Chapitre 5 - Le prisonnier

Note de l'auteure: Ce chapitre est un peu influencé par l'audio Mastermind (mais pas de spoilers et c'est pas nécessaire de connaître l'audio pur comprendre la fic). Pour Torchwood, c'est après miracle day et comme il ne restait que Gwen et Jack, j'ai pensé les jumeler avec UNIT et y ajouter Martha comme médecin officiel et Kate Steward comme la grande patronne de cette division Torchwood/UNIT. Merci à ceux qui suivent cette fic.

Il se réveilla et paniqua en constatant qu'il était dans une cellule. Il n'était pas enchaîné au mur, alors il se précipita contre la vitre qu'il essaya de défoncer. Bientôt ses mains furent en sang et il s'était même déchiré des muscles à force de frapper contre la vitre. Il finit par s'écrouler de fatigue.

« Qu'est-ce qu'on va faire avec lui ? demanda Martha Jones.

- Le laisser pourrir en prison pour un an comme il nous a fait, répondit le capitaine Jack Harkness.

- Et si on prévenait le Docteur ?

- Martha, tu sais très bien ce que le Docteur va dire. Avec ce que ta famille a subi, tu veux vraiment le voir en liberté ? reprit Jack.

- Certainement pas, mais il finira par savoir. »

En entendant le Docteur le Maître essaya de relever la tête et de leur parler, mais il était trop faible.

« Alors, Harold Saxon, comment se sent-on de l'autre côté des barreaux ? Toujours envie de conquérir le monde ? » lui demanda le capitaine.

Il n'obtint aucune réponse.

« Jack, ça ne nous aide pas, lui reprocha Martha.

- Je me demande ce que Kate a l'intention de faire de lui.

- Nous le saurons bientôt. »

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Ils l'observaient, perplexes. Chaque fois qu'il revenait à lui, il se propulsait contre les vitres de sa cellule, jusqu'à épuisement. Pour sa propre sécurité on décida de l'attacher à son lit. Martha désapprouvait, mais Jack trouvait que c'était le mieux à faire. Lorsqu'il remarqua ses liens, il alla jusqu'à se briser un poignet pour se libérer.

« Vous ne pourrez pas vous enfuir Saxon, pas cette fois. Le Docteur n'est pas là pour vous protéger, » lui rappela Jack.

Jack remarqua une lueur étrange entourer les mains du Maître. Celui-ci concentra cette énergie et il la projeta vers le mécanisme d'ouverture de sa prison qui céda. Puis il en fabriqua de nouveau et la propulsa vers la poitrine du capitaine. Il mourut sur le coup. Une alarme retentit et toutes les issues furent verrouillées et le champ magnétique de protection activé.

Martha observait la progression du Maître à travers le complexe. Tous savaient à présent que Jack était immortel depuis que ce qui restait de Torchwood avait rejoint les rangs de UNIT. Donc, personne ne s'inquiéta pour lui. Le Maître n'alla pas très loin. L'énergie qu'il avait déployée l'avait affaibli.

« Oh Mon Dieu ! » s'exclama Martha qui regardait les images. Son équipe et elle observèrent le Maître se tordre de douleur. Même s'ils ne pouvaient l'entendre, ils devinaient qu'il hurlait d'agonie. Heureusement, il finit par perdre conscience. Martha essayait de ne revoir en lui que le salaud qui avait détruit l'humanité et torturé sa famille, mais cela n'effaçait pas entièrement la compassion qu'elle ressentait.

Le périmètre autour de lui fut sécurisé et personne n'eut le droit d'entrer dans la pièce où il se trouvait.

« On devrait lui parler, suggéra Gwen Cooper.

- Vous ignorez ce dont il est capable. C'est un dangereux criminel, lui rappela Martha.

- Je sais. »

Il revint à lui au bout de plusieurs heures. Il se leva difficilement, claudiquant jusqu'à la porte la plus près qu'il tenta d'ouvrir, sans succès. Il semblait souffrir énormément. Vu l'angle de son poignet, il était brisé. Il essaya avec l'autre porte, même chose. Il s'accroupit dans un coin, en position fœtale, les bras autour de la tête.

« Il a l'air complètement perdu, avoua Martha.

