entrepris de lui brosser les cheveux, et Sirius avait subi les poignées de cheveux arrachés presque sans broncher.
« T'as les cheveux loooooongs, avait fait remarquer Minerva. Et très emmêlés. Il y a des endroits où ça fait des boudins.
– Ça fait bien quinze ans que je ne les ai pas coupés, alors tu sais, je pense qu'ils ne poussent même plus maintenant.
– Pourquoi tu les coupes pas ?
– Pendant longtemps, j'étais dans un endroit sans baguette. Après, j'ai juste eu la flemme…
– Je peux te les couper, si tu veux ! proposa généreusement Minerva en sortant des ciseaux à bout rond de la poche de sa robe.
– Euh, non, merci, ça ira, dit-il en se redressant. Je les aime bien comme ça.
– Attends ! Je te fais une tresse, alors. »
Et c'est ainsi que Remus le trouva, en train de jouer les têtes à coiffer, Janis Joplin chantant "Summertime", les enfants sortant des livres de partout sans en ranger aucun, et il l'entendit pousser un soupir qui remontait de très loin.
« Sirius… On est censés se préparer pour la sortie en forêt, là.
– Oh non, j'ai pas fini ! s'exclama Minerva.
– Oh non, marmonna Sirius sur le même ton, il fait trop chaud aujourd'hui, on va étouffer !
– C'est vrai, on pourrait étouffer ? demanda Louis d'un air paniqué.
– Non, Louis, répondit patiemment Remus.
– On pourrait pas déménager au lac aujourd'hui plutôt que samedi ? demanda Sirius en s'éventant avec une bande dessinée. Je piquerais bien une tête, là.
– Oooooh on va se baigner ?! » commencèrent plusieurs enfants.
Remus ferma les yeux et se frotta la zone entre les sourcils, geste d'exaspération que Sirius connaissait bien. Il se leva et alla le voir.
« Est-ce que ça va ?
– Oui.
– Bah non, je vois bien, ça va pas.
– Il y a dix-neuf enfants dans cette colo, Sirius, on n'en a vraiment pas besoin d'un vingtième. »
Un peu vexé, Sirius se tourna vers le reste de la pièce et fit claquer ses mains.
« Attention, tout le monde pose son livre à trois ! Un, deux, trois ! Judy, tu as perdu. En gage tu vas me faire une pile avec tous les livres sortis des étagères. Les autres, quand je dis "top" c'est au premier qui trouve Severus dehors ! TOP ! »
En moins d'une minute, la bibliothèque était pratiquement désertée.
« Tu vois, fit Sirius avec contentement. J'aide. Je suis sérieux quand il faut. »
Remus ne semblait pas impressionné.
« Tu as des tresses dans les cheveux », soupira-t-il.
Remus était pourtant de bonne humeur, tout à l'heure, s'étonna Sirius.
« Qu'est-ce que tu as, Moony ? On dirait que tu me fais à moitié la tête.
– Va savoir ce que j'ai, dit Remus. Je crois que j'en ai marre de tes blagues stupides. On n'est plus au lycée !
– Euh… Tu m'expliques ?
– Tu ne vois pas de quoi je parle ?
– Désolé, non. »
Remus fit mine de se détourner, mais Sirius le retint par le bras.
« Moony, qu'est-ce que j'ai fait ?
– Bon sang, Sirius ! Tu as été raconter aux enfants que Severus et moi… » Remus jeta un œil par-dessus l'épaule de Sirius vers Judy et Eleanor qui étaient encore là, et reprit plus bas : « Tu leur as dit qu'on était ensemble ! »
La bouche de Sirius forma un "O".
« J'avais complètement oublié, c'était le premier jour ! Je ne pensais même pas qu'ils s'en souviendraient !
– Est-ce que tu réalises combien c'est humiliant pour moi ? Wendy a raconté des tas de bêtises à Severus, maintenant il va s'imaginer que je m'intéresse à lui !
– Mais non, enfin, même Snape n'est pas assez idiot pour vraiment penser une chose pareille. »
Remus mima un instant la pose "qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu" et sortit de la bibliothèque sans un mot.
°o°o°o°
Judy faisait toujours ce qu'on lui disait de faire, elle avait remarqué que c'était le meilleur moyen de ne pas s'attirer d'ennuis. Eleanor, elle, c'était tout le contraire. Elle n'obéissait que quand elle jugeait que l'ordre était juste, elle n'avait pas peur des adultes. Là, par exemple, au lieu de sortir avec les autres comme Sirius l'avait demandé, elle était restée ramasser les livres avec Judy, arguant qu'elle n'allait pas la laisser tout faire toute seule, quand même. Eleanor savait déjà ce qu'elle voulait être et comment le devenir. Eleanor était merveilleuse. Et pour une raison qui échappait complètement à Judy, elle semblait la trouver merveilleuse aussi.
« Tu as de trop beaux cheveux, lui disait-elle.
– Ils sont orange, répondait Judy avec une moue.
– Trop beau », répétait-il en souriant.
Il faut dire que le orange était sa couleur préférée.
Judy se surprenait souvent à penser à Eleanor, qui préférait qu'on l'appelle Leo, comme à un garçon, mais un garçon qui ne ressemblait à aucun autre. Parce que les garçons de dix ans étaient bêtes et faisaient des blagues dégoûtantes parfois, alors que Leo était beau et gentil et unique, et il était la seule personne avec qui Judy ne sentait pas si empotée ni ennuyeuse depuis que ses parents étaient morts. Leo ressemblait au personnage de ce conte étrange qu'elle avait lu, dans lequel la princesse avait subi la malédiction d'être un prince dans la journée, et une princesse à la nuit tombée, mais à la fin la princesse choisissait de rester un prince pour toujours et épousait un prince quand même.
« Oh ! » laissa-t-elle échapper en voyant le livre que Leo avait placé en haut d'une pile.
