Chapitre 7

« Je crois que je déteste les passions »

'L'orage rompu' Jacqueline Harpman

Samedi 21 février…

La jeune fille s'était réveillée dans son dortoir et, après ce rêve, n'avait plus su dormir de la nuit. Rogue s'était bien moqué d'elle et des larmes avait peuplé sa nuit. Jamais, depuis la mort de son père et de son frère, elle n'avait ressenti pareille douleur.

Comment avait-il pu ? Pourquoi l'avait-elle cru ? En réalité, elle était bien plus en colère contre elle de s'être laissée avoir. Après tout, il était connu que Rogue respectait le Maître par dessus tout et il n'était pas son favori pour rien.

La jeune fille se rendait dans la Grande Salle pour prendre son petit déjeuner lorsqu'elle le croisa dans un couloir. Il ralentit son allure, la fixant calmement. C'était sûrement lui qui l'avait reconduite dans son dortoir après sa crise. S'étant certainement évanouie, elle n'en avait plus guère de souvenir.

Son cœur se serra alors qu'il s'arrêtait à un mètre d'elle, calme et placide. La jeune fille fit un gros effort pour retenir ses larmes, mais ne se sentit pas la force de le combattre à cet instant.

Il semblait s'attendre à ce qu'elle dise quelque chose, mais comme rien ne venait il prit la parole.

-Tu n'avanceras à rien en Occlumancie, si tu ne suis pas de cours régulièrement, lui dit-il insensiblement. A 14h dans la Salle sur Demande.

Puis, il continua indifféremment son chemin. La jeune fille ne put retenir ses pleurs plus longtemps, mais se promit qu'elle deviendrait plus forte ensuite. Cette après-midi, elle lui ferait comprendre tout ce qu'elle pensait de lui. Jamais plus il ne se moquerait d'elle.

Elle arriva plus tôt que prévu dans le couloir du septième étage et ne trouva pas de porte là où elle pensait en trouver une. Alessa, déjà secouée par ce qu'elle avait appris la veille, ne put retenir un gémissement de fatigue. C'est alors qu'elle entendit des pas retentir derrière elle.

Des pas qu'aujourd'hui, elle aurait pu reconnaître entre mille. La jeune fille ne daigna donc même pas se retourner et attendit.

Le jeune homme s'approcha du mur et ce dernier se troubla quelques secondes pour finalement laisser apparaître une porte en bois. Fronçant les sourcils, la jeune fille comprit d'où venait le nom de cette salle.

Rogue la précéda dans la pièce et elle respira profondément. Il serait bientôt temps d'être courageuse et la jeune fille devait admettre qu'elle ne l'avait jamais été de sa vie.

Elle sortit sa baguette, attendant que le jeune homme lui fasse face. Lorsqu'il se retourna, elle vit qu'il sembla réfléchir en la voyant, baguette déjà en main.

Puis, il sortit la sienne.

-Prête ?

Alessa n'avait rien d'autre en tête que sa colère et sa peine.

-Legilimens.

Rogue s'approchait d'elle pour l'embrasser. Il entrait dans une grande salle vide. Voldemort se levait devant lui. Le jeune homme avait un sourire sadique…

D'un coup, la jeune fille leva sa baguette et fit valser Rogue contre le mur qui se trouvait derrière lui. Dans un craquement sonore, le dos du garçon s'écrasa violemment contre le mur. Enfin, il glissa pour retomber agenouillé, le visage légèrement contracté par la souffrance.

Ses yeux noirs fixaient pourtant déjà Alessa. Mais le jeune homme ne semblait pas aussi insensible et indifférent qu'à l'accoutumée. Au contraire, il fronçait franchement les sourcils, de colère d'avoir ainsi été touché et d'inquiétude d'avoir vu ce qu'il avait vu.

Il se leva, se rapprochant lentement et calmement de la jeune fille tremblante. Son visage était à nouveau serein, mais il semblait vouloir s'approcher un peu trop de la rousse. Alessa, quant à elle, n'avait pu retenir de silencieuses larmes.

