Chapitre 14 – La mort de Simon
Spoilers: the deadly assassin.
Note de l'auteure: c'est presque la fin. Certains mystères seront élucidés bonne lecture!
Ils avaient annulé quelques concerts. Ce n'était pas la première fois que cela arriverait, mais jamais à cause du Maître. Ils avaient fait deux albums et des centaines de spectacles et il n'avait jamais été malade. Depuis qu'il avait rencontré le Docteur, il n'arrivait plus à récupérer. Il avait perdu trop de force vitale en l'agressant. Il persistait à dire qu'il ne les annulait pas, mais les reportait. Il insistait sur le fait qu'il allait revenir dans le passé et les faire, quand il irait mieux. Tous lui avaient dit que ça n'avait pas d'importance, mais il s'obstinait.
Robert ne croyait pas que c'était simplement la rencontre avec le Docteur. Il y avait autre chose. Son état s'était dégradé rapidement et il le soupçonnait d'avoir utilisé son manipulateur de vortex plus que nécessaire. Que faisait-il et où allait-il ? Il n'en avait aucune idée. Le Maître était peut-être parti faire autre chose pendant des mois, voire des années avant de revenir parmi eux. Pour Robert, ces voyages dans le temps étaient difficiles à concevoir, mais il y arrivait. Il croyait qu'ils étaient la vraie cause de la détérioration de sa santé. Physiquement, il était juste très faible, mais psychologiquement il était instable.
Il y avait sa mémoire qui lui revenait parfois très brutalement, lui donnant une migraine atroce pendant des heures. Il faisait des cauchemars toutes les nuits et surtout, il semblait avoir perdu l'espoir d'être guéri un jour. Sa haine pour le Docteur grandissait de jour en jour et aucun signe de lui nulle part.
Le Maître avait sa propre demeure. Un manoir luxueux dans le nord de la ville. Par contre, pour quelques raisons obscures, il préférait rester dans la vieille maison où était le studio. Lorsqu'il ne se sentait pas trop mal, il travaillait sur son album solo. Tout était enregistré, il ne faisait que finaliser. Il ne disait jamais qu'il se sentait mal, mais après plus de cinq ans en sa compagnie, le groupe pouvait le deviner.
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Robert avait fait quelques recherches sur les placements monétaires de Simon. Normalement ça ne le regardait pas, mais le Maître, ou Simon, n'était pas n'importe qui. Il en avait trouvé quelques-uns de suspects. Un projet militaire appelé Valiant qu'il finançait généreusement. Il avait acheté deux laboratoires scientifiques et ouvert une école pour enfants surdoués. Il s'était associé récemment à une compagnie pharmaceutique qui produisait des vaccins. Même s'il avait l'air extrêmement vulnérable, Robert savait qu'il fallait le surveiller étroitement. Il aurait dû le rencontrer ce jour-là. Il le faisait toutes les semaines. Il n'était pas psychologue, mais il était le seul à qui Simon acceptait de parler un peu de ce qui le troublait. Le chanteur ne lui disait pas toujours des choses importantes, mais il savait que pendant une demi-heure, il pouvait parler de ce dont il avait envie, sans restriction. Cela allait devoir attendre après le concert ou le lendemain. Robert ne voulait pas lui parler de ses finances. Il y avait plus important.
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Le Maître se laissa tomber sur son lit, épuisé. Son excès de colère avait réduit un meuble de plus en morceaux. Sa colère ne s'était pas éteinte, mais son corps ne suivait plus. Il avait rencontré cinq versions différentes du Docteur et aucune ne voulait l'aider. Il avait beau les supplier, pleurer même, rien. Il était fatigué de se battre pour vivre. Il lui semblait avoir fait cela pratiquement toute sa vie.
