« Comment peut-on n'avoir
aucune cause de mécontentement
et dire que l'on est pas satisfait ? »
'L'orage rompu' Jacqueline Harpman
Déambulant sans but précis dans Poudlard, Alessa réfléchissait à tout ce que sa vie représentait. La conclusion n'en était pas vraiment positive…
Elle entendit des bruits de pas dans son dos et se retourna vaguement, se demandant qui pouvait se balader dans cette aile du château un dimanche de beau temps. Black et Potter.
-Eh, Alessa, la salua le jeune homme aux longs cheveux bruns.
-Salut. Tu as déjà fini de lire tous tes livres ? demanda-t-elle en souriant.
Pourquoi, lorsqu'elle parlait au garçon, se sentait-elle si… à l'aise ? Il avait le don pour que les gens se sentent bien, pour qu'ils voient la vie du bon côté.
-Je ne suis pas seul, sourit-il en désignant par là le reste de l'équipe des Maraudeurs qui l'avait aidé à lire les ouvrages.
-J'y vais, moi, lança Potter.
-Ah, oui.
Et Alessa vit que le regard de Sirius était perdu dans le vague.
-Ravi de t'avoir rencontrer autrement que dans les toilettes, lui lança le garçon à lunettes. Si tu me cherches, tu sais où me trouver Patmol.
Et il partit. Alessa haussa les sourcils en fixant Black, qui ne réagissait toujours pas.
-Où peut-il bien aller pour que tu aies l'air si abattu ?
-Je ne suis pas abattu, sourit-il en passant une main dans ses cheveux, reprenant pied avec la réalité du même coup. Et toi, que faisais-tu dans ce couloir de Poudlard ?
Elle haussa les épaules et ils marchèrent quelques instants, côté à côté. Par réflexe, elle porta sa main à sa tête douloureuse.
-Est-ce que tout va bien ?entendit-elle.
-Oui, ne t'en fais pas.
Mais, apparemment, son sourire ne trompait personne. Elle changea donc subtilement de sujet.
-Dis-moi. D'où tenez-vous vos surnoms ? Par vous, j'entends les Maraudeurs, expliqua-t-elle.
-Oh…sourit-il énigmatiquement. Disons qu'ils représentent une certaine partie de notre personnalité.
-Et donc, dit-elle amusée, toi, c'est Patmol et James, Cornedrue. Mais et Remus et Peter ?
-Remus, c'est Lunar. Et Peter, Queudver.
Alessa grimaça. Si Lunar était assez mignon, Queudver l'était beaucoup moins.
-Quelle imagination.
-On nous a aidé, répondit le jeune homme.
Une silhouette sombre les fit lever les yeux devant eux. Rogue. Le cœur d'Alessa manqua un battement alors qu'elle croisait son regard vide et noir. Pourquoi se sentait-elle embarrassée qu'il la voit parler avec Sirius ? 'Peut-être parce que tu passais ton temps à l'observer avant' lui répondit une petite voix sarcastique dans sa tête. Il était vrai que l'année dernière encore, il n'était inconnu pour personne que Alessa James contemplait Sirius Black. Pourquoi la discrétion n'avait-elle jamais été son fort ?
Il s'était arrêté et les scrutait encore calmement. Elle sentit le regard de Black les regardait alternativement. Puis, bien entendu, il s'adressa à Severus :
-Ne fais pas cette tête, Rogue, tu risquerais de me faire croire que tu es malade.
Alessa savait bien que, par là, il entendait que jamais le visage du Serpentard ne changeait et que, donc, il ne pourrait jamais leur laisser entendre quoi que ce soit.
-Je sais qu'elle est à toi. Je me contente de lui parler.
La tension sembla monter d'un cran alors que Sirius, souriant machiavéliquement, s'approchait de l'autre, s'arrêtant juste à sa gauche. Et tandis qu'il fixait le profil de Rogue, Sirius acheva dans un murmure :
-Mais ne traîne pas trop. D'après la rumeur, elle ne laisse pas insensible…
Puis, il s'éloigna après avoir salué la jeune fille.
Severus n'avait rien dit de toute l'altercation et Alessa savait que c'était tout sauf bon signe. Peut-être devait-elle rompre ce silence ? Mais que devait-elle dire ? Pourquoi, dans les moments où justement l'on a besoin de trouver quelque chose à dire, on ne trouvait jamais rien ?
-On dirait que tu es vite retombée sur tes pieds, dit-il alors, sans qu'elle ne comprenne ce qu'il voulait dire.
-Quoi ?répondit-elle d'une petite voix.
Mais il ne s'expliqua pas et la croisa en l'ignorant totalement. Elle aurait voulu le retenir et quand elle le vit passer à côté d'elle, son bras se leva instantanément. Mais pas assez loin pour le toucher. Pas assez volontaire pour l'arrêter. Elle abandonna et soupira lourdement.
