« Se peut-il que le bourreau nous manque
quand il nous quitte ? »
'L'orage rompu' Jacqueline Harpman
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-Alessa… Mon enfant… Ouvre les yeux…
Tremblante, la jeune fille avait ressenti une très désagréable secousse. La sensation était proche de celle ressentie lorsque l'on utilisait un Portoloin, mais avec moins de douceur. Ses yeux verts s'étaient clos sous la terreur et, une fois ses pieds rétablis sur un sol bien solide, elle avait attendu le moindre changement.
-Ma fille…
Cette voix… Une main se posa sur son épaule et Alessa ouvrit les yeux sans réfléchir, reconnaissant la chaleur et la force de cette main.
-Père…pleura-t-elle immédiatement. Comment… ?
Et elle lança des regards perdus autour d'elle. Elle se trouvait dans une petite pièce inondée d'obscurité. Même les murs étaient indécelables autour d'elle. Seule une bougie déposée sur une petite table ronde la laissait entrevoir le visage qui lui avait tant manqué.
-Nous avons peu de temps, Alessa.
Il souriait. Avec cette douceur et cet amour qui lui manquaient tant.
-Tu es toujours vivant ? l'interrompit-elle, sans écouter.
-Pardonne-moi… lui dit-il.
Alessa comprit que ce rêve ne resterait qu'une illusion et sanglota de plus belle.
-Où sommes-nous alors ?
-Dans une dimension entièrement créée par la Magie. Je l'ai conçue il y a bien longtemps, lorsque j'ai promis ce tableau à un homme bon et juste.
-…Dumbledore…souffla-t-elle.
-Oui. J'avais prédit qu'un jour, la capacité de ce tableau à apporter le Destin dans le Passé te servirait. Je ne pouvais révéler à Albus Dumbledore tout ce que je savais, il fallait qu'il le comprenne par lui-même…
Alessa eut l'impression d'entendre Harry lui disant que le directeur n'avait rien voulu lui révéler pour qu'il l'apprenne par lui-même.
-Mais en quoi va-t-il m'aider ?
-Tu l'apprendras bien assez tôt, Alessa.
Et son visage s'était empreint de tristesse.
-Père, pardonne-moi. J'ai fait ce contre quoi tu nous avais toujours défendu… pleurait-elle.
-Rentrer au service de Voldemort a été ton seul choix et je sais que ton cœur n'a pas changé.
-Lilith…s'effondra-t-elle presque.
-Alessa, dit-il en lui empoignant les épaules avec délicatesse, tu dois m'écouter. Le temps n'est pas aux regrets, j'avais prévu la possibilité que les choses se déroulent ainsi. Malheureusement, personne ne peut prévoir ce qu'il adviendra avec précision. Les décisions humaines sont bien trop complexes.
-Et Elinor…pleura-t-elle. Tu avais tort, il…
-Alessa, écoutes-moi, s'écria-t-il presque alors que la bougie semblait s'éteindre à petit feu. Ce monde a été crée pour quelques minutes, nous n'avons plus beaucoup de temps. Il faut que tu fasses confiance à Harry Potter. Il a la solution.
-Mais il ignore lui-même pourquoi il est ici, dit-elle en secouant la tête.
-Mais c'est lui qui détient le pouvoir de te sauver, Alessa. Il le découvrira bientôt.
Les ténèbres gagnaient du terrain et la jeune fille sentaient de moins en moins la pression des mains de son père sur ses épaules. Elle ne pouvait plus qu'entrapercevoir sa silhouette. S'effaçait-il ?
-Père, cria-t-elle, ses larmes ne s'arrêtant plus.
-Aie confiance en Harry, Alessa. N'oublie pas.
Sa voix s'éloignait déjà. Elle aurait voulu courir, mais quelque chose la tirait en arrière. Elle aurait voulu hurler, mais sa voix était emplie de sanglots.
-Je t'aime, ma petite fille…
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-Alessa ! Alessa ! Tu vas bien ?
Les émeraudes papillonnaient depuis plusieurs secondes, mais la jeune fille ne semblait pas avoir repris conscience. Elle s'était effondrée depuis plus de cinq minutes et Harry commençait à s'inquiéter sérieusement.