- Et terrifié, ajouta Gwen.

- Ne vous y fiez pas, intervint Jack.

- Ou bien c'est l'arche caméléon, suggéra Martha.

- Tu crois qu'il s'est transformé en humain à nouveau ?

- Oui.

- Les humains ne lancent pas des éclairs avec leurs mains, lui rappela le capitaine.

- Les Seigneurs du Temps non plus, à ma connaissance !

- Peu importe ce qu'il est. Il est clairement mal en point, leur fit remarquer Kate Steward qui venait d'arriver.

- Oui, il a besoin de soins, avoua Martha.

- Tu n'as quand même pas l'intention de le soigner ! s'exclama Jack.

- Essayons d'abord de lui parler, suggéra Gwen.

- Je suis d'accord, » approuva Martha, ce qui étonna Jack.

Elle s'expliqua :

« S'il a utilisé l'arche caméléon, il n'est plus qu'un pauvre humain terrifié qui ignore tout des crimes qu'il a commis.

- Je vais lui parler, décida Gwen.

- Je t'accompagne, lui offrit Jack.

- Je viens aussi, dit Martha.

- Il est dangereux. Mon père a passé sa carrière entière à essayer de le contenir, mais il parvenait toujours à s'échapper, leur rappela Kate.

- On ne peut pas le laisser ainsi, insista Martha.

- Je sais. Il faudrait alors des soldats armés de balles paralysantes pour vous couvrir. »

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Martha avait eut l'idée d'apporter de la nourriture dans l'espoir qu'il coopère. Dès qu'ils entrèrent dans la pièce, le Maître les considéra comme une menace. Affolé, il chercha une issue. Il se projeta vers la porte la plus proche pour leur échapper, mais un soldat coupa sa retraite. Alors, il se recroquevilla contre le mur. Martha tenta de le calmer :

« Nous ne vous voulons aucun mal »

Elle lui montra de la nourriture, mais il ne lui prêta même pas attention. Il voulait seulement fuir. Martha demanda aux soldats de s'éloigner. Persuadée qu'il avait utilisé l'arche caméléon, elle ressentait le besoin de le rassurer. Une fois les soldats à distance, il se détendit un peu.

Martha tenta de lui parler. Il l'ignora et s'empara de la nourriture. Elle s'approcha. Il recula, serrant la nourriture contre lui.

« Je ne vous ferais pas de mal et vous pouvez manger tout ce que je vous ai apporté. Je veux juste vous parler. » lui dit gentiment Martha.

Son indulgence envers ce psychopathe dégoûta Jack. Cependant, il dût reconnaître que la stratégie fonctionnait. Le Maître finit par lui parler :

« Qu'est-ce que vous me voulez ?

- Savez-vous qui je suis ?

- Non. Qui êtes-vous ?

- Docteur Martha Jones et vous, puis-je savoir qui vous êtes ?

- Koschei.

- Koschei, je veux juste écouter votre cœur, d'accord ? » insista Martha.

Il refusa. Lorsqu'elle insista, il la repoussa et tenta de se sauver. Il cria :

« Je n'ai rien fait ! Laissez-moi partir ! »

Un soldat lui tira dessus avec un pistolet paralysant et il tomba, inerte.

« Ramenons-le à sa cellule, dit le militaire à son collègue.

- Pas question ! Il est malade. Il faut l'amener à la clinique, protesta Martha.

- Il semble avoir perdu la mémoire. J'aimerai qu'on l'examine, mais sous surveillance, décida Kate.

- J'aimerais vraiment savoir s'il a utilisé l'arche caméléon, » répondit Martha.

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À la clinique, Martha écouta son cœur. Il y en avait deux, ce qui la rendit encore plus perplexe. Si ce n'était pas l'arche caméléon, qu'est-ce qui lui avait fait perdre la mémoire, alors ? Elle lui fit des prises de sang et prit sa température. Un infirmier lui retira ses vêtements et soigna les blessures qu'il s'était infligées en tentant de s'échapper. Il lui fit une brève toilette.

De l'extérieur, il semblait n'avoir rien de grave. À part un rhume. Lorsque Martha se pencha sur ses résultats sanguins, elle fut stupéfaite. Elle pouvait clairement voir ses cellules se désintégrer et se faire dévorer par celles qui étaient encore saines.