Depuis l'autre jour, elle avait passé et repassé dans sa tête ce qu'elle avait failli s'avouer : Serait-il possible qu'elle aime Severus Rogue ? Il était vrai que depuis qu'elle le regardait évoluer, jour après jour, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver… attirant.
Attirant parce qu'elle aurait voulu savoir d'où il tenait ce charisme qui lui permettait d'être le favori de Lord Voldemort. Parce que, depuis cette année, il semblait calme et en accord avec lui-même. Parce qu'il ne semblait pas ressentir la peur. Parce qu'il paraissait souffrir atrocement derrière son masque d'impassibilité. Parce qu'elle le trouvait touchant. Parce qu'elle aurait voulu être à nouveau aussi proche de lui que la fois où elle l'avait touché, dans le couloir. Parce que… Parce que… Il y avait encore tant de raisons. Des raisons qu'elle n'aurait jamais cru pouvoir ressentir pour un être comme Severus Rogue.
Et puis, elle ne devait pas rêver. Elle était bien consciente que jamais une personne comme elle n'intéresserait le jeune homme.
Les rumeurs qui couraient ne signifiaient rien si celui qui en était la cible y était insensible. Elle se remit en marche et décida de poursuivre ses recherches. De quoi aurait-elle l'air si Narcissa, grâce à la bibliothèque personnelle de Malefoy, avait découvert la signification de tout ce qui faisait l'objet de ses recherches ?
Tous ces gens si talentueux qui lui mettaient la pression…soupira-t-elle intérieurement. Pourquoi n'avait-elle pas pu être tout simplement créée aussi parfaite qu'eux ?
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Mercredi 18 février…
-Alessa… Alessa…
Grognant, la jeune fille se réveilla sous les petites secousses de son amie.
-Quoi ? coassa-t-elle. Il est quelle heure ?
-5h30.
Ouvrant un œil, elle râla :
-Mais il me restait encore plus d'une heure !
-Ecoute-moi, dit calmement son amie en souriant moqueusement.
Elle était encore habillée. Apparemment, elle avait encore découchée…
-J'ai fait des découvertes très intéressantes.
Intriguée, la rousse se redressa dans son lit alors que Narcissa se plaçait bien face à elle, déjà assise.
-La grande œuvre de l'éternité, murmura-t-elle pour ne pas éveiller les autres, semble être liée à un homme, Nicholaï James.
Un silence naquit. Nicholaï James… Son père… Alessa fronça les sourcils et ouvrit la bouche, prête à l'interroger, mais Narcissa posa deux doigts sur ses lèvres froides.
-Allons plutôt en discuter dans la Salle Commune.
Les deux amies se levèrent en silence et Narcissa se rendit la première dans la Salle, attendant que Alessa se change.
Une fois installées confortablement dans les meilleurs fauteuils de la Salle, Narcissa débuta son discours.
-Cet homme, Nicholaï James, c'était bien ton père, n'est ce pas, Alessa ?
-…Qu'a-t-il à voir dans la prophétie de Voldemort ? Je veux dire… Il est mort maintenant…
Elle avait baissé les yeux et scrutait le feu avec amertume. Si le Maître l'avait chargé de découvrir le sens de ce présage, c'était pour qu'elle souffre d'autant plus d'y voir apparaître le nom de son père…
-Lucius possédait un ouvrage n'existant qu'en deux exemplaires qui décrivait l'histoire de l'évolution des découvertes sur l'Immortalité. D'après ce dernier, ton père… aurait inventé un filtre très puissant permettant aux êtres humains de vivre éternellement.
-Pas tout à fait, répondit la rousse. Eternity permet de vivre beaucoup plus longtemps. De combien d'années vieillissez-vous pendant que, nous, nous ne prenons qu'une année ? Je l'ignore. D'après mon père, c'était assez aléatoire. Cela dépendait de la corpulence, des anomalies sanguines… En tout cas, Eternity ne rend pas véritablement immortel.
Après un silence, Narcissa reprit :
-Donc la grande œuvre du Présent, ce serait ce filtre. C'est la raison pour laquelle le Maître te fait boire toutes ces potions, non ?
-Oui.
-Il veut voir jusqu'où le filtre de ton père est puissant. Et ensuite, il tentera de l'extraire. Le pourrait-il ?
-Une potion d'extraction n'est pas très compliquée à réaliser…
-Mais enfin, Alessa. Ton père est mort et …
-…et s'il avait bu la potion, comment a-t-il pu mourir ?
-Oui et surtout, comment la potion peut-elle encore se trouver dans ton sang alors que, si celui qui l'avait bu est mort, il avait dû l'extraire de son corps.