Il lui faudrait bien aller à l'infirmerie. Mais que dirait Dumbledore ? Penserait-il qu'il avait attaqué une élève et le mettrait-il d'autant plus sous surveillance ? Il avait besoin de beaucoup de choses, mais pas de cela…
Alors qu'elle commençait à se réveiller pour de bon, il constata que Alessa avait la peau aussi blanche qu'une morte. Il avait surpris, la semaine précédente, une conversation entre professeurs et il n'était apparemment pas le seul à se poser des questions sur son état de santé.
-Alessa… Tout va bien ?
-Hm…grinça-t-elle. Mal à la tête.
-Pourtant, j'ai tout fait pour te rattraper avant que tu ne heurtes le sol. Mais j'ai toujours été plus rapide sur un balai, s'excusa-t-il en souriant faiblement.
-Que s'est-il passé ?demanda-t-elle.
-Tu as touché le tableau et tu t'es évanouie. C'est tout ce que je sais.
Alessa se redressa avec l'aide de Harry et regarda sa montre. Le cours de Potions ! Ils étaient en retard de plus d'un quart d'heure.
-Il faut se dépêcher, dit-elle en partant déjà.
-Mais tu es certaine que tout va bien ?demanda Harry en la rattrapant. Que s'est-il passé ?
-Je ne sais pas trop… On m'a juste dit que tu n'étais pas si mauvais que cela, finalement.
Ils se sourirent mutuellement et Alessa fut soulagée de ne pas avoir à se méfier d'une personne de plus.
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Vendredi 20 février…
La nuit avait été longue. La rousse avait fait crise sur crise et n'avait pu dormir qu'en prenant une Potion de Sommeil extra-forte. Des cernes rosâtres ornaient ses yeux. Si ça continuait ainsi, elle tomberait dans le coma avant de devoir se marier…
En descendant dans la Grande Salle, elle aperçut Rogue qui sortait et, pensant à ce que Sirius lui avait dit, décida qu'il était temps de se réconcilier – s'ils avaient un jour été 'conciliés'. Sa vie était d'autant plus dure depuis qu'il ne lui adressait plus la parole… Quel étrange sentiment que de ressentir un manque constant et perçant… Elle aurait juste voulu croiser son regard. Cependant, pour le jeune homme, rien ne semblait avoir changer.
Elle soupira et vit la silhouette sombre du Serpentard entrer dans une pièce du septième étage.
'Je n'avais jamais remarqué cette pièce…' se dit la jeune fille. Peut-être Rogue prenait-il des cours particulier avec lui-même…sourit-elle. Arrogant comme il était, ce ne serait guère étonnant de le voir s'entraîner avec un double de lui-même.
La jeune fille se força tout de même à ôter ce sourire stupide de son visage avant d'entrouvrir la porte. Elle le fit inconsciemment sans bruit et se dit que s'il la voyait maintenant, il serait soit très en colère, soit très sarcastique. Ou les deux…
Elle aperçut alors une chose étonnante. La petite pièce était entièrement emplie de livres et d'objets en tous genres. Des matelas délabrés peuplaient le sol et une grande armoire en chêne impressionnait dès qu'on entrait. Etait-ce là le lieu où Rogue disparaissait à chaque fois qu'il avait une pause… ?
La jeune fille était trop occupée à admirer les divers objets et livres uniques qu'elle ne remarqua pas que Rogue s'était approché par sa droite. Il lui prit le bras et la tira à l'intérieur avec tant de brusquerie qu'elle eut à peine le temps de pousser un hoquet de surprise.
-Hey !râla-t-elle en se retournant vers la porte par laquelle le jeune homme regardait furtivement. C'est bon, on ne m'a pas suivie, se moqua-t-elle.
Il ferma la porte et son regard noir la fit tressaillir. Etait-il encore si en colère que cela ?
-Qu'est ce que tu veux ?
-Je…
Devant cet air si implacable, Alessa était impuissante. Les larmes lui montaient déjà aux yeux, mais elle les refoula du mieux qu'elle put. Elle tentait de ne plus regarder ce noir plein de haine, mais elle ne voyait que cela. Une tension immense de rage venait de s'élever juste face à elle et la rousse se dit que finalement, peut-être aurait-il mieux valu attendre qu'il vienne lui-même.
Mais alors serait-il un jour venu ?
-Je voulais te demander quelque chose.