-James… débuta-t-il.

-Tu es un monstre.

Rogue ne répondit rien et avançait toujours alors que la jeune fille reculait. Finalement, elle atteignit le mur et le Serpentard put s'arrêter à quelques centimètres d'elle.

-Je t'ai… cru…sanglota-t-elle. Et toi… Ce n'était qu'un jeu, qu'une mission !s'emporta-t-elle encore.

Elle leva alors la main et le gifla avec force. Le visage de Rogue fit une rotation de quatre-vingt-dix degrés et il resta ainsi quelques secondes. Enfin, il fixa à nouveau la jeune fille qui éleva une seconde fois la main. Cependant, Severus l'attrapa alors qu'elle s'avançait pour le frapper à nouveau.

De son air calme, il soutint fermement l'avant-bras fin de Alessa. Mais cette dernière se débattit farouchement et Rogue fut forcé de la plaquer contre le mur, bloquant les deux bras aux côtés du visage en pleurs.

-Arrêtes ça, lui chuchota-t-il posément.

-Non !s'écria-t-elle. Tu es ignoble.

-Tu ne comprends pas, commença-t-il.

-Ce que je comprends, dit-elle cette fois d'une voix plus ferme, c'est que je te hais du plus profond de mon âme.

L'instant suivant, Rogue la relâchait en reculant, la laissant quitter la pièce rapidement.

Lundi 23 février…

Alessa se leva, toute aussi exténuée que lorsqu'elle s'était couchée la veille et scruta dans le miroir son teint terni par la maladie qui la rongeait et ses yeux morts. Désormais, il lui fallait maquiller quelques coupures qui ne guérissaient pas et qui pourrissaient à vue d'œil. Il fallait à tous prix qu'elle fasse attention à ne plus se blesser. Même une égratignure pouvait accélérer le moment où elle ne serait même plus capable de tenir debout.

Le mal de tête était continu et l'empêchait de se concentrer. Elle vomissait au moins cinq fois par jours et avait deux à trois crises sur une journée, ce qui la forçait à manquer plus d'un cours.

Les professeurs lui avaient déjà réservés trois retenues les vendredis, dimanche et lundi suivants. Alessa n'en pouvait plus. Jamais personne n'avait vu autant qu'elle la mort comme une libération.

Et voir Rogue l'ignorer dans les couloirs lui faisait perdre un peu plus de force à chaque fois. Seuls Sirius et Harry étaient encore là pour elle. Quant à son amie blonde, elle passait désormais toutes ses nuit chez Malefoy, ce qui n'était pas pour inspirer la confiance d'Alessa.

Lorsqu'on a été trahi une fois, la confiance n'est plus jamais la même qu'avant. Et ce, pour personne. Epuisée, la jeune fille s'installa à la table et prit un petit pain. Narcissa la rejoignit quelques instants plus tard.

-Tu n'as pas bonne mine, lui dit la blonde en souriant avec compréhension.

-Cela me rassure.

Un silence naquit tandis que la future épouse de Malefoy se servait en compote de citrouille, puis celle-ci reprit :

-Tu as entendu la nouvelle ?

-Non, quoi ?demanda calmement Alessa.

-Apparemment, le Maître aurait entrepris d'attaquer un village montagneux, dans le Nord.

Le cœur, désormais affaibli, de Alessa battit douloureusement alors que son amie prononçait le nom du village. C'était bel et bien ce qu'elle craignait. Lord Voldemort n'attaquait pas un village, mais son village. Le sien. Celui où elle avait grandi. Où son père et son frère, ainsi que Lilith avaient vécus.

Pourquoi ce monstre ne pouvait-il pas la laisser en paix ? La Serpentard se leva brusquement et remarqua que Rogue n'était pas attablé avec eux. Il savait. Il y participait même.

-Alessa ?

Sans répondre, la rousse se mit à courir jusqu'à ce qu'elle ait eu atteint le toit où Sirius l'avait amené la première fois où elle avait rencontré Harry.

Ce dernier devait normalement être là étant donné que, pour être discret, il prenait toutes ses potions à cet endroit.