Alessa fixa intensément la blonde.
-Je dois te raconter une histoire, Narcissa. L'histoire d'un homme qui aimait ses enfants plus que tout et qui est mort pour les protéger.
Le vent soufflait rageusement sur la petite colline où s'élevait la colossale demeure des James.
D'apparence morose et effrayante, le château détenait pourtant une chaleur illimitée.
Une adorable fillette blonde trottinait dans le hall, attendant vraisemblablement quelque chose. Elle portait une petite robe bleue ornée de longs lacets dorés, volant au gré de ses mouvements. Elle était adorable et ce qui intriguait encore davantage était le vert intense de ses yeux inquisiteurs. On aurait dit qu'elle pouvait voir à travers chacun des murs.
Dans un silence presque inquiétant, une petite porte, dissimulée par une tapisserie dense sous l'éminent escalier de marbre, s'ouvrit lentement. Au premier abord, l'obscurité provenant de la pièce secrète empêchait de distinguer quoi que ce soit. Mais, sans crainte, la petite fille fit plusieurs pas en direction de l'ouverture.
C'est alors qu'on put voir qu'une autre jeune fille, un peu plus âgée, se tenait dans l'embrasure, un doigt sur les lèvres pour encourager la blonde au silence. Enfin, la plus grande fit un pas sur le côté, cédant le passage à la plus jeune, tout en jetant un coup d'œil au hall gigantesque. La seconde habitante des lieux était dotée de très longs cheveux roux bouclés et avait des yeux d'un vert éclatant.
La petite porte donnait en réalité sur des escaliers de pierres grises et râpeuses. Une fois la dernière marche passée, on pouvait lire, gravée dans la pierre, une inscription apparemment vieille de plus d'un siècle :
« …Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes. »
Comme à chaque passage, les yeux des deux jeunes filles s'arrêtèrent sur ce verset. Puis, dans un même mouvement, les deux regards verts furent attirés par la seule source de Lumière, provenant de l'embrasure d'une seconde porte, à la droite de l'escalier.
Une silhouette humaine massive et chaleureuse tendait les bras dans leur direction. Et la plus jeune se mit à courir pour finalement se jeter dans les bras de l'homme.
-Ma fille… Comment vas-tu ?
-Pourquoi tu te caches, papa ? sanglota la blonde, désormais surélevée dans les bras de son père.
Après un coup d'œil complice et sérieux entre l'homme et la rousse, celui-ci répondit :
-Ce serait très long à expliquer, Lilith, mais je te promets que bientôt, tu ne seras plus forcée de mentir à Elinor.
Il déposa la dénommée Lilith par terre et s'approcha d'un chaudron en ébullition alors que la jeune fille la plus âgée, restée jusque là dans l'ombre du couloir menant à l'escalier, faisait un geste brusque et incontrôlé du bras droit.
-Mais que faisait ton père dans cet endroit lugubre ? Pourquoi se cacher dans sa propre maison ?
-Cet endroit était en réalité d'anciens souterrains qu'utilisaient les Rois précédents lorsqu'ils devaient fuir. Mon père avait toujours connu leur existence, mais il ne les avait découverts que récemment.
-Cela tombait apparemment bien car, à ce que j'ai compris, vous tentiez de dissimuler quelque chose à ton frère.
-Oui…
Alessa jeta un regard amer au feu.
-Mon père soupçonnait Elinor de nous avoir trahi.
Elle ancra son regard dans celui de Narcissa et poursuivit :
-D'avoir passé une alliance avec Lord Voldemort et de lui avoir promis Eternity.
Qu'il était étrange d'à nouveau prononcer son nom alors que depuis plus de deux ans, la rousse s'était vue contrainte d'appeler Voldemort, 'Le Maître'.
-… Mais tu n'étais pas d'accord avec lui…murmura la blonde en croisant le regard de son amie.
-Non.
-Alessa, passes-moi les Larmes d'Iphigénie.
D'un geste précis, la rousse glissa dans la main de son père une petite fiole emplie d'un liquide noirâtre. Les deux plus âgés se situaient chacun d'un côté du chaudron, le fixant avec concentration. La plus jeune était assise sur une table, à environ un mètre d'eux et paraissait trop sérieuse pour une fillette de son âge.
-Père…commença Alessa. Etes-vous certain de vouloir… ?
-Nous en avons déjà parler, Alessa, le coupa Nicholaï James de sa voix chaude et forte.
-Mais je ne peux le croire ! Il s'agit de mon frère… il s'agit de ton fils !
Une fiole explosa non loin d'eux et la rousse se tut, tremblant légèrement.
L'homme était appuyé sur le chaudron et ne semblait plus respirer. Une tension impalpable grimpait dans la petite pièce uniquement éclairée de bougie en ivoire. Chacun des murs semblait fondre sous les ombres glissantes des flammes.