C'était justement le livre de contes dont elle avait déjà parlé à Sirius et où les princes épousaient parfois des princes et les princesses des princesses. C'était un joli livre, tout illustré, plein de couleurs, et Judy était drôlement contente d'avoir mis la main dessus, parce qu'il intéressait beaucoup Sirius.
« Je vais donner ce livre à Sirius, je reviens », dit-elle à Leo.
Elle se mit debout au moment où Remus quittait la pièce, et ne remarqua pas le désarroi de Sirius.
« Moony…!
– Sirius ? » dit-elle d'une petite voix.
Sirius baissa les yeux vers elle, regarda dans la direction où Remus était parti, soupira, et revint à elle.
« Qu'est-ce qu'il y a, Judy ?
– Le livre de contes, tu sais ? Je l'ai trouvé. »
Sirius haussa les sourcils, surpris.
« Oh… Merci beaucoup ! Tu es une chef. »
Il lui caressa les cheveux, ce qui lui décrocha un immense sourire. Elle aimait bien Sirius, parce qu'il était drôle et un peu bête, mais d'une façon qui le rendait sympathique, et qu'il ne ressemblait pas à un papa comme Remus. Sirius lui laissait imaginer qu'en grandissant, les garçons pouvaient s'arranger un peu.
Leo la rejoignit et lui prit la main, l'air un peu triste.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
– Tu ne m'avais pas dit que t'étais copine avec Sirius, dit Leo du bout des lèvres.
– On peut pas être copains, c'est un grand, dit Judy.
– Ça ne dérange pas Minerva…
– Minerva est bizarre, rigola Judy. Elle est amoureuse de Sirius. Moi je l'aime bien mais de toute façon c'est pas pareil qu'avec toi. »
Leo sembla rassuré et l'entraîna dehors en courant. L'amitié devenait compliquée lorsqu'elle était exclusive, comprit confusément Judy ce jour-là.
°o°o°o°
Sirius avait raison, bien sûr. Severus ne s'était pas imaginé une seconde que la blague sur eux deux avait le moindre fondement. C'était trop ridicule à imaginer pour lui. Et Remus avait du mal à s'avouer que c'était ce qui l'embêtait le plus. Lui et son don pour s'enticher du mauvais type…
« Ton chien est gravement malade, Lupin, avait dit Severus quand Wendy leur avait révélé d'où elle tenait ses informations à leur sujet. Je serais toi, je le ferais piquer. »
Il était si préoccupé qu'au cours de la sortie en forêt il ne remarqua même pas les deux magnifiques spécimens de clabberts cornus suspendus par leurs grands bras à une branche basse, alors que ces bestioles étaient tout de même dotées d'un énorme pustule rouge clignotant sur le front qui prévenait leurs congénères de l'approche d'une menace potentielle. Voilà, se dit-il, tout le monde est capable de voir les signes de dangers, sauf moi. Je suis un crétin fini.
« Remus ? »
Il ne s'habituait pas à entendre Severus l'appeler par son prénom.
« Oui, Severus.
– Je voulais juste te dire… » Severus ne semblait pas trouver les mots. « Bravo d'avoir réussi à attraper ce clabbert sans te faire manger une main. Ces enfants de savent pas apprécier à sa valeur le mal qu'on se donne pour eux.
– Moui, les clabberts n'attirent par leur adoration, à ce qu'il semble. Sans doute la ressemblance avec un crapaud, j'ai remarqué que les enfants n'en sont pas fous. J'ai l'espoir que ça viendra plus tard, ce sont des créatures fascinantes.
– Même si elles ne servent pas tellement dans les potions.
– Ah non ?
– Non. » Il marqua une hésitation. « Écoute, Lupin, je conçois parfaitement ton embarras. »
Remus se tendit légèrement.
« Ah.
– Personne ne veut être la victime de rumeurs m'impliquant… de cette façon. Mais je pense que les gosses, contrairement à Black, n'y voyaient aucune moquerie et qu'il ne faut vraiment pas s'en alarmer. »
Remus cligna des yeux.
« Ce n'est vraiment pas le problème, Severus. Je suis juste déçu par Sirius, encore une fois.
– Oh ? Oh. Bien sûr. »
S'efforçant de ne pas rougir, Remus ajouta rapidement, avant de changer d'avis :
« Parce que sinon, je trouve ça plutôt flatteur. »
Severus haussa un sourcil, hocha vaguement la tête, et repartit à sa place dans la file des enfants. Bon, ça, c'est fait, se dit Remus. De retour au campement et à une gaieté relative, il décida d'aller chercher des livres pour en lire aux petits ce soir au coucher. Mais alors qu'il entrait dans la bibliothèque, Sirius arriva derrière lui et ferma la porte.
« Qu'est-ce que tu… ?
– Il faut qu'on parle en privé, Moony.
– Euh… d'accord. »
Sirius lança le tourne-disque. Janis Joplin et son blues.
« Rassure-moi, tu ne vas pas me faire un moment comédie musicale ? s'amusa Remus.
– Non, c'est juste pour oublier cinq minutes qu'il y a une vingtaine de morveux braillards dehors.
– D'accord… » fit Remus, perplexe.
Sirius avait les mains moites, il se les essuyait sur son jean dans un geste que lui seul pouvait rendre élégant. Il faisait chaud, aujourd'hui.
« Je sais… commença-t-il péniblement. Je sais que tu crois que je me conduis toujours comme un gamin. »
Il s'approcha de Remus, le regardant droit dans les yeux.
« Et je veux que tu saches… que non. »
À ce moment-là, Remus comprit ce que Sirius allait lui dire.
°o°o°o°
Ils devaient être en cinquième année lorsque Sirius soupçonna Remus de nourrir des sentiments pour un garçon. Ça lui avait semblé être une idée un peu étrange au début même si Sirius était à fond pour la libération sexuelle du mouvement hippie et tous ces trucs, il avait toujours vu l'homosexualité comme quelque chose de lointain et d'un peu obscène, quelque chose qui ne correspondait pas du tout à Remus. Pourtant, les indices lui semblaient de plus en plus évidents à mesure qu'il y pensait.
