Chapitre 8 - Les chasseurs de démons
Le jour de l'audition, il ne fut pas étonné d'être choisi, même si le guitariste principal ne semblait pas l'apprécier. De toute évidence, il avait voté pour quelqu'un d'autre. Pourtant, les autres concurrents n'étaient pas de taille face à lui et à son pouvoir hypnotique.
Deux jours plus tard, il fut accueilli comme nouveau chanteur. Le gérant lui fit visiter le studio qui se trouvait dans une grande maison. Tous les membres du groupe y avaient leur chambre, même s'ils ne vivaient pas officiellement à cet endroit. L'homme devait avoir dans la cinquantaine, il avait un peu d'embonpoint et probablement aussi un problème d'alcool, mais il lui était sympathique. Il lui proposa une chambre pour qu'il puisse y déposer ses maigres bagages.
« Ceci sera ta chambre. Tu peux y laisser ton sac.
- Merci…
- Appelle-moi Robert. »
Ils continuèrent la visite et rendu à la cuisine, le Maître s'arrêta.
« Je peux ? demanda-t-il, désignant le réfrigérateur.
- Bien sûr. Tu es chez toi maintenant. »
Il s'empara d'un bol contenant des restes sans prendre le temps de les faire réchauffer. Ensuite, il suivit Robert au studio pour y rencontrer les autres membres du groupe. C'était ici qu'il allait passer le plus de temps. L'endroit n'était pas très vaste, mais c'était chaleureux.
« Jimmy n'est pas encore arrivé, mais les autres sont là » dit Robert.
Le plus jeune des guitaristes fut le premier à l'accueillir. Il était grand, athlétique et avait de longs cheveux bruns. Il portait un jeans et un t-shirt rouge vin sous une chemise rayée. Il avait un style très… musicien rock.
« Bienvenue Simon, je m'appelle Samuel. Sam pour les intimes.
- Moi c'est Charlie, heureuse de te rencontrer, » intervint la seule fille du groupe.
Charlie était jeune et petite. Elle avait de jolis cheveux roux, plus oranges que ceux de Donna, et elle portait le même type de vêtements que son collègue : jeans, t-shirt et vieille chemise. Le style lui allait bien. Ce qui le fascinait chez Charlie était son visage. Il lui était étrangement familier. Cela ne signifiait rien. Il avait eu la même impression avec Donna et Wilfred.
Dan se présenta le dernier et que brièvement. Il était plus petit que Samuel, mais également athlétique. Il avait des cheveux châtains courts, un visage très masculin et un sourire charmant. Définitivement un charmeur. Il avait beau ne porter qu'un vieux jeans et un t-shirt noir banal, sur lui c'était très sexy.
« Est-ce que je peux voir ce que vous avez fait jusqu'à maintenant ? demanda le Maître
- Tu veux dire pour le prochain album ? ajouta Charlie.
- Oui. »
Ils lui montrèrent la musique qu'ils avaient composée et les paroles que Samuel avaient écrites.
« Est-ce que tu peux chanter ça ? lui demanda ce dernier.
- Sans problème. Dès que vous êtes prêts.
- Tu as fait huit heures de route, tu es sûr que tu ne veux pas te reposer ? lui suggéra Robert.
- Neuf heures, trente-deux minutes et quinze secondes. Non, je vais bien, affirma le Maître.
- On peut commencer à pratiquer en attendant Jimmy, proposa Charlie.
- Jimmy est bizarre. J'aime autant te prévenir, spécifia Samuel.
- Évidemment, il n'est pas humain, pensa-t-il.
- Il a trop pris de champignons hallucinogènes dans sa jeunesse, expliqua Samuel.
- Du moins, c'est ce qu'il dit. Moi je crois qu'il ne vient pas de ce monde, affirma Charlie.
- Et tu as raison, songea le Maître. J'ai bien hâte de le rencontrer.
- Tu vas comprendre rapidement, insista-t-elle.
- Arrête de prendre tes fantasmes pour la réalité, Charlie. Au travail, » l'interrompit Dan, pragmatique.
Ils étaient au milieu d'une chanson quand Jimmy les rejoignit. Personne ne s'arrêta pour cela, mais le Maître perdit un peu de sa concentration.