Puis, Nicholaï reprit la parole d'un ton beaucoup plus contrôlé :
-Alessa… Ai-je déjà déçu ta confiance ?
-…
Une larme ruissela sur la peau d'enfant de la jeune fille.
-Crois-tu que je déshonorerai mon fils si je n'étais pas certain de ce que j'avance ? Elinor s'est perdu et il me faut aller le chercher. Pour ce faire, je ne peux prendre le risque d'emmener Eternity.
La rousse hocha la tête, les joues désormais emplies de pleurs.
-Mais papa ?
-Oui, Lilith ?
-Qu'est ce qu'on est censé faire, nous ?
D'un geste délicat, l'homme s'approcha de sa fille et lui caressa la joue en s'agenouillant près d'elle.
-Ta sœur et toi devrez prendre grand soin d'Eternity. Vous devrez la considérer comme le plus beau de vos trésors. Tu pourras faire ça ?
-Ne t'inquiète pas, papa. Tu peux aller aider Elinor tranquille. Alessa et moi, on est assez grande pour protéger Eternity des méchants.
L'homme sourit avec affection à la petite fille, puis se dirigea à nouveau vers le chaudron.
-Pourrai-je également compter sur ton aide, Alessa ?
-…Bien sûr…
-Ce que vous étiez en train de réaliser était donc une potion d'extraction… parla Narcissa, plus pour elle-même.
-Oui. Tu as la réponse à ta première question. Mon père a pu mourir, tout simplement parce qu'il n'était plus protéger par Eternity.
-Cette potion est véritablement extraordinaire.
Et ce fut bien l'une des seules fois où Alessa vit Narcissa un tant soit peu étonnée.
-Elle ne permet pas seulement de vivre beaucoup plus longtemps. Elle préserve de la mort, qu'elle soit provoquée par la vieillesse, la maladie ou un Avada Kedavra…
-Ce n'est pas toujours bénéfique. La dernière potion de Voldemort aurait déjà dû me tuer. Malheureusement, Eternity l'en empêche.
-Malheureusement ?
-Parfois, tu me rappelles un peu trop les idées du Maître, Narcissa.
Et le regard de la blonde changea de direction pour se poser sur les flammes rougeoyantes du feu de la Salle Commune. Alessa regretta d'avoir dit cela. Elle était encore très touchée par la dévastation de la famille et devoir en parler la blessait. Surtout que la seule responsable était Eternity…
-La Mort me semble parfois pouvoir être une libération… Et je n'ai même pas le choix…
-Tu détiens Eternity, chuchota alors la future épouse de Malefoy.
-Pourquoi ne pas attendre ton retour ?
-Parce qu'il ne faut pas prendre le risque qu'il vous arrive quelque chose, à Lilith, Elinor et toi.
-Mais si je prends Eternity, elle fonctionnera sur toi aussi.
-Eternity rend immortel celui qui la boit et ceux qui ont dans leurs veines le même sang qui coule. Lilith, ton frère et toi, Alessa, avez le même sang. Pas moi. Car, dans mes veines ne coule pas la partie du sang que votre mère vous a léguée.
La jeune fille scrutait le filtre que lui tendait son père avec réticence. Tous deux se trouvaient dans le 'laboratoire' comme les deux fillettes avaient pris l'habitude d'appeler les souterrains. Cela faisait trois jours que la potion d'extraction avait été réalisée et il était temps pour Nicholaï James de partir sauver son fils.
-Pourquoi ne pas essayer de simplement parler à Elinor ?
-Alessa ! gronda son père.
-Mais s'il avait véritablement changé de camp, il ne continuerait pas à vivre ici, avec nous. Il travaille, tu le vois toi-même. Il ramène de l'argent.
-L'argent peut venir de n'importe où, Alessa.
-Non… gémit-t-elle.
Son frère, sa moitié… Pourquoi ne ressentait-elle rien ? C'était impossible.
-Père, je ne peux le croire. J'ai pourtant confiance en ton jugement. Mais…
-Alors, ne me crois pas. Mais bois.
-Tu veux dire que…
-Que c'est moi qui détiens Eternity, oui.
-Donc, le Maître ne fait pas seulement des tests sur toi, il veut prendre la potion. Comment se fait-il qu'il ne puisse pas l'extraire ?
-Il a essayé, lorsque je suis entrée dans ses rangs. Mais mon père a été plus malin et a ancré Eternity d'un sort de Magie Ancienne. Je ne le connais pas et ne sait pas comment l'ôter.
-Il empêche les potions d'extraction de fonctionner ?
-Oui.