Chaque fois qu'il se réveillait, il se regardait pour s'assurer que son corps était intact. Dans ses cauchemars, il se voyait souvent défiguré par le feu ou la putréfaction. Parfois, il hurlait en voyant son corps se décomposer, alors qu'il n'était même pas endormi. Par deux fois ses collègues avaient dû le secouer brutalement et lui crier qu'il n'était pas en putréfaction et qu'aucun asticot ne rampait sur sa peau. Maintenant, il savait d'où venait son visage brûlé, mais sa peur de la décomposition ? Il ne pouvait tout de même pas avoir été un mort-vivant ! C'était impossible.
Il s'endormit et rêva de Gallifrey et de l'herbe rouge pendant un moment. Jusqu'à ce que les tambours arrivent, transformant le paysage serein en vision cauchemardesque d'une guerre sans fin. Heureusement, la faim le tira de ce cauchemar. Elle était si douloureuse qu'il ne pouvait l'ignorer. Il se leva et mangea quelques biscuits avant d'essayer de se rendormir, sans succès.
Comme à tous les matins, il se regardait dans le miroir. Il était pâle, mais correct. Il se leva, déjeuna et s'installa devant la télévision. Normalement Charlie le rejoignait et ils regardaient les dessins animés ensemble. Plus maintenant, depuis qu'elle savait ce qu'il était en réalité. Il ne pouvait pas la blâmer. Ils étaient tous un peu différent maintenant. La célébrité les avait changés. Ils avaient leur vie chacun de leur côté et ce n'était que pour les concerts ou les albums qu'ils se retrouvaient. Ils étaient toujours heureux de se revoir, mais lui ne participait pas à cette euphorie. Il se sentait à part comme jamais auparavant. Samuel et Dan ne savaient pas ce qu'il était. Charlie et Robert ne leur avaient rien dit.
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Ils reprirent la tournée quelques jours plus tard. Ils ne voyageaient plus en autocar. Pour de longues distances, ils prenaient l'avion en classe affaires. Pour les courtes, c'était la limousine.
Simon voyageait rarement avec eux, et il les précédait toujours. Il utilisait sûrement son manipulateur de vortex. Robert le vit avant qu'il monte sur scène comme les jours précédents. Il était pâle et n'avait pas l'air d'aller bien, mais il tenait à faire le spectacle. Simon jugeait qu'en avoir annulé deux c'était bien suffisant. La première idée de Robert avait été d'annuler ou de reporter les cinq derniers concerts de la tournée. Ce que Simon avait refusé. Ils en avaient annulé deux en début de tournée, c'était bien assez. Il voulait absolument faire les cinq.
Il termina le premier concert, bien que ce ne fut pas son meilleur. Le public avait aimé, c'était le plus important. Pour le deuxième, il allait encore plus mal et Robert soupçonna Jimmy d'être intervenu, à certains moments. Samuel et Dan avaient de l'expérience et ayant eu Mike comme chanteur, ils avaient dû apprendre à compenser pour les fois où il montait sur scène complètement défoncé. Charlie était arrivée un peu plus tard dans le groupe. Ils firent exactement la même chose pour Simon. Robert vit Simon sortir de scène avant les autres, et se précipita vers les coulisses. Ce n'était pas bon signe. Il le rattrapa dans l'escalier avant qu'il tombe. Il était en sueur et pourtant il grelottait. Le Maître essayait de programmer son manipulateur de vortex. Robert l'arrêta. Il n'était vraiment pas dans un état pour voyager dans le temps. Il se débattait et cherchait à se libérer et pourtant, il n'était pas en crise.
« Calme-toi, » lui dit Robert.
Il ne s'était pas attendu à ce que ça fonctionne, mais Simon se calma. Il s'appuya contre l'épaule du gérant. Un agent de sécurité lui donna de l'eau.
« Les musiciens et la drogue, dit-il à l'intention de Robert.
- Pas lui. Il est malade, mais refuse d'annuler, » clarifia-t-il.