Il y avait, bien sûr, le manque d'intérêt de Remus pour les demoiselles – et si l'on voulait parler d'autre chose que leur conversation, il trouvait cela inconvenant. Il y avait aussi que Remus était terriblement introverti, et qu'être un loup-garou n'expliquait peut-être pas tout. Et surtout, il y avait eu cette discussion étrange sur les signes de l'attraction, qui avait laissé Remus légèrement embarrassé et Sirius complètement songeur.
« Et si les deux personnes sont déjà amies, est-ce que ça change quelque chose ? »
Sirius, qui était convaincu jusque là que Remus parlait vraiment de lui-même, commença à avoir un doute. Ce n'était pas comme si Remus avait beaucoup d'autres amis en dehors des Maraudeurs il entretenait au mieux des relations cordiales avec le reste des élèves.
« Je sais pas très bien. Il serait logique de penser qu'on ne va plus réagir de la même façon aux contacts physiques habituellement confortables… »
Sirius n'avait pas dit cela innocemment. Il avait très bien remarqué que depuis quelque temps, Remus se dégageait rapidement de toute étreinte amicale, ou bagarre amicale, d'ailleurs. Sirius s'était dit que sa condition de préfet lui conférait un sérieux agaçant, mais peut-être y avait-il autre chose ? Quoi qu'il en soit, Remus sembla regretter sa question et prit congé de Sirius assez abruptement.
Dès lors, ce dernier ne regarda plus Remus de la même façon. Pour commencer, il le regarda davantage. Sirius n'avait jamais eu qu'un regard superficiel sur Remus auparavant, mais trouva vite son attitude objet de fascination. Il n'avait pas touché mot de ses soupçons à James et encore moins à Peter, et c'était peut-être la première fois qu'il devait garder un tel secret pour lui tout seul. Il n'osa jamais formuler même mentalement l'idée que Remus soit amoureux de l'un des Maraudeurs – amoureux de lui, même, pourquoi pas –, mais le fantôme de cette idée flottait à la périphérie de son esprit et influençait son regard et ses pensées. Il commença à se demander s'il pourrait trouver un garçon attirant, et la réponse ne fut pas facile à déterminer, mais penchait plutôt vers le "non". Il se demanda ensuite s'il pourrait trouver Remus attirant, et la réponse fut encore plus difficile à déterminer. S'imaginer toucher la peau de Remus avec ce genre d'intentions, c'était une pensée troublante, et avant qu'il ne s'en rende compte, Sirius se trouva à éviter les contacts physiques avec lui.
Sirius avait quinze ans, Sirius aimait sa vie à Poudlard avec ses amis, Sirius voulait s'amuser et ne jamais réfléchir plus qu'il n'était nécessaire pour briller et inventer des blagues géniales. Sirius n'était pas prêt à "avoir un truc" pour Remus maintenant, tout cela arrivait bien trop tôt, et on ne prend jamais assez en compte l'importance du bon moment.
Et c'est d'ailleurs un peu trop tard que Sirius comprit qu'il avait tout compris de travers depuis le départ.
« Mais bien sûr qu'il en pince pour elle, il est pathétique et elle est mignonne, faut pas chercher plus loin ! Pourquoi tu crois qu'un sale Serpentard dans son genre resterait ami avec une fille de moldus de la maison Gryffondor s'il ne s'intéressait pas à son décolleté ?
– Je ne pense pas que ce soit comme ça, protesta Remus, je pense qu'il l'aime sincèrement. Et peut-être qu'elle…
– Alors là, je t'arrête tout de suite. Si tu racontes un truc pareil à Prongs, il va très mal le prendre.
– Je ne vais pas en parler à Prongs ! Je t'en parle à toi, Padfoot, parce que je pensais que tu serais un peu plus compréhensif, mais apparemment je me suis trompé.
– Apparemment, oui. Désolé de ne pas sauter au plafond en apprenant que tu as développé une fascination malsaine pour la vie privée de Snivellus. »
La dispute ne cessa que lorsque James arriva pour les séparer. Les mots prononcés ce jour-là furent blessants, mais jamais autant que les autres, ceux que Sirius refusait d'écouter et qui faisaient mal dans la région du cœur.
°o°o°o°
Sirius et Remus s'étaient enfermés dans la bibliothèque. À en juger par leur historique, Severus trouvait cette idée assez alarmante. Et intolérable, parce qu'il devait surveiller tous les gosses à lui tout seul. Il se devait de protester, c'était clair.
Il entra dans le bâtiment commun, un peu troublé par ses nouvelles dimensions intérieures, et s'approcha de la porte de la bibliothèque. Ils avaient mis la musique fort, ce qui était très mauvais signe. Severus essaya de bloquer les images de son rêve alors qu'elles revenaient à sa mémoire. Il en avait déjà oublié la majeure partie, mais restaient encore des fragments de peau effleurée, des morceaux de cheveux caressés. Il en ressentait un profond malaise et il s'empressa de faire dériver ses pensées de cette zone dangereuse. Il entendit le bourdonnement de leurs voix. Ils discutaient. À défaut de pouvoir comprendre un traître mot de ce qu'ils disaient, il écouta la chanson, et un dialogue imaginaire se construisit dans sa tête.
