Chapitre 11 – Le Seigneur du temps maléfique
Le Maître avait organisé une soirée pour célébrer le succès de l'album, ce qui les étonna grandement. Il n'avait pas l'habitude de faire des fêtes, ou tout au moins, pas avec eux. Ils ne l'avaient pas vu faire grand chose d'autre que travailler et manger. Il ne sortait pas vraiment, sauf occasionnellement pour prendre une bière ou deux au pub. Il n'avait pas de visiteurs et ne voyait personne, pas même une petite amie. Ils ignoraient tout de lui, mais se doutaient qu'il devait être quelqu'un de très seul. Cela ne les étonnait pas, vu son attitude.
Ils acceptèrent tous son invitation, curieux de voir ce que signifiait soirée pour lui. C'était une fête très chic avec de la musique classique. Même la nourriture était raffinée. Dan s'ennuyait à mourir et ne le cachait pas. Charlie et Samuel firent un effort. Robert et Jimmy était venus, mais ne comptaient pas rester longtemps.
À la fin de la soirée, vers minuit, tout changea. La musique, l'éclairage, l'ambiance et même l'attitude générale. Les gentils snobs trop parfaits se transformèrent en bêtes de sexe. Le Maître observa attentivement le visage de ses collègues et ne put s'empêcher d'éclater de rire en voyant leur air choqué. Il s'attendait à n'importe quelle réaction de leur part, mais cela se passa mieux que prévu. Robert s'en alla, plus amusé que choqué. Jimmy observait les ébats, indifférent. Samuel et Charlie partirent peu après Robert. Une fois qu'il se fut assuré qu'aucun homme ne s'approcherait de lui, Dan y prit goût, surtout une fois ivre. Le Maître observait et ça semblait l'amuser, contrairement à Jimmy. Dan essayait tout de même de garder la tête assez froide pour voir quand le Maître allait finir par participer à sa propre soirée.
Le lendemain, Dan était beaucoup moins en forme que d'habitude.
« Tu me fais chier, lança-t-il au Maître.
- Pourquoi ?
- Tu as bu, mangé et baisé plus que moi et tu es en pleine forme.
- En pleine forme ? Non, Je meurs de faim.
- Ça c'est ton état normal, lui rappela Charlie.
- Simon je veux te parler lorsque tu auras terminé, lui dit Robert.
- J'arrive. »
Il amena son repas et le suivit. Personne ne parla durant de longues minutes.
« Il a une drôle de définition du terme soirée celui-là, déclara Samuel.
- Il voulait nous choquer, c'est évident, répondit Charlie.
- Pour moi c'est réussi, avoua Samuel.
- A-t-il fini par participer à sa partouze ? demanda Charlie à Dan.
- Je ne sais pas. Je ne m'en rappelle pas. J'imagine, sinon il n'est pas humain. J'avais mieux à regarder, tu sais, répondit Dan en souriant.
- Oui et c'est moi qui t'ai ramené. Tu ne t'en rappelle pas ? lui apprit Jimmy.
- Non, je ne me rappelle pas. Tu as participé mon coquin !
- Je te surveillais pour ne pas que tu fasses de connerie. Tu en as fait quand même. Je t'ai ramené de force.
- Pourquoi ?
- Tu devrais retourner te coucher. On part en tournée demain matin.
- Oui. Peut-être bien.
- La salle de bain c'est à gauche, lui rappela Samuel.
- Oh, la ferme, toi ! »
Jimmy retourna s'assoir auprès de Charlie et Samuel. Il ne jugea pas nécessaire pour le moment de dire à qui que ce soit que Dan s'était battu durant cette soirée. Tout avait commencé avec Dan tellement ivre que les femmes ne voulaient plus l'approcher. Il avait alors commencé à s'en prendre aux hommes qu'il considérait comme des rivaux puis il avait cherché Simon. C'était à ce moment que Jimmy avait décidé de le ramener. Le Seigneur du Temps maléfique était un adversaire beaucoup trop dangereux pour un pauvre humain complètement soûl. De plus, étant donné son instabilité, Jimmy ne pouvait prévoir comment il aurait réagit s'il avait été provoqué. Il écouta la discussion de ses deux collègues.