Le Maître tendit ses mains devant lui. Une étrange lueur dorée les faisait briller puis s'estompa après quelques secondes. Robert était inquiet.
« Qu'est-ce que c'est, Simon ?
- De l'énergie régénératrice. Ça arrive de plus en plus souvent.
- Et qu'est-ce que ça signifie ?
- Que je suis en train de mourir. »
Le groupe sortit de scène, inquiet. Robert avait emmené Simon à sa loge pour éviter que tous ces admirateurs avec passe VIP ne le voient dans cet état. Ils avaient réussi à terminer en beauté en dépit de l'absence du chanteur. Robert leur demanda d'aller à la rencontre des admirateurs et faire comme si tout était normal. Il allait leur en parler plus tard. Il ne voyait Jimmy nulle part. Il retourna auprès de Simon dans sa loge. Jimmy était déjà à ses côtés.
« Mais d'où arrives-tu bon sang ?
- Ce n'est pas important. Injecte lui cela, répondit-il en lui donnant une seringue remplie.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Des nutriments. Je vais lui donner un peu de ma force vitale. »
Robert obéit et attendit auprès de Jimmy, concentré. Lorsqu'il eut terminé, il semblait épuisé.
« Jimmy, ça va ?
- Je vais récupérer. On doit l'escorter à la voiture par la porte arrière pour ne pas attirer l'attention.
- Ils vont nous voir.
- Pas si nous sommes discrets. »
Il pointa la clé que le Maître porta à son cou.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda Robert, une fois à l'extérieur.
- Un filtre de perception. Ça ne nous rend pas invisible, mais imperceptible. Une technologie non-humaine, répondit Jimmy.
- Il la portait à son cou lorsqu'il est sorti de scène, se rappela-t-il, déposant Simon, presque inconscient, sur la banquette arrière de la limousine.
- Oui, et personne n'a remarqué sa sortie, confirma le batteur.
- Moi oui.
- C'est plus difficile de passer inaperçu aux yeux des personnes qui nous connaissent. »
Robert demanda au chauffeur de partir. Une autre voiture allait ramener les autres. Durant le trajet, Simon grelotta tout le long et se plaignait qu'il avait faim. Il pût marcher par lui-même jusqu'à sa chambre, mais en s'appuyant parfois sur l'un des deux pour garder son équilibre. Robert lui commanda un repas à sa chambre qu'il dévora rapidement. Ensuite il se dirigea vers son lit et s'endormit sans avoir pris la peine de se changer ou même de tirer les couvertures.
« Tu me dois des explications, demanda Robert à Jimmy.
- Bien sûr » approuva-t-il.
Les membres du groupe arrivèrent plus tard, inquiets. Robert dut les rassurer. Il leur répéta ce que Jimmy lui avait dit : Simon souffrait d'épuisement. Sa faim maladive l'empêchait de dormir plus de deux heures de suite, mais ils avaient trouvé une alternative. Il ne leur en dit pas plus, il préférait attendre d'être rentré. Ils restèrent une journée de plus pour donner une chance à Simon de récupérer. Seul Jimmy était parti plus tôt. Il cherchait le Docteur.
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Le Maître resta un long moment sous le jet tiède de la douche. Ils étaient revenus hier et il ne se rappelait pas du trajet en avion et que vaguement de celui en voiture. Même les derniers concerts n'étaient que brouillard à ses yeux. Avait-il réussi à les faire ? Il sortit de la douche et s'habilla chaudement. Il ne faisait pas tellement froid, mais il avait constamment l'impression d'avoir de la glace dans les veines. La faim, la fatigue et la douleur étaient omniprésentes, mais supportables pour le moment.