Remus dirait : « Le temps suit son cours, les amis s'éloignent. Je suis mon chemin, mais je n'ai jamais su pourquoi… Je continue à pourchasser mon rêve, à essayer d'arranger les choses, le temps d'une nouvelle journée solitaire. »
Et Sirius dirait : « L'aube est enfin là… Vingt-cinq ans, trésor, en une seule nuit. »
Et Remus dirait : « J'ai vingt-cinq ans de plus à présent, alors je sais que ça ne peut pas coller entre nous. Et je sais que je ne suis pas mieux qu'avant, mon cœur. Je sais que je ne peux t'aider davantage qu'à l'époque où je n'étais qu'une jeune fille. »
Et Sirius dirait : « Mais ça ne change rien, je sais que je peux au moins essayer. Ça ne change rien, mon cœur. Je ferais bien de m'accrocher, je ferais bien de réclamer, je ferais bien d'en profiter jusqu'au jour de ma mort. »
Et Remus dirait : « Ne t'attends pas à obtenir des réponses, trésor, car je sais qu'elles ne viennent pas avec l'âge. »
Et Sirius dirait : « Je ne t'aimerai jamais mieux que maintenant, mon cœur, je ne t'aimerai jamais comme il faut. Alors tu ferais mieux de prendre ce que je te donne, maintenant, tout de suite. Il y a un feu en chacun de nous. Tu ferais bien de le réclamer. »
Et Remus dirait : « Je ferais bien d'en profiter, jusqu'au jour de ma mort. Ça ne change rien, mon cœur, et ce n'est pas près de changer. »
Et Sirius dirait : « Je veux juste parler de s'aimer un peu. Ah, trésor, je détesterais être l'élu de ton cœur. Tu vivras ta vie, et tu aimeras ta vie. Sinon, mon cœur, tu finiras par pleurer. »
Et Remus dirait : « Tu me feras toujours du mal, tu me laisseras toujours tomber, partout, tous les jours, tous les jours, et de toutes les façons possibles. »
Et Sirius dirait : « Ah, trésor, accroche-toi donc à ce qui risque de changer. Ça va disparaître quand tu auras le dos tourné. Tu sais que ça ne sera plus là quand tu voudras tendre la main pour l'attraper. Whoah ! »
°o°o°o°
Sirius n'avait que trop attendu le bon moment. Il venait de décider que si le bon moment ne venait pas, il fallait le faire venir.
« Je sais que tu crois que je me conduis toujours comme un gamin. Et je veux que tu saches… que non. »
Remus ouvrit légèrement la bouche, l'air stupéfait. Sirius lui prit les mains.
« Remus…
– Tu ne peux pas me faire ça maintenant, le coupa brutalement Remus.
– Ah bon, rit Sirius. Tu veux que je repasse dans une heure ? »
Mais Remus ne plaisantait pas. Il retira ses mains de celles de Sirius, et recula jusqu'à rencontrer un mur. Là, il se frotta les yeux d'un air las, soupira, puis regarda Sirius droit dans les yeux.
« Pourquoi maintenant, Sirius ?
– Pourquoi pas ?
– Non, ce n'est pas rhétorique. Pourquoi maintenant ? »
Sirius ne comprenait pas le sens de cette question. Pourquoi Remus était-il aussi morose tout d'un coup ?
« J'étais amoureux de toi à vingt ans, dit-il en fermant momentanément les yeux. Tu sais ça. »
Sirius déglutit.
« Tu ne m'as jamais rien dit…
– Tu le savais, mais ça ne t'arrangeait pas. Pourquoi ? Pourquoi pas à ce moment-là ?
– Je suppose… que je n'étais pas prêt à accepter quelque chose d'aussi sérieux que ça à ce moment-là. J'étais un jeune con, sur les bords. »
Mais Remus n'allait pas le laisser s'en tirer aussi facilement.
« D'accord, admettons que tu aies changé. Moi aussi j'ai changé. Pourtant, va savoir comment, rien n'a changé entre nous depuis qu'on a vingt ans ! Nous avons la non-relation la plus stable qu'on puisse trouver.
– Mais je veux… » Sirius s'approcha. « Je veux quelque chose de réel.
– Et ça te vient d'où, cette lubie ? »
Sirius émit un grognement. Remus était en train de sérieusement briser la magie du moment, si vous lui demandiez son avis.
« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? J'approche de la quarantaine, je commence à penser un peu plus sérieusement à ce que je veux vraiment dans la vie, c'est normal !
– Et tout ça n'a aucun rapport avec Severus ?
– … Là, je ne te suis plus.
– Tu te convaincs que je m'intéresse à lui et comme par hasard, tu veux qu'on devienne un couple…
– Je ne me convaincs de rien, tu es clairement…
– OUI ! s'écria Remus. Oui, tu as raison. Pour la première fois depuis une éternité je ressens quelque chose pour quelqu'un d'autre que toi. Et à ce moment précis tu décides que tu me veux pour toi tout seul ! »
Non, non, disait l'esprit de Sirius, impuissant. Ce n'est pas ça, tu déformes tout.
« Je me suis rendu compte qu'à trop déconner, je risquais de te perdre, Moony.
– Je ne t'appartiens pas.
– Tu sais ce que je veux dire.
– Tu es possessif, Sirius. Tu es possessif et jaloux. Tu te rappelles comment tu étais quand James a commencé à sortir avec Lily ? La jalousie n'est pas de l'amour, ou bien tu m'as caché de sacrées choses sur ta relation avec Prongs. »
Sirius se sentait mal. Il ne savait pas si c'était parce que Remus avait raison ou bien parce qu'il avait tort, mais il se sentait affreusement mal. Il tenta plusieurs gestes avortés vers Remus, malheureux. Finalement, il attrapa son visage, et l'embrassa sur les lèvres.
Ce fut un baiser maladroit, artificiel, avec un arrière-goût de désespoir. Maintenant, Sirius avait presque envie de pleurer. Remus posa ses mains sur les siennes mais Sirius s'accrocha, caressant ses joues de ses pouces, incapable de s'éloigner de plus d'un centimètre. Il ressentit un grand vide et une grande tristesse.
« Ça ne va pas, admit-il dans un souffle.
– Je sais, dit doucement Remus,.
– C'est trop tard, hein. Tout est de ma faute. Je t'ai raté. »
Remus eut l'air touché et sourit faiblement.
