Chapitre 15 – Transition
Spoilers: The dark path
Note de l'auteure: merci beaucoup Slave in mind et Loupdu77 pour vos reviews ! Il reste un chapitre et l'épilogue.
Charlie était assise à la cuisine et buvait un café en attendant le retour de Robert et du Docteur. Ils avaient amené le Maître à la chambre zéro pour l'aider dans sa post-régénération. Il y avait survécu, mais était très affaibli.
« Charlotte Rose Noble, fille de Donna, petite fille de Sylvia et arrière-petite-fille de Wilfred. Je suis heureux de vous rencontrer, lui dit le Docteur en revenant.
- Ce n'est pas réciproque, Docteur. Vous l'avez abandonné, une fois de plus, lui reprocha-t-elle.
- Ce n'est pas voulu, vous savez. J'avais d'autres problèmes à régler.
- Vos problèmes ne m'intéressent pas. Il n'a jamais fait partie de vos priorités.
- Charlie, arrête, tempéra Robert, mais elle l'ignora.
- Son TARDIS est à la fin de l'univers. Il voudra le récupérer peu importe le prix. Allez-vous l'aider ou l'en empêcher ?
- Je vais l'aider. S'il le veut bien. »
Elle se leva et fit les cents pas un moment. Elle était en colère et marcher l'aidait à se calmer. Elle revient à sa place, et fixa le Docteur. Même si elle avait les yeux de sa mère, quelque chose dans son regard venait de son père.
« Combien de fois avez-vous eu cette possibilité ? demanda-t-elle.
- Je… j'ai essayé, répliqua le Docteur.
- Essayé ? Vous vous souvenez de la colonie de Darkheart ? Vous auriez pu le sauver. À ce moment là, tout ce dont il avait besoin c'était d'un ami. Quelqu'un qui l'écouterait et lui ferait entendre raison. Vous avez préféré l'enfermer dans un trou noir où il a perdu presque toutes ses régénérations. Il vous aurait écouté.
- Je suis désolé.
- Que vous le vouliez ou non, Docteur, vous avez contribué à faire de lui le monstre qu'il est devenu. Il a fait beaucoup pour vous jadis, à l'académie. Qu'avez-vous fait pour lui ? Lorsque je vous vois parcourir l'univers à la recherche de civilisation à sauver je ne peux m'empêcher de ressentir sa haine.
- Charlie, je regrette, mais je ne peux pas changer ma propre ligne de temps.
- Je ne vous crois pas.
- Je crois qu'il le pense, Charlie. Le Docteur est quelqu'un de bien, tenta Robert.
- Ma mère aussi a beaucoup d'estime pour vous, Docteur. Que les humains vous considère comme un héro est tout à fait justifiable, mais qu'en est-il des autres ? Les Siluriens et leurs cousins des mers, par exemple. Croyez-vous qu'ils vous trouvent bienveillant ?
- Je dois protéger les humains, vous comprenez. Votre père lui-même leur veut du mal.
- Il s'attaque à eux à cause de vous. N'avez-vous pas compris ? Votre haine lui semble plus tolérable que votre indifférence.
- J'ai essayé de le sauver.
- Vous vous êtes intéressé à son sort seulement une fois les autres Seigneurs du Temps disparus. Vous ne vouliez pas être le dernier.
- Qu'espérez-vous de moi, Charlie ? demanda-t-il, à court d'arguments.
- Aidez-le à retrouver son TARDIS et cessez de lui donner de faux espoirs. Vous n'avez plus aucune affection pour lui désormais, même s'il croit encore le contraire. »
0000
Le Docteur ramena Robert qui avait la lourde tâche de simuler la mort de Simon lors des incendies qui avaient éclatés durant le festival. Robert aurait aimé lui dire adieu, mais tout s'était déroulé trop rapidement. Il se sentait comme un étranger, même Charlie n'était plus la même. Il ne savait pas qu'elle était en réalité un Seigneur du Temps, comment aurait-il pu ? Il était partagé entre le désir de voir ce nouveau Simon et celui de partir avant son réveil de peur d'être blessé. Il voulait se souvenir du Seigneur du Temps en tant que Simon et non comme étant le Maître. Il n'avait donc pas insisté pour rester, se disant que si le Seigneur du Temps qu'il avait autant apprécié voulait le revoir, il saurait où le trouver.