« Plus on passe du temps avec lui, plus il me semble étrange, disait Samuel en parlant de Simon.
- Contente de voir que je ne suis pas la seule. Tu sais j'ai l'impression qu'il… hypnotise le public, approuva Charlie.
- Oui. Moi aussi. Son don de persuasion ne me semble pas très normal.
- Et il apprend à une vitesse inhumaine. Il est trop intelligent et trop doué dans tout.
- Il est secret. Je veux dire, vraiment secret. On ne sait rien sur lui, même après tout ce temps. »
Jimmy leur offrit un café, histoire de les distraire et parla d'autre chose. Notamment de la tournée. Ils en savaient déjà trop à son goût. De plus, le Maître ne comprenait pas l'importance de rester discret. Au contraire, il voulait que tout le groupe sache qu'il n'était pas humain.
« L'arrogance des Seigneurs du Temps, » pensa-t-il.
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Ils voyageaient de nuit la plupart du temps. Tous dormaient, sauf lui. Les paroles de Robert le hantaient. Il lui avait dit : Si tu sens l'approche d'une crise, comment vas-tu gérer ça pendant la tournée ? Il n'avait toujours pas trouvé de réponse. Il détestait ce silence, ça lui donnait trop de temps pour penser. Avec eux, il avait enfin l'impression d'être quelqu'un, de vivre et non de simplement survivre. Il était encore malade, mais le travail l'empêchait d'y penser et il avait autant de nourriture qu'il voulait.
Il regarda de nouveau le dossier de UNIT à son sujet et tentait de se rappeler quelque chose, mais en vain. Il y avait bien quelques flashbacks à l'occasion, mais rien de vraiment clair. Il connaissait ce dossier par cœur. Il savait que ce mégalomane était lui, mais il ne le sentait pas. Lorsqu'il pensait à son amnésie, il sentait la colère monter en lui. La colère apportait les tambours et les tambours... il prit une grande inspiration. Il ne devait pas y penser. C'était trop tard. Dès qu'il pensait à ne plus y penser c'était trop tard.
« Calmez-vous, lui dit la voix télépathique de Jimmy.
- Je n'y arrive pas.
- Parlez-moi de votre planète natale. Comment était-elle ?
- Elle était magnifique.
- Décrivez-la. »
Il lui parla de Gallifrey et de ce qu'il se souvenait des Seigneurs du Temps et de leur politique. Une société corrompue, qui ne pouvait faire autrement que de s'écrouler sur elle-même puisqu'elle refusait de changer. Il ne lui donna pas de détails, car il n'en avait pas dans ses souvenirs. Son esprit n'arrivait qu'à tracer une ébauche de cette société. Il préféra donc parler de sa jeunesse, la seule chose qui était précise dans sa mémoire. En parler l'avait calmé.
Les autres commencèrent à se réveiller, ce qui mit fin à leur discussion télépathique. Tout en feignant l'indifférence, il les écoutait. Il ne perdait jamais rien de leurs conversations et il les connaissait plus qu'eux le connaissaient. Seul Robert le connaissait bien. Ils allèrent déjeuner. Tout le monde était un peu endormi à cette heure-là, mais le petit déjeuner allait les réveiller. Ils demeurèrent un moment à cet endroit pour se dégourdir les jambes puis regagnèrent l'autocar.
L'ambiance était déjà plus animée. Les membres du groupe étaient habitués à cet espace clos et à ces longues heures de route. Ils s'occupaient avec des jeux de table, des jeux de cartes, de la musique etc. Ils arrivaient à dormir sur ces couchettes étroites comme un cercueil et à utiliser les toilettes dans le fond alors que l'autocar était en mouvement. Ils faisaient ça depuis quelques années déjà quand Mike était leur chanteur. Le Maître trouvait ce genre de voyage assez pénible. Ce n'était pas l'idée qu'il s'était fait d'une vie de rock star. Il se disait que ce n'était que temporaire. Une routine s'installa : le trajet de nuit. L'arrivée en après-midi. Quelques entrevues. Le concert et le retour à l'autocar. Tous les trois jours environ ils avaient une date plus éloignée qui leur permettait de passer une nuit à l'hôtel. Dan en profitait pour inviter des filles. Parfois Samuel et Charlie faisaient de même. Lui, il en profitait pour dormir.