« Rien d'étonnant à ce que son appétit semble ne pas avoir de limites, songea-t-elle, Il doit être continuellement affamé. »

Elle lui injecta des nutriments en grandes quantités dans l'espoir de voir le cannibalisme cellulaire ralentir. Cela semblait fonctionner.

Il était amnésique, pas de doute, ou bien un excellent comédien. Gwen venait le voir lorsqu'il était réveillé pour connaître son histoire. Maintenant qu'ils lui avaient procuré une chambre, verrouillée et surveillée étroitement, et l'avaient soigné et nourrit, il ne cherchait plus à fuir... pour le moment. Cependant, Jack ne pouvait pas l'approcher sans qu'il se contracte.

Lorsque Gwen le rejoignit ce matin-là, il sembla un peu plus ouvert à la discussion.

« Bonjour Koschei comment allez-vous ?

- Pourquoi suis-je ici Gwen ? Qu'allez-vous me faire ?

- Ça dépend de ce que nous allons découvrir sur vous.

- Vous allez me fouiller dans la cervelle comme Rassilon ? »

Elle vit de la frayeur dans ses yeux.

« Ce n'était pas notre intention. Je veux connaître votre histoire.

- J'ai oublié.

- Nous le savons. Dites ce dont vous vous souvenez. »

Il ne répondit pas. Il préférait se recroqueviller sur lui-même en se tenant le ventre.

« Koschei, je veux connaître votre histoire. Expliquez-vous. Vous vous sentez bien ?

- J'ai très faim. Avez-vous de la nourriture ? S'il vous plaît.

- Je vais vous donner quelque chose et ensuite vous me parlerez ? »

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Kate, Martha et Jack faisaient partie de ceux qui l'observaient derrière le miroir sans tain. Kate envoya quelqu'un lui apporter à manger. Martha, qui était son médecin officiel, avait spécifié qu'il devait manger à sa faim. Une fois le repas arrivé, il le dévora en entier en moins de cinq minutes. S'il jouait un jeu, il ne mentait pas sur son état physique.

« Racontez-moi votre histoire maintenant, s'il vous plaît » reprit Gwen.

Étonnamment, il le fit. De son arrivée inexplicable en 1937 à sa recherche insensée du Docteur. Sa rencontre avec Jack, après son agression et l'indifférence du Docteur à son égard. Son voyage vers le 21ème siècle et le fait qu'il avait été hébergé par Donna Noble. Ironiquement, il était ici parce qu'un Jack du passé l'y avait amené. S'il avait monté toute cette histoire, Gwen devait avouer qu'il était franchement doué, car ça lui semblait vrai.

« Pourquoi cherchez-vous le Docteur ?

- Il est le seul à pouvoir me guéri. Je crois qu'il est de la même espèce que moi. Mais il a refusé.

- Vous êtes malade ? »

Il acquiesça.

« Quels sont vos projets maintenant qu'il vous a tourné le dos ? demanda-t-elle.

- Je n'en sais rien. »

Voyant son air troublé, elle n'insista pas.

« Merci Koschei. Reposez-vous, » conclut-elle en le quittant.

Elle devait se rappeler qu'il s'agissait d'un maître manipulateur, d'un être cruel qui avait faillit anéantir l'humanité. Elle refoula ses sentiments de compassion et de pitié.

« Oui, il est doué pour l'hypnose, lui dit Jack, lorsqu'elle les rejoignit.

- Jack, te souviens-tu d'avoir couché avec lui dans le passé ? demanda-t-elle.

- J'ai couché avec bien des gens. Possible.

- Et bien, essaies de t'en rappeler. Ça pourrait être très important.

- Ne me dis pas que tu crois à son histoire ? s'étonna-t-il.

- Désolée, mais oui, j'y crois. Jusqu'à preuve du contraire, affirma Gwen.

- Il te manipule. N'est-ce pas Kate ?

- Il a toujours été extrêmement doué pour manipuler et hypnotiser les gens. Toutefois, dans ce cas-ci, je ne suis pas certaine, avoua-t-elle.