La jeune fille manqua de s'arrêter plusieurs fois, sentant une nausée remonter dans sa gorge. Cependant, elle résista et arriva sur le toit.

-Harry ?demanda-t-elle de sa voix désormais éternellement faible.

Le jeune homme apparut immédiatement à sa vue, la regardant avec inquiétude.

-Alessa ? Tout va bien ?

-Il me faut un balai.

Le jeune homme fronça les sourcils, mais ne lui demanda pas pourquoi elle avait besoin d'un balai.

-Très bien. Je vais demander à James de me prêter le sien.

Elle hocha la tête, respirant bruyamment pour reprendre son souffle.

Quelques instants plus tard, il réapparaissait devant elle, un balai sous le bras. Il le lui tendit.

-Es-tu déjà montée sur un balai ?

La jeune fille sourit pour la première fois de la matinée.

-A l'impossible, nul n'est tenu.

Harry ne sembla pas rassuré le moins du monde par cette réponse.

-Tu es sûre de ce que tu fais ? Tu ne préfères pas que je t'accompagne ?

-Non… c'est à moi de régler cela, une fois pour toutes, dit-elle en levant vers lui un regard calme.

Le garçon hocha la tête et lui sourit.

C'est vingt minutes plus tard que la jeune fille atteignit le Manoir de Lord Voldemort. Si le Maître était en ce moment en pleine attaque, elle en profiterait pour sauver celle qu'elle aurait dû venir chercher depuis bien longtemps déjà. Lilith. Sa petite sœur.

Elle se posa sur le toit à un endroit où il était suffisamment plat et stable et dissimula son balai derrière un muret. Par chance, le temps était brumeux et elle-même ne voyait pas à deux mètres devant elle.

Elle trouva une trappe, puis un escalier et s'y engouffra. Les murs étaient humides et crasseux. Enfin, la jeune fille accéda à un hall entièrement en marbre gris. Malgré toute sa haine, Alessa ne pouvait retenir son admiration devant cette splendeur.

Elle poursuivit son avancée dans le Manoir quand elle entendit des gens parler. Elle stoppa net son parcours, de peur d'être prise. La crainte reprit immédiatement le dessus sur la nouvelle Alessa, déterminée et téméraire.

La jeune fille ne distinguait rien de ce qu'ils disaient et s'approcha de la porte entrouverte de la pièce où elle se trouvait pour voir de qui il s'agissait : Lucius Malefoy et un homme grand et costaud qui avait un masque en main.

-Alors il y aurait des souterrains ?

-Oui, le château en serait peuplé et apparemment, le père y réalisait des potions très complexes et donc, fort rares…

Le cœur d'Alessa fut prit d'un sursaut.

-En as-tu parlé au Maître ?

-Bien entendu, pour qui me prends-tu ? s'emporta Lucius.

-Et Narcissa a-t-elle appris autre chose ? demanda l'homme habituellement masqué, de sa voix bourrue.

-Le père soupçonnait Elinor. Fort heureusement, cette stupide gamine n'a rien voulu croire et il est mort avant d'avoir pu la convaincre.

-Et aujourd'hui, le plan du Maître est en marche…

Les deux hommes se sourirent mutuellement alors que Alessa serrait fermement sa main sur son cœur. Narcissa… Sa seule amie… Comment avait-elle pu ? Et Elinor… Que signifiaient leurs propos ? Dans un soubresaut, Alessa se précipita plus loin et vomit de tout son soul.

-Tu n'as rien entendu ?chuchota Lucius en s'approchant de la pièce où elle se trouvait.

Cependant, un 'pop' derrière les Mangemorts les fit se retourner.

-Rogue…dit Malefoy. Quel plaisir.

On sentait dans sa voix tout le mépris qu'il ressentait envers le favori de Lord Voldemort. Alessa tressaillit en entendant le nom du jeune homme, mais se remit rapidement, n'ayant pas de temps à perdre. Elle fit disparaître, d'un sort, ce qu'elle avait 'déposé' sur le sol de marbre et se précipita de nouveau près de la porte entrouverte, seule sortie possible du petit hall où elle était.