La quatorzième journée, il mourait d'ennui. Ils avaient exceptionnellement cinq dates proches. Dès qu'il monta dans l'autocar après le déjeuner, il s'installa pour jouer sur sa console portable. Habituellement, il l'utilisait la nuit. Il avait oublié un détail important : la console de Nintendo DS avait été crée en 2006 donc n'existait pas encore et Samuel fut le premier à le lui rappeler.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.
- Quoi ? Oh ça ! Rien, vraiment, répondit-il en le rangeant rapidement.
- Je l'ai vu. On dirait une console de jeu Nintendo, mais mieux que la Gameboy.
- Mais non.
- Je reconnais la musique de Super Mario Bros, insista Samuel.
-Que vas-tu trouver comme défense cette fois-ci ? lui demanda Charlie.
- De quoi parles-tu ?
- Ton mini baladeur qui ne diffuse que la radio je n'y crois toujours pas, expliqua-t-elle.
- Un nouveau Nintendo portable, je veux voir, » dit Dan en s'approcha du Maître.
Il l'avait vu glisser l'appareil dans la poche avant de son sweater et se montra insistant pour le voir.
« Laisse-moi tranquille ! » lui cria le Maître en le poussant violemment.
Il était généralement calme, alors sa réaction agressive les étonna. Dan, ne le prit pas très bien et le poussa à son tour. Ils durent s'y mettre à plusieurs pour les séparer. Ce n'était pas la première fois qu'ils se battaient et habituellement c'était Dan qui perdait patience. Cette fois-ci Dan ne l'avait même pas touché. Les séparer ne fut pas le plus difficile. Ce fut d'empêcher le Maître de l'attaquer de nouveau. En voyant que Dan était trop loin pour qu'il puisse l'atteindre, il s'en prit aux autres, puis se libéra et sorti de l'autocar.
« Merde, j'ai rien fait pour une fois ! s'indigna Dan.
- Je sais Dan, calme toi, lui conseilla Robert.
- Facile à dire.
- On doit le retrouver. »
Samuel le trouva en premier. Simon était debout sous la pluie battante et fixait le vide. Il ne savait pas trop comment intervenir. Il était plus grand que lui, mais n'avait pas envie de se battre pour autant. Il garda une certaine distance.
« Simon, » l'appela-t-il doucement.
Il n'eut évidemment aucune réponse.
« Tu vas prendre froid sous cette pluie.
- Rien à foutre, lui répondit-il.
- Tu as le droit d'être en colère tu sais. Tu as perdu le contrôle. Ce n'est pas la fin du monde. Ça nous arrive tous. »
Il ne répondit pas. Samuel s'approcha.
« Tu es fatigué n'est-ce pas ?
- Pas plus que vous. Qu'est-ce que tu veux ?
- Bien sûr que si. Tu ne dors pas dans l'autocar, c'est à peine si tu utilises les toilettes. Tu déteste cet endroit. Et c'est la première fois que je t'entends dire un mot vulgaire. »
Il eut un sourire bref.
« C'était pareil pour moi au début, poursuivit Samuel. Ce soir on va pouvoir dormir à l'hôtel. Courage.
- Donne-moi quelques minutes, » répondit le Maître.
Samuel rejoignit le groupe.
« Alors ? Va-t-il me sauter dessus, demanda Dan, ironique.
- Qu'est-ce qu'il a ? demanda Charlie.
- Fichons lui la paix et ça devrait aller, » répondit-il.
