Chapitre 16- Le nouveau Maître

Charlie était demeurée au studio. Elle devait aider Robert avec les obsèques de Simon. Ensuite, le Maître reviendra la chercher. Lorsqu'il entra dans le TARDIS, le Docteur était à la console, l'air absent. Charlie avait déjà entré les coordonnées pour le festival. Le Maître observait le Docteur. Son air taciturne lui disait qu'il avait sûrement perdu un autre de ses animaux domestiques récemment. Pour quelle autre raison serait-il triste ? Il n'y avait que ces primates qui comptaient à ses yeux. Il sentit la colère le submerger. Il s'imaginait très bien le prendre par surprise et le frapper contre la console jusqu'à ce qu'il meurt. Il pourrait ensuite retrouver son TARDIS et léguer cette vieille chose nommée Sexy à Charlie. Il prit une grande inspiration pour se contrôler et s'éloigna. Charlie n'approuverait pas. Elle avait beau être sa fille, elle avait tout de même hérité de la bonté de Donna. L'univers entier pouvait bien le détester, il n'en avait cure, mais pas Charlie.

« Nous sommes arrivés, » dit le Docteur, le sortant de ses réflexions.

Le Maître alla chercher le sac à dos noir, s'assura qu'il ne manquait rien et franchit la porte du vaisseau sans jeter un seul regard vers le pilote. C'était ici qu'il avait vu The Demons Hunters pour la première fois, alors qu'ils étaient sur la scène secondaire avec Mike comme chanteur. Il déposa le sac auprès de la version passée de lui-même, profondément endormie. Il ne s'attarda pas, ça lui semblait bizarre de le voir alors qu'il était encore lui voilà moins de vingt-quatre heures.

« Je suis désolé, lui dit le Docteur.

- Pourquoi ?

- Je n'étais pas là pour t'aider.

- Comme d'habitude, répondit-il, indifférent.

- J'aurais aimé pouvoir le faire.

- Oui, oui. Si tu arrêtais de te plaindre que je puisse aller à la fin de l'univers et récupérer ce qui m'appartient ?

- Bien sûr. Je ne te demande pas de me pardonner, mais je voulais que tu saches que je suis sincèrement désolé.

- Je ne te crois pas.

- C'est la vérité, Koschei. Je ne pensais pas t'avoir fait autant de mal. »

Le Maître lui lança un regard assassin et regagna sa chambre. Elle était demeurée intacte depuis tout ce temps.

Il s'étendit sur son lit et réfléchit. Il aurait aimé pouvoir lui dire à quel point il le haïssait. Lui rendre la monnaie de sa pièce. Le torturer pendant des jours. Il n'en fit rien. Jadis, voir le Docteur lui demander pardon l'aurait fait rire. Maintenant, il ne savait pas quoi en penser. Il se dit que c'était tout simplement pathétique, car jamais il n'allait le pardonner. Le Docteur était un idiot d'espérer le contraire d'un individu tel que lui. Pourtant, sa colère contre le Docteur s'était bel et bien refroidie. Elle lui laissa toutefois un goût amer dans la bouche.

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Le Docteur cherchait un moyen de lui faire comprendre qu'il était réellement désolé, mais le Maître l'évitait. Les rares fois où il le voyait, son ancien ami avait un air nostalgique qu'il ne lui connaissait pas, mais lorsqu'il tentait de lui parler, le Maître retrouvait son arrogance habituelle. Il lui parlait toujours de sa future domination de l'univers, mais cette fois, il mentionnait fièrement que Charlie, contrairement à lui jadis, avait accepté de partager cette gloire avec lui. Le Docteur n'était pas certain que ce soit la vérité, mais n'argumentait pas. Il aimait bien l'entendre, même si c'était pour dire des choses horribles, car c'était rare que le Maître lui adressait la parole. Le Docteur aurait même aimé qu'il l'insulte ou le menace de le tuer. Il jugeait que cela aurait été un comportement normal et acceptable face à ce qu'il lui avait fait subir. Tout était préférable à ce silence morbide.

« Peut-être que ses amis lui manquent, songea-t-il.

Il refoula aussitôt cette pensée absurde. Il s'agissait tout de même du Maître ! Même si c'était le cas, jamais il n'oserait lui avouer. Il n'y avait qu'une façon de le savoir.