Rogue parlait aux deux hommes avec sérénité et il sembla à Alessa qu'il lança un regard vers elle. Cependant, il ne bougea pas et elle supposa qu'elle s'était trompée. Sinon, il se serait dépêché d'accourir pour la trahir à nouveau…

Quelques instants plus tard, alors qu'Alessa s'impatientait et était sur le bord de la crise de nerf, Lucius Malefoy et le Mangemort inconnu pour la jeune fille sortirent de la pièce. La rousse pensait que Rogue les suivrait, mais il ferma la porte derrière eux.

Et il se tourna finalement vers l'endroit où elle se trouvait, ses yeux dans le vert brumeux de la jeune fille.

-Il ne me semblait pas que le Maître t'avait invitée…lança-t-il imperturbablement.

-Il me semblait que le Maître t'avait convié, pour ta part, à sa petite escapade en montagne, répondit la jeune fille du tac au tac en entrant dans la seconde salle.

-C'est le cas. Cependant, il se doutait qu'il aurait certainement de la visite…

Ils se fixèrent quelques instants, le cœur de la jeune fille se déchirant littéralement. Mais le calme fut de courte durée. Un cri venait de retentir dans le château et la jeune fille l'aurait reconnu entre mille.

Sans prendre garde à Rogue, elle se mit à courir en direction du cri, sortant précipitamment de la pièce sans plus penser aux deux autres. Fort heureusement pour elle, ils étaient bel et bien partis.

Elle n'entendit pas des pas la suivre et continua jusqu'à ce qu'elle soit sûre d'être entendue par sa sœur.

-Lilith ? Lilith où es-tu ?

La jeune fille marchait doucement, l'obscurité la gênant et ne pensant pas à sa baguette en un moment pareil. La voix de sa sœur se rapprochait.

Et alors qu'elle allait criait à nouveau, elle fut plaquée contre le mur, une main lui enserrant la bouche. Et Rogue se colla contre elle en fixant un point invisible pour la jeune fille à la gauche du jeune homme.

Elle tenta de parler.

-Silence, murmura-t-il.

Il était étonnant de le voir aussi agité – bien entendu, pour un être humain normalement constitué, cette attitude là serait considérée comme calme. Il ôta sa main de la bouche de la rousse.

-Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle dans un chuchotement.

-Tais-toi et écoute.

En effet, des pas semblaient tourner en rond dans la Salle du Trône juste à côté de l'endroit où ils se trouvaient.

Le cœur de Alessa fit un bond dans sa poitrine quand elle sentit Rogue se serrer encore plus contre elle pour se dissimuler totalement. Leurs visages se touchaient presque. Elle pouvait sentir les cheveux noirs chatouiller son nez. Quant à lui, il ne paraissait même pas remarquer la gêne qu'il occasionnait.

-Qui est-ce ?

-Je l'ignore.

Et Alessa sentit que le fait d'ignorer quelque chose pour le favori du Seigneur des Ténèbres était très grave.

La jeune fille aperçut alors l'objet des soucis de Rogue qui avançait vers un autre côté de la pièce. Il était de profil et la jeune fille posa violemment sa propre main sur sa bouche pour étouffer son cri. Non… Non, ce n'était pas possible…

Rogue lui lança un regard en fronçant les sourcils.

-Qu'y a-t-il ?

Avant qu'elle ait pu répondre, le jeune homme qui effrayait les deux étudiants se mit à parler tout haut. Il semblait pourtant seul, mais un feu s'alluma face à lui dans l'obscurité et la voix de Voldemort s'éleva parmi le silence.

-Maître, quand pourrais-je agir et enfin me montrer au monde ?

-Patience, mon garçon. Bientôt, viendra l'heure de la gloire.

Alessa sentit qu'elle n'était pas la seule à frémir en entendant la voix du Maître. Rogue écoutait calmement, mais la jeune fille pouvait sentir le cœur du garçon battre la chamade sur sa poitrine. Ce qu'elle aurait aimé caché ses émotions avec autant de talent.

