Chapitre 4

« Ma vie est jalonnée

de moments incompréhensibles

où j'ai l'air de ne pas savoir

ce que je ne pouvais pas ignorer. »

'L'orage rompu' Jacqueline Harpman

Tremblante, la jeune fille souleva le couvercle de la boîte cartonnée noire ornée d'un ruban bordeaux. Un monticule de tissu rouge dormait dans l'emballage. Alessa hésita plusieurs instants avant d'oser glisser ses doigts dans la douce étoffe. Ce n'était pas possible, pas déjà… Et pourtant, à quoi lui aurait servi de la recevoir plus tard… ?

Inspirant profondément, la jeune fille prit la robe à pleines mains et l'en sortit du paquet. Elle en resta suffoquée : elle était d'une splendeur immatérielle.

Comment un homme aussi cruel pouvait-il également avoir ce côté auguste et somptueux ? Des larmes coulèrent le long de la peau blanche de Alessa. Ce qui aurait dû être l'un des plus beaux jours de sa vie… serait finalement le plus impitoyable… Etait-ce cela qu'on appelait l'ironie du sort… ?

D'un geste de baguette, sa robe de mariée la para à la perfection. Comment Voldemort connaissait-il sa taille ? Rouge foncée de haut en bas, elle laissait ses épaules dénudées et le buste était entièrement recouvert de lacets croisés en soie. Poursuivant sa lancée, Alessa posa ses yeux verts sur ses hanches et y distingua deux fines autres cordelettes l'enroulant – étant trop large, le côté droit des deux fils tombaient plus bas, sur sa cuisse, le côté gauche étant attachés par une petite perle noire. Finalement, le bas de la robe qui frôlait le sol était lui aussi entièrement recouvert de lacets entrecroisés sur les dix derniers centimètres.

La rousse soupira. Cette robe était bien trop élégante pour elle… Son habituelle tenue de soirée n'avait rien en commun avec celle-ci. D'un geste inconscient, Alessa sortit sa robe de fête, restée dans sa valise : De couleur émeraude, elle était assez jolie et légèrement plus ample vers le bas. Cependant, son élégance ne valait en rien celle qu'elle portait à l'instant.

Otant d'un geste vif la toilette rouge qui l'habillait, la rousse décida de ne pas la sortir de son armoire avant le jour de son union. Se jetant sur son lit, elle glissa sa main sous son matelas et en sortit un petit journal argenté : «Rêves de Crystal ».

Alessa saisit une plume qui traînait sur le sol – elle partageait son dortoir avec trois autres Serpentards de 7ème, dont Narcissa et le coin de la pièce appartenant à cette dernière et à la rousse était de loin le plus désordonné. Cela faisait presque un mois qu'elle n'avait pas narré quelques unes de ses 'aventures' dans son journal.

La jeune fille sourit avec lassitude. Si elle avait commencé ce journal intime, c'était pour pouvoir faire partager ses années d'études avec sa future fille. Cependant, quelle mère relativement censée raconterait les horreurs de la vie à son enfant… ? Car depuis sa 5ème année, les épreuves ne cessaient plus dans la vie d'Alessa.

Abattue, elle déposa sa plume sur son lit et tourna négligemment les pages du livret : « …notre anniversaire… ». La jeune fille se souvint de la fête qu'avait organisé son père pour l'anniversaire de ses jumeaux. Leurs quinze ans… Cela avait été un anniversaire exquis. Elle avait reçu un adorable collier de rubis, entièrement conçu de pierres magiques. Son père y avait passé plusieurs nuits blanches. Bien entendu, Elinor aussi avait reçu une chaîne, son père ne voulant jamais les différencier. Une chaîne qu'il portait constamment, contrairement à la jeune fille qui ne pensait pas mériter de porter une telle chose. Fronçant les sourcils, le cœur d'Alessa manqua un battement.

Vous la connaissez, cette sensation… Lorsque l'on vient de se rendre compte d'une désagréable nouvelle… ?

Son estomac ne fit qu'un tour, elle arrêta de respirer et ses yeux se fixèrent sur un point quelconque : Cette chaînette… La rousse l'avait revue et pas sur Elinor… C'était en la possession de Voldemort qu'elle était… comment était-ce possible… ? L'aurait-il prise après l'avoir tué ? Alessa, malgré tout le dégoût que l'homme lui inspirait, avait du mal à imaginer Voldemort comme un voleur de bas étage. Et pourtant…

Le côté logique de la jeune fille lui disait que c'était compréhensible : Le Maître aimait les objets à la puissance magique indéniable. Et ce n'était que ça, finalement ; un objet…

Mais c'était son père qui l'avait réalisé spécialement pour Elinor ! La rage transformait le sang de Alessa – ou plutôt ce qu'il en restait – en colère. Elle la sentait couler dans ses veines. Il n'avait pas le droit. Elle ne lui appartenait pas. Elinor aurait dû être enterré avec celle-ci autour du cou. Cependant, la jumelle du jeune homme ignorait même où il avait été enterré. S'il l'avait été…

La rousse comptait sur le fait que les voisins trouvent le corps et le bénissent. Cela faisait trois ans qu'elle n'était pas rentrée au château. Voldemort ne l'aurait jamais permis et il n'aurait pas été étonnant que ce dernier l'ait totalement détruit. Durant les vacances, elle vivait dans un orphelinat sorcier. Officiellement, bien entendu. Car Voldemort refusait de la voir loin de lui très longtemps…

Il fallait qu'elle se calme. A quoi lui servirait-il de se faire torturer pour propos contraires à la doctrine du Maître ? Jamais il ne devait être contredit.