Elle avait longuement pensé à cela et le fait qu'il ne lui parle plus n'avait pas facilité les choses, mais Alessa en avait véritablement besoin. Encore fallait-il qu'il accepte, ce dont elle doutait fortement.
Le Serpentard détourna les yeux et se dirigea vers une petite table sculptée en argent sur laquelle trônait un livre. Sans qu'elle ait eu le temps d'y lire quoi que ce soit, il le ferma et se tourna vers elle.
-Je n'ai pas toute la vie devant moi, s'écria-t-il.
Elle sursauta et commença par bafouiller. Finalement, elle inspira et reprit du mieux qu'elle put :
-Je voulais savoir… enfin tu es plutôt doué pour l'Occlumancie et moi, … plutôt nulle, dit-elle sans le regarder dans les yeux. Je me demandais si tu aurais accepté de… Enfin, si tu…
-Viens en au but, gronda-t-il.
-Pourrais-tu m'apprendre à résister au pouvoir de Legilimancie du Maître ?
Un long silence s'ensuivit. Rogue la jaugeait de haut en bas. Il semblait réfléchir, mais à quoi ? Il était le seul à en avoir le secret.
Finalement il se détourna d'elle à nouveau et se dirigea vers l'armoire dans laquelle il fit mine de chercher quelque chose. Le bougre… Il pourrait au moins lui donner une réponse immédiate. La faire patienter alors qu'il allait refuser, c'était vraiment ignoble !
-Ai-je un jour dit que je n'étais pas ignoble ?lui lança une voix.
Et Alessa constata que Rogue la fixait, appuyé contre l'armoire, les yeux perçants. Elle ne s'était même pas rendue compte qu'ils se regardaient dans les yeux tellement elle était énervée.
-Il faudrait déjà être moins stupidement soumise à tes émotions.
Alessa soupira et dut dissimuler son sourire lorsqu'elle pensa que finalement, peut-être que ce serait pire s'il acceptait. Savait-elle ce qu'elle voulait ? Rogue râlerait s'il entendait cela.
-Alors tu acceptes ?
-… Le Maître m'a demandé de te surveiller.
Pourquoi lui disait-il cela ?
-Il dit qu'il veut que nous passions plus de temps ensemble, dit-il en détournant les yeux, vu que nous serons bientôt…
Alessa le scruta plus précisément. Serait-il… mal à l'aise ? Severus Rogue serait-il embarrassé ?
-Pourquoi me dis-tu… ?
-Il serait judicieux de faire mine de passer du temps ensemble aux yeux des autres, la coupa-t-il.
'Faire mine'… S'attendait-elle à ce qu'il en ait envie ? Il ne fallait pas qu'elle ait de telles pensées lorsqu'il était présent. Il lui avait montré qu'il pouvait lire dans ses pensées avec exactitude.
C'était une idée intéressante. Il lui donnait des cours d'Occlumancie pendant que les autres adeptes de Voldemort disaient à ce dernier que Rogue remplissait bien la mission selon laquelle il devait passer du temps avec elle.
-Tu seras capable de me supporter plusieurs heures par semaine ?sourit-elle, gênée.
-Je m'adapte.
Alessa baissa les yeux pour éviter qu'il voie qu'il l'avait blessée. Après tout, elle l'avait cherché. Lui poser une telle question, c'était comme tendre une perche au sarcasme.
-Je suppose que tu ne vas pas rester devant la porte à chaque cours…dit-il calmement.
Elle rougit et s'avança un peu, évitant les matelas. Il se retourna vers elle et soupira.
-Tu comptes te défendre sans baguette ?
-Pardon…sursauta-t-elle.
Alessa sortit sa baguette et attendit, tremblante. Elle ne pensait pas qu'il commencerait le jour même, mais avait peur qu'il ne lui renvoie une autre remarque bien placée. C'était terrifiant d'avoir l'un des Occlumens les plus doués de sa génération debout face à elle, une baguette en main.
-Prête ? Legilimens…murmura celui-ci.
Elle n'avait même pas eu le temps de lui répondre. Quel goujat… ! Les images déferlaient devant ses yeux. Elle était enfant et jouait dans la neige avec son père et son frère. Elle pleurait, perdue dans la forêt. Elle trouvait le corps sans vie de sa mère, enterré dans la neige. Un sorcier lui apprenait la mort de son père. Elle courait avec Lilith à travers les couloirs. Elle…
-Tu ne fais aucun effort, dit Rogue, sans pitié.
