Chapitre 13 – Le Docteur

Spoilers: audio Master

note de l'auteure: Merci Slave in mind pour la review.

Lorsque le Docteur partit de Chiswick, il était confus et troublé. Donna et Shawn laissaient le Maître approcher du bébé en se disant qu'il n'allait probablement pas la voir grandir. Ils ne s'inquiétaient pas de la sécurité de l'enfant. Il serait incapable de lui faire du mal, selon eux. Selon ce que lui avaient également dit Gwen, Martha et Kate, il ne semblait effectivement pas lui vouloir du mal. Ce que ces gens ne comprenaient pas était que même s'il n'était pas dangereux pour sa propre fille, il l'était pour toutes les personnes autour. Lorsqu'il redeviendrait lui-même, il allait probablement reprendre son enfant et tuer ceux qui se mettraient à travers de son chemin. Ce qui voulait dire Donna, Shawn et même Wilfred.

Sa mémoire semblait être partiellement revenue, mais pas sa cruauté. C'était étrange. Le Docteur se demandait si le guérir serait une bonne chose. Allait-il redevenir le monstre qu'il était censé être ? C'était difficile de le savoir. Malade, il était presque gentil. Il se souvenait très bien de toutes les fois où le Maître avait été amnésique. Il utilisait sa mégalomanie pour servir une bonne cause. Comme sauver les derniers humains de la fin de l'univers, devenir médecin et soigner les gens etc. Il s'était sacrifié pour lui en tuant Rassilon, bien que ce n'était peut-être pas volontaire. Il lui avait pardonné d'avoir conclu ce pacte avec la mort. En même temps, il avait tué tellement d'innocents sans le moindre remord. Pourquoi ne pouvait-il pas se contenter d'être mauvais à 100% ? Cela aurait été beaucoup plus simple.

Il décida de lui rendre visite durant un concert. Il amena les Ponds avec lui. Il n'avait pas encore décidé s'il allait l'aider. Il voulait d'abord lui parler.

Ils avaient évidemment de très bonnes places pour le concert. Ils allaient pouvoir rencontrer le groupe après, ayant des passes VIP. Il s'était assuré de le voir après le deuxième album pour entendre une plus grande variété de chansons. Sur le premier il n'y avait que deux chansons écrites par le Maître, contrairement au deuxième album où c'était un peu plus de la moitié.

Le Docteur s'impatienta en regardant la première partie du concert. Il voulait voir le Maître et l'attente était insupportable. Le groupe finit par entrer sur scène le Maître en dernier, acclamé par son public. Il fit une entrée fracassante, vêtu d'une réplique parfaite de la robe traditionnelle des Prydonniens. Il demanda à son public de bien vouloir accueillir leur maître comme il se doit. Le public scanda : nous nous soumettons à vous, Maître. Hypnose basique, mais amplifiée. C'était tellement lui !

Le Maître finit par enlever la robe prydonienne et était vêtu d'un jeans et d'un sweater noir. À part la longueur de ses cheveux, il était exactement pareil que ce jour où il avait été happé par le verrou temporel. Il aurait dû au moins essayer de le tirer de là. Était-ce pour cela qu'il lui en voulait ? Il avait vraiment hâte de lui parler. Il entendit ses amis scander avec le public: Maître, nous vous aimons, nous vous vénérons, nous vous obéissons et nous nous soumettons à vous.

« Pourquoi vous dites ça ? » leur demanda-t-il.

Ils haussèrent les épaules.

« Tout le monde le fait, répondit Rory

- Et alors ?

- Je ne sais pas. Ça m'a semblé être la chose à faire, avoua-t-il.

- Il est vraiment génial ! déclara Amy.

- Oui, très hypnotique surtout.

- Quoi ?

- Laissez tomber.

- Il est super sexy. Dites Docteur, est-ce que tous les Seigneurs du Temps sont aussi sexy ? demanda-t-elle.

- Non. JE suis le plus sexy, » affirma le Docteur, ce qui la fit rire.

Elle n'osait pas lui dire qu'entre le Maître et lui le choix était difficile.

« Il a beaucoup de charisme. Ne trouves-tu pas Rory ? demanda-t-elle.

- Définitivement, approuva-t-il.

- Il n'est pas aussi sympa que moi, répliqua le Docteur.

- Jaloux Docteur ? le nargua Amy.

- Pas du tout.

- Vous savez que c'est vous qu'on préfère, le rassura-t-elle.

- J'espère. Je suis le gentil et lui le méchant.

- Le méchant ? demanda Rory.

- Sérieusement il est dangereux. Sortir du verrou temporel lui a coûté sa mémoire alors je ne sais absolument pas comment il va réagir en me voyant. »

.