Jimmy semblait générer sa propre lumière. Il n'avait pas remarqué ce détail sur scène à cause de tous les projecteurs. C'était très discret et il était visiblement le seul à voir cet aura mystérieux. Jimmy n'était pas un être matériel et ce corps n'était pas le sien. Il l'avait volé, possédé ou emprunté. Il savait ce genre de chose. Il avait lui-même été immatériel et obligé de voler des corps pendant une longue période de temps. Il n'avait que quelques brides de souvenirs de cette étape de sa vie, mais tout était inscrit dans le dossier de UNIT.
Il s'efforça tout de même de l'oublier un moment et de terminer la chanson.
« Il faudrait travailler sur ta concentration, l'ami, lui reprocha Dan.
- Donne-lui une chance, il a fait neuf heures de route et il vient d'arriver, » lui rappela Samuel.
Le Maître ne les écoutait pas, captivé par Jimmy.
« Vous n'êtes pas humain, lui dit le Maître, par télépathie.
- Vous non plus, lui répondit-il de la même façon.
- Qu'est-ce que vous êtes ?
- Cela n'a pas d'importance. Vous pouvez m'appeler Gardien, Protecteur ou Éternel.
- Que faites-vous ici, sur Terre, déguisé en humain, dans un groupe rock des années 90 ?
- Je suis en mission.
- Quelle est cette mission ?
- Protéger.
- Que protégez-vous ?
- Cela ne vous concerne pas, Seigneur du Temps.
- Bon, comme vous voulez. Je pourrais vous trahir.
- Moi aussi. »
Le Maître n'ajouta rien. Cette créature, quelle qu'elle fut, était beaucoup plus puissante qu'un Seigneur du Temps. Son psychisme était incroyablement fort. Pour cet Éternel, il n'était qu'un simple mortel, à peine supérieur aux humains.
« Jimmy, voici Simon Koschei Smith, le nouveau chanteur. Il est britannique, intervint Samuel.
- Il vient du Vermont, rectifia Dan.
- Il est tout de même d'origine britannique !
- Je sais, » répondit Jimmy.
En soirée, Robert les avait réunis à la cuisine pour leur parler. Il allait organiser une soirée pour le présenter aux journalistes et aux promoteurs. Ils allaient faire également quelques concerts locaux pour qu'il puisse évaluer sa performance sur scène et voir la réaction du public. Ils auraient pu se mettre immédiatement à travailler sur l'album, mais Robert croyait que c'était important de le présenter au public le plus tôt possible.
0000
Sur scène, il avait une prestance incroyable et beaucoup de charisme. Il avait commencé sa performance en disant au public : Je suis votre nouveau maître et vous allez m'obéir. Il y avait eu un moment de silence dans la salle et les membres du groupe étaient mal à l'aise pour lui, mais finalement, la foule avaient applaudi. Le Maître n'était pas étonné, il avait pratiqué son pouvoir d'hypnose pendant des mois. Il ne se souvenait pas de qui il était, mais s'était dit que personnifier le Maître tel que décrit dans le dossier de UNIT pourrait l'aider. De toute façon, être rock star incluait avoir une personnalité publique hors du commun. Ce n'était pas un pré-requis, mais ça aidait à avoir du succès. Auprès des jeunes, notamment.
Lorsqu'il rencontra les journalistes, il donna bonne impression. Il était courtois et très professionnel. Peut-être se souvenait-il inconsciemment de l'époque où il avait été premier ministre de Grande-Bretagne ? Jack et Martha lui en avait parlé, bien qu'il n'en avait eut presque aucun souvenir. Être une rock star exigeait moins de charisme qu'être premier ministre, mais celui-ci étant l'une de ses qualités, il n'eut aucune difficulté à l'exploiter. De même, son côté hautain et rebelle lui servit à accrocher son public en les choquant. Ils ne risquaient pas d'oublier qu'il leur avait demandé de le vénérer comme leur nouveau maître ! Devant les médias, il continuait à jouer son rôle : il restait poli, mais méprisant et hautain. Le groupe trouvait cela plutôt agaçant et même frustrant dans le cas de Dan. Seul Robert semblait comprendre ce qu'il essayait de faire.