« Viens », fit-il en ouvrant ses bras.
Sirius faisait bien une tête de plus que Remus, mais il se sentit minuscule dans son étreinte.
« Je ne sais pas, lui dit Remus. Peut-être qu'on s'est ratés mutuellement. Ou peut-être que c'est trop tôt au contraire.
– Trop tôt, fit Sirius avec un petit rire qui ressemblait à un sanglot. On est destinés à ne pas être ensemble avant nos vieux jours ?
– Qui d'autre que moi voudra de toi quand tu seras vieux et moche ? plaisanta Remus.
– Je ne serai jamais moche, assura Sirius.
– Bon. Qui voudra encore me brosser le poil les soirs de pleine lune quand je commencerai à les perdre ?
– Merlin, dit Sirius. Un loup-garou chauve, voilà qui ne doit pas être beau à voir.
– Ah, je vois, sans ma fourrure tu me laisseras tomber ?
– Mais non. Je serai toujours la pour te gratter derrière les oreilles.
– Mmh. C'est Padfoot qui aime ça.
– Je sais que tu préfères qu'on te flatte le poitrail, mais là ça devient un peu trop sexuel pour le non-zoophile que je suis. »
Remus lâcha un éclat de rire contre l'épaule de Sirius. Sirius le serra dans ses bras jusqu'à ce que ça fasse mal.
°o°o°o°
Lorsque Severus se planta devant Sirius et Remus d'un air mécontent à la sortie de la bibliothèque, ce dernier se demanda s'il avait la moindre idée de ce qui venait de se passer entre eux. Non, bien sûr, il ne pouvait pas le savoir. Il aurait pourtant juré qu'il les avait regardés l'un et l'autre d'un air suspicieux.
« Quel est le problème, Severus ? »
Il brandit alors le programme de la journée.
« Je peux savoir ce qui vous a pris de mettre ÇA en activité ?! »
Remus se pencha sur le parchemin et lu ce qui était inscrit au bout du doigt fébrile de Severus.
« Ah ! oui, fit-il, du ton de celui qui s'était attendu à ce que cela pose problème, mais à qui c'était complètement sorti de l'esprit.
– C'est tout ce que tu trouves à dire pour votre défense, Lupin ?
– Calme-toi un peu, soupira Sirius. Ce n'est qu'un jeu.
– Qu'un jeu ? QU'UN JEU ?! C'est "Magie ou Veritaserum" ! »
Sirius leva les yeux au ciel.
« Ne me dis rien. Tu as été traumatisé par une partie de Magie ou Veritaserum quand tu étais jeune ? »
C'était effectivement le cas – les enfants étaient cruels, cruels ! –, mais ce n'était pas là le sujet de l'inquiétude de Severus.
« Pourrais-je commencer par souligner le fait que la plupart de ces gamins n'ont pratiquement aucune compétence magique ?
– Oui, dit Remus, nous y avons pensé. Au départ, nous pensions nous inspirer de la version moldue du jeu, qui s'appelle "Action ou Vérité". Au lieu d'un tour de magie, on peut se voir demander absolument n'importe quelle action…
– Tu adorerais, Snape, lança Sirius d'un ton moqueur.
– Mais finalement, nous avons décidé de le placer en fin de première semaine et de nous en servir comme d'un contrôle de connaissances. S'ils sont désignés, en guise de "Magie" les enfants devront uniquement ressortir quelque chose appris en cours. Plutôt ludique, en somme.
– Donc nous n'allons pas participer ? fit Severus, un peu rassuré.
– Si si ! Le second intérêt est de les divertir, nous effectuerons les tours de magie qu'ils nous demanderont. »
Severus porta la main à son front comme s'il était pris de vertige.
« Des imbéciles… murmura-t-il. Qu'est-ce qui m'a pris… Des imbéciles heureux…
– Qu'est-ce qui t'inquiète comme ça ? fit Sirius. Tu as perdu l'usage de ta baguette ou quoi ? … Magique, j'entends.
– Je vous propose que l'on réfléchisse une minute, dit Severus d'un ton mielleux. Si du moins vous vous rappelez comment on fait… Selon les règles de ce "jeu" – particulièrement bête et méchant, je dois dire – que se passe-t-il lorsque l'on est dans l'incapacité d'effectuer le tour de magie demandé ?
– On doit répondre à une question personnelle à laquelle on ne peut pas mentir, dit Sirius. D'où le "Veritaserum".
– Exactement, Mr Black. Et quel bon, selon vous, pourrait ressortir d'une question personnelle posée à un ex-Mangemort par de jeunes enfants dont les parents ont été tués par… par qui, déjà ? Oh ! Mais des Mangemorts, bien sûr ! »
Sirius et Remus échangèrent un regard. Satisfait de l'effet de sa petite argumentation, Severus croisa les bras et attendit les plates excuses et les baisements de pieds.
« Tu es parano, dit alors Sirius – contrariant comme toujours.
– Je ne pense vraiment pas que ce sujet sera amené, renchérit Remus.
– Les enfants ont des questions beaucoup plus terre-à-terre !
– Il y aura des limites posées à ce qu'ils peuvent demander, l'humeur doit rester… eh bien, bon enfant.
– Et puis de toute façon, pourquoi est-ce que tu ne réussirais pas à réaliser un tour de magie ?
– Ils ne demanderont rien de très compliqué, tu sais, il en faut peu pour les amuser !
– Que veux-tu qu'il arrive, enfin ? »
°o°o°o°
« Severus, est-ce que tu peux faire que le soleil tourne autour de la terre au lieu du contraire ?
– …Non.
– Alors dis-moi… C'est quoi ta marque de shampooing ? »
À quelques places de là, Sirius glissa à Remus :
« Ça alors, qui aurait cru que d'innocents enfants auraient l'idée d'utiliser la liste non exhaustive des choses qui ne peuvent pas être réalisées par la magie donnée à mon cours afin de piéger Severus ?