Il avait levé sa baguette et il était vrai qu'elle s'était contentée de subir.
-Je suis désolée…chuchota-t-elle.
-C'est sans intérêt. Devant des ennemis, être désolée est inutile.
Alessa rougit davantage. Sa baguette pendait mollement le long de son flanc droit et la jeune fille tentait par tous les moyens de retenir les larmes qui perlaient les bords de ses yeux.
Après un silence, une voix retentit :
-Reviens lorsque tu seras vraiment décidée.
La rousse leva son visage maintenant plein de larmes vers le jeune homme qui s'intéressait déjà à autre chose qu'à elle. Voulait-il dire par là qu'elle devait partir ? Qu'elle n'était bonne à rien ?
-Tu es ignoble.
-Et tu te répètes.
Ils se regardaient maintenant, le noir dans le vert, le vert dans le noir. A quoi pensait-il derrière ce visage indéchiffrable ?
Elle soupira.
-C'est peine perdue…dit-elle en se dirigeant déjà vers la porte.
-Tu abandonnes, fut la seule réponse qui lui parvint.
Elle se retourna, lui adressant un regard las et légèrement rieur.
-Tu n'es pas fatigué ?
Pour la première fois, il ne sut quoi répondre et attendit, calme, les bras croisés.
-Moi, je le serais à force de porter un masque aussi lourd que le tien.
Et elle sortit. Alessa aurait préféré une toute autre fin à cette reprise de contact… Qu'elle parvienne à contrôler son pouvoir d'Occlumens et qu'il soit impressionné… Oui. C'était trop beau pour être vrai.
Elle se rendit aux cuisines. Il était encore tôt, mais étant donné qu'elle avait rendez-vous avec Lucius Malefoy dans la soirée, elle manquerait le repas. La jeune fille avait reçu un hibou le matin même lui spécifiant qu'il était temps de faire part de ses progrès. Le souvenir de la missive du Maître que lui avait remis Malefoy lui revint en mémoire un court instant :
« Je compte sur ton entière collaboration pour mettre Narcissa au courant de l'invention à la fois merveilleuse et exaspérante de ton savant de père. Il serait facheux que j'aprenne que tu ne tentes pas de m'aider par tous les moyens. Facheux pour quelqu'un d'autre que toi et moi. »
Lord VoldemortAurait-elle raconté tout ce qu'elle avait raconté à son amie sans cette contrainte ? Surtout que depuis quelques temps, la blonde passait un peu trop de temps avec son futur époux pour que ce soit anodin et digne de confiance.
La jeune fille se donna une claque mentale. Elle n'avait pas le droit de penser cela. Quant au rendez-vous de ce soir avec Malefoy, quelque chose la surprenait et l'angoissait à la fois : Narcissa n'avait pas reçu d'ordre de convocation… Avait-elle révélé à Malefoy les résultats de ses recherches ?
Alessa avait tout de même l'impression que son amie s'éloignait d'elle. Mais après tout, avec un époux comme Lucius, il était difficile d'avoir une vie privée et cette année avait été riche en émotions. Passer du temps avec la blonde lui manquait juste un peu…
Elle soupira une nouvelle fois et atteignit les cuisines. Des Elfes accoururent immédiatement vers elle avec de grands yeux niais et des sourires naïfs. Elle commanda rapidement un sandwich jambon, fromage, mayonnaise, cornichons – son préféré – puis s'assit pour patienter.
Sans vraiment y prêter attention, ses yeux suivaient les mouvements vifs des Elfes de Maison. Alessa n'aimait pas ces créatures. Non pas parce qu'elles étaient méchantes, au contraire. Mais ces dernières lui faisaient ressentir des émotions négatives que la rousse n'appréciait pas savoir qu'elle avait en elle. De la pitié pour leur triste sort… Du mépris devant leur sottise…
Elle n'avait jamais possédé d'Elfe lorsqu'elle vivait encore au château. Et c'était mieux ainsi.
C'est alors que le plus petit des Elfes qu'elle ait jamais vu apparut devant elle, son repas tendu le plus haut possible au dessus de sa tête. Cependant, il n'atteignait encore que les coudes de la jeune fille assise.
Il lui souriait honnêtement et Alessa ne put s'empêcher de lui sourire malgré son pincement au cœur devant cette malheureuse créature.