Lorsque leur chanteur regagna l'autocar, ils partirent. Personne ne lui parla, et il s'installa sur sa couchette, mais sans tirer le rideau. Il les observait. Ils avaient décidé de jouer au Poker tous les cinq et ils oublièrent l'incident. Charlie fut la première à remarquer qu'il s'était endormi. Personne n'osa le déranger pour le repas du midi. Il se réveilla une heure plus tard, parcouru de crampes abdominales insupportables. Il avait heureusement toujours ses limbas avec lui.
Il était sur le point de sombrer de nouveau lorsqu'ils arrivèrent à destination. Il n'y avait pas de concert ce soir-là, juste une participation à une émission de télévision populaire en début de soirée. Ensuite, Robert décida de les inviter dans un restaurant chic. Il était fier de leur travail et c'était sa façon de les féliciter. Ils avaient une soirée libre et le Maître parti avant tout le monde, accompagné d'un des serveurs du restaurant.
« Où va-t-il avec ce serveur ? demanda Dan.
- Devine ? soupira Charlie.
- Je ne sais pas.
- Dan ! ricana Samuel.
- Il m'a accompagné quatre fois au club Rainbow, lui rappela Charlie.
- Sam aussi et il n'est pas gay. Puis il s'est fait la barmaid l'autre jour.
- Il est bisexuel, idiot. Tu es resté à sa partouze t'a pas remarqué ? lui expliqua Samuel.
- J'étais trop soûl. Je me souviens qu'il s'intéressait surtout au buffet.
- Bon assez avec ça j'ai quelque chose de plus important à vous dire à son sujet, » les interrompit Robert.
Robert n'avait pas voulu leur dire pour la maladie de Simon, mais Jimmy avait remarqué la baisse de sa force vitale. Il allait avoir une crise avant la fin de cette tournée et il avait jugé que le groupe devait savoir pour ne pas être pris au dépourvu si jamais ça arrivait devant eux. Il n'avait pas trouvé le bon moment pour le leur dire et le départ de Simon avec le serveur lui en offrait l'opportunité. Il leur dit uniquement l'essentiel. De toute façon, il n'en savait pas vraiment plus. Il avait cru que c'était le début de la crise lorsqu'il l'avait vu attaquer à Dan. Il s'était trompé, mais ça finirait par arriver. Sa fatigue et son irritabilité étaient des signes précurseurs. Il les avait observés chaque fois qu'il en avait eu une.
Les prochains concerts furent magistraux et plus la tournée avançait, plus ils gagnaient en popularité. Les journalistes les harcelaient plus souvent, mais ils étaient trop heureux de leur succès pour s'en préoccuper. Tous le monde était joyeux sauf Robert qui s'inquiétait pour Simon. Même si ses prestations étaient parfaites et ses interviews impeccables, il avait l'air épuisé et mal en point lorsqu'il revenait dans l'autocar. La crise arriva un matin comme les autres. Il s'était plaint de migraine la veille, sans plus. Il était étendu sur sa couchette.
« Les revues à potins prétendent qu'on ne te connaît pas Simon, dit Charlie qui avait toujours le nez dans ces horribles magazines.
- Pour une fois ils disent vrai.
- J'en sais déjà suffisamment je trouve, grogna Dan.
- Parles-nous de toi ! suggéra-t-elle pour tromper l'ennui du long trajet d'autocar.
- Non.
- Allez ! Par exemple, as-tu déjà été amoureux ?
- Laisse-moi tranquille, répondit-il.
- Il l'est, avec lui-même, déclara Dan.
- Dan franchement, le contredit Samuel.
- Allez, juste une petite chose, insista Charlie.
- J'ai mal à la tête, alors fichez-moi la paix! » leur cria-t-il, exaspéré.
Tous restèrent bouche-bée. Ils se souvenaient des conseils de Robert et même Dan se retient d'ajouter quelque chose. Le Maître se calma.
Robert observait Simon. Il savait que son calme n'était qu'apparent. Il luttait contre la crise. Ils avaient malheureusement plusieurs heures de route à faire. Il n'allait pas pouvoir tenir. Après un moment, le Maître se leva et s'approcha du conducteur.
« Arrêtez, je crois que je vais vomir. »
Le Conducteur se rangea sur le côté et le Maître sortit et s'éloigna en courant.