– Pas la peine de simuler l'étonnement, fit Remus, perspicace. J'ai toujours su qu'au fond de toi, tu étais un Serpentard.
– Je ne simule pas ! se défendit Sirius. Je pensais qu'ils me piégeraient, moi ! »
°o°o°o°
Le feu de camp crépitait joyeusement, il y avait une odeur de marshmallow grillé dans l'air et tout le monde rigolait bien. Bettina était contente d'être là, même si elle ne comprenait pas trop le principe du jeu.
Ça s'appelait Magie ou Veritaserum. D'abord, quelqu'un devait jeter une poudre spéciale dans le feu et des étincelles montaient et désignaient l'un des joueurs. Celui ou celle qui avait jeté la poudre demandait à ce joueur de faire de la magie, et s'il n'y arrivait pas, on lui posait une question, et s'il mentait, le feu devenait rouge vif. L'intérêt de tout cela était très obscur aux yeux de Bettina, mais elle s'en fichait puisqu'il y avait des marshmallows grillés et sa copine Minerva.
Cette dernière commençait à s'énerver parce qu'elle ne tombait jamais sur Sirius, or elle avait apparemment des questions de la plus haute importance à lui poser. À un certain point du jeu, des gens avaient commencé à demander des tours de magie impossibles aux moniteurs et un grand nombre avait suivi, ce qui était vraiment idiot, puisque du coup ils n'avaient pas de tours de magie.
« Louis, c'est vrai que tu manges tes crottes de nez ?
– N… Non. »
Le feu devint rouge vif et tout le monde rigola.
« Eh, on a dit pas de questions pour se moquer ! » gronda Sirius.
Louis, c'était le grand frère de Bettina. Il avait honte d'elle parce qu'elle était un peu grosse et pas jolie, et il avait peur d'elle parce qu'elle s'intéressait aux animaux morts. Et là maintenant, il ne l'aimait pas parce qu'elle avait réussi à faire bouger sa feuille morte sans baguette, et pas lui.
Bettina jeta de la poudre dans le feu. Le feu désigna Sirius. Minerva poussa un couinement.
« Demande-lui s'il a déjà eu une amoureuse ! chuchota-t-elle. Non, pas ça. S'il aime les chats ! Non, attends…
– Minerva, laisse Bettina demander ce qu'elle veut ! » dit Remus.
Mais Bettina n'avait pas envie de poser une question à Sirius. Elle voulait un tour de magie.
« Je voudrais un graaand dessin qui bouge en l'air » dit-elle.
Sirius hocha la tête. Il murmura quelque chose et agita sa baguette qui se mit à dessiner des traits de magie pailletés aux contours flous. Il dessina un premier bonhomme avec un grand nez et des cheveux raides et noirs.
« C'est Severus ! » s'écria Richard.
Sirius ne s'arrêta pas là. Il dessina un second bonhomme, qui pouvait être Remus, et ce second bonhomme envoya un gros cœur rose au premier, ce qui fit rire tout le monde sans que Bettina sache très bien pourquoi. Elle rit quand même avec les autres, contente d'avoir eu le tour qu'elle voulait.
Le jeu continua, et personne ne remarqua que Remus avait perdu le sourire. Mais par la suite, tout dérapa. D'abord, au cours du jeu, Remus tomba sur Sirius, et lui demanda :
« Sirius, est-ce que ta prodigieuse baguette saurait améliorer ton sens de l'humour douteux ? »
Sirius regarda longuement Remus, assis juste à côté de lui.
« Moony, je suis…
– Oui ou non ?
– Non.
– Très bien. Alors dis-moi… est-ce que tu as seulement déjà eu le cœur brisé ? »
Minerva trépigna, l'air enchanté par la question. Sirius baissa les yeux et eut un sourire bizarre.
« Oui, Remus. À quinze ans. »
Minerva se tourna vers Bettina et couina qu'elle aussi, elle aurait le cœur brisé à quinze ans parce que c'était trop romantique.
« Qui… ? demanda Remus d'une voix hésitante.
– C'est une autre question », répondit Sirius en jetant une poignée de poudre dans les flammes.
Cette fois, le feu désigna Severus. Celui-ci n'eut pas l'air très content.
« Tu me conjurerais un beignet à la framboise, Severus ? »
Minerva souligna auprès de Bettina qu'elle aussi adorait les beignets à la framboise et que décidément, Sirius était parfait.
« Tu sais parfaitement que je ne peux pas, Sirius, répondit lugubrement Severus.
– Zut ! Mais ça tombe bien parce que je voulais te demander… Est-ce que tu as jamais aimé qui que ce soit à part toi-même ? »
Severus ne dit rien. Et ne dit rien. Et ne dit rien.
« Severus ? » fit Remus.
Severus se leva et partit vers sa maison sans un mot. Un grand silence suivit son départ.
« Bien, assez joué, déclara soudain Remus avec un sourire crispé. Tout le monde va se laver les dents, je vous retrouve dans la salle de bain dans cinq minutes ! »
°o°o°o°
« Moony…
– Ça va suffire pour ce soir, je crois, Sirius.
– Je suis désolé, vraiment.
– Je sais.
– Je pensais pas qu'il piquerait une crise pour si peu.
– Non, tu voulais juste me prouver que je ne devrais pas entretenir des espoirs le concernant. J'ai suivi ton argumentation subtile, avec le petit dessin puis ta question.
– S'il te plaît…
– Bonne nuit, Sirius.
– Ne m'en veux pas.
– … Tu sais très bien que je n'y arrive jamais. »
°o°o°o°
Ils devaient être en cinquième année lorsque Severus commença à douter que Lily retourne un jour les sentiments qu'il lui portait. Les deux amis d'enfance n'avaient fait que s'éloigner depuis leur entrée à Poudlard. Lentement mais sûrement, leurs mondes devenaient différents, incompatibles… Lily ne comprenait pas ses choix de relations, disait que ses amis étaient intolérants et stupides. Il avait bien essayé de lui expliquer qu'il s'en moquait qu'elle ait des parents moldus – il rejoignait simplement le courant de pensée qui estimait qu'il était mieux, de façon générale, d'avoir des parents sorciers.