-Merci.
-De rien, Madame. Plouc est heureux de servir Madame.
Finalement, peut-être valait-il mieux être crédule pour vivre dans une société comme la leur. Aussi égoïste et vile… Les individus doués d'intelligence, eux, paraissaient plutôt incompétents face à ce petit être innocent. Incapables de vivre tout simplement… Sans souffrir ou faire souffrir. C'était lamentable…
Lorsqu'elle sortit des cuisines, il était déjà 18h50 et son rendez-vous avec Malefoy avait lieu une demi heure plus tard. Elle décida de passer une dernière fois par la bibliothèque pour tenter de comprendre ce que les trois coups signifiaient.
Alessa préférait ne pas penser à la punition qu'elle allait subir lorsqu'elle allait devoir révéler à Lucius Malefoy qu'elle n'avait rien découvert. Bien entendu, ce serait un mensonge et son manque de talent pour utiliser l'Occlumancie lui vaudrait de devoir avouer tout ce qu'elle savait sous la torture. Mais elle devait essayer. Elle ne voulait pas avouer qu'elle avait compris ce que signifiait le Destin des Damnés. Cela mettait à la fois en cause son père et Harry.
Et la veille, ils avaient pu discuter à cœurs ouverts parce le cours de Sortilèges avait été annulé. Elle avait découvert un jeune homme intelligent et drôle. Il n'était en rien ce qu'elle avait pu penser de lui au premier abord et semblait vraiment bouleversé de ne pas parvenir à mener sa mission à bien.
La bibliothèque était vide à première vue et la jeune fille se dirigea directement dans les rayons – qu'elle commençait à connaître… - qui contenaient les livres parlant de Temps. Les trois coups semblaient être une référence temporelle.
Et si ce n'était pas cela, elle ne voyait vraiment pas où elle pourrait chercher…
La jeune fille suivit du bout des doigts les titres des encyclopédies diverses et dut s'arrêter face à un imminent mal de ventre. Son corps refusait toute nourriture ces temps-ci. Mais qu'adviendrait-il d'elle si elle ne mangeait plus ?
'Après tout, est ce que ça pourrait être pire… ?' lui répondit la petite voix sarcastique de sa conscience.
Elle tenta de se concentrer et passa de l'autre côté de son rayon pour poursuivre ses recherches. Heurtant quelque chose, la rousse fut propulsée d'un pas en arrière et dut se retenir de ne pas crier sous la douleur. Elle était très douillette depuis quelques temps…
-Excusez-moi, dit-elle alors qu'elle vérifiait si son poignet n'avait aucune blessure visible.
Désormais, étant donné qu'elle ne possédait plus une goutte de sang dans son corps mort, chaque blessure refusait de cicatriser et formait un petit trou dans sa peau blanche. Le problème était qu'au bout de quelques temps, sa peau commençerait à s'effriter et que bientôt, elle s'en irait comme du papier peint… Si seulement son père avait au moins pu l'aider à ce niveau là…
-Je vois que ta technique de rencontre est fondée, lui lança une voix froide.
Elle releva la tête trop rapidement et son cou la fit souffrir. Rogue. Il la scrutait, un petit pli entre ses sourcils indiquant qu'ils avaient été froncés un instant auparavant.
-Quoi ?demanda-t-elle sans comprendre.
Mais elle avait à peine posé cette question qu'elle voyait où le jeune homme voulait en venir. Sirius Black avait dut expliquer à tous le monde comment – oh grand miracle – il avait 'rencontré une Serpentard aimable'. Résultat : Toute l'école savait qu'ils étaient entrés en collision. Pourquoi Rogue lui faisait-il cette remarque ?
-Désolé de te décevoir, dit-il en s'apercevant qu'elle avait compris ce qu'il voulait dire, cette fois-ci, tu n'es pas tombée sur un gentil Griffondor.
Elle ne sut quoi répondre et regarda le livre que le Serpentard s'était remis à lire, indifférent à sa présence.
Le Temps dans les Prophéties
Ainsi donc, Rogue ne croyait pas que elle et Narcissa trouveraient des informations suffisantes ? Ou bien le Maître l'avait-il chargé de la véritable mission concernant ce présage ? Ou bien, il a juste la curiosité mal placée, lui grinça son for intérieur.