Il faisait froid dans la maison et il alluma le foyer du séjour pour se réchauffer. Il n'y avait personne. Il aurait dû en profiter pour finaliser son album solo, mais il n'en avait pas envie, alors il alluma le téléviseur, cherchant quelque chose à regarder. Il y avait des dessins animés, mais sans Charlie ce n'était pas pareil. Du football, sans Dan c'était sans intérêt. En plus de ses maux quotidiens, il y en avait un autre plus insidieux qu'il n'arrivait ni à comprendre ni même à décrire. Une maladie de l'âme comme aurait dit Theta. Ce n'était pas encourageant : son corps et son esprit était malade et maintenant son âme ? En supposant qu'il en ait une bien sûr, mais c'était surtout une façon de parler.
Le Maître retourna à sa chambre et prit le dossier de UNIT le concernant. Il se fit à manger puis s'installa devant le foyer. Il arracha la première page et la lança dans le feu. Il la regarda se consumer puis répéta l'opération avec les autres, page par page. Il n'entendit pas quelqu'un arriver derrière lui.
Charlie s'accroupit à ses côtés et lui enleva le dossier qu'elle jeta en entier dans le feu. Elle ne dit pas un seul mot. Elle le regarda dans les yeux un moment et le serra contre elle pendant de longues minutes. Ce geste allégea sa douleur. Cela n'avait rien de rationnel et il ne pouvait l'expliquer, mais ça lui faisait du bien. Elle se détacha de lui et lui parla :
« Tu n'es pas seulement malade et épuisé. Tu es déprimé.
- Je vais mourir, Charlie, je pense que c'est une bonne raison de déprimer, répondit-il.
- Le Docteur va te guérir. S'il a un cœur quelque part, il va t'aider.
- Il en a deux en fait, mais pas pour moi.
- Ne dis pas ça.
- Même s'il accepte de m'aider, il ne peut pas me guérir. Il va tout simplement m'aider à régénérer. Je ne serais plus la même personne. D'une manière ou d'une autre, Simon va mourir.
- Je suis sûre qu'il y a une façon de te guérir, insista-t-elle.
- J'aimerais que tu ais raison. »
Robert les rejoignirent peu après.
« Tu es finalement réveillé. Un café ? » lui demanda-t-il, l'air soulagé.
Le Maître se redressa sur le canapé pour prendre quelques gorgées. La boisson chaude était agréable.
« Comment ça s'est passé après le concert hier ? demanda-t-il au gérant.
- Le concert hier ?
- Oui. Celui où je suis tombé malade.
- Ça fait trois jours, Simon.
- Trois jours ? s'étonna le Seigneur du Temps.
- Oui. On a bien faillit te perdre.
- Et le reste de la tournée?
- Annulée.
- Je ne voulais pas !
- On s'en fiche de la tournée Simon. L'important c'est que tu sois toujours parmi nous, reprit Charlie.
- Qu'ai-je fais tout ce temps ?
- Tu délirais, on t'a injecté des nutriments à toutes les quatre heures et on parlait de te mettre sous perfusion, mais tu es revenu, expliqua Charlie.
- Les injections te maintiennent en vie, avoua Robert.
- C'est la fin donc. Je vais mourir, devina-t-il.
- Pas encore. Tant que les injections de nutriments feront l'affaire. Il y a le festival d'été dans deux semaines. Si tout va bien, tu pourras y participer, lui dit Robert.
- Je veux y participer !
- Je sais, mais pour ça il faut que tu fasses très attention à ta santé. Ce qui veut dire prendre tes injections et te reposer. Et surtout, oublie le manipulateur de vortex.
- Je veux voir ma fille avant de mourir.
- Nous trouverons une solution.
- Tu ne vas pas mourir. Tu vas te régénérer, insista Charlie.
- C'est la même chose, » répéta le Maître.
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Le festival d'été. Le Maître n'était pas en grande forme, mais suffisamment pour participer. Le groupe adorait les festivals, ils pouvaient rencontrer d'autres artistes et c'était plus une fête qu'une corvée. C'était avec enthousiasme qu'ils étaient arrivés sur les lieux. La dernière fois qu'ils avaient participé à ce festival en particulier, c'était sur la scène secondaire avec Mike comme chanteur. Maintenant, ils étaient sur la scène principale. Pour le Maître, ça lui rappelait son premier contact avec The Demons Hunters. Ça faisait longtemps, plus de 5 ans.