Dernièrement, ils se disputaient de plus en plus souvent à ce sujet. Severus en ressortait toujours abasourdi. Comment pouvait-elle imaginer qu'il y avait quoi que ce soit chez elle qu'il n'aimait pas ? Il l'admirait au contraire, d'avoir un tel handicap et d'être pourtant si merveilleuse. Il l'avait toujours aimée tout entière. Et c'est pour ça qu'il revenait toujours la voir pour s'excuser, après chaque dispute. Comment pouvait-elle ne pas comprendre ?
En cette cinquième année, alors que Severus sentait peu à peu Lily glisser hors de sa portée – elle était si belle et fière et… gryffondor, tout ce que Severus n'était pas – il y eut pourtant un moment, un seul moment, dont il ne réalisa pas l'importance à l'époque, mais auquel il ne cesserait de repenser au cours de sa vie adulte.
Ce jour-là, Lily et lui s'étaient retrouvés pour travailler à un devoir de potions. Les potions, leur seule bonne raison de se retrouver encore en tête à tête… Severus aimait la matière rien que pour cela, même si Lily était clairement la plus douée – il avait davantage d'affinités avec le cours de Défense contre les forces du mal. Ils s'étaient donné rendez-vous dans une salle inoccupée afin d'être tranquilles, car depuis quelque temps déjà, dès que Potter et sa clique voyaient Lily en présence du "Nez sur Pattes", ils se sentaient obligés de venir leur casser les pieds, culpabilisant Lily d'un côté, moquant Severus de l'autre. Severus n'était pas idiot, il savait très bien pourquoi son ennemi se comportait de cette façon, et il jubilait toujours lorsque Lily, excédée, finissait par lui prendre le bras et disait : « Viens, Sev, on s'en va », laissant derrière eux un James Potter vert de rage.
Ils s'étaient assis l'un à côté de l'autre pour pouvoir consulter un grand livre de potions poussiéreux dans lequel Lily avait trouvé un article utile pour leurs recherches. Severus avait du mal à ne pas se laisser distraire par la proximité de Lily, l'odeur enivrante de ses cheveux, la chaleur de…
« Là ! s'exclama-t-elle. "Le seul moyen efficace connu de donner à une potion la vertu d'alléger la souffrance liée à une dégénérescence cellulaire est de mélanger dix-huit grammes de cendres de phénix dans trois centilitres de résine d'if sauvage." Enfin une réponse claire !
– Cendres de phénix… dit Severus tout en prenant les données en notes. Tu m'étonnes qu'on ne voie que la théorie de cette potion. Les ingrédients valent une fortune.
– Slugghorn a été vache sur ce coup-là, surtout que je doute que ça nous serve beaucoup pour les BUSEs.
– …Dit la chouchoute en chef dudit Slugghorn, s'amusa Severus.
– Je ne suis pas sa chouchoute… bougonna Lily.
– Mmh, fit-il, peu convaincu. En même temps, je comprends tout à fait Slugghorn. »
Lily cligna des yeux, rosit légèrement et revint au livre dont elle tourna les pages sans vraiment chercher quoi que ce soit.
« Je…Je veux dire que tu es très douée en potions, bafouilla pathétiquement Severus.
– C'est mon côté bonne femme, je suis à l'aise aux fourneaux, plaisanta Lily avec un peu trop d'empressement. Hm. Donc, on disait…
– Oui, reprit Severus en se raclant la gorge. On mélange ça avec deux crins de licorne, du sang de chauve-souris vampire…
– Non, l'interrompit Lily. On ne peut pas laisser le sang de chauve-souris, ça annihile les effets des cendres de phénix !
– Ah bon ? Mais si on combine d'abord les cendres et la résine ?
– Le sang va empêcher le mariage des deux », expliqua Lily, qui eut soudain l'air abattu.
Severus détestait voir Lily découragée.
« Mais si le mariage est fait, les propriétés sont créées, on devrait…
– Non, le sang de chauve-souris vampire et les ingrédients provenant des phénix sont incompatibles, c'est écrit dans le manuel. Ça les séparera inévitablement.
– Tu es sûre ? »
Quelque chose traversa le regard de Lily à ce moment-là, et Severus aurait dû comprendre qu'elle ne pensait plus vraiment à leur devoir de potions. Il aurait dû savoir qu'elle pensait à eux, et à tous ces petits désaccords fondamentaux qu'il croyait négligeables, mais qui étaient en train de les éloigner, lentement mais sûrement, sans qu'il accepte de l'admettre.
« Oui, Severus, OUI. Je suis sûre ! Pourquoi est-ce que tu ne peux pas comprendre ça ? Pourquoi est-ce que tu ne peux pas laisser cette résine et ces cendres se marier tranquillement au lieu de venir tout gâcher avec ta saleté de sang de chauve-souris dont on n'a même pas besoin ?! »
Severus était stupéfait par sa réaction. On aurait dit qu'elle allait pleurer.
« Je… On a besoin du sang de chauve-souris pour…
– MERLIN, SEVERUS, TU ES TROP STUPIDE DES FOIS ! »
Elle prit ses affaires dans ses bras et quitta la pièce en courant, laissant un Severus bouche bée et confus. Ce n'est pas beaucoup plus tard que Lily mettrait un terme à leur amitié une bonne fois pour toutes.
Plus tard, Severus récrirait ce moment cent fois, mille fois dans sa tête, inlassablement, avec toujours de nouveaux détails, en essayant de se rappeler avec exactitude l'odeur de ses cheveux et l'éclat de ses yeux. Jamais il n'accepterait de l'avoir laissé filer.