Poussant un profond soupir, elle reprit sèchement la plume et écrivit dans son journal : « Je promets qu'il paiera ».

Un frottement de cape la fit jeter un coup d'œil à la porte et Alessa vit s'approcher sa seule amie. Cette dernière s'installa face à elle sur le lit et son air triste et las brisa le cœur de la sœur d'Elinor. Cette année avait été la plus dure pour la blonde : Sa mère était morte durant les vacances scolaires – 'non expliqué' – et son père servait nuit et jour le Maître. Et le pire était sans doute le futur époux au tableau…

-Encore à écrire dans ton journal ? sourit-elle légèrement. Tu ne penses pas qu'il serait temps de grandir ?

Alessa savait qu'elle la taquinait et sourit. Cela faisait longtemps qu'elles n'avaient pas eu un moment à deux et quelque chose laissait présager que cette fois-ci encore, elles n'auraient pas l'occasion de profiter de l'insouciance.

-Tu l'as reçue ? demanda de brûle point la blonde en jouant avec la plume verte que Alessa tenait en main quelques instants plus tôt.

Alors elle aussi avait eu le présent de Voldemort : La robe.

-Oui.

-Noire ?

-Il t'a choisi une robe de mariée noire ? demanda Alessa, suffoquée.

-Je ne comprends pas que tu sois encore surprise par de tels détails, sourit Narcissa avec douceur. Mais ce n'est pas le Maître qui les a choisies, répondit-elle en la regardant de ses yeux bleus.

Qui… alors ?

-J'ai entendu Lucius – tiens ! C'était 'Lucius' et non plus 'Malefoy' maintenant – parler à Lestrange. Apparemment, le Maître a chargé les futurs époux d'acheter la robe.

-Tu veux dire…

C'était Rogue qui avait choisi sa robe ? Mais c'était impossible. Elle était si jolie…

-Je ne pense pas qu'ils aient faits les boutiques, ironisa-t-elle. A mon avis, ils ont envoyés leurs Elfes de Maison.

Alessa ne répondit rien, mais elle doutait que la famille de Rogue – aussi pauvre – ait un jour détenu un Elfe de Maison.

-Lucius a beaucoup d'elfes , dit la rousse, pour ne pas couper court à la conversation.

-Lucius, c'est différent. J'ai eu la robe de sa première petite amie, déclara Narcissa, sans frémir.

C'était affreux !pensa son amie. Cependant, Narcissa ne semblait pas s'en formaliser.

-Je ne savais pas qu'il avait eu une petite amie… dit Alessa sur le ton le plus calme possible.

Souriant, la Serpentard répondit, les yeux dans le vague :

-Je suppose qu'il ne voulait pas que sa famille apprenne qu'il fréquentait un être demi-sang.

-Elle n'était pas de Sang Pur ?

Un Malefoy et une femme à moitié Moldue ! C'était des atouts de tailles que les deux jeunes filles détenaient entre leurs mains. Si jamais il leur fallait le faire chanter…

-Sa mère était moldue. Ne dis rien à personne, demanda alors la jeune fille. Je viens déjà de trahir la promesse que je lui ai faîte.

-Laquelle ?

-De n'en parler à personne.

Alessa hocha la tête. Après tout, à quoi cela lui servirait-il de faire chanter Lucius Malefoy ?

-Tu connais la date précise ? interrogea la rousse, en tentant de paraître sereine.

Cependant, elle savait qu'elle ne trompait personne. Et surtout pas celle qui la connaissait depuis sept ans déjà.

-Le treize mars.

Déglutissant, Alessa se mit à compter le peu de jours qu'il leur restait avant la date fatidique de leur mariage… ou devrait-elle appeler ça 'le début de la fin' ?

Ils étaient le 13 février…

Vingt-huit jours, le treize compris. Alors, c'était ça, la sensation qu'on avait lorsqu'on voyait sa mort arriver ? Tout le monde avait raison. C'était terriblement angoissant.

-Alors ?demanda plus joyeusement Narcissa en se pelotonnant aux côtés de la rousse, la poussant légèrement vers le bord.

-Alors quoi ?

-Pourquoi étais-tu si en colère lorsque je suis arrivée ? Tu t'es disputée avec ton amoureux ?

La rousse lui envoya un coup d'oreiller.