La blonde se tut, semblant réfléchir et Alessa commença à se ronger les ongles avec nervosité. Elle avait promis à son père de n'en parler à personne… Mais Narcissa était une personne de confiance, elle pouvait donc passer outre cette promesse juste pour elle.
Alors pourquoi ne lui avait-elle pas parlé du fait que si la potion d'extraction de Voldemort ne fonctionnait pas, ce n'était pas parce que le breuvage avait mal été réalisé, mais parce que le sort de Magie Ancienne que son père avait jeté sur Eternity empêchait quiconque ayant des mauvaises intentions de lui extraire l'invention ?
En réalité, seule la volonté profonde de Alessa de vouloir l'extraire pouvait rompre le charme jeté par Nicholaï James…
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La journée avait été morose et malsaine. Il faisait lourd, mais il pleuvait également. Alessa aimait pourtant la pluie. Cela l'apaisait. Mais elle détestait plus que tout la chaleur. Surtout que ces derniers temps, une impression de mal être résidait en elle. Des maux de ventre et de tête la poursuivaient continuellement. Sa peau était blanche comme la neige et les crises nocturnes l'empêchaient de dormir profondément.
-Miss James, veuillez vous concentrer, dit la voix morne du professeur Binns.
Sans s'en rendre compte, la jeune fille était presque tombée endormie sur son banc. Cela faisait longtemps que le Maître ne les avait pas réunis et cela était de très mauvais augure. Certainement attendait-il le mariage avec impatience…
C'est les larmes aux bords de ses yeux fatigués que Alessa quitta le cours d'Histoire de la Magie.
-Tout va bien ?
La voix de Sirius Black la fit reprendre pied avec la réalité.
-Ca peut aller.
-Tu me réponds souvent ça, sourit-il malicieusement.
-Et toi, tu prends trop souvent cet air inquisiteur, rit-elle. Tu ne risques pas de donner envie aux gens de se confier à toi.
-C'est certainement pour cela que c'est toujours par l'intermédiaire de Remus que James et moi recevons les secrets des autres.
Elle rit et se sentit légèrement mieux.
-Tu n'es pas avec ta petite troupe ?demanda-t-elle.
-Remus a un rendez-vous de 'préféture', répondit-il pompeusement et Peter est en retenue. Sa potion a encore explosée… soupira-t-il d'un air désabusé.
-Et je suppose que James Potter est avec Lily Evans.
-Ouais… répondit-il Sirius d'un air à nouveau perdu dans le vague.
Alessa fronça les sourcils et il lui rendit un petit sourire.
-Les choses ne se passent pas toujours comme on le voudrait, n'est ce pas ?
Souriant tristement, la jeune fille hocha la tête.
-Tu veux que je te montre un endroit ? demanda-t-il.
-Euh…
-A moins que tu aies prévu quelque chose, sourit-il en regardant Rogue tourner à l'angle du couloir.
-Non !
-Ah…soupira-t-il à nouveau d'un air blasé et las, ce n'est pas demain la veille que ça avancera entre vous si tu attends que ce soit lui qui fasse le premier pas. Servilo est bien trop douillet.
-Bien, montre-moi cet endroit, sourit-elle.
Et alors qu'ils se dirigeaient vers les escaliers menant aux étages supérieurs, ils poursuivirent leur conversation.
-Pourquoi êtes-vous toujours aussi méchants avec Rogue ?
Devant l'air choqué de Sirius, elle rougit et se dit qu'elle devrait réapprendre à être sociable.
-Je ne dirais pas que nous sommes méchants, répondit-il en lui ouvrant galamment une porte. Enfin, en tous cas, plus depuis cette année. Au contraire, on ne la pas tellement embêté le Servilo ces derniers mois. Avant, nous étions jeunes et stupides. Lui non plus n'a pas toujours été délicat.
-Je me souviens, oui. Mais qui a commencé cette stupide bataille ?
-Je ne pourrais pas répondre à cette question et si tu la poses à James ou à Rogue, ça sera pareil, je crois. Nous nous sommes tellement battus que nous ne connaissons même plus l'origine du conflit.
Elle ne répondit rien, sachant que lui-même savait que tout cela était bien pitoyable. Pour les uns comme pour les autres.
-Dis ? Tu m'emmènes où ?demanda-t-elle, essoufflée.
-Plus très loin.
Et en effet, quelques secondes plus tard, ils atteignaient la tour de l'aile ouest. En réalité, ils se trouvaient sur le toit à côté de la tour. La vue était magnifique. La pluie avait cessé, mais les alentours restaient entièrement brillants d'eau fraîche et éclatante.
Tous deux s'assirent sans gêne sur un muret empli d'eau.
-Dis-moi, James, lança-t-il.
Il l'appelait par son nom, maintenant ?
-Tu aimes, Rogue ?