Il leva ses yeux noirs et insondables vers elle en soupirant devant sa présence incongrue. La bibliothèque ne t'appartient pas, pensa-t-elle.
-Non, mais j'y trouve apparemment plus que toi, sourit-il, amusé.
Alessa ne put pas protester qu'il ait une fois de plus pénétré ses pensées. Elle ne pouvait même plus décoller ses yeux de ce visage légèrement moqueur. C'était la première fois qu'elle le voyait sourire ainsi.
Sans s'en rendre compte, elle leva sa main sans quitter le regard noir des yeux.
Ce n'est que lorsqu'elle fut à deux centimètres du visage du jeune homme qu'elle se rendit compte de l'embarras de la situation. Il la scrutait, son visage à nouveau clos, l'air calme. Pourtant, la jeune fille pouvait déceler cette petite flamme qui vacillait aux fins fonds de cette obscurité. Elle avança encore un peu sa main et frôla la joue de Rogue de ses doigts.
-Attention, James…
C'était un murmure, rauque et menaçant. Et c'est alors qu'Alessa sourit, les larmes aux bords des yeux. Il fronça les sourcils et elle rit avec nervosité et soulagement. Il ne la repoussait pas. C'était plus qu'elle n'aurait pu le souhaiter.
-Je fais toujours attention, chuchota-t-elle en s'approchant encore, sa main désormais baissée.
Elle tremblotait et hésitait à faire encore un autre pas dans leur 'relation'. Après tout, n'était-ce pas à son tour, maintenant ?
Rogue la regardait d'un air serein, mais elle savait qu'il réfléchissait à vive allure. A quoi pensait-il ? Savait-il qu'il pensait trop ? Alessa décida de l'empêcher de poursuivre ses réflexions et s'approcha encore au point de le frôler à nouveau.
-Je voulais m'excuser…commença-t-elle. Je me suis mal exprimée, la dernière fois. En aucun cas, je ne voulais te blesser et…
-Ca ira, lui dit-il sèchement.
Mais sa voix était toujours rauque.
-Je survivrai.
Elle soupira faiblement, mais en souriant. Puis, baissant son regard vert sur les lèvres du jeune homme, elle tenta de lui faire comprendre ce qu'elle comptait faire. Il ne faudrait pas qu'il l'envoie balader à ce moment là, ce serait déjà assez difficile… La rousse le regarda à nouveau et croisa un trouble dans les yeux noirs de Severus Rogue. Doutait-il ?
-Malefoy va nous attendre.
Et toute la magie s'effondra en une seconde. Il parlait du rendez-vous qu'ils avaient avec Malefoy. La jeune fille eut du mal à réaliser et resta quelques secondes à le fixer.
Puis, se reculant enfin en baissant les yeux :
-Oui… Tu as raison.
La jeune fille avait son cœur qui se serrait convulsivement de l'intérieur. La douleur était telle qu'elle avait du mal à respirer. Comment avait-elle pu s'imaginer quoi que ce soit ? Severus Rogue ne penserait jamais à rien d'autre qu'à Voldemort. Et elle, elle ne pourrait jamais aimer un homme qui servait aussi fidèlement l'assassin de son frère.
Elle récupéra son sac à dos, déposé devant le premier rayon et suivit le jeune homme qui partait déjà, devant elle.
Ils marchèrent ainsi, l'un derrière l'autre, jusqu'au repère de Lucius. Jamais elle ne pourrait se relever de cette honte. Rogue irait-il raconter cela au Maître ? S'en servirait-il pour l'utiliser ? Demanderait-il à Severus de faire mine de l'aimer pour mieux la blesser ensuite ?
La jeune fille serra son bras droit dans un geste nerveux et sentit son mal de crâne lui revenir. Il ne fallait pas qu'elle ait une crise maintenant. Lucius serait capable de la regarder jusqu'à ce qu'elle ait fini…
Ils atteignirent la porte en quelques minutes et c'est à cet instant que la jeune fille se souvint qu'elle n'avait rien à annoncer à Malefoy. Etonnamment, elle ne s'en soucia que secondairement, se remettant difficilement de ce qu'il venait de se passer à la bibliothèque.
Après tout, qu'avait-elle à perdre, aujourd'hui ? Voldemort avait certainement détruit depuis longtemps la seule chose qui l'aidait à rester en vie…
Une fois entrée dans la pièce, elle jeta un coup d'œil alentours et croisa les yeux bleus de Narcissa, assise aux côtés de Malefoy. Elle lui sourit, mais la rousse s'en rendit à peine compte. Une seule autre personne était présente : un des Mangemorts masqués.