« Je savais que ce restaurant était louche, déclara Dan.
- Je doute que ce soit ça. Restez ici. Jimmy, suis moi, » lui répondit Robert.
Ils ne pouvaient le rattraper pendant qu'il courait alors ils attendirent qu'il s'effondre. Ce ne fut pas très long, son corps fut parcourut d'un spasme et sa peau devint translucide durant une fraction de seconde. Ce n'était pas tant le changement physiologique étrange qui dérangeait Robert, mais c'était ce cri primitif de bête qu'il lançait chaque fois que sa peau devenait translucide. Cela le glaçait jusqu'aux os. Chacune de ces phases lui causait une douleur intolérable et il ne pouvait rien faire pour le soulager. Jimmy l'aidait beaucoup plus. Il arrivait à diminuer les fluctuations de sa force vitale, mais pas à les enrayer complètement. Il pouvait même lui donner un peu de sa propre énergie pour l'aider. Au moins, le Maître était habillé. La dernière fois qu'il l'avait vu en crise, il ne portait qu'un pantalon de nuit et Robert avait pu voir tous ses organes internes. C'était assez troublant, surtout pour une première expérience. Il avait clairement vu les deux cœurs donc, il ne pouvait plus espérer que le nom Le Maître n'était qu'un hasard.
Il s'était informé sur ce mystérieux Docteur à la boîte bleue et sur l'extra-terrestre dangereux appelé Le Maître, se doutant qu'ils étaient liés. Il ne s'était pas trompé. Le Docteur était un Seigneur du Temps. Une créature puissante et magnifique qui avait sauvé la Terre à de nombreuses reprises. Il ne restait que deux Seigneurs du Temps dans tous l'univers : un bon et un mauvais. Simon était un Seigneur du Temps et hélas, pas le bon. Il était le renégat cruel et sans pitié tant recherché par UNIT. Robert le savait dangereux, mais il était incapable de le considérer comme entièrement mauvais. Simon était amnésique. Il ne se rappelait d'aucun de ses crimes, même si sa véritable identité ressurgissait à travers la personnalité publique qu'il s'était crée. Il avait prit la chance de le garder avec le groupe, après que Jimmy lui ai promis de le surveiller étroitement.
Le Maître était à présent étendu sur le sol en position fœtale attendant que la crise passe. Jimmy était à ses côtés et stabilisait son énergie.
Robert ne pouvait faire autrement que d'avoir pitié du pauvre homme qui ignorait totalement qu'en réalité il était un tueur des plus dangereux. D'un autre côté, les crimes qu'il avait commis l'horrifiaient. Comment réagirait-il s'il le savait ? Il préférait ne pas y penser. Il lui disait souvent que le Docteur avait refusé de le guérir. Robert comprenait pourquoi, mais il était incapable de le lui avouer.
La crise le vidait de toute énergie. Jimmy et Robert durent le ramener à l'autocar et l'aider à s'étendre sur sa couchette où il s'endormit aussitôt.
« Qu'est-ce qu'il a ? demanda Samuel.
- Je ne sais pas. Je ne connais pas la maladie, juste les symptômes.
- Une maladie extra-terrestre, tenta Charlie. »
Tous la regardèrent.
« Quoi ? C'est évident qu'il n'est pas humain, non ?
- Bref, laissez-le se reposer et ça devrait aller ? » insista Robert.
Il se réveilla deux heures plus tard, affamé. Il grignota quelques-uns de ses biscuits mystérieux en attendant qu'ils arrêtent pour le repas. Personne ne lui parlait, il y avait un silence inconfortable entre eux. Ils arrivèrent enfin à l'hôtel et il gagna aussitôt sa chambre. Il devait faire le tri dans ses nouveaux souvenirs.