Lorsqu'il le rencontra après le concert, il était entouré de groupies auxquelles il ordonna de partir. Ils attendirent à l'écart que la foule se soit dispersée, mais le Maître quitta les lieux. Ils le suivirent et le rattrapèrent juste avant qu'il entre dans la limousine.

Aussitôt, le Maître se retourna et poussa rageusement le Docteur qui faillit tomber, pris par surprise.

« Va-t-en ! hurla-t-il.

- Écoute-moi ! tenta le Docteur.

- Non, va-t-en et ne viens plus jamais mettre ton nez dans mes affaires.

- Donne-moi deux minutes, » insista-t-il, mais fut repoussé par les gardes du corps.

Il regagna le TARDIS. Le suivre en tournée était une mauvaise idée. Il était constamment entouré de gardes et surtout, trop exposé, mais il ne pouvait se permettre de perdre sa trace.

« Trouve-le Sexy, » demanda-t-il à la conscience du TARDIS.

Il se matérialisa au milieu de voitures anciennes et récentes en pièces. Une casse ? Un garage ? Il ne savait pas. Il ferma la porte du vaisseau et avança à travers le labyrinthe de ferraille. Le Maître était assit sur un pneu de camion face à un homme dans la quarantaine. Tous les deux buvaient un thé ou un café. Un peu plus loin se tenait un homme en imperméable. Il était étrange et son psychisme incroyable lui prouvait que ce n'était pas un être humain.

« Partez, Seigneur du Temps » lui ordonna-t-il par télépathie.

Il n'obéit pas. Il voulait ajouter quelque chose lorsque le Maître le vit.

« Je veux te parler, » lui dit aussitôt le Docteur.

Le Maître ne répondit pas, mais ses mains brillaient.

« Non Koschei ne fais pas ça ! l'avertit le Docteur, mais il fut happé de plein fouet par la décharge d'énergie.

- Je t'ai dit de me laisser tranquille ! lui cria le Maître.

- Je veux t'aider.

- Menteur ! » conclut-il en le bombardant de nouveau, sans relâche.

Il ne vit pas Jimmy s'approcher et se placer entre le Docteur et lui. Il absorba l'énergie sans problème et tendit une main vers le Maître. Ce dernier sentit une pression sur son corps qui le cloua contre une camionnette. Il était incapable de bouger, malgré tous ses efforts, malgré la haine et la rage qui le submergeaient. Lorsque l'emprise de Jimmy le lâcha, il s'écroula et entra spontanément en crise.

Le Docteur reprit conscience. Il aperçut son ami en crise et l'homme dans la quarantaine à ses côtés. Il avait vu les crises sur vidéo, mais pas en vrai. C'était encore plus horrible. Il avait dépensé énormément de force vitale simplement pour l'agresser. L'étrange individu qui se faisait passer pour le batteur du groupe tentait de stabiliser l'énergie du Maître et y parvenait plutôt bien. Il lui transmettait même de sa propre force sans que cela l'affaiblisse. Le Docteur ignorait ce qu'était cette créature, mais c'était un être d'une grande puissance. L'entité habitait un corps humain. Elle n'était pas faite de matière, mais d'énergie. Une énergie bien spécifique, celle de la lumière. Il n'avait jamais vu un être semblable de toute sa vie et il avait plus d'un millénaire.

Le Docteur les regarda, figé. Le Maître n'était pas vraiment le Maître, pas encore. C'était un individu brisé, malade et amnésique qui essayait juste de survivre physiquement et mentalement. Cette constatation le blessa davantage, car il avait compris que la personne qui l'avait chassé, agressé et avait tenté de le tuer n'était pas le Maître mais Koschei. Il n'avait jamais eu cette impression auparavant, même lorsque le Maître devenait gentil à cause d'une amnésie ou de l'arche caméléon.

Lorsque son corps fut stabilisé, le Maître continuait à hurler que les tambours le harcelaient. Il les entendait donc encore. Il observa alors l'homme qui essayait de le calmer, puis un autre membre du groupe arriva entre temps. Ils étaient tous tellement bons avec lui et il ne le méritait pas. Si seulement ces pauvres gens savaient. Une fois guéri, il allait les tuer de sang froid et sans aucun remord si cela lui apportait un avantage quelconque. Qu'en serait-il de Donna ? Le Docteur ne pouvait se permettre de mettre la vie de ces innocents en danger. Il ne pouvait pas guérir le Maître. Il s'apprêta à regagner son TARDIS lorsqu'il entendit son nom.

« Docteur, un moment s'il vous plaît, lui demanda l'homme.

- C'est qui lui ? demanda le nouvel arrivant.

- C'est le Docteur, » lui répondit-il.

Le Seigneur du Temps ne s'attendait pas du tout à se faire agressé par le jeune homme. Il fut pris au dépourvu.