« Comment vas-tu ? lui demanda Robert alors qu'il regardait le site.
- Je me sens bien.
- Tu as l'air d'aller mieux, c'est vrai.
- C'est temporaire.
- N'y pense pas pour le moment et profite de cette magnifique journée.
- J'y compte bien. »
Ils ne passaient qu'en fin de soirée, donc ils avaient tout l'après-midi de libre.
Il faisait très chaud sur le site et le public avait droit à des jets d'eau un peu partout pour se rafraichir. Les artistes avaient des roulottes climatisées. Dan, mécontent, était sorti du site réservé aux artistes pour aller se rafraichir avec les jeunes. Peu importait à quel point il était célèbre, Dan n'aurait jamais l'attitude d'une rock star. Il aimait trop côtoyer des gens pour se limiter à une élite. Il faillit causer une émeute. D'autres artistes, heureusement moins connus, l'avaient imité. Le Maître trouvait l'idée intéressante et il les suivi. Il n'alla pas sous les jets d'eau, il faisait juste observer. Les agents de sécurité avaient déjà de la difficulté à contenir la foule. Ce fut pire lorsqu'ils le virent.
« Il fallait évidemment que tu me voles mon instant de gloire, lui reprocha Dan, mais plus amusé que réellement fâché.
- Évidemment. Je suis le Maître.
- Je t'emmerde. »
Le Maître salua la foule de la main et regagna le site réservé aux artistes. La sécurité força les autres musiciens à faire de même pour calmer la foule. Ils installèrent rapidement un jet d'eau de ce côté des barrières pour ne plus que ça se reproduise.
« J'ai gagné ! se vanta Dan.
- T'es vraiment un grand gamin, lui reprocha Samuel.
- Oui, et fier de l'être.»
Il n'était apparemment pas le seul. Dan et quelques autres artistes s'amusèrent à s'arroser. Le Maître se joignit à eux, suivi de Charlie. Ils étaient tous trempés, mais c'était une bonne chose : ils pouvaient profiter du soleil plutôt que de s'enfermer dans leur roulotte.
Le Maître regarda le soleil se coucher. Peut-être son dernier. Peu après ils entrèrent en scène. Ils étaient le groupe tant attendu.
Le Maître devait admettre que se faire dire : Maître nous vous obéissons et nous nous soumettons à vous par des milliers de personnes plutôt que par des centaines était quelque chose de très exaltant. Durant les concerts du groupe, il volait un peu de force vitale à ses admirateurs. Avec tous ces gens, il pouvaient se permettre d'être un peu plus gourmand. Il pouvait également exposer un plus grand nombre de personnes au vortex. Et ainsi, activer les traces d'ADN Seigneur du Temps qu'il avait incorporés dans les vaccins destinés aux adolescents sur lesquels il avait travaillé. Il n'y était pour rien pour l'épidémie de méningites en Amérique du nord. Il avait seulement profité de la situation. À cause d'un problème technique, le vortex fut exposé après leur performance et beaucoup perdirent connaissance. L'onde était donc un peu trop forte.
Lorsque le groupe se rejoignit après le spectacle, Dan mentionna un homme avec un long manteau de la deuxième guerre mondiale qui cherchait le Maître.
« Harkness ? devina ce dernier.
- Oui, c'est ça, Jack. Tu le connais ? demanda Dan.
- On a couché ensemble.
- Épargne-moi les détails s'il te plaît.
- Tu aimes ça entendre parler de sexe d'habitude.
- Avec des filles ça me va, mais les mecs… ce n'est pas trop ma tasse de thé.
- Les humains du 20e siècle ! Aucune ouverture d'esprit, » conclut-il en gagnant sa roulotte pour la nuit.