Elle fut prise de court et dut se rattraper au garçon pour ne pas tomber en arrière. Il rit, de ce rire qui ressemblait tant à un aboiement. Elle se demandait encore comment elle avait pu le trouver prétentieux. Mais finalement, n'était-ce pas l'une des raisons pour lesquelles il la faisait rêver, l'année dernière encore ?
-Et toi, Black. Tu aimes Evans ?
Un silence s'abattit alors sur les deux étudiants. S'il avait eu une couleur, ce silence aurait été aussi blanc que la neige. Mais aussi brûlant que le soleil et aussi épineux qu'un oursin.
-Je suis étonné. Alors qu'aucun de mes proches n'a jamais rien remarqué, c'est une Serpentard qui vient me dire cela.
-Parfois, les gens qui sont trop proches de toi ne parviennent plus à te voir objectivement.
Le jeune homme semblait triste et cet air sérieux lui était plus qu'inhabituel. La jeune fille tenta maladroitement de changer de sujet, mais il sourit et reprit la conversation précédente en la regardant, cette fois.
-Si tu réponds à ma question, je te le dis.
Elle inspira profondément.
-Je ne sais pas si j'aime Rogue. Mais le fait qu'il ne me parle plus me blesse profondément. Est-ce que cela signifie que je l'aime ?demanda-t-elle, angoissée.
-Je l'ignore.
Elle hocha la tête et lui dit que c'était à son tour.
-Oui, j'aime Lily. Je pense que mes sentiments ont commencé à naître en même temps que ceux de James. Seulement, ce n'est pas moi qu'elle a choisi.
Un silence naquit. Cependant, tous deux semblaient libérés d'en avoir parlé. Même si cela ne les avait pas aidé d'un poil…
Un grincement de porte les fit se retourner et Alessa reconnut le nouvel élève, Harry Matthew ou quelque chose comme ça.
-Hey…dit-il calmement. Je ne savais pas que vous étiez là. Que faîtes-vous ? lança-t-il avec espièglerie.
-Il me rappelle quelqu'un…lança Alessa, ce qui fit sourire Sirius.
-Je te présente, Alessa James, dit Black. Alessa, voici Harry Matthew. Il est nouveau, tu as dû remarquer son arrivée.
-Oui… Juste le lendemain où…
Puis elle s'arrêta, fixant Harry avec à la fois de la curiosité, de l'avidité, de la stupéfaction et de la méfiance. Quant au nouveau, il semblait comprendre où elle voulait en venir. Il avait été déclaré nouvel élève le lendemain de son arrivé. C'est-à-dire le lendemain de son altercation avec Severus. Alessa James était présente, il s'en souvenait…
-Le lendemain ?demanda Sirius, perplexe.
Harry ne dit rien et lui et la jeune fille se regardaient toujours les yeux dans les yeux.
-Le lendemain … du jour où j'ai perdu ma montre.
-Oh…lança Black désintéressé.
Matthew fit mine de rien, mais elle vit l'étonnement sur son visage fin.
Cela faisait plus d'une heure qu'ils parlaient sur le muret du toit de la tour de l'aile ouest et Alessa commença à gigoter nerveusement. Il lui fallait un plan pour partir de là, mais étant donné que son prochain cours était Potions et que les Griffondors et les Serpentards étaient ensemble, il serait difficile pour la jeune fille de leur trouver une excuse valable.
Alessa ne cessait de passer et de repasser sans cesse dans sa tête ce qu'elle pensait être une découverte: Il était arrivé le lendemain de l'altercation entre Potter et Rogue… dans le couloir du 2ème étage… Le tableau… 'Destin'… Serait-il possible que ce tableau ait quelque chose à voir avec la prophétie ? Mais 'verra arriver le Destin des Damnés'… Comment le Destin pourrait-il venir rendre visite au passé ?
La jeune fille dévisagea le profil du nouveau alors qu'il riait de bon cœur aux côtés de Sirius Black. Serait-il possible que… ? Cette ressemblance avec James Potter… Le fait qu'il se trouve justement dans ce couloir… Connaissait-il le présage ? Etait-il là pour cela ?
'Lors du règne sanglant, la cruauté verra arriver le Destin des damnés. Et alors que trois coups sonneront, la plus grande œuvre de l'éternité, le Présent acquerra dans son giron.'
A force de se répéter l'augure, la rousse le connaissait sur le bout des doigts. Qu'est ce que le Destin avait à voir dans le fait que le Présent acquière Eternity ? Alessa ne comprenait décidément rien. Elle avait l'impression que la première et la seconde phrase n'avaient aucun lien entre elles et cela était plus qu'étrange.