Des souvenirs à propos du Docteur qu'il aurait préféré ne pas savoir. Maintenant, il se souvenait de cette fois où il l'avait abandonné. Ce jour où il avait tout simplement décidé de partir visiter l'univers, sans lui, à bord du TARDIS volé. Toute sa jeunesse avait été bercée des promesses de Theta, son meilleur ami. Ils s'étaient promis de partir loin de Gallifrey, ensemble. Vers des lieux où tout deux seraient bien accueillis et libres de leurs choix. Chaque fois qu'on le harcelait à l'académie, il pensait à ce moment où Theta et lui allaient partir. Cet espoir l'avait empêché de sombrer à plusieurs reprises.
Theta s'était avéré n'être qu'un menteur, un manipulateur et un hypocrite. Il comprenait maintenant pourquoi il était si gentil avec tout le monde : c'était pour son propre compte, rien d'autre. Il avait, soit des informations à soutirer, ou besoin de convaincre quelqu'un de faire certaines choses pour lui. Il se souvenait du Docteur, le serrant contre lui sur le Valiant pour lui dire: Je te pardonne. Il éclata d'un rire cynique.
« Me pardonner ? Me pardonner quoi espèce d'idiot ? Tout ce que je t'ai fait tu l'avais cherché ! »
Il entra dans une colère noire rien que d'y penser. Il se sentait mourir de jour en jour, malgré l'aide de Jimmy. Le seul qui pouvait le sauver était cet égoïste de Theta et il avait eu l'audace de le lui refuser ! Il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre et il avait commencé à accepter sa propre mort, mais il ne mourrait pas seul. Il avait compris, même avec ses trous de mémoire, que le Docteur ne craignait pas la mort, pas même la torture. Sa faiblesse était son attachement pour ces stupides primates appelés Humains. Il comprenait maintenant pourquoi il avait fait ces massacres : rien de mieux pour faire du mal au Docteur. Il allait mourir, certes, mais pas seul. L'humanité entière allait l'accompagner dans la mort. Le Docteur et son chien Harkness allaient être aux premières loges pour assister à ce merveilleux spectacle. Avant de mourir, il allait laisser un message au Docteur pour qu'il sache que tout cela était de sa faute !
Il n'avait pas envie de faire le spectacle ce soir-là, il n'était pas d'humeur. Ce fut étrange il était tellement en colère et pourtant, ça s'avéra être l'une de ses meilleures performances. Il se sentait également beaucoup plus détendu le lendemain de ce concert. Bien que toujours en colère contre le Docteur.
Charlie le rejoignit alors qu'il était allé respirer l'air matinal sur la terrasse de l'hôtel. C'était désert, il faisait encore trop froid pour les humains. Il jura intérieurement. Pourquoi ne le laissait-on jamais tranquille ? Il ne voulait voir personne et n'avait vraiment pas besoin que ses collègues soient au courant de ses problèmes. Il était trop tard maintenant, ils avaient vu ses faiblesses.
« Salut, lui dit-elle, d'un ton incertain.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- On dit : bonjour. Je suis venue voir comment tu allais, répondit-elle en refermant les pans de sa veste.
- Alors je te fais pitié ? Je sais que Robert vous en a parlé, je ne suis pas idiot.
- Je n'ai jamais prétendu que tu l'étais. Et ce n'est pas de la pitié, Simon.
- Quoi d'autre ?
- De l'amitié, rectifia-t-elle.
- Nous sommes des collègues, pas des amis. Vous ne savez rien de moi.
- Plus que ce que tu crois. Alors, comment te sens-tu ? demanda-t-elle.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Tu ne t'intéresses peut-être pas à nous, mais ça ne veut pas dire que nous ne nous intéressons pas à toi, admit-elle.
- Pourquoi Charlie ? »
Elle s'approcha et lui prit les mains. Il l'observait, intrigué. Les comportements humains étaient parfois incompréhensibles pour lui.
« Tu es comme un grand frère pour moi. Certes un grand frère parfois irritant et désagréable, mais un grand frère quand même.
- Les sentiments sont absurdes et insensés, » avoua-t-il.
Il regarda dans les yeux de Charlie. Ce regard insondable qui, pour une raison obscure, lui semblait familier. Elle avait dit grand frère. Il n'avait jamais eu de frères ou de sœurs, mais lorsqu'il fermait les yeux et tentait de les imaginer, il voyait Charlie.