- On pourrait rencontrer Donna pour confirmer ses dires. Ça me ferait plaisir de la voir. Elle et moi étions amies, proposa Martha.

- Pas toi Martha, ni moi. Elle ne doit en aucun cas se souvenir du Docteur, lui rappela Jack.

- C'est vrai. »

Gwen leur offrit alors son aide :

« Je vais le faire, moi. Elle ne me connaît pas.

- Très bien. Pouvez-vous tout enregistrer ? Enfin, ce qui a un lien avec notre affaire, » approuva Kate.

Le Maître devenait nerveux lorsque l'écart entre ses repas était trop important. Martha savait que ce n'était pas un caprice. Il avait réellement toujours faim. Elle le croyait lorsqu'il disait être malade, car il l'était. En réalité, il était même mourant. Au moins, les injections le soulageaient grandement.

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Gwen n'avait eu aucun problème à discuter avec Donna. Elle avait même donné plus de détails qu'espéré sur le séjour qu'il avait passé chez elle. Le seul problème était qu'elle désirait le voir pour s'assurer que personne ne lui faisait de mal.

Ils organisèrent une visite, mais très sécurisée et elle ne pouvait rester longtemps. Elle avait pensé lui apporter des livres. Ainsi que la console de jeu portable et la guitare de Shawn. Elle les lui avait donnés. Lorsque Donna était entrée dans la cellule, Jack avait vu le Maître la serrer contre lui. Pas longtemps et certainement pas aussi intensément que le Docteur, mais ça l'avait troublé.

Martha amenait le Maître à la clinique pour ses tests habituels et Gwen accomplissait la séance quotidienne de psychologie. La contribution de Jack consistait à l'observer deux fois par semaine, pendant 4 heures, et prendre en note tout ce qui lui semblait inhabituel.

Le Seigneur du Temps devait être sous surveillance 24 heures sur 24. Il était extrêmement rusé et une minute d'inattention pouvait lui permettre de s'évader. Il savait très bien qu'il était observé. Seule une petite salle de bains échappait à leur regard, pour lui donner un minimum d'intimité. Jack détestait s'acquitter de cette surveillance.

Il était interdit de lui parler, sauf si c'était nécessaire. Certains cependant le faisaient quand même à travers le micro, pour passer le temps. D'autres, s'amusaient à ses dépends. Ce qui, selon Jack, était une très mauvaise idée. Ils sous-estimaient les capacités du Maître à les reconnaître. Si jamais il s'évadait, ce qui n'était pas impossible, ils étaient morts.

Comme son père, Kate Steward avait énormément de respect pour l'ennemi du Docteur. Elle exigeait le même respect de la part de son équipe. Malheureusement, elle ne l'obtenait pas toujours. Le mépris était facile à ressentir pour des soldats de UNIT, particulièrement dans l'état où le Maître était à ce moment-là.

Jack ne le méprisait pas. À force de le regarder, il commençait à se demander s'il restait quelque chose du Maître à l'intérieur de cet individu brisé. Il ne pouvait s'empêcher de penser au Docteur et au fait qu'il l'avait abandonné. Le Docteur en larmes qui l'avait tenu dans ses bras. Qui l'avait supplié de se régénérer et promis de l'aider. Comment le Docteur pouvait-il l'avoir abandonné ? Pour Jack c'était inconcevable, mais malheureusement pas pour Kate. Le Docteur l'avait souvent abandonné dans le passé. Il ne lui rendait visite dans la prison de UNIT qu'en cas de nécessité absolue.

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Jack commença donc son travail d'observation, dégustant son café. Le Maître regardait un dessin animé sur sa télévision. Il ne regardait que des émissions pour enfants ou des vidéoclips, mais il lui arrivait de regarder les nouvelles télévisées, à l'occasion. Il n'avait pas d'ordinateur car, il n'aurait aucun problème à pirater. Il aurait pu faire sauter une bombe nucléaire d'un simple clic.