0000
Lorsque le Maître se réveilla, il fut dérouté durant un bon moment. Il reconnu la chambre zéro du TARDIS. Il attendit le retour de la gravité et sortit de la pièce. Il titubait légèrement, pas encore habitué à ce nouveau corps. Il attendit un moment avant de poursuivre son chemin dans les couloirs infinis du vaisseau. Il trouva la vaste garde-robe du Docteur et se regarda dans le miroir. Il portait toujours les vêtements de son dernier concert. Il lui fallait un nouveau costume qui irait mieux avec son nouveau visage. Il trouva quelque chose d'élégant et sobre. Il se dirigea vers la salle de contrôle. Il n'y avait personne. Il s'avança vers la console et entra les coordonnées qu'il connaissait par cœur.
.
Revenir au studio, à présent désert, lui sembla étrange. Des boîtes étaient empilées dans les coins et la moitié des meubles avaient été vendus. Il prépara les biscuits qu'il avait nommés limbas et l'odeur lui rappela encore plus de souvenirs. Il ne savait pas si c'était bon ou mauvais, mais c'était troublant. Il ne comprenait pas pourquoi les souvenirs liés au groupe le harcelaient autant. Il supposa que c'était simplement parce qu'ils étaient très récents. De plus, il venait de se régénérer.
En attendant que les biscuits soient prêts, il s'empara des boîtes vides et alla à son ancienne chambre pour ramener avec lui les quelques biens qu'il possédait. Ils n'avaient rien d'exceptionnels, mais ils lui appartenaient.
La chambre était encore entourée de ses protections, notamment pour le son. Il eut un vertige en y entrant. Il était étendu sur ce lit il n'y avait pas très longtemps. La pièce était encore imprégnée de l'odeur de la maladie, même si elle avait été nettoyée et les draps changés. L'atmosphère lui semblait plus lourde tout à coup et il se sentait oppressé. Il sentit un début de panique. C'était ridicule. Tout ça était terminé, il n'était plus malade et n'avait aucune raison de s'en faire. Pourtant, il les entendait, les tambours. Sa respiration se fit plus difficile et tous les muscles de son corps se crispèrent. Comment était-ce possible?
« NON, pas encore ! » hurla-t-il.
Il avait tous les symptômes d'une crise à l'exception de la douleur physique. Il fixait ses mains, de peur qu'elles deviennent translucides et que tout recommence. Ce ne fut pas le cas, mais il s'aperçut qu'il tremblait. Il fit d'énormes efforts pour se calmer, jugeant que sa panique était complètement absurde. Il n'y arrivait pas. Il ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait. Ce n'était pas la première fois qu'il frôlait la mort, ni la première fois que son corps subissait des dommages importants. Il avait passé des années dans un corps décomposé et jamais il n'avait eu de cauchemars ou de crise d'angoisse une fois guéri. Même chose lorsqu'il avait été brûlé. Pourquoi maintenant ? Si Robert avait été là il aurait pu l'aider à se calmer. Il avait un don pour ça. Si Jimmy avait été là, il lui aurait expliqué ce qui n'allait pas, mais aucun des deux n'était là. Charlie aurait pu lui parler pour le distraire, même Dan et Samuel auraient pu l'aider. Il n'y avait personne.
0000
Le Docteur était nerveux. Il n'avait quitté la salle de contrôle que quelques heures pour dormir un peu et le Maître en avait profité pour s'évader, comme d'habitude. Seulement, cette fois-ci c'était différent. Il était en crise de post-régénération, il pouvait faire n'importe quoi, et Charlie ne lui pardonnerait jamais s'il lui arrivait quelque chose. Il espérait qu'elle ne se soit pas trompée et qu'il était bel et bien revenu au studio. Dès qu'ils sortirent du TARDIS, ils sentirent sa présence psychique. Charlie se doutait qu'il y avait quelque chose d'anormal, surtout parce qu'il était dans sa chambre. Ils s'y rendirent, mais elle était verrouillée.