-Rogue n'est pas mon amoureux. Penses-tu que je suis heureuse de devoir bientôt m'enfermer dans un lien matrimonial avec ce type ?

-…non, excuse-moi.

Les deux jeunes filles se sourirent.

-Mais que s'est-il passé alors ?

-Rien. Je me suis juste souvenu de ce jour-là…

Et Narcissa comprit par là que son amie pensait au jour où Voldemort avait tué son frère et détruit le peu de famille qu'il lui restait. Alessa mentait par omission, évidemment. Mais elle ne voulait pas mêler la blonde à cette histoire de collier.

-Zut ! s'écria Narcissa.

-Quoi… ?marmonna Alessa, se réveillant difficilement.

Elle avait rêvé de choses étranges : elle courait à travers une ville enneigée avant de se noyer dans une mer rouge. C'était agréable de se reposer ainsi, ironisa-t-elle.

-On s'est endormie.

Et la sœur d'Elinor réalisa peu à peu : Narcissa et elle s'étaient endormies dans son propre lit à à peine 15h de l'après-midi. Malheureusement, elles n'avaient une pause que de deux heures, à 17h elles avaient rendez-vous avec Malefoy. Mais… l'avaient-elles toujours ?

-Quelle heure est-il ?paniqua-t-elle.

-17h 25 ! répondit la blonde en se redressant déjà, sa voix toujours calme, malgré qu'un peu rauque. Dépêchons-nous.

-Tu es certaine ?demanda la rousse en espérant que son amie, tout comme elle, décide de ne pas y aller du tout.

-Penses aux représailles, Alessa.

Cinq minutes plus tard, deux furies atteignirent les souterrains sous les cachots. Alors que Narcissa était déjà presque remise, Alessa avait l'impression qu'elle allait vomir tellement sa course avait été rapide. Et pas sportive, en plus de ça ! se dit-elle.

La blonde frappa à la porte.

Aucune réponse.

-Oh non…paniqua la rousse d'une petite voix.

Narcissa recommença son geste.

-Entrez.

Ouf ! Mais son soulagement fut de courte durée…

Lucius Malefoy se trouvait nonchalamment assis dans un petit fauteuil de chintz et était entouré de trois hommes masqués, apparemment furibonds.

-C'est elles, Lucius ? demanda l'un d'eux d'une voix grasse et braillarde.

-Oui.

Poursuivant son tour de salle pour ne pas leur montrer sa peur, Alessa aperçut Rogue, appuyé contre un mur, et à ses côtés se trouvait Rosier et Avery. Ce dernier avait terminé Poudlard l'année précédente. Quant au premier, il était avec eux, en 7ème année.

-Nous sommes désolées, entendit-elle déclarer Narcissa, d'une voix posée.

-Je l'espère pour vous, mais je devrai tout de même en faire part au Maître. Pour votre bien, insista-t-il.

Alessa constata que malgré son regard fier et sadique, Lucius ne quittait pas Narcissa des yeux. Quant à cette dernière, son visage était indéchiffrable. Inquiète, l'amie de la blonde attendit sa propre sentence. Car elle n'avait pas la trempe et la capacité de Narcissa à dissimuler ses sentiments. Jetant un rapide coup d'œil à Rogue, elle constata qu'il n'avait même pas daigné lever les yeux lorsqu'elle était entrée. Et encore maintenant, il l'ignorait. Ou plutôt, elle l'indifférenciait.

-Et quelle est votre excuse ?

'On s'est endormi' se dit Alessa. Puis, elle en déduisit que cela serait à la fois risible, inconcevable et incommodant – s'étant assoupies ensemble dans le même lit…

-Nous n'avons pas d'excuse à donner, nous sommes en tort et nous assumerons les conséquences, proposa placidement la future épouse de Lucius. Malgré ceci, nous tenons à préciser que c'est un regrettable incident.

Alessa fut étonnée de voir Lucius hocher imperceptiblement la tête. Allait-il accepter sans broncher une excuse – qui n'en était pas une, selon son amie – aussi peu plausible.

Si c'était le cas, la rousse pourrait féliciter Narcissa de savoir s'y prendre. Décidément, l'entourage d'Alessa faisait tout pour la décourager d'être aussi simpliste qu'elle-même…

-Je suppose que tu n'as rien à redire, James ?

Hochant la tête de gauche à droite, la jeune fille ne sut prononcer un mot de peur de briser le calme que Narcissa était parvenue à instaurer.

-Votre punition sera donc légère. Le Maître n'aime pas les chipotages dans les excuses. Il apprécie les personnes qui assument leurs erreurs. Tu as bien appris la leçon, Narcissa. Tu aurais pu aller très loin.

Par 'aurais pu', il entendait qu'elle n'aurait plus rien le droit de faire une fois qu'elle lui appartiendrait. Alessa reprit légèrement contenance devant l'injustice dont Lucius faisait preuve. Narcissa méritait la liberté : elle était intelligente, magnifique et promise à un bel avenir.