Après son repas, le Maître prit la guitare que Donna lui avait apportée et commença à en jouer. Il avait encore de la difficulté avec son poignet, mais la guérison était beaucoup plus rapide que chez un humain. Il évitait simplement certains mouvements brusques et s'en tenait à des mélodies aux accords simples. Normalement, le son était coupé, histoire de respecter sa vie privée. Ceux qui avaient le code pouvaient l'allumer depuis la salle d'observation. Jack l'ouvrit. Il était simplement curieux de voir comment le Maître s'en sortait avec une guitare et intrigué par le type de musique qu'il aimait jouer. Il savait qu'il appréciait la musique. Il en entendait presque tous les jours, durant l'année qui n'avait jamais existée. Par contre, il n'en avait jamais joué. Il fut agréablement surpris. Koschei était doué. Il reconnaissait certains succès, mais d'autres lui étaient totalement étranger. Il téléphona à Martha.

« Martha, c'est Jack. Es-tu très occupée ce soir à la clinique ?

- Non, c'est assez calme. Pourquoi, tu t'ennuies ? s'amusa-t-elle, sachant qu'il détestait surveiller.

- Viens à la salle d'observation.

- Il y a un problème avec le Maître ?

- Non, mais viens juste quelques minutes.

- D'accord, j'arrive. »

Elle arriva vite, intriguée. Elle entendit aussitôt la musique. Elle regarda autour, perplexe.

« Ce n'est pas la radio, demanda-t-elle.

- Non. C'est lui qui joue.

- Mon Dieu ! Il est formidable, s'exclama-t-elle, épatée.

- Formidable ? C'est un peu fort, mais il est doué.

- Jack, il a passé moins d'un mois chez Donna. C'est là qu'il a apprit à jouer. Elle l'a dit à Gwen.

- Oh, c'est vrai que c'est rapide, mais on parle d'un Seigneur du Temps aussi. Ne l'oublions pas. »

Ils cessèrent de discuter un moment pour l'écouter plus attentivement. La mélodie qu'il jouait était quelque peu hésitante et tout à fait nouvelle pour eux.

« Est-ce que tu crois qu'il l'a composée celle-là ? demanda Martha, à la fin de la mélodie.

- J'ai écouté beaucoup de musique dans ma vie, mais celle-là, je ne me souviens pas.

- Je la trouve très belle.

- Oui, moi aussi. Ce psychopathe à des talents cachés on dirait. C'est bien de savoir qu'il peut être bon dans au moins une chose qui ne met pas la planète en danger.

- Est-ce vraiment le Maître? demanda-t-elle.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu te souviens quand je t'ai parlé de la fois où le Docteur s'était transformé en humain pour échapper à la famille ?

- Et qu'il est tombé amoureux de cette infirmière. Oui, je m'en rappelle, sourit Jack.

- Il était extrêmement doué en dessin et en écriture. Une fois redevenu lui-même, il n'avait plus aucun talent pour ça.

- Le Maître n'est pas transformé en humain, Martha.

- Non, mais il n'est pas lui-même. Regarde-le.

- J'avoue que je ne le vois pas du tout dans cet homme.

- Il va mourir, Jack. Il ne pourra même pas se régénérer.

- Tu es certaine ?

- Pas à 100%. Le problème n'est pas que biologique. C'est plus que ça. Sa force vitale s'éteint de jour en jour, lui expliqua-t-elle.

- Tu le lui as dis ?

- Non, mais il semble le savoir.

- Il te parle durant les examens ?

- Pas vraiment. »

Ils se turent de nouveau et l'écoutèrent. Martha savait qu'elle n'aurait pas dû être là, mais elle adorait l'entendre jouer. Elle téléphona tout de même pour s'assurer que tout allait bien à la clinique. Il cessa de jouer et Martha regarda à travers le miroir sans tain pour voir ce qu'il faisait. Il s'était couché et fixait le plafond. Martha retourna à la clinique. Jack ouvrit le micro. Il savait qu'il n'avait pas le droit de communiquer avec lui, mais il le fit quand même.

« Hé, Saxon. »

Le Maître sursauta et posa son regard sur le miroir sans tain. Jack aurait pu jurer qu'il le voyait.

« Vous jouez très bien. »

Il éteignit le micro et coupa le son provenant de la cellule. Puis il poursuivit son travail de surveillance.

Le lendemain, il lui rendit visite. Par réflexe, le Maître recula, harcelé par son anomalie temporelle.