Le Maître n'arrivait pas à trouver le sommeil. Qu'est-ce que Jack Harkness lui voulait ? Il sortit. À cette heure-là même les fêtards étaient couchés. L'aube pointait à l'horizon. Il s'était injecté sa dernière réserve de nutriments avant le spectacle. Il n'en avait plus maintenant. Il n'avait dit à personne qu'il n'en avait plus. C'était fini. Sa force vitale était extrêmement instable et la régénération pourrait tout simplement le pulvériser. Il devait tout risquer. Il attendait que le soleil se lève et retenait l'énergie régénératrice. Il voulait attendre le bon moment. Il avait passé du bon temps avec chacun des membres du groupe. Il leur avait laissé un petit quelque chose dans sa roulotte.
Il sentit une présence psychique importante près de lui. Celle d'un Seigneur du Temps. Ce n'était pas le Docteur. Une silhouette se profila entre lui et le soleil levant. C'était Charlie. Elle était en tenue de nuit et tenait une montre à gousset dans une de ses mains.
« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? demanda-t-elle, les yeux rougis par les larmes.
- Je ne savais pas.
- J'aurais pu t'éviter tellement de souffrance.
- Ce n'est pas grave. C'est terminé maintenant.
- Laisses-moi t'aider. »
Elle lui prit délicatement les mains et mêla son esprit au sien.
Il y voyait Donna, Shawn, Wilfred et Sylvia. Il ressentait leur amour et leur compassion. Il revivait les joies et les peines de l'enfance et de l'adolescence. Il partageait de bons moments en famille et entre amis. Il visitait des endroits mémorables.
« J'aurais aimé t'offrir ça, pensa-t-il.
- C'est exactement ce que tu as fait, » répondit-elle dans sa tête.
Il revoyait toutes les fois où il lui avait rendu visite durant sa jeunesse, mais de son point de vue à elle. Il était allé à tous ses anniversaires. Parfois, il allait la voir sans que Donna le sache et il lui lisait Le Hobbit pour l'endormir. Il sentit des larmes rendues acides par la régénération couler sur ses joues.
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Robert accourut. Jimmy était déjà sur place. Aussitôt, ils virent une lumière dorée qui commençait à briller autour du Seigneur du Temps. Elle s'amplifiait graduellement puis l'énergie Artron éclata autour de lui. Aveuglante, plus blanche que dorée, et violente. Tous se couvrir les yeux. Ils entendirent des bruits d'explosion et virent des flammes. La chaleur était intense. À travers tout cela, il y avait ce cri déchirant. Jimmy fut le seul à pouvoir regarder. Le Maître semblait être en feu. Une mort glorieuse et spectaculaire pour la rock star qu'il avait été. Comme le phénix d'une de ses chansons, il allait renaître de ses cendres.
Simon n'était plus. Un étranger s'effondra dans les bras de Charlie. Personne n'accourut vers eux, paniqué. À l'exception de deux personnes : Robert et un jeune homme dans la vingtaine qui portait un nœud papillon. Le service des incendies avait été appelé et les agents de sécurité essayaient d'évacuer tout le monde.
Charlie le tenait contre elle et lui souleva délicatement la tête pour l'observer attentivement. Il avait des cheveux sombres qui lui touchaient presque les épaules et un bouc. Ses traits étaient délicats, mais masculins. C'était difficile de lui donner un âge précis, mais elle dirait la quarantaine. Elle lui caressa le visage et il ouvrit brièvement les yeux. De beaux yeux bleus qui la regardaient intensément, comme s'il voulait graver son visage dans sa mémoire.
« Hé, tu as survécu, » lui chuchota-t-elle.
Il eut un sourire discret puis sombra dans l'inconscience. Robert les rejoignit à ce moment-là, alors que le TARDIS du Docteur se matérialisait autour d'eux.