0000
Lorsqu'il commença à travailler sur l'album, ils furent impressionnés par sa vitesse d'apprentissage. Seul Dan ne voulait pas l'admettre. Ça faisait un peu plus de deux semaines qu'il était avec eux et Dan gardait une certaine hostilité envers lui. Ils n'avaient pas eu beaucoup de temps pour faire connaissance avec les concerts et tout. Sa personnalité publique arrogante n'aidait en rien les autres à s'approcher de lui.
Le travail avançait bien. Il était très motivé et c'était les autres qui le ralentissaient. Il n'avait pas arrêté depuis trois jours. Il travaillait jour et nuit, ça lui permettait de ne pas trop penser. Il avait composé quatre nouvelles chansons en plus des deux dont il s'était servi pour l'audition. Il était assez fier de lui-même. Dan et Samuel étaient les compositeurs du groupe, mais il avait bien l'intention de glisser quelques-unes de ses propres chansons dans cet album. Il possédait un talent naturel pour comprendre et saisir la musicalité des sons. Cela ne l'étonnait pas, la langue Gallifreyenne était très mélodieuse.
Il ne parlait pas beaucoup à ses collègues, mais il les écoutait. Il voulait les connaître. Il s'était aperçu que même s'il était un excellent orateur et répondait parfaitement bien aux questions dans les interviews, dans la vie de tous les jours, il avait des lacunes.
« Que devrais-je leur dire ? Leur poser des questions sur leur vie ? Faire des activités non-professionnelles avec eux ? » se demanda-t-il.
La quatrième journée, Dan décida qu'ils avaient suffisamment travaillé.
« Il est juste quinze heures, lui rappela le Maître.
- Oui, mais c'est le Superbowl!
- Le Superbowl ?
- Tu ne sais pas ce qu'est le Superbowl! S'écria Dan, horrifié.
- Devrais-je ?
- Je te l'avais dit Dan qu'il était plus Britannique qu'Américain et pas juste à cause de son accent, lui rappela Samuel.
- Tout le monde connaît le Superbowl, insista Dan.
- C'est un truc de football ? » devina-t-il.
Ils acquiescèrent.
« Et ça nécessite l'arrêt du travail ?
- Évidemment !
- Ça va te faire du bien d'arrêter un peu, lui recommanda Robert.
- Sans aucun doute.
- Tu avoues être fatigué ! s'étonna Charlie.
- Je ne l'ai jamais nié.
- Rien de mieux que du bon football américain pour t'aider à te relaxer. Je vais chercher la bière et les chips, soyez sages! » dit Dan, enthousiaste.
Il rêvait ou Dan lui avait finalement parlé gentiment ? Il devait être particulièrement jovial.
Le foot ne l'intéressait pas particulièrement, mais les chips et la bière lui plaisaient. Pour la première fois, il avait l'impression de faire partie du groupe à part entière. C'était une sensation étrange dont il n'avait aucun souvenir. Charlie n'était pas intéressée par le football, sauf durant le Superbowl. Pour Jimmy c'était difficile à dire. Il y avait une ambiance particulière ce jour-là et même s'il était épuisé, il voulait rester avec eux tout le long du Superbowl. Samuel se fit un plaisir de lui expliquer les règles du jeu.
« Vous avez beaucoup à apprendre, lui dit Jimmy par télépathie.
- En effet. Je n'ai pas souvenir d'un sport de ce genre sur Gallifrey.
- Je ne parlais pas du football.
- Je ne comprends pas.
-Vous comprenez. Vous vous sentez bien ici et maintenant ?
- Oui.
- N'oubliez pas cet instant. »
Ce qu'il dit n'augurait rien de bon pour son avenir. Sa vue se brouilla, mais personne ne remarqua son trouble, captivés par la partie. Seule Charlie se retourna vers lui comme si elle avait senti que quelque chose n'allait pas, mais il s'était ressaisi.
La partie était terminée et Dan jubilait. Son équipe favorite avait gagné. Il invita tout le monde au Resto-pub pour fêter cela, mais le Maître ne pouvait pas se le permettre, trop épuisé. Robert refusa également sous prétexte que ce n'était plus de son âge. Jimmy y alla, probablement pour avoir l'air humain. Il resta seul avec Robert.