Voldemort en envoyait au moins un à chaque venue de Lucius pour les impressionner… et peut-être aussi pour surveiller la trop grande gourmandise de Malefoy quand il s'agissait de pouvoir…
Le blond saluait Rogue, déjà appuyé, comme à son habitude, contre l'un des murs ternes de la pièce. Puis il se tourna vers elle et lui sourit machiavéliquement.
-James…James… On peut dire que tu n'as pas bonne mine.
Elle ne dit rien, trop chamboulée.
-Alors, qu'as-tu découvert qui puisse satisfaire mon appétit de connaissance ?
-…
Elle jeta un coup d'œil à Narcissa qui la fixait calmement. Pourquoi ne pouvait-elle pas maîtriser la situation comme elle ? Puis, elle inspira profondément et tenta de paraître la plus ignorante possible. Au moins, s'il la punissait, ce serait pour ne pas avoir trouvé et non pour lui avoir caché quelque chose.
-Rien.
Un grand silence s'ensuivit et Alessa put entendre un bruissement de cape derrière elle, juste là où se trouvait Rogue.
D'un geste vif, Lucius Malefoy se leva et s'avança vers elle.
Alessa tenta de ne pas reculer et de cacher le plus possible ses découvertes. Faîtes qu'il ne soit pas doué en Occlumancie…pria-t-elle.
-Rien ?
Sa voix précédemment moqueuse était aussi glaciale que la peau de la jeune fille.
-…non, répondit-elle d'une petite voix.
-Alors, il te faut être punie.
D'un geste de la tête vers le Mangemort masqué, Lucius lui fit comprendre de sortir, Narcissa sous son aile. Il épargnait les yeux de son amie… ? C'était plutôt… malsain venant de Malefoy. Que voulait-il gagner en étant agréable avec sa future épouse ? Puis le blond se tourna vers Rogue qui avait toujours la tête baissée et les bras croisés.
-Je suppose que tu veux regarder, Rogue, lança la voix amusée de Lucius.
Rogue leva les yeux vers elle. Noirs. Vides.
-C'est plutôt à toi de sortir Malefoy.
-Quoi ?interrogea sèchement son interlocuteur.
-Le Maître m'a demandé de m'occuper de toutes les punitions qui concernaient celle-là.
Par 'celle-là', il la désignait, elle. Alessa ne prit pas le temps de s'en formaliser, trop angoissée par ce qu'elle entendait.
Dans un soupir, Lucius la fixa de ses yeux pervers.
-Tu te doutes que je demanderai la version du Maître.
-Je t'en prie, répondit Severus dans un assortiment de civilités.
Et sans rien ajouter, l'homme sortit par le passage secret de la pièce, menant à la Cabane Hurlante.
Un silence s'ensuivit. La jeune fille n'arrivait pas à croire qu'elle allait se faire torturer par… lui… Elle déglutit et décida que s'il fallait en arriver là, autant qu'elle le regarde fièrement dans les yeux lorsqu'il la torturerait.
Il la fixait intensément et s'approcha d'elle d'un pas nonchalant, les bras croisés. Alessa ignorait ce que signifiait cette flamme dans les yeux noirs.
Il s'arrêta à quelques centimètres d'elle, la dominant du haut de son mètre soixante-quinze, le visage impassible.
-Tu ne comptes pas te défendre ? demanda négligemment Rogue.
Alessa sourit faiblement.
-A quoi bon ?
Le garçon ne répondit rien, la scrutant toujours de façon indéchiffrable. La jeune fille remarqua qu'elle tremblotait de peur, mais n'osait baisser les yeux par peur de la réaction du Serpentard.
Dans un frottement, Rogue s'approcha encore d'elle, la touchant pour de bon. Il ne cessait de la fixer de son regard vide. La jeune fille sentit son cœur s'emballer. Qu'allait-il trouver comme moyen de torture insurmontable ? Après ce qu'il s'était passé à la bibliothèque, il savait qu'il pouvait la prendre par les sentiments. S'approcher ainsi d'elle la bouleversait.