« Est-ce que tu as faim ? » lui demanda le Docteur.

Il acquiesça et ils arrêtèrent dans un resto-pub quelque part aux États-Unis.

« Pourquoi ici ? demanda le Maître.

- Pourquoi pas ? »

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Il comprit rapidement. Le Docteur le laissa un moment pour aller aux toilettes. Alors qu'il mangeait, il vit trois jeunes hommes se lever et aller payer : Dan, Samuel et leur ancien chanteur Mike. Ils n'avaient pas assez d'argent pour payer leur repas, car cet idiot de drogué avait oublié son porte-monnaie. Le Maître les observait. Ils n'étaient pas connus encore. Ils faisaient à peine assez d'argent pour s'acheter à manger. Le ton monta entre le caissier et les trois hommes. Mike, ivre, n'aidait en rien leur cause et le gérant du resto-pub s'apprêtait à téléphoner à la police. Le Maître se leva et sortit quelques billets.

« Laissez-les tranquilles, » dit-il.

Le gérant raccrocha en leur proférant des menaces s'ils revenaient.

« J'ai dit laissez-les tranquilles ! » répéta-t-il.

Il fini par obtempérer.

« Merci Monsieur, » lui dit Samuel.

Le Maître ne répondit pas et retourna à sa place. Il en voulait au Docteur de l'avoir amené ici, mais n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Évidemment, cet idiot de Docteur avait observé la scène du couloir menant aux toilettes.

« Pourquoi tu m'as amené ici ?

- C'est un hasard. Qui étaient ces jeunes gens ?

- Comme si tu ne le savais pas ! Tu payes, » conclut-il.

Ils regagnèrent le TARDIS.

« Ils te manquent ? lui demanda le Docteur.

- Non. J'ai payé pour préserver la ligne de temps au cas où ils se feraient tuer en prison.

- Bien sûr ! C'est évident. Comme si de simples primates pouvaient te manquer, dit le Docteur en dématérialisant le TARDIS.

- Tu te moque de moi, devina le Maître.

- Et toi tu mens.

- Tu aimerais que ce soit le cas.

- Tu as connu la famille, l'amour et l'amitié à travers Wilfred et Charlie. Tu as appris à aimer les personnes dans ton groupe et je sais que tu n'as rien oublié.

- Simon les a aimés. Je n'étais pas moi-même.

- Robert, à qui tu as confié plus de choses qu'à moi.

- Je te l'ai dit, je n'étais pas moi-même.

- La dernière fois que tu as aimé quelqu'un d'autre que toi-même, tu étais encore sur Gallifrey.

- Bon très bien. Si tu veux t'imaginer que je suis miraculeusement devenu une bonne personne, tant mieux pour toi !

- Je n'irais pas jusqu'à dire ça, quand même ! Mais tu as changé.

- Je me suis régénéré, Docteur.

- Je ne parle pas de ça et tu le sais. Nie-le tant que tu voudras, ça ne changera rien.

- Veux-tu que je les assassine devant toi pour le prouver ?

- Je ne t'arrêterais pas. Je sais que tu ne le feras pas et, si tu le fais, tu vas simplement te faire du mal. »

Le Maître l'empoigna par le cou et le plaqua contre le mur.

« Si tu m'avais aidé en 1937 je n'en serais pas là aujourd'hui ! Simon était faible et tu m'as laissé m'enfoncer davantage. Maintenant je ne peux plus me débarrasser de cette faiblesse.

- Ce n'est pas une faiblesse, Koschei.

- Pour moi oui et mon nom c'est Le Maître ! » insista-t-il.

Il lâcha le Docteur et s'éloigna.

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Le TARDIS apparut en face de la maison de Robert.

« Vas le voir, insista le Docteur.

- Pourquoi est-ce que je ferais ça ?

- Dis lui bonjour, c'est tout. Je vais me faire un thé en attendant.

- Je n'ai nullement l'intention de…

- Prends ton temps. Je ne suis pas pressé, » conclut le Docteur en quittant la salle de contrôle.

Il essaya de faire redémarrer le TARDIS mais n'y arrivait pas. Le Docteur l'avait encore protégé contre lui. Il y alla pour en finir au plus vite avec ces enfantillages. Il avait apporté un des livres de la bibliothèque du Docteur avec lui.