-Mais vous m'avez déjà dit cela il y a un an !

Rogue serra convulsivement sa main sur l'épaule gauche de Alessa. C'était comme s'il prévoyait ce qui allait arriver au jeune homme qui venait de répondre ainsi au Maître.

-Prends garde à tes paroles et n'oublies jamais qui est le Maître, mon garçon… siffla la voix menaçante de Lord Voldemort. Je ne serais pas longtemps aussi clément.

-Bien, Maître.

La rousse vit Rogue froncer les sourcils de stupéfaction devant la réaction du Maître. Comment se faisait-il qu'il soit aussi charitable ?

Le feu s'éteignit et le jeune homme disparut dans une volute de fumée. Rogue s'éloigna d'elle de suite, réfléchissant toujours à l'altercation dont il avait été le spectateur et resta face à Alessa un petit moment.

La jeune fille le contemplait en pensant à ce qu'elle venait de voir. C'était impossible. Comment… ?Pourquoi… ? Finalement, son père avait toujours eu raison… Comment avait-elle pu ne rien voir ? Le laisser la berner toutes ces années ? Et surtout, comment pouvait-elle rester aussi calme – pour une personne nerveuse, elle était même placide – alors qu'elle venait de découvrir cela ? Comment avait-elle pu se retenir de courir vers lui ?

Rogue sembla remarquer le malaise qui habitait la jeune fille.

-Qui était-ce ?

Ainsi, ne pouvait-elle rien cacher ? Pourquoi devinait-il toujours tout ?

-Peut-être que travailler ton Occlumancie te réussirait…suggéra-t-il devant ces questions muettes qui la turlupinaient, un léger sourire moqueur sur les lèvres.

Devant cette remarque, elle le fixa avec intensité. Il savait lire en elle comme dans un livre ouvert… Elle en avait presque oublié ce qu'il lui avait fait.

-Pourquoi te le dirais-je ? Pour que tu ailles le répéter au Maître dans le cadre de ta mission ?

Décidément, la colère donnait des talents que l'on ne soupçonnait pas. La jeune fille n'avait jamais su aligner plus de deux mots en la présence du jeune homme avant qu'elle ne réalise qu'il lui avait menti.

Rogue restait silencieux et impassible. Rien ne l'atteignait. Enfin, il la fixa avec gravité, ce qui étonna la jeune fille.

-Mon talent d'Occlumens te paraît peut-être grand parce que le tien est faible, mais sache qu'il n'atteint pas encore un niveau absolu de résistance au Maître.

La jeune fille ne comprit pas immédiatement pourquoi il lui avait dit cela. Puis, peu à peu, elle sembla se réveiller d'un long songe. Voulait-il lui faire croire qu'il avait dit au Maître tout ce qu'elle l'avait entendu lui dire dans son sommeil parce que c'était ce que ce dernier voulait entendre et non parce qu'il se moquait véritablement d'elle ?

-Je t'en prie, Rogue, ne recommence pas, dit-elle.

Mais le ton ne lui parut à elle-même pas assez ferme. Pourquoi attendait-elle ces mots depuis le début ? Pourquoi voulait-elle y croire ? Pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher de penser au baiser qu'ils s'étaient donnés ? Au fait qu'il lui ait sauvé la mise plusieurs fois ?

Il s'approcha doucement d'elle.

-Rogue…prévint-elle en frémissant.

Leurs nez se touchaient presque lorsqu'il se mit à chuchoter, le visage implacable.

-Qui était-ce ?

-…

La jeune fille ne résisterait plus longtemps à ce regard décidé, à cette pression de son corps sur le sien, à ce visage calme.

-Il se nomme Elinor. Mon frère, avoua-t-elle d'une voix tourmentée et larmoyante.

Rogue ne répondit rien, encaissant le coup et fronçant imperceptiblement les sourcils. Mais la jeune fille se souvint de la raison pour laquelle elle était au Manoir et s'éloigna de Rogue.