Cette situation commencer à peser véritablement la rousse.

-Quelle sera notre punition ?demanda Narcissa.

-Le Maître a entendu un présage.

-Et que disait-il ?demanda Alessa.

Elle avait vu le visage de Rogue se relever à l'affirmation de Lucius.

-'Lors du règne sanglant, la cruauté verra arriver le Destin des damnés. Et alors que trois coups sonneront, la plus grande œuvre de l'éternité le Présent acquerra dans son giron.'

Alessa se répéta trois fois la phrase pour être sûre de l'avoir assimilée. Elle lui semblait assez confuse. Cependant, en même temps, tout lui semblait clair. En tout cas, dans le sens des mots. En ce qui concernait les personnes touchées par cet auspice, elle ne pouvait rien dire.

Et puis, il fallait se méfier. Si le Maître comptait leur faire part de cet augure, personne ne devait croire qu'il leur avait tout dit. Même à Lucius. Les sournoiseries et les manipulations étaient les maîtres mots de Voldemort.

-Et que veut savoir le Maître ? demanda la blonde.

-Tout ce qu'il y a à savoir, sourit Malefoy.

Ce qu'il pouvait l'énerver, se dit Alessa.

-Qui sont les principaux protagonistes de ce présage Et surtout, ce que cela signifie en vue du 'règne sanglant' du Maître.

Narcissa ne répondit rien et un silence naquit. Comment pouvaient-elles comprendre cela ?

-Est-ce la raison pour laquelle Rosier, Rogue et moi, nous nous trouvons ici ? demanda Avery, de sa voix rocailleuse.

-Pas tout a fait. Le Maître souhaite que vous surveilliez les avancées prodigieuses – il insista sur ce mot – de nos jeunes recrues.

Alessa était très ennuyée. Jusque là, les missions de Voldemort s'étaient réduites à vider des fioles ou à se jeter à elle-même des sorts douloureux. Elle avait peur. Peur de ne rien trouver ou encore de découvrir quelque chose qu'elle ne voudrait pas avouer. Elle avait besoin de l'Occlumancie, c'était indispensable…

-Vous pouvez disposer. Et encore une chose, Alessa…

La jeune fille posa son regard le plus neutre sur Lucius Malefoy.

-Le Maître a souhaité que je te remette ceci.

L'homme tenait une lettre entre deux de ses longs doigts fins et pâles. Il lui souriait avec amusement devant son hésitation. Puis, d'un geste vif, elle se saisit de la missive et suivit Rosier par la porte.

Arrivée dehors, elle attendit Narcissa. Rosier, qui, lui, attendait Rogue, la fixait d'un regard avide qui la mettait mal à l'aise. Pourquoi Avery était-il déjà parti ? Malgré ses airs revêches, lui, au moins, n'était pas aussi malsain que Rosier.

-Tu en as de la chance. Recevoir des lettres du Maître, dit-il avec cupidité.

-Oui, fit-elle brièvement.

Il s'approcha alors dangereusement, le regard sadique. Pourquoi y avait-il un mur juste derrière elle ?

-Peut-être pourrais-tu m'en montrer un petit bout… ?

Il passa sa langue sur ses lèvres et la jeune fille eut un début de haut-le-cœur.

-N'aie pas peur.

-Ne t'approche pas, Rosier, dit-elle.

Mais elle sentit elle-même que ses paroles ne faisaient pas de véritable effet. D'un geste leste, il lui plaqua le bras gauche contre le mur, juste à côté de sa tête. La lettre tremblotait au bout de ses doigts blancs.

Elle voulait bouger, elle voulait sortir sa baguette, mais son second bras fut mis hors d'usage et ses jambes ne lui répondaient plus.

-Non… murmura-t-elle.

-Tu vas me donner ce message.

-Lâche-moi, Rosier, dit-elle encore, en tentant de se dégager.

-Dis-moi, dit-il en approchant son visage de celui de la jeune fille, tu es plutôt jolie de près… On ne t'a jamais dit que tu avais des lèvres exquises, James… ?

Les larmes lui piquaient les yeux, mais elle ne voulait en aucun cas donnait cette satisfaction à ce monstre.

Il approcha encore. Ses lèvres allaient bientôt toucher celles de la jeune fille, qui respirait tellement fort qu'on devait l'entendre à l'autre bout du couloir. Elle ne voulait pas. Non. Elle ferma les yeux pour ne pas voir l'horreur qui risquait de se produire d'un moment à l'autre.

Elle eut à peine le temps d'entendre la porte du repère de Lucius s'ouvrir que Rosier était à terre, la tête contre le mur d'en face. Il sembla furieux, mais sa colère passa lorsqu'il vit qui était celui qui l'avait attaqué.

Il sourit même.

-Eh bien… On dirait que le petit Servilo en pince pour une fille. Le Maître sera heureux d'apprendre qu'il est une agence matrimoniale à lui tout seul.