Et alors qu'elle gardait son regard planté dans les yeux noirs, elle vit ces derniers descendre vers ses lèvres. Pour la deuxième fois, son cœur manqua un battement. Le jeune homme avait regardé sa bouche. Maintenant, il observait à nouveau ses yeux, les sourcils imperceptiblement froncés. Alessa comprit. C'était à son tour. Il ne ferait aucun pas de plus, il n'en était pas capable.
Tremblante et nerveuse, la jeune fille ne le quitta pas des yeux alors qu'elle approchait lentement son visage de celui du jeune garçon. Elle vit une fois de plus vaciller cette petite lumière dans le puit noir. Et enfin, leurs bouches entrèrent en contact. Il avait les lèvres froides. La jeune fille entama un doux baiser, emprisonnant tendrement la lèvre supérieure de Rogue dans sa bouche. Alessa sentit pour la première fois le jeune homme frissonner. Leur étreinte dura encore de longues secondes silencieuses dans la petite pièce glaciale.
Ils ne s'enlacèrent pas, leurs corps ne se touchèrent pas plus. Et leurs visages s'écartèrent tandis que leurs yeux ne se quittaient pas. Rogue ne disait rien, son masque d'impassibilité à nouveau ancré sur son visage. Mais l'avoir intensément surveillé avait appris à Alessa à connaître le jeune homme bien mieux qu'il ne le pensait. Ses yeux reflétaient l'inquiétude. De l'anxiété… Rogue serait-il un peu plus sensible qu'on ne l'aurait cru, finalement ?
Alessa tenta un sourire et voulut poser sa main sur son bras, mais une douleur grandissante la frappa soudainement. Sans pouvoir retenir un cri aigu, la jeune fille s'agenouilla pour mieux se recroqueviller sur elle-même. La douleur était insurmontable. Cette fois, elle en mourrait. Il fallait qu'elle en meure, elle ne pouvait plus vivre comme cela.
La rousse ne sentit pas des mains se poser sur ses bras, elle n'entendit pas non plus la voix de Rogue prononcer son nom. Elle s'évanouit.
Alessa ne savait pas exactement comment elle était arrivée là, mais ce dont elle se doutait, c'est qu'elle ne se trouvait pas dans la réalité. Sinon, le Maître l'aurait déjà remarquée.
Lorsqu'on rêvait de Lord Voldemort, on ne pouvait plus décemment appeler cela un rêve. L'homme était assis sur son trône d'argent, paraissant attendre quelque chose ou quelqu'un.
Un grincement de porte fit comprendre à Alessa qu'il avait un rendez-vous. Se retournant, son cœur se mit à battre plus fort en constatant qu'il s'agissait de Rogue.
C'était un songe étrange… Et pourquoi paraissait-il si… réel ?
Le plus jeune s'agenouilla en déposant son front sur le sol frais. Le Maître se leva et lui ordonna de se lever.
-Comment vas-tu, Severus ?
-Bien, Maître. Merci de vous en préoccuper.
Alessa constata que jamais Rogue ne levait les yeux vers le Maître plus de deux secondes.
-As-tu des choses à m'apprendre quant à ta mission ?
Une mission ?
Cela conforta la jeune fille dans l'idée qu'il ne s'agissait pas d'un rêve, mais d'une prémonition. Après tout, son père avec toujours eu le don de voir l'avenir. Même s'il était étrange qu'il intervienne justement maintenant, ça pourrait être une bonne chose pour l'avenir.
-Oui, Maître. Ca y est.
-Tu as toute sa confiance ?
La rousse frissonna et vit Rogue relever la tête vers le Maître, un fin sourire sadique aux lèvres.
-J'ai bien plus que cela.
Lord Voldemort éclata d'un rire tonitruant et la jeune fille se boucha les oreilles. De quoi parlait Rogue ? Tremblant, le cœur de la jeune fille ne voulait pas admettre ce que son esprit comprenait peu à peu.
Parlait-il d'elle ?
-C'est une bonne chose. Je suis certain qu'elle connaît bien plus de choses qu'elle ne veut bien le dire sur la prophétie et surtout… sur Eternity. Apprends tout ce que tu peux savoir. Mais reste discret. Je veux détruire son cœur et son esprit moi-même. J'ai d'autres atouts dont elle ignore l'existence.
Après avoir acquiescé et salué avec respect son Maître, le Serpentard sortit de la Salle du Trône…