-Je peux savoir ce que tu comptes faire… ?lui demanda-t-il d'une voix calme et indifférente.

Elle se tourna vers lui. Après tout, si elle avait pu lui parler d'Elinor, lui nommer Lilith n'aggraverait pas la situation. Surtout que seulement deux personnes connaissaient l'histoire exacte de sa sœur et Voldemort était de la confidence. En conséquence, le Mangemort pourrait lui en parler, cela ne ferait aucune différence.

-Retrouver ma sœur.

Puis, elle se remit en marche.

-Décidément c'est une histoire de famille…entendit-elle sarcastiquement derrière elle. Mais je crains que je ne puisse te laisser y aller.

-Vraiment ?demanda-t-elle en se retournant.

Mais cette fois, Rogue avait sortit sa baguette et il s'approcha de quelques mètres.

-On rentre à Poudlard.

-Non ! s'énerva-t-elle.

-Très bien, dit-il indifféremment. Insomnio !

Vendredi 13 mars…

La rousse fut prise d'une suée froide. C'était la troisième de la journée. Et cela ne provenait pas de sa maladie, désormais connue de tous.

En effet, l'infirmière avait tellement insisté pour l'ausculter que Dumbledore avait dû intervenir pour l'en empêcher. Cela avait engendré un profond malaise chez la Serpentard qui comprit que le directeur l'aidait à cacher son secret.

Ceci dit, des élèves avaient surpris la conversation entre Dumbledore et l'infirmière. Et ce n'était pas n'importe quels étudiants… James Potter et Peter Pettigrow. Bien entendu, malgré le fait que Sirius leur avait demandé de se taire, Queudver ne l'avait pas entendu de cette oreille. Il était tellement rare qu'il ait à raconter quelque chose de suffisamment intéressant pour être le centre d'attention pendant plus de trois minutes…

C'est ainsi que courut la rumeur selon laquelle Alessa James était atteinte d'une maladie incurable à laquelle elle succomberait bientôt dans d'atroces souffrances. Et la jeune fille devait avouer qu'il y avait des avantages à cette nouvelle situation : non seulement, la plupart des élèves étaient désormais supportables avec elle, mais les professeurs lui permettaient même de quitter les cours dès qu'elle se sentait mal.

Enfin, pour en revenir à ses suées, ce n'était pas la maladie qui en était la cause. Mais le mariage qui devait avoir lieu le jour même.

La jeune fille tentait de ne pas y penser. Après tout, à quoi bon ? Mais il était fort difficile d'ignorer que le soir même elle allait sceller sa vie à jamais. Car se marier n'était pas la finalité que Voldemort voulait atteindre. Non. Ce qu'il voulait, c'était que ses Mangemorts lui donnent un héritier… Et même si Lucius était persuadé que le Maitre n'avait pas encore fait son choix sur l'un des enfants, choix qui ferait de cet héritier une incarnation du mal absolu comparable à celle de Voldemort, Alessa se doutait pourquoi ce serait l'enfant de Rogue et elle qui serait choisi et pas un autre. Eternity coulerait dans ses veines…

Alessa déambulait dans les couloirs depuis un quart d'heure. Elle avait rendez-vous avec Rogue pour une leçon d'Occlumancie dans quelques temps et décida de s'y rendre à l'avance. Peut-être que cette fois la salle s'ouvrirait devant elle aussi.

Puis la jeune fille pensa à Rogue… Depuis son retour du Manoir – totalement endormie après le sort que lui avait jeté le Serpentard – le jeune homme lui donnait des cours d'Occlumancie. Alessa ne lui avait toujours pas pardonné. Il était difficile de le croire lorsqu'il disait qu'il avait caché la vérité à Voldemort. Après tout, durant leur deux dernières réunions, la jeune fille avait croisé plusieurs regards admiratifs du jeune homme envers leur Maître. De plus, l'avoir empêché de libérer sa sœur si prêt du but l'avait rendue folle de rage.