Il aimait bien Robert. Il était gérant de titre seulement, car en réalité il ressemblait beaucoup plus à un père qu'à un patron. Il faisait bien son travail, là n'était pas la question, mais sa relation avec le groupe était hors du commun. Robert lui rappelait un peu Wilfred, le grand-père de Donna. Il était bienveillant et protecteur, mais beaucoup plus téméraire. Il ne se laissait pas intimider par personne, surtout pas lorsqu'il s'agissait de leur avoir des contrats. Wilfred était généralement plus en retrait alors que Robert s'imposait. Le plus troublant était qu'il n'arrivait pas très bien à lire en lui.
« Simon, approche, » lui demanda-t-il de la cuisine.
Le Maître obéit. De toute façon, il devait manger quelque chose avant d'aller se reposer. Robert lui parla tandis qu'il préparait son repas.
« Pourquoi as-tu choisi Le Maître comme nom de vedette ?
- Tu n'aimes pas ? Je trouve que ça me va plutôt bien.
- Ça te va très bien vu la façon dont tu t'adresses à ton public et aux médias, mais pourquoi ?
- Je ne sais pas. Ça sonne bien. Ça sonne… cool, expliqua-t-il, reprenant volontairement cette expression d'adolescents.
- Il n'y a pas d'autres raisons ?
- Non, pourquoi ?
- Pour rien. J'espère que tu vas te reposer un peu après ton repas.
- Oui.
- Je sais que tu veux faire tes preuves, mais t'épuiser à la tâche ne servira à rien. Prends soin de toi. »
Il acquiesça et gagna sa chambre dès qu'il eut terminé de manger.
Il retira ses vêtements et enfila un pantalon de nuit.
Quelle journée étrange, songea-t-il en se jetant sur son lit.
Il ne pouvait pas révéler la vraie raison de ce choix. Robert ne pourrait pas comprendre. Le Maître était tout ce qui lui restait de sa vraie identité et en faire sa personnalité publique était le mieux qu'il avait trouvé pour se la réapproprier.
Les soleils étaient obscurcis par la fumée noire. Les gens couraient et criaient, affolés. Les vaisseaux ennemis parcouraient le ciel sans relâche. Il sortit de son TARDIS. Son calme ne cadrait pas avec le chaos environnant. Il marchait d'un pas assuré vers les ruines fumantes. Il traversa le champ d'herbe rouge de son enfance. À part quelques endroits noircis tout était intact. La maison n'était que partiellement effondrée. Il ignora toutes les pièces et se dirigea droit vers l'atelier de bricolage de son père. Ce dernier avait toujours aimé fabriquer des objets inutiles et encombrants.
Des poutres étaient tombées, ayant emporté une partie du toit avec elles. La pluie s'y était engouffrée et avait transformé le sol poussiéreux en mare de boue. L'homme y était. Où se serait-il réfugié de toute façon ? L'homme adorait cet endroit insalubre. Il l'entendait respirer difficilement et se dirigea vers le tas de décombres où il gisait. Un bout de bois lui avait transpercé la poitrine. Il était tombé et s'était empalé lui-même. Si seulement il avait tenu cet endroit un peu plus rangé, ça ne serait pas arrivé. Il s'accroupit près du mourant qui étira un bras avec grande difficulté pour lui saisir la main.
« Mon fils, je suis heureux que tu sois toujours en vie. Pars d'ici, le plus loin que tu peux. Cours et ne te retourne pas. » dit-il avant de rendre l'âme.
Il retira un de ses gants et toucha le visage de l'homme. Il lui ferma les yeux et se releva. Il inonda la pièce d'un produit inflammable et y mit le feu. Il marcha lentement à travers le champ en direction du TARDIS qui l'attendait. Il sentait la chaleur du brasier dans son dos, mais ne se retourna pas. Son esprit était vide. Il aurait dû ressentir quelque chose. Pourquoi ne ressentait-il rien ?
Il se réveilla en hurlant. Des émotions contradictoires l'assaillirent et il n'avait aucune idée comment gérer un tel déferlement. Son corps ne connaissait qu'une solution : les crises. Parfois c'était difficile de savoir si l'origine de la crise était physique ou psychologique. Dans ce cas-ci, c'était très clair. La violence de la crise l'avait pris au dépourvu. La douleur était intense. Il avait l'impression que de l'acide coulait dans ses veines et que ses muscles se déchiraient tous en même temps. Un brasier semblait brûler au creux de son estomac. Il se sentit tomber puis eut l'impression qu'on le maintenait, même s'il n'arrivait pas à voir. Une étrange brise fraîche venue d'ailleurs calma le brasier en lui. Elle ne le fit pas disparaître, mais lui fit beaucoup de bien.