Le Destin comptait-il aider Voldemort à acquérir Eternity ? Mais pourtant Harry ne semblait ni la connaître, ni faire quelque recherche sur l'Immortalité. Elle l'aurait vu à la bibliothèque étant donné que ces derniers temps, elle y était sans cesse. Et pour combien de temps serait-il là ? Avait-il un délai ou juste le devoir d'exécuter sa mission ?
La jeune fille se méfiait de plus en plus de ce garçon aux cheveux blonds. C'est alors qu'il se leva et se dirigea vers le bord du toit. Il semblait regarder le paysage.
-Je dois aller chercher mon chaudron, lança alors Sirius. On se rejoint en Potions ?
La jeune fille accepta et regarda le brun sortir sans que le blond ne l'ait remarqué. Il poursuivait son avancée le long du bord en regardant par delà la forêt. Au bout d'un moment, la jeune fille ne pouvait plus le suivre de yeux, le jeune homme étant passé derrière la tour passant à travers la toiture où ils se trouvaient.
Et son intuition lui dit d'aller voir. Que quelque chose clochait. Que quelque chose se passait. Elle se leva discrètement et se dirigea vers la tour, la contournant sans difficulté.
Ce qu'elle vit la fit froncer les sourcils : Harry Matthew tenait une fiole à la main et semblait l'avoir vider une seconde plus tôt à peine. Alors, ce serait bien lui… Ce serait la raison pour laquelle il devait boire du Polynectar très souvent.
Alessa était totalement perdue dans ses pensées et ne remarqua pas immédiatement que le jeune homme se retournait. Ils se fixèrent longuement. Lui, la fiole toujours en main et le regard légèrement anxieux. Elle, l'une des mains appuyée sur la tour, angoissée.
Et, alors qu'elle se serait attendue à tout sauf à ça, il sourit en jetant un regard sur le côté.
-Je suppose que, de toute façon, il était temps que je vienne te parler. J'ai suffisamment repoussé l'échéance…
-Je ne comprends pas…se défendit-elle avec méfiance.
-Pouvons-nous parler sans que tu aies sur le visage cette grandissante envie de fuir ?
Il souriait toujours, mais semblait légèrement triste. Apparemment, il devait lui parler depuis un bout de temps. Mais pourquoi… ?
-Je propose que nous recommencions depuis le début, dit-il en tendant la main vers elle. Je m'appelle Harry, Harry Potter.
Alors, elle avait eu raison ! Mais pourquoi se présentait-il à elle ? Pensait-il réellement qu'elle était une adepte de confiance envers le Maître ? Et comment était-il atterri à Griffondor ? Et pourquoi avait-elle envie de lui faire confiance… ?
Son mal de tête refaisait surface à vive allure et elle décida de réfléchir posément sans paniquer – ce qui n'était vraiment pas son fort.
-D'où viens-tu ?
Le jeune homme avait baissé la main qu'elle n'avait pas serrée et lui répondit brièvement.
-De ton avenir. Mais aussi de l'avenir de Sirius et même de celui de Rogue…sourit-il d'un air désabusé. Mais je suppose que tu devais l'avoir deviné.
Alessa fut angoissée de remarquer qu'elle l'avait deviné, oui, mais qu'elle venait en réalité de le découvrir une dizaine de minutes plus tôt. Etait-elle si longue que cela à la détente ?
Harry se dirigea vers le bord et s'y installa, la regardant patiemment. Attendait-il qu'elle lui pose des questions ? Il fallait qu'elle se méfie. S'il était un partisan de Voldemort, il ne se gênerait pas d'aller lui raconter toutes les bavures de la jeune fille.
-Et pourquoi t'a-t-Il envoyé ici ?
-…IL ?
C'était la première fois depuis qu'elle l'avait surpris occupé à vider cette fiole qu'il semblait désappointé.
-Ne fais pas l'innocent. Nous savons tous deux pourquoi tu es là.
Elle tentait d'avoir l'air calme, mais au fond, la rousse était très soucieuse. Elle aurait voulu pouvoir s'approcher de la porte. Mais finalement, en quoi cela lui aurait-il servi s'il comptait tout raconter au Maître ?
-Je ne comprends pas…s'excusa-t-il posément.
Il semblait avoir l'habitude qu'on ne le croit pas car il tenta de s'expliquer sans rechigner.
-En réalité, je ne peux t'en révéler beaucoup sur l'avenir, le professeur Dumbledore me l'a fait promettre.
-Tu es en contact avec Dumbledore ?
-Euh...C'est lui qui m'a envoyé.
Puis son visage se ferma.
-Qui entendais-tu, toi, par 'Il' ?