Rogue n'avait rien répondu, attendant que sa colère passe. Mais, comme toutes les autres fois, quand la rage était présente, les larmes n'étaient pas loin. Et le jeune garçon avait quitté la pièce, la laissant seule et en pleurs. Il était toujours aussi indifférent et indéchiffrable. Cependant, que devait-elle penser du fait qu'il lui donne toute de même des cours ? Et ces leçons étaient bénéfiques car la jeune fille ressentait même l'intrusion de Malefoy dans son esprit lorsqu'il lui parlait. Ainsi, elle parvenait à le repousser.

Penser à Malefoy rappela à la jeune fille ce qu'avait fait Narcissa. On dit que l'amour rend aveugle. C'était bel et bien le cas pour la blonde qui, maintenant qu'il était clair qu'elle passait l'entièreté de son temps avec l'homme parce qu'elle l'aimait, avait répété au jeune Mangemort tout ce que la rousse lui avait confié.

Alessa ne lui avait pas parlé de la discussion qu'elle avait surprise de peur de se vendre quant à sa présence au Manoir, mais doutait que Voldemort l'ignore encore. C'est ainsi qu'elle discutait toujours avec la blonde, mais avec méfiance. Celle-ci avait découvert depuis longtemps ce que signifiait la plus grande œuvre de l'éternité, mais ne cessait ses visites à Alessa lorsqu'elle se trouvait à la bibliothèque. Voulait-elle tellement contenter son futur époux de son savoir ?

La fille de Nicholaï James atteignit le septième étage et poursuivit son avancée. Le fait que Narcissa sache que la plus grande œuvre de l'éternité était Eternity et qu'elle était en la possession d'Alessa ne dérangeait plus vraiment la rousse. Cependant, il était hors de question qu'elle apprenne en quoi consistaient le Destin des Damnés et les trois coups.

Alessa avait avancé dans ses recherches depuis son dernier rendez-vous avec Lucius. Le Destin des Damnés, c'était sans conteste, Harry, venu du futur pour remplir une mission. Lorsque celui-ci lui avait parlé de son temps, avec beaucoup de précaution pour ne pas en dire trop, elle avait compris que Voldemort était toujours vivant à l'époque du jeune homme, d'où le mot 'damnés'. La rousse en avait été atrocement bouleversée.

Quant aux trois coups, elle ignorait encore en quoi ils consistaient, mais comptait bien se rendre à la bibliothèque dès que possible.

Elle atteignit enfin la Salle sur Demande et constata que la porte était bel et bien là, cette fois. Soit elle avait été exaucée – ce qui serait étonnant étant donné que depuis quelques mois, la malchance était à ses trousses – soit Rogue était déjà dans la pièce.

Elle inspira profondément et entra.

Rogue lui tournait le dos, assis à un petit bureau de bois terni par les années. Il lisait ce livre argenté qu'elle l'avait vu refermé avec protection lorsqu'elle était entrée dans la pièce la première fois. Que pouvait-il contenir ?

-Tu es à l'avance.

Sa voix calme ne parvenait plus à berner Alessa. C'était un reproche. Pouvait-il comprendre qu'il ne pouvait pas contrôler tout ce qu'elle faisait ?

Ne répliquant rien, la jeune fille déposa son sac dans un coin et s'approcha du jeune homme, replaçant déjà son livre à sa place.

C'est alors qu'il l'observa et cette introspection sembla durer une éternité. Elle savait bien qu'il pensait à la même chose qu'elle : Le mariage. La jeune fille était lasse et fatiguée. Elle n'avait même plus le courage de sourire.

-Tu préfères que j'attende dans un coin l'heure précise à laquelle tu m'as demandé de venir ou alors on peut commencer de suite ?demanda-t-elle alors.

Le jeune homme ne la quitta pas des yeux. Il ne semblait pas gêné par la façon de lui parler qu'employait désormais Alessa. Quant à elle, elle savait que si elle n'agissait pas ainsi, elle succomberait à nouveau à ce regard noir et à cette flamme qui y vacillait.

-Je pense que tu as développé suffisamment tes talents d'Occlumens, dit-il sereinement.