Alessa remarqua que les Griffondors n'étaient pas les seuls à appeler Severus par ce surnom ridicule.

Rosier n'eut même pas le temps de se redresser qu'il se retrouvait le dos écrasé contre le mur, surélevé dans les airs. Rogue n'avait prononcé aucune formule, il n'avait même pas redressé sa baguette.

Il s'approcha, le visage toujours impassible. Sa démarche était celle d'un prédateur. Et lorsqu'il parla, sa voix paraissait légèrement émoustillée derrière son calme permanant.

-On dirait que depuis notre dernière discussion, tu as appris à aligner plus de deux mots, Rosier.

Sa voix était froide, mais douce. Elle était glaciale, mais de velours.

Alessa était restée en retrait et eut l'impression que son défenseur avait complètement oublié sa présence. Il semblait être enfin vivant alors qu'un combat risquait de naître.

-Ne me parle pas sur ce ton, Servilo.

La jeune fille vit seulement Rogue stimuler sa baguette et Rosier commença à être secoué de convulsions étranges. Il ne criait pas, mais ses yeux étaient tellement révulsés qu'il semblait souffrir atrocement. Ses mains étaient positionnées dans les airs, comme pour empêcher quelque chose de dangereux de l'approcher. Ce n'est que lorsque du sang s'écoula de sa bouche que Rogue leva le sort.

-Ne présume pas de tes forces, Rosier.

Il était tellement… menaçant. La peau d'Alessa était entièrement recouverte de frissons. Et pourtant, ni la peur, ni la révulsion ne voyageaient dans son esprit. Non… C'était de l'admiration…

D'un geste qu'il pensait discret, – et Alessa se dit qu'il l'était, vu qu'elle n'avait rien remarqué avant la dernière minute – Rosier voulut récupérer sa baguette, qui avait glissée sur le sol.

Rogue, toujours sans prononcer aucun sort, visa la main de Rosier et celle-ci commença à gonfler curieusement. C'était comme si des milliers de billes grosses comme des pierres lui déformaient la peau de l'intérieur, formant des bulles avec l'épiderme de sa main.

Cette fois, le jeune homme hurlait de douleur. Il tenait sa main en ne sachant manifestement que faire. Alessa fut saisie d'une angoisse grandissante devant cette souffrance. Les bulles commençaient à exploser une par une et son derme se déchirait comme du coton. Elle n'avait pas voulu ça. Non. Il ne méritait tout de même pas ça. Personne ne méritait de souffrir autant gratuitement.

Jetant un coup d'œil à Rogue, elle vit qu'il fixait le spectacle d'un œil vide. Mais Alessa remarqua quelque chose qui la fit trembler de plus belle : il souriait.

-Arrêtes…dit-elle d'une petite voix.

Les cris déchirants de Rosier couvraient ses paroles.

-ARRETES !! s'écria-t-elle d'une voix paniquée et pleine d'effroi.

Elle aperçut l'avant-bras de Rogue – celui qui tenait sa baguette – trembler d'un coup. Puis d'un geste agile, il stoppa le sort.

A cet instant, on entendait plus que la respiration saccadée de Rosier et le souffle court de Alessa. Elle fixait Rogue d'un regard choqué et inquiet, mais ce dernier ne relevait pas les yeux. Il fixait un point invisible sur le sol devant lui.

Entendant Rosier, Alessa s'approcha de lui et s'agenouilla, scrutant sa main avec appréhension.

-Tu ferais mieux d'aller à l'infirmerie, dit-elle sans le plaindre.

-Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi, traître à ton sang ! Tu ne trompes personne avec ton histoire abracadabrante sur une famille de Sang Pur !

Au moins, il ne souffrait pas au point d'avoir perdu son acidité.

-… Tu ferais mieux de te méfier Rosier, dit-elle alors.

Il fronça les sourcils et elle fut également persuadée que Rogue la regardait.

-A trop agresser les personnes qui ressemblent le plus à des alliés pour toi, tu risques d'y laisser des plumes… Ou plutôt de la peau… sourit-elle sadiquement – elle fit du mieux qu'elle put – en jetant un œil à sa main tailladée.

Fronçant les sourcils, Rosier ouvrit la bouche pour répliquer, mais la jeune fille le devança et s'adressa à Rogue.

-Tu sais si Narcissa arrive bientôt ?

L'atmosphère sembla se détendre légèrement alors qu'elle changeait de sujet avec facilité. Et le regard de Rogue, vide, la scruta un instant.

-Lucius a insisté pour qu'elle parte avec lui.

Alessa ouvrit de grands yeux. Serait-elle rentrée pour les cours ? Et allait-elle bien, au moins ?

-…Je vois, répondit-elle, sachant que faire part de ses inquiétudes à Rogue ne lui vaudrait qu'une remarque acerbe et bien placée.

Elle se retourna et enjamba les pieds de Rosier, maintenant assis contre le mur.