« C'est silencieux, remarqua le Docteur en collant son oreille contre la porte.
- Oui. Il l'a entourée d'un dispositif contre le bruit. Il ne voulait pas qu'on entende ses crises, répondit-elle.
- Vous le saviez quand même?
- En tournée dans un autocar c'est dur à cacher. Oui, nous étions tous au courant. Il est peut-être en crise en ce moment même, avoua-t-elle.
- Il est sensé être guéri ! » lui rappela le Docteur.
Il inspectait la barrière sonore à l'aide de son tournevis sonique.
« Ce n'était pas que physique, vous savez, » lui appris Charlie.
Le Docteur parvint à déverrouiller et Charlie avança la première. Le Maître était accroupi dans un coin, entourant sa tête de ses bras. Il était immobile.
« Restez là, » chuchota-t-elle.
Elle s'approcha doucement de lui en évitant les mouvements brusques, et s'accroupit à ses côtés. Elle le toucha délicatement tout en lui parlant. D'où il était, le Docteur arrivait à capter quelques brides, sans plus. Le Maître semblait émerger du sommeil ou d'un état catatonique. Rien à voir avec les crises explosives dont il avait été témoin. Il sublimait. Une capacité de son peuple qui consistait à se détacher complètement de ses émotions en les distillant dans d'autres parties de son cerveau. C'était efficace à court terme seulement. Le Docteur s'accroupit à côté d'eux pour parler à son ancien ami.
« On va faire tes boîtes Charlie et moi. Vas à la cuisine et fais-toi du café chaud. »
Il le fixa un moment puis finit par se lever. Aussitôt qu'ils franchirent la porte, le Docteur commença à retirer les vêtements du placard. Charlie se chargea de déplier des boîtes. Le Docteur était silencieux.
Le Maître n'avait effectivement pas grand chose à part des vêtements. Tout ranger prit moins d'une heure, mais le Docteur était incapable de se détacher d'un des cahiers de chansons qu'il avait trouvé. Il le déposa finalement avec les autres objets, et ils sortirent de la chambre. Ils empilèrent les boîtes près de la porte pour que ce soit plus facile de les apporter dans le TARDIS. Une fois tous les cartons dans le vaisseau, Charlie rejoignit son père à la cuisine. Il venait de retirer les biscuits du four.
« Pourquoi en fais-tu encore ? demanda-t-elle, intriguée.
- Je dois les donner à mon moi du passé. C'est grâce à eux que j'ai survécu.
- Je suis contente que tu ailles bien, père. Je t'aime. »
Elle s'approcha et le serra contre elle. Il répondit à son étreinte. Il ne dit pas un mot, ce n'était pas nécessaire. Elle le comprenait. Il ne possédait plus en lui les outils pour faire preuve d'empathie, de compassion et d'amour, mais il pouvait réapprendre. Elle était prête à partager avec lui tous ce que Donna et Shawn lui avait donné.
« Rentrons, dit-elle.
- Charlie, qui t'a transformé en humaine ?
- Jimmy.
- Pourquoi ?
- Pour te sauver. C'est toi qu'il protégeait, tu sais.
- Je ne comprends pas.
- Tu devais apprendre à aimer ceux que tu considères comme des inférieurs, lui expliqua-t-elle.
- Pourquoi ?
- C'était le seul moyen pour toi de récupérer ce qu'on t'avait enlevé. On a fait de toi un monstre, père. Pour que tu sois une machine de guerre, il fallait t'handicaper d'une partie de toi-même : ton âme.
- Comment sais-tu ?
- Jimmy m'en a parlé.
- Qu'est-il ? demanda le Maître, intrigué.
- Il n'a jamais voulu me le dire, mais je crois que c'était un ange.
- Absurde. Les anges sont une invention des humains.
- Tu as une meilleure théorie ?
- Non, mais je trouverais. »