°o°o°o°
« Tu es fier de toi, Black ? »
Sirius resta plongé dans la contemplation des flammes.
« Pas vraiment, non. »
Severus alla s'asseoir de l'autre côté du feu de camp.
« Je ne pensais pas que tu viendrais ce soir, dit Sirius.
– Et manquer de te voir l'air aussi malheureux ? Tu me connais mal, Black.
– Il semblerait, oui. »
Puis il se turent pendant si longtemps que Sirius se demanda si Severus ne s'était pas endormi – il voyait à peine sa forme derrière les flammes orangées. Sirius avait baissé la chaleur du feu de camp à cause de la canicule le feu froid semblait irréel, et la silhouette noire de Severus aussi.
« Il y a une question que je voudrais te poser, dit finalement Severus.
– Je n'ai pas envie de papoter avec toi, Snape.
– Oh, mais tu me dois une question.
– Je ne te dois rien, tu n'as pas répondu à la mienne.
– Pas celle de tout à l'heure, mais celle d'hier, oui. Tu m'as demandé ce que j'écoutais comme musique. C'est à mon tour de te poser une question. »
Sirius avait bien des défauts, mais il était bon joueur.
« D'accord. Qu'est-ce que tu veux savoir ? Le nom de mon premier serpent en peluche ? »
Toutefois, Severus avait l'air de vouloir être sérieux. Il parla d'une voix hésitante.
« Qu'est-ce que ça fait… de revenir ? »
Sirius comprit immédiatement le sens de sa question, mais demanda quand même :
« Comment ça ?
– Après douze ans à Azkaban… Qu'est-ce que ça fait de rentrer chez soi ? »
Sirius haussa les épaules avec un vague sourire.
« À ton avis. Azkaban, c'est pas la panacée. Je me suis remis à vivre lorsque je me suis échappé…
– Ce n'est pas ce que je te demande, le coupa Severus.
– Ah bon, excuse-moi, j'ai dû mal entendre, grommela Sirius.
– Je ne te demande pas une réponse toute faite. Je suis capable d'imaginer ce que tu viens de me dire. Mais pas ce que ça fait, vraiment.
– En quoi ça t'importe ? »
Severus bougea. Sirius comprit en voyant une tache de blanc apparaître dans le noir que Severus avait ouvert la chemise de son pyjama, sans doute indisposé par la touffeur de la forêt.
« Je ne comprends pas comment tu peux avoir l'air aussi normal après ce que tu as vécu, expliqua Severus. On dirait…
– Quoi ? » réagit Sirius, agressif.
Severus secoua la tête.
« Je ne comprends pas.
– Bien sûr que tu ne comprends pas, marmonna Sirius. Tu imagines de travers. »
Sirius marqua une pause, jeta une brindille dans le feu.
« Tu imagines sans doute qu'Azkaban était un vrai cauchemar. C'est vrai. C'était un long, interminable cauchemar éveillé. J'ai presque tout perdu là-bas… joie, liberté, jeunesse, dignité, et ma raison a bien failli y passer aussi. Si je n'avais pas eu la certitude de mon innocence, je n'aurais jamais tenu. Le temps n'existe pas entre ces murs, on n'a même pas l'espoir d'en voir le bout. On ne se rappelle plus ce que c'est de sourire, ce que c'est d'aimer, ce que c'est de se sentir bien. Alors je suppose que tu penses que quand je me suis échappé, c'était le pied total, et c'est là que tu te trompes. Parce que… Parce que je ne suis pas Ulysse. Je n'avais pas d'épouse dévouée attendant mon retour, de chien qui n'avait jamais oublié mon odeur, d'arc qui n'attendait que moi pour se tendre à nouveau. C'est idiot, mais même si douze ans passent on continue à croire que le monde sera resté le même. Et ce n'est pas le cas. Je reviens et plus rien n'a de sens, les couleurs et les formes me sont étrangères, la musique ressemble à du bruit, des maladies horribles tuent les gens qui s'aiment, et les rues ne sont plus les mêmes, les gens ne sont plus les mêmes, tout ce que je reconnais a vieilli, Remus a du gris dans les cheveux… Remus. »
Sirius inspira profondément.
« Ce n'est que quand Remus m'a serré dans ses bras ce soir-là, à la Cabane Hurlante, que j'ai commencé à pouvoir croire que j'étais vraiment rentré. Et c'est à partir de Remus que j'ai pu essayer de reconstituer un semblant de vie "normale" – revenir en arrière, essayer de retrouver qui j'étais. Enfin, après que j'ai arrêté de me morfondre et que j'ai quitté Grimmauld Place, bien sûr… Se morfondre ne sert à rien, c'est laisser Azkaban gagner. Parce qu'on peut quitter Azkaban, mais Azkaban ne vous quitte jamais, ça reste dans la tête, ça transpire par tous les pores, c'est même dans mon odeur… Mais je peux refuser de n'être que ça. Même si je ne peux pas récupérer les années volées, celles inscrites sur le visage de ceux que j'ai connus et qui ne me connaissent plus, je peux quand même être plus que le prisonnier d'Azkaban. Il suffit de vouloir. On veut la vie, on la prend. On veut avoir vingt ans, on les a. On veut être heureux, on le devient. Par tous les moyens. Et je dis ça aussi pour toi, Snape… Snape ? »
Sirius se leva pour regarder par-dessus le feu. Severus était étendu dans l'herbe, les yeux clos.
« Je rêve… »
Sirius retourna s'asseoir en secouant la tête.
« Sirius ? » fit alors la voix de Snape.
Sirius sursauta et jura.
« Quoi, Snape ?
– Est-ce que tu avais déjà parlé de tout ça à quelqu'un ?
– … Je n'ai pas besoin d'en parler. C'est derrière moi. »
Snape se releva, son oreiller à la main, ne se ressemblant pas beaucoup le torse ainsi à découvert.
« On ne dirait pas. »
Et il rentra se coucher dans son lit.