-Mets au moins une mixture dessus pour que la blessure soit moins douloureuse, dit-elle d'une voix vide.

Puis, elle se retourna vers Rogue et attendit qu'il daigne lever les yeux vers elle. Elle était prête à attendre. Quelque chose avait changé. Elle ne craignait pas ses remarques à cet instant. Il lui avait montré, par sa réaction lorsqu'il s'était rendu compte de ce qu'il faisait à Rosier, une faiblesse qu'elle n'oublierait pas. Alessa voulait juste qu'il l'accompagne. Et la rousse ne voulait même pas savoir pourquoi elle avait cette envie…

Il fronça légèrement les sourcils. Ce dernier mois, elle l'avait tellement regardé, qu'elle avait l'impression d'avoir étudié un spécimen rare d'impassibilité. Et la récompense était sans doute de parvenir à déceler certaines émotions sur ce visage, pour d'autres, indéchiffrable.

-Les professeurs vont se poser des questions si en plus de Narcissa et Rosier, toi et moi sommes aussi absents au repas.

Elle l'attendit encore un instant, sachant qu'elle rêvait si elle pensait le voir courir immédiatement à ses côtés. Et enfin, il la rejoignit d'un air ennuyé. Même si elle tenta de ne pas le montrer, elle ressentit une satisfaction intense.

-Pourquoi étiez-vous en retard ? demanda-t-il alors qu'ils atteignaient l'étage supérieur.

Sa voix était vide de tout sentiment, mais elle sut qu'il était intéressé. Rogue n'abîme pas sa salive pour rien…

-Tu te moquerais, si tu savais, dit-elle en haussant les épaules.

Elle ne voulait pas lui donner des raisons de plus de la trouver grotesque. Et elle croisa son regard alors qu'ils poursuivaient leur avancée.

-Quoi ?demanda-t-elle devant ses yeux énigmatiques.

-Je me disais juste que ça ne serait pas très différent de d'habitude, dit-il en détournant à nouveau les yeux.

Elle fronça les sourcils, puis comprit qu'il voulait dire qu'il la trouvait toujours risible… Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais vit un très léger sourire sur les lèvres du garçon et resta quelques secondes la bouche ouverte, marchant sans regarder devant elle.

Et que se passe-t-il quand on ne regarde pas devant soi ? On ne voit pas les escaliers qui mènent du deuxième étage – par lequel ils étaient obligés de passer en ce moment lorsqu'il était passé 18h parce que les professeurs installaient les décorations de Carnaval – au premier.

Alessa eut à peine le temps de sentir que son pied ne sentait justement rien sous lui, qu'elle commençait sa chute dans les escaliers tournants.

C'est alors qu'elle sentit une poigne lui saisir le poignet et la tirer vers le haut de l'escalier.

Tremblante, elle ouvrit ses émeraudes, fermées par la peur et se perdit dans un noir intense. La bouche de Rogue se trouvait à moins de dix centimètres de la sienne. Quant à leurs corps, ils se frôlaient mutuellement. Elle n'osait plus bouger alors que de son regard étonné, elle fixait les perles noires du garçon face à lui. Il n'y avait rien sur son visage : aucun sentiment, aucun sourire, aucun signe de ce qu'elle devait faire ou pas. Mais ce qu'elle savait, c'est que elle-même ne voulait pas bouger.

Oui. Elle voulait rester là, juste contre lui.

La main du Serpentard tenait toujours le poignet d'Alessa. Il ne semblait pas s'en être rendu compte et la jeune fille ne s'en formalisait pas, au contraire. Mais que lui arrivait-il… ? Jamais elle n'aurait cru celui qui lui aurait prédit qu'elle en serait là, aujourd'hui. A s'intéresser au fait que Rogue la regarde ou pas. A le chercher des yeux. A vouloir rester près de lui. Jamais.

Elle ouvrit la bouche, sachant qu'un silence pesant amènerait Rogue à s'éloigner. Mais, finalement, elle savait que ce moment ne durerait pas éternellement…

-Où as-tu eu cette robe ?

Cette fois-ci, le froncement de sourcils fut net. Il sembla réfléchir à la réponse, calculant les bénéfices et les coûts de tel ou tel choix. Puis, il opta pour le retranchement.

Alors qu'il reculait d'un pas, elle sentit un immense froid l'envahir. Il ne la touchait plus… Alessa était inquiète, ses yeux reflétaient son angoisse. Mais, au fond, pourquoi était-elle soucieuse ?

Il s'était à nouveau fermé – en imaginant un tant soi peu qu'il se soit ouvert un instant. D'un visage impassible, il parla :

-Nous ferions mieux d'y aller. Ils vont se poser des questions.

Voix vide. Ton froid. Yeux glaciaux.

-Mais…

Il la dépassa et commença à descendre les escaliers.

-Attend !

Il ne se retourna pas, mais s'arrêta quelques marches plus bas. Elle paniquait et elle ignorait pourquoi. Elle voulait lui expliquer, lui dire qu'elle n'avait en rien voulu le blesser.