« C'est donc toi ce salopard de Docteur. Qu'est-ce que tu lui veux cette fois hein ? Ça te fait jouir de le regarder se tordre de douleur ?

- Dan ! s'écria l'autre homme.

- Vous faites erreur, je ne lui ai rien fait, tenta le Docteur.

- Le regarder cramer c'est ne rien faire, en effet. Son corps s'auto-dévore en ce moment, ça t'excite ?

- Non !

- Dan, laisse-le ! insista l'autre en le séparant du Seigneur du Temps.

- Mais Bob, ce salaud…

- On ne réglera rien de cette façon ! Aide Jimmy à l'amener dans la maison. »

Le dénommé Dan obéit et ils le transportèrent dans la demeure derrière.

« Je suis désolé, Docteur.

- Vous me connaissez ?

- Je m'appelle Robert. Je suis le gérant du groupe The Demons Hunters. J'ai travaillé pour UNIT. J'ai donc entendu parler de vous.

- Savez-vous qui est votre chanteur en réalité ?

- Oui, je le sais. J'ai lu le dossier. Vous voulez en discuter ailleurs qu'ici ?

- J'aimerai en discuter, peu importe l'endroit.

- Venez. »

Robert ne se dirigea pas vers la petite maison où il avait envoyé les autres avec le Maître, mais vers une bâtisse plus grande, au milieu de ce labyrinthe de ferraille.

« C'est un endroit étrange pour un groupe de musiciens, avoua le Docteur.

- Oui. Avant d'être gérant j'étais mécanicien. Je répare toujours les voitures rares et de collection. Plutôt un hobby maintenant. Cette maison qu'on a dépassé c'est la mienne. Celle là devant, c'est celle du groupe. Le studio est dedans.

- C'est ici que le Maître habite maintenant ?

- La plupart du temps. Il a une maison à lui, comme tous les membres du groupe, mais il préfère rester ici.

- Et vous ne vous faites pas harceler par les médias ? Le groupe est célèbre.

- Qui penserait regarder au milieu de ces tas de ferraille ? Surtout encerclés de fils barbelés. »

La maison était vaste et accueillante. La première chose que le Docteur remarqua fut le tableau dans le séjour.

« Où a-t-il pris cela ? s'exclama-t-il.

- Aucune idée. Il a dit que c'était une représentation de Gallifrey sa planète natale… votre planète natale. Vous êtes de la même espèce.

- C'est exact. C'est bien Gallifrey, notre planète.

- Il a dit que vous l'aviez détruite.

- Je ne l'ai pas détruite. Je l'ai enfermée dans un verrou temporel. C'était ça ou la destruction de l'univers. Je n'ai pas eu le choix.

- Le Maître déforme la réalité à son avantage.

- Oui, c'est son genre, mais pas toujours. Je l'ai vraiment regardé brûler sans réagir et je n'en suis pas très fier. Il m'a fait des choses pas très sympathiques lui aussi, vous savez.

- Je n'en doute pas. Vous voulez un café ou un thé ?

- Je préfère le thé, merci. Parlez-moi de lui, Robert.

- Par où commencer ? Pour nous, il n'est pas le Maître. Il est Simon Koschei Smith, même si c'est une fausse identité.

- Koschei était son nom à l'académie.

- Vous c'était Theta. Il nous parle souvent de son enfance. Vous étiez très proches tous les deux.

- Oui. Nous avons un lien psychique lui et moi. J'anticipe ses actions et il anticipe les miennes. Parlez-moi de Simon. »

Robert avait une perception tout à fait différente de la sienne et le groupe aussi, apparemment. Que ces gens aient réussi à l'apprécier malgré son sale caractère n'était pas si surprenant, mais la relation que le Maître semblait avoir développée avec eux était tout à fait étonnante. Il n'irait pas jusqu'à dire que c'était de l'amour, pas même de l'amitié, mais il avait un certain attachement pour eux et pour le Maître c'était déjà exceptionnel. Il ne pouvait en être certain, mais d'après ce que Robert lui disait à propos de sa relation avec le groupe, c'était assez clair.

Ils furent interrompus par Charlie.

« Sauvez-le, Docteur, dit-elle.

- Charlie, ce n'est pas si simple. Je t'expliquerais plus tard, lui répondit Robert.

- Simon est une bonne personne. Comment pouvez-vous le regarder souffrir sans rien faire ? Il ne mérite pas ça ! reprit-elle, ignorant l'intervention de Robert.

- Personne ne mérite cela, mais vous ignorez qui il est réellement, lui répondit gentiment le Docteur.

- Je sais. Un criminel recherché, un mégalomane, un psychopathe.

- Qui t'as parlé de cela, Charlie ? demanda Robert, inquiet.