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Il revint après plus d'une heure. Il tenait une boîte dans ses bras. Son visage ne trahissait aucune émotion, mais il avait l'air plus détendu.

« On peut y aller maintenant que tu m'as forcé à faire ma tournée d'adieux ? demanda-t-il, cynique.

- Tu lui as donné un de mes bouquins, s'aperçut le Docteur.

- Un livre sur les mythes et les légendes de Gallifrey traduit en anglais. Tu n'y crois pas de toute façon et il adore ce genre de trucs.

- Je suis fier de toi.

- Pourquoi ?

- Je suis prêt, » se réjouit le Docteur.

Il ne répondit pas à la question. Ça lui semblait évident.

Le Maître déposa sa boîte sur le sol et lança un sac de café au Docteur.

« Mets ça dans ta cuisine.

- Du café ?

- Oui. Le tien a le goût de l'eau de vaisselle crasseuse alors j'en ai demandé à Robert.

- Sympas. Qu'est-ce qu'il y a dans ta boîte ?

- Ça ne te regarde pas.

- Bon… très bien, » s'exclama le Docteur, déçu.

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Le Maître alla à la cuisine avec sa boîte. Il la déposa sur la table et se fit un café. Le Docteur l'avait suivi discrètement.

« Approche, je vais te montrer, lui dit le Maître qui l'avait aperçu.

- Tu as dit que ça ne me regardait pas.

- Je le pense toujours, mais je sais que tu vas fouiller dedans dès que tu en auras l'occasion, alors aussi bien te le montrer et avoir la paix ensuite. »

Il y avait divers objets lié à la musique. Les prix que le groupe avait gagnés. Ses propres cahiers de chansons. Une copie des deux albums de The Demons Hunters.

Le Maître s'empara d'un troisième disque.

« Mon album solo. Je ne l'avais pas complètement terminé et ils l'ont fait pour moi et lancé comme album post-mortem. Il s'est très bien vendu et des millions de personnes connaissent Gallifrey à présent. C'est payant être une vedette de rock morte, tu sais ?

- Je ne suis pas certain que Simon soit mort, avoua le Docteur.

- Robert a même pensé à toi, » dit le Maître en lui en donnant une copie.

Il ignora volontairement la réplique du Docteur.

« Merci, je vais l'écouter, reprit ce dernier.

- J'ai une voix superbe. Tu verras. »

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Le Maître ne vit pas souvent le Docteur durant tout le trajet. Il l'évitait. Il avait des projets de haute importance en cours et il ne voulait certainement pas que cet idiot s'en mêle. Il l'en aurait empêché comme d'habitude.

Finalement, la tournée d'adieux de ses amis avait quelque chose de bien : le Docteur le croyait transformé. Étrangement, il n'avait pas voulu connaître ses projets. Il l'avait simplement averti de rester loin de la Terre. Comme si cette boule insignifiante avait un quelconque intérêt à ses yeux ! Le Maître allait y récupérer Charlie et il partagerait la domination de l'univers avec elle. Le Docteur pouvait bien garder ses humains et sa Terre adorée, il n'en avait rien à faire.

Il avait trop longtemps couru après le Docteur. Trop perdu de temps à espérer quoi que ce soit de lui. Il n'avait rien obtenu. De plus, il avait Charlie et il aurait bientôt la Nouvelle Gallifrey. Pendant que le Docteur ferait joujou avec ses terriennes, lui il allait bâtir un empire et recréer le plus merveilleux peuple de l'univers, mais en beaucoup mieux.

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Les tambours s'étaient tût. Il était libre. Libre de prendre tout son temps pour réussir l'œuvre de sa vie, sans la moindre erreur. Les tambours n'allaient pas lui manquer, ni le Docteur. Robert et le groupe lui manquaient, il ne pouvait le nier. De même que ces années de joie, malgré la douleur, passées avec eux. Toutefois, il pouvait y faire face. D'autres gens naîtraient et mourraient. Certains auraient un certain intérêt à ses yeux. D'autres pas le moindre. Peut-être allait-il revivre quelque chose de similaire avec certains d'entre eux ? Tout allait être possible sur la Nouvelle Gallifrey. Pour lui et pour Charlie.