-Je voulais juste savoir…dit-elle en descendant les quelques marches qui les séparaient, d'où tu tenais cette robe. Je veux dire, s'embrouilla-t-elle, comment tu as pu…

-Comment j'ai pu posséder un objet aussi coûteux alors que, tout le monde le sait, Rogue est un nécessiteux ?

Il avait dit cela d'une voix calme, mais Alessa y avait senti le ressentiment. Comment avait-elle pu penser qu'elle ne le blesserait pas en parlant ainsi ? Comment avait-elle pu dire une chose pareille ? Pourtant, la raison était vraiment innocente.

-Je ne…

-Arrêtons-en là, dit-il en descendant les marches.

Mais…voulut-elle dire. Elle aurait même voulu dire beaucoup plus : qu'elle n'avait pas souhaité dire cela, qu'elle ne l'aurait jamais blessé consciemment, qu'elle ne posait pas la question en pensant cela, qu'elle ne le méprisait pas, qu'elle ne lui en voulait pas, qu'elle l'ai… qu'elle l'ai…

D'un geste lent, Alessa porta sa main droite à sa bouche, refermant par là même le trou béant resté depuis sa dernière pensée. Elle … quoi ?

C'est alors qu'elle fut bousculée et qu'elle dut se rattraper de justesse à la rambarde.

-Hey ! s'offusqua-t-elle.

-Pardon !

C'était Sirius Black. Il était dissimulé par une montagne de livres et cette image paraissait plus qu'étrange pour quiconque connaissait un tant soit peu le jeune homme.

Alessa soupira. Ce n'était pas son jour. Elle envoyait balader la dernière personne à qui elle aurait souhaité faire cela et Sirius Black daignait enfin lui adresser la parole.

-Eh, je te connais !s'écria-t-il.

Ce qu'il pouvait être expansif… Cependant, n'était-ce pas ce qui l'avait attirée chez lui au premier abord ?

-Oui, tu es la fille des toilettes.

Quelle réputation !

-Euh…James, oui c'est ça, Alessa James.

Sans qu'elle ne s'y attende, elle fut flattée qu'il se souvienne de son nom.

-Tu as besoin d'aide ?sourit-elle légèrement.

-Je ne dirai pas non, répondit-il en lui souriant également.

Ils se mirent donc à descendre les escaliers et tournèrent à l'angle du couloir.

-Tu es malade ?

-Pourquoi ?demanda-t-il, surpris.

-Si quelqu'un m'avait dit que je croiserais un jour Sirius Black avec plus de trois livres dans un couloir, je ne l'aurais pas cru.

Il rit et Alessa le trouva … pétillant de vie. C'était rare, ces derniers temps, dans son entourage.

-Un petit plan confidentiel, répondit-il d'un air mystérieux.

Elle se souvint alors du 'plan' prévu pour les toilettes une semaine plus tôt.

-Qui concerne Rogue ?

Il la regarda du coin de l'œil.

-Il y a des rumeurs qui courent à votre sujet…

-Quel type de rumeurs ?

-Disons, plutôt amoureuses.

Elle fronça les sourcils et fut embarrassée.

-C'est stupide !s'insurgea-t-elle.

Et pourquoi s'outrait-elle ?

-Je ne suis pas la source de ces rumeurs. La moitié de celles qu'on raconte sur les Maraudeurs sont fausses… finit-il en haussant les épaules.

Elle sourit. Ils atteignirent la Grande Salle à cet instant et ils se séparèrent.

-Eh !l'interpella Sirius alors qu'elle se dirigeait vers la table des Serpentards sous les regards curieux des autres élèves, ne comprenant pas comment un Serpentard et un Griffondor pouvaient se parler sans s'entretuer.

-Ca va mieux, tes crises ?

Comment pouvait-il savoir qu'elle en avait plusieurs ? Ils étaient plutôt intuitifs, ces Maraudeurs.

-Ca peut aller, répondit-elle.

-Je me suis trompé.

-A propos de quoi ?

-Tous les Serpentards ne sont peut-être pas si terribles, sourit-il en s'en allant.

Elle sourit légèrement et se rendit à sa table. Et alors qu'elle s'installait, seule, elle croisa le regard haineux de plusieurs Serpentards. Parler à un Griffondor était mal vu…

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Dimanche 15 février…

Alessa se trouvait à la bibliothèque. S'il fallait faire des recherches pour le Maître, mieux valait s'y mettre le plus tôt possible. Le problème était que ses devoirs semblaient s'amonceler tellement les professeurs leur en donnaient. Pourquoi fallait-il que la tradition veuille qu'on donne plus de travail aux 7ème année juste parce qu'ils étaient… des 7ème année ?

Soupirant, elle acheva de recopier du parchemin de Narcissa la deuxième partie du devoir de potions. Les jeunes filles s'organisaient le plus souvent, l'une faisant une partie, l'autre, la seconde.