- Il m'en a parlé.

- Pourquoi a-t-il fait une telle chose ? s'exclama Robert.

- J'ai trouvé le dossier complet en piratant le système informatique de UNIT, avoua-t-elle.

- Et vous avez toujours de la compassion pour lui ? s'étonna le Docteur

- Croyez-vous que c'est facile d'aimer quelqu'un comme lui ? Il est un grand frère pour moi. C'est difficile d'oublier toutes ces années passées avec lui. Tous ces moments agréables qu'il a partagés avec nous. Tous balayer cela à cause de quelques bouts de papier, expliqua-t-elle, en essuyant ses larmes.

- Je comprends, tenta le Seigneur du Temps.

-Non. Vous ne comprenez pas. Ça semble avoir été facile pour vous d'oublier tout ce que vous aviez partagé avec lui sur votre planète. Vous ne voyez que le criminel.

- Charlie… » tenta de la raisonner Robert.

Elle l'ignora.

« Lui n'a pas oublié. Il parle sans arrêt de votre jeunesse et de Gallifrey. De vous.

- Parce que c'est ce dont il se souvient. Il a oublié le reste. La destruction qu'il a causée, les massacres qu'il a engendrés. La mort, la peur et la souffrance qu'il a semées partout sur son passage.

- Pourquoi voudrait-il s'en souvenir dites-moi ?

- Parce que c'est sa réalité. C'est ce qu'il est. Il s'accroche à notre enfance, au passé, parce qu'il refuse de voir la vérité.

- Je ne vous approuve pas Docteur. Pas sur ce dernier aspect. Il sait qui il est et ce qu'il a fait. Il veut changer, devenir quelqu'un de meilleur. Il n'y arrivera pas seul et Jimmy et moi voulons l'aider, intervint Robert.

- Et moi aussi, reprit Charlie.

- Ce sont de nobles pensées. Je comprends votre désir de l'aider. J'ai longtemps ressenti la même chose et j'ai essayé. J'ai vraiment essayé, croyez-moi. Je ne suis pas parfait et j'ai fait de nombreuses erreurs, mais je ne suis pas non plus l'être ignoble et sans cœur qu'il vous a décrit. Il refuse mon aide à chaque fois. Vous étiez là Robert.

- Il vous a agressé, je sais. Il n'a plus confiance en vous.

- Il a peur, ajouta Charlie.

- Je ne peux pas le forcer à accepter mon aide.

- Et si nous arrivons à le convaincre, vous l'aiderez ? demanda Charlie.

- Je ferais mon possible.

- Vous savez où nous trouver et ne tardez pas trop. Son état se dégrade rapidement, » conclut Robert.

Il regagna son TARDIS, incertain. Simon n'était pas cruel comme le Maître, mais n'était pas non plus empathique comme le professeur Yana, par exemple. Il se situait quelque part au milieu et ça, c'était une première dans son cas. Du moins, depuis qu'il était devenu le Maître. Simon ressemblait beaucoup à Koschei. C'était très troublant pour le Docteur. D'autant plus que, le nom qu'il avait spontanément donné à Jack lors de leur rencontre en 1937, avait été Koschei. Même chose pour Donna et Gwen. Le Docteur ne pouvait le laisser redevenir le Maître, mais il était incapable de laisser Koschei mourir une seconde fois. Pour lui, Koschei, son ami d'enfance, était mort lorsqu'il avait décidé de devenir le Maître. Maintenant, il avait constaté qu'il était toujours vivant et qu'il souffrait. Il savait qu'il allait devoir le tuer, d'une manière ou d'une autre. Soit en ramenant le Maître, soit en les éliminant ensemble.

Le choix n'était pas facile à faire, mais personne ne pouvait l'aider à prendre cette décision. Il y réfléchit longuement et en vint à la conclusion que la deuxième solution était la meilleure. Il allait le libérer de cette souffrance et, en même temps, débarrasser l'univers de cette menace constante. Cela ne lui plaisait pas, mais c'était le mieux à faire. Le problème était qu'il doutait de ses capacités à passer à l'acte. Le laisser mourir était une chose, il l'avait déjà fait à quelques reprises, mais le tuer. Il ne pouvait pas.

Robert avait dit que le Maître voulait devenir meilleur. Donna, Wilfred et Gwen lui avait dit la même chose à différents moments. Que savaient-ils que lui ignorait ? Si seulement c'était vrai. Le problème était qu'ils parlaient de Simon et non du Maître. Le Maître n'avait jamais eu le moindre désir de devenir meilleur. Une fois guéri, ce ne serait pas différent. Était-ce une forme de manipulation de sa part ? Pouvait-il faire cela avec son amnésie ? Bien sûr que oui. Le Maître était prêt à tout pour repousser la mort.