Il ne sut combien de temps la crise avait duré, mais lorsqu'il émergea des ténèbres, il reconnu Robert à ses côtés. Il avait l'air légèrement choqué, sans plus. Jimmy était avec lui.
« J'ai temporairement stabilisé votre force vitale » lui dit-il.
Avec l'aide de Robert il le déposa sur son lit, duquel il était tombé durant sa crise. Il se rendormi aussitôt.
À son réveil, il prit conscience de ce qui s'était passé. Ce qu'il avait craint depuis le début était arrivé : ses nouveaux collègues l'avaient vu en crise. Il pouvait leur effacer la mémoire ou partir pour se refaire une autre identité et tenter de recommencer encore une nouvelle vie. Il n'avait pas envie de sortir de sa chambre, mais la faim insupportable l'en convainquit. Il n'y avait que Charlie à la cuisine.
« Bonjour Simon, comment vas-tu ? » demanda-t-elle.
Il n'eut pas le réflexe immédiat de lui répondre ce qui semblait, à ses yeux, être une réponse négative. Elle n'avait pas tort.
« Je suis revenue tôt du resto-pub et je t'ai entendu crier. Robert et Jimmy s'étaient déjà précipités vers ta chambre alors je n'y suis pas allée. Que s'est-il passé ? »
Il ne lui répondit pas. Il cherchait une excuse plausible, mais n'en trouva pas.
« Tu n'es pas obligé de m'en parler, mais ça m'inquiète.
- Je vais bien. Je suis juste fatigué, » finit-il par répondre.
Sans prévenir, elle s'approcha de lui et le serra dans ses bras pour le rassurer. Il ne savait pas trop comment réagir, mais cela ne semblait pas la déranger. Charlie faisait des accolades à tout le monde, mais c'était la première fois qu'elle lui en faisait une.
« Si jamais tu veux en parler ne te gêne pas, » conclut-elle.
Il acquiesça et, comme tous les matins, il alla regarder les dessins animés. Charlie le rejoignit, mais ne le força pas à parler. Toutefois, il n'arrivait pas à suivre, repensant à son rêve. Il élaborait des scénarios dans lesquels il réussissait à le sauver. C'était un exercice mental épuisant et tout à fait inutile, en plus de ne lui faire que du mal, mais il ne pouvait pas penser à autre chose.
Dan et Samuel arrivèrent un peu plus tard et discutèrent avec animation de leur soirée d'hier au resto-pub et du Superbowl. Cela lui permit de se changer les idées. Dan se dirigea vers la cuisine, prit quelques gorgées de lait à même le carton puis s'arrêta devant eux.
« Mettez donc la chaîne musicale. Ils vont parler de nous dans une demi-heure !
- En attendant tu devrais peut-être t'habiller hein ? » lui reprocha Charlie.
Dan ne portait qu'un jeans.
« Ce n'est pas urgent, murmura le Maître qui observait le magnifique corps de Dan dans toute sa splendeur.
- Du calme, je m'en vais sous la douche là, » expliqua Dan à Charlie.
Il ne semblait pas avoir compris ou entendu la remarque du Maître, contrairement à Charlie. Elle sourit discrètement. Dan partit et elle ne fit aucun commentaire à ce propos. Elle se dit que la prochaine fois qu'elle irait dans un club gay de la région pour y rencontrer des filles, Simon pourrait l'accompagner plutôt que Samuel. Samuel le faisait pour elle, mais il ne s'y sentait pas à sa place. Ce qui était tout à fait logique pour un hétérosexuel.
Le reportage sur leur groupe n'était pas très long, mais il était positif. Tous disaient qu'ils étaient à surveiller et leur nouvel album était très attendu. Ce qui agaçait un peu Dan était le fait que le trois quart du reportage parlait du nouveau chanteur assez particulier. Il y avait même des fans qui avait reprit sa célèbre phrase : Je suis le maître et vous allez m'obéir.
« Les gens t'aiment déjà, le félicita Charlie.
- Je suis irrésistible, répondit-il.
- Prétentieux, oui, clarifia Dan.
- Oui, mais ça marche. »
Dan ne trouva rien à redire.