Lors du règne sanglant, la cruauté verra arriver le Destin des damnés. Et alors que trois coups sonneront, la plus grande œuvre de l'éternité, le Présent acquerra dans son giron.

Etait-ce un oracle sûr ? Peut-être tout cela n'était qu'une invention. Mais le Maître ne croyait pas n'importe quoi… Cependant, peut-être aussi que Voldemort les faisait faire des recherches juste pour s'amuser.

Finalement, cela n'avait aucune importance. L'essentiel était qu'il fallait qu'elles trouvent la solution. Narcissa cherchait dans un énorme volume de Magie Ancienne, emprunté à la Réserve – la bibliothécaire était dans ses bons jours.

Son amie était revenue le mercredi matin, très tôt. Heureusement, aucune de leurs colocataires ne s'était réveillée.

-Le mieux serait qu'on se divise le travail, dit la blonde sans relever les yeux de son ouvrage. Je suppose que ce que représente le règne sanglant n'est un secret pour personne. Je propose que tu t'occupes du Destin des damnés et des trois coups. Quant à moi, je prendrai la plus grande œuvre et l'éternité. Lucius m'a proposé de me servir de sa bibliothèque personnelle. Je partirai donc souvent entre les cours.

Hochant la tête, Alessa sourit moqueusement.

-Quoi ?

-Tu l'appelles Lucius ?

Narcissa lui répondit d'un grognement, poursuivant sa tâche. Que s'était-il passé entre eux ? Qu'avaient-ils fait la nuit du 13 au 14 ? La rousse sourit d'avantage et entreprit d'aller chercher un livre sur le Destin dans les étages comprenant la lettre 'D'.

Alessa constata que les livres ayant pour thèmes le destin, l'avenir et l'Apocalypse prochaine étaient trop nombreux pour tous les étudier. Elle tendit le bras vers l'un des ouvrages se tenant un peu trop haut pour elle et fut prise d'une migraine subite.

Claquant brusquement sa main sur son front, la jeune fille crut qu'elle allait tomber tellement la douleur était insupportable.

Elle avait l'impression qu'on tentait de lui extraire tout ce que sa tête contenait sans même lui ouvrir le crâne.

C'était le troisième mal de tête de la journée. Il était impossible qu'elle continue comme ça.

Désormais, les crises comme celle qu'elle avait eu dans les toilettes se faisaient plus rares, comme si elles avaient déjà accompli leur mission. Mais les maux de crâne, les crampes, les douleurs intestinales et les vomissements étaient incessants. En outre, elle avait même perdu quelques cheveux et avait immédiatement concocté une potion – elle n'était pas un grand Maître des Potions, mais se débrouillait pour les plus simples – que les personnes âgées prenaient afin de maintenir encore quelques années leurs cheveux sur leurs têtes.

S'appuyant contre un mur, Alessa reprit son souffle du mieux qu'elle put. Montrer ses douleurs lui serait inutiles. Narcissa serait d'autant plus triste et l'infirmière ne saurait que faire sans qu'on lui dise d'où provenaient ces crises. Il était hors de question d'aller voir Dumbledore. Hors de question.

Passant sa main devant ses yeux, la jeune fille sourit tristement. Elle avait toujours détesté les peaux bronzées. Cependant, la blancheur de son épiderme était désormais aussi proche de la transparence que la peau des fantômes. Qu'y avait-il de surprenant ? Son sang ayant quasiment disparu, la jeune fille était ce que tous les médecins, sorciers comme moldus, appelleraient morte. Un être humain peut-il vivre sans son sang? Bien sûr que non, à moins qu'il ne détiennent le secret de l'Immortalité…

Il était d'ailleurs étrange que tout cela ne lui arrive pas plus tôt. Elle avait pris la potion précédente environ une semaine plus tôt et n'avait eu que quelques crises dans les premiers jours. Alessa doutait que Rogue n'y soit pour rien. Que lui avait-il jeté comme sorts… ?

Mais maintenant, le processus avait véritablement commencé. En effet, même Rogue ne pouvait aller à l'encontre de la volonté de son Maître. En outre, il ne le voulait certainement pas… Que se passait-il une fois le sang annihilé ? La peau blanche comme la mort, certes, mais ce n'était pas si invivable, après tout.

Alessa frissonna. Mais ensuite, la peau d'une personne décédée pourrissait et pour finir, la rousse devrait-elle vivre alors qu'elle aurait perdu toute apparence humaine… ?

Elle soupira. On n'en était pas encore là. Il lui restait un peu de temps. Mais si elle continuait à laisser couler comme elle le faisait en ce moment, que pourrait-il lui arriver de positif… ?

Il fallait agir, mais comment pourrait-elle penser gagner contre Voldemort ? Elle avait bien trop peur. Pour elle.

Alessa retourna s'asseoir et constata que Narcissa avait disparu. Un petit mot sur la table lui expliquait qu'elle reviendrait ce soir. La blonde n'était décidément pas souvent présente…

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