« Calmez-vous. Je ne resterai pas longtemps. Je vous ai apporté de la lecture. Si vous en voulez.

- Qu'est-ce qui vous est arrivé, Jack ? Quelle est cet aura repoussant autour de vous ? Vous n'aviez pas ça lorsqu'on s'est rencontré, lui demanda-t-il.

- C'est une longue histoire.

- J'ai tout mon temps.

- Évitez de lui en dire trop, capitaine, le prévient Kate, à travers le micro.

- Voilà, c'est toujours comme ça ! Maintenant personne ne me parle, déclara le Maître, exaspéré.

- Gwen vous rencontre tous les jours, reprit Jack.

- Ce n'est pas ce que j'appelle une conversation. C'est de la psychologie.

- Vous êtes charmeur et manipulateur. C'est dangereux de discuter avec vous.

- Depuis quand ? Donna se porte plutôt bien et ça ne vous a pas fait trop de mal, la dernière fois que nous avons discuté, vous et moi.

- Pour vous c'est récent, pour moi ça fait des années. Je ne connaissais même pas le Docteur. Vous avez envie de discuter ? demanda le capitaine.

- Ça vous étonne ? Je ne suis peut-être pas un être humain, mais je ne suis pas un animal !

- Jack, il est temps de sortir, » lui dit Kate.

Personne ne devait rester trop longtemps avec lui, par sécurité. Le Maître regarda vers le miroir sans tain et lança sa tasse vide dans cette direction.

« Pourquoi me traitez-vous comme ça ! Qu'est-ce que j'ai fait ? Allez-vous me répondre un jour ! hurla-t-il en cherchant un autre objet à projeter vers eux.

- Jack, maintenant, » ordonna Kate.

Jack obéit alors que l'équipe d'intervention lui donnait un tranquillisant. Il les engueula jusqu'à ce que le médicament fasse effet. Jack revint le voir quelques heures plus tard et le Maître l'ignora, concentré sur sa guitare.

« Vous voulez savoir pourquoi vous êtes ici ?

- Vous n'avez pas le droit de me parler, répondit-il sèchement.

- Non, mais vous savez lire. Ceci est une copie du dossier de UNIT à votre sujet. Ça résume bien les crimes qu'on vous reproche. Vous le voulez ?

- Évidemment !

- Attention. Ça pourrait vraiment vous bouleverser.

- Au point où j'en suis. Ça peut difficilement être pire. »

Il parcourut les premières lignes et fronça les sourcils.

« Artefact extra-terrestre Alpha 1 ! Je suis un objet de collection, c'est ça ?

- Je vous avais prévenu. »

Jack sortit, pas certain d'avoir pris la bonne décision. Cependant il se disait que s'il avait été à sa place, il aurait aimé savoir. Torchwood avait un dossier sur le Docteur, mais rien sur le Maître. Il avait été choqué lorsqu'il avait lu le dossier de UNIT. Personnellement, tout ce qu'il avait eu à subir aux mains du Maître avait été l'année qui n'avait jamais existé, et elle n'était même pas dans le dossier.

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Ils continuaient à le surveiller. Lorsqu'il dormait, pas plus de deux heures d'affilées, il faisait des cauchemars et se réveillait en hurlant. Gwen lui parlait le lendemain, mais il ne disait rien à propos de ses cauchemars. Il lui avait simplement dit que, si elle se souciait réellement de lui, elle ferait mieux de le tuer. Ce serait le plus beau service qu'on pourrait lui rendre. Jack avait d'abord refusé, mais lorsqu'il fit à nouveau une crise, même lui fut sur le point de flancher.

Ils l'avaient tous vu se tordre de douleur pendant plus de deux heures. Ils avaient vu son corps devenir complètement translucide comme un fantôme, durant de longues minutes, avant de revenir à son état normal. Ils l'entendaient alors hurler d'agonie. Gwen n'avait pu regarder. Il vivait un véritable calvaire. Martha en vint à la conclusion que oui, le mieux serait de l'euthanasier. Ils lui rendraient service, de même qu'au monde entier. Mais il y avait le Docteur. Jack ne voulait pas s'y résoudre sans que le Docteur ait pu le voir une dernière fois.