Des frissons lui parcoururent le bras droit. Serait-il possible qu'elle se soit trompée ou alors jouait-il avec elle ? Dieu que c'était stressant…
-Et comment Dumbledore aurait-il pu entrer en contact avec toi pour te faire venir ici ? Je te signale qu'il se vante de ne jamais jouer avec le futur ou le passé car 'ce qui est fait est fait et ce qu'il faut faire maintenant, c'est tirer des leçons de nos erreurs', cita-t-elle mot pour mot du discours du début d'année du vieil homme.
-Tu sais, Dumbledore existe aussi à mon époque. Alors il n'a pas dû me contacter du passé.
Alessa rougit devant l'évidence.
-Et je pense qu'il n'a pas trahi ce qu'il vous a dit. C'est juste qu'il pense qu'il faut l'appliquer à soi-même. C'est pour cette raison qu'il n'est pas venu ici lui-même…enfin c'est l'une des raisons.
-Et toi ?
-Je n'ai pas le courage et la sagesse de Dumbledore. J'ai de suite accepté – comme il s'en doutait – et j'ai dû lui promettre de ne pas vouloir changer le passé autrement qu'en ce qui concerne ma mission.
Il parlait du directeur avec tellement de respect… Alessa se sentit mal à l'aise. Soit il était avec le Maître et elle devait se méfier, soit il était avec l'ennemi de son Maître et … elle devait se méfier.
-Et quelle est ta mission ?
Peut-être Dumbledore voulait-il empêcher qu'Eternity appartienne à Voldemort ? Peut-être s'était-il rendu compte trop tard que Alessa ne viendrait pas le voir pour lui donner Eternity et qu'il avait dû agir en conséquence à partir du futur.
-Je l'ignore.
-Vraiment ?demanda-t-elle narquoisement.
L'influence de Rogue…grimaça-t-elle intérieurement.
-Tu connais le directeur…
'Non' se dit-elle sans l'interrompre.
-…il n'est pas du genre à nous mâcher le travail et je sais seulement qu'elle concerne… - il hésita – Rogue…
-Et que lui veux-tu ?
-Moi, rien, si je le pouvais. Mais j'ai promis de tout tenter…
Il ne semblait pas l'apprécier et Alessa se méfia d'autant plus. Qu'avaient-ils tous contre Rogue ?
-En tous cas, ce n'est pas pour lui nuire… Dumbledore ne voudrait jamais porter atteinte à Rogue… Au contraire, fit Harry d'un air blasé.
-Et tu ne sais pas ce qu'il lui veut ?
-J'ai soixante jours… Enfin, moins maintenant… Pour apprendre comment l'aider et surtout en quoi il a besoin d'aide et pour le soutenir.
Alessa était plus que douteuse et il sembla le voir.
-Je pense que ça a un rapport avec toi.
-Pourquoi ? s'étonna-t-elle.
-Une intuition… C'est stupide, n'est ce pas ? ria-t-il doucement.
Elle était mal placée pour lui répondre par l'affirmative vu que dix minutes plus tôt, elle avait suivi son instinct pour suivre Harry derrière la tour. La jeune fille tenait à continuer à se méfier, cependant, elle ne pouvait expliquer pourquoi elle n'y parvenait pas totalement. Il paraissait tellement …honnête. Et surtout, il s'agissait du fils de James Potter. Ce n'était pas le genre à devenir un allié du Maître… Enfin… On pouvait s'attendre à tout, elle ne connaissait pas l'avenir, après tout.
-Si tu veux, je peux te montrer quelque chose qui te permettra peut-être de me croire.
La jeune fille hésita. Mais finalement, que craignait-elle ?
-Bien.
Quelques minutes plus tard – ils avaient parcouru plusieurs étages en silence – le Griffondor et la Serpentard se trouvaient dans le couloir du 2ème étage, face au tableau représentant l'étrange sorcier à la main tendue.
-Tu veux dire que c'est de 'là' que tu es venu ?interrogea-t-elle, incertaine.
-Je sais que ça peut paraître invraisemblable.
Et le jeune homme posa sa main sur le tableau qui vibra quelques instants sous une lumière bleutée.
Ouvrant de grands yeux, Alessa recula d'un pas, mais plus aucune trace de méfiance ne se dessinait sur son visage.
-Comment ?
-Je l'ignore. Ca fait ça à chaque fois que je le touche. Je ne sais pas si c'est bleu pour ceux qui viennent du futur et d'une autre couleur pour les autres ou si cela n'a aucun rapport… En vérité, je ne sais pas grand-chose…
La rousse tendit la main, hésitante. Quelque chose l'avait toujours attirée dans ce tableau. Elle voulait le toucher, elle voulait caresser de ses doigts le cadre doré du tableau. Les sculptures, vues de si près étaient très étranges : des centaines de mains formaient des formes curieuses. Alessa n'eut pas l'occasion d'y réfléchir plus car elle avait déjà posé sa main sur la reliure du tableau.
…