Quoi ? Mais alors, pourquoi lui avoir demandé de venir ? N'aurait-il pas pu lui dire cela à leur dernière leçon ?

-Tu trouves que je suis à la hauteur ? Pourtant, tu sais encore lire en moi une fois sur deux.

-Ce pouvoir à besoin de maturation. Si tu comptes le développer en le travaillant intensivement deux semaines, tu te voiles la face. Tu as atteint ton maximum. Il te faut t'entraîner régulièrement maintenant et l'Occlumancie deviendra un de tes talents premiers.

Le jeune homme ne la regarda même pas alors qu'il parlait. Il avait l'air de chercher quelque chose dans la grande armoire de chêne. Et un silence naquit.

-Alors… Il est inutile que je m'attarde ici, dit-elle sans se rendre compte de la déception qu'on pouvait lire dans sa voix.

Il se tourna à nouveau vers elle.

-De toute façon, on ne peut pas dire qu'on risque de ne pas passer assez de temps ensemble avec la cérémonie de ce soir, ajouta-t-elle dans une tentative de sourire échouée. Bon. J'y vais alors.

-Attends.

Alessa releva les yeux vers le garçon alors qu'elle avait déjà commencé son demi-tour vers la porte. Son cœur battait à nouveau la chamade devant ce regard voilé. Pourquoi la considérait-il aussi intensivement ?

-…Quoi ?demanda-t-elle d'une petite voix.

Le jeune homme sembla hésiter – malgré son air toujours indifférent, la jeune fille connaissait désormais les expressions du garçon mieux que quiconque – et rien que cela chamboula Alessa. Elle fronça les sourcils, attendant.

-…Est-ce que tout va bien ?

Sa voix était monocorde, son visage monotone et ses yeux moroses, mais il lui demandait bel et bien si tout allait bien… D'un geste brusque, Alessa recouvra son bras droit de sa main gauche, ne quittant pas le jeune homme des yeux. Qu'essayait-il de faire en lui posant une telle question ?

-Etant donné que je n'ai encore eu que deux crises successives et un évanouissement aujourd'hui, on peut dire que je ne vais pas si mal que cela, dit-elle dans un sourire ironique. Je pense que les sorts que tu m'as jeté il y a quelques mois m'ont aidé plus qu'on ne pouvait l'espérer… Mon corps me permet encore de me tenir debout.

-Je ne parlais pas de cela, dit-il encore, posément.

Un léger silence retentit dans la petite pièce.

-Je sais, répondit Alessa en gardant un sourire triste.

Puis, la jeune fille s'approcha d'un des matelas et s'y laissa tombée, scrutant ses deux mains croisées sur ses genoux.

-Dans quelques heures, je serai liée à un homme que je ne connais pas afin que naisse un enfant que je devrai abandonné à notre Maître, dit-elle lentement.

Enfin, elle tourna la tête vers le jeune homme qui la fixait toujours.

-Pourquoi irais-je mal ?lança-t-elle la voix plein de sanglots et un sourire amer sur les lèvres.

-L'enfant qui sera confié au Maître n'a pas encore été désigné, poursuivit le Serpentard.

Et alors, la rousse se leva, souriant un peu plus.

-Mais qui d'autre que le fils du favori du Seigneur des Ténèbres ?

Rogue garda le silence et la discussion fut terminée sur ces derniers mots.

Cela faisait plus d'un quart d'heure qu'elle se tenait droite devant son miroir. Tout geste lui était insurmontable alors qu'elle observait son reflet. Cette robe bordeaux était tout bonnement somptueuse. Mais comment pourrait-elle même sourire de porter un tel bijou alors que sa vie s'éteignait ce soir ?

Quelqu'un frappa à la porte et la jeune fille, s'étonnant que Narcissa s'annonce ainsi, lui répondit calmement :

-Tu peux entrer.

Mais ce ne fut pas Narcissa qui entra. D'ailleurs, Alessa vit la porte s'ouvrir sur le vide. Quelques secondes durèrent durant lesquelles rien ne se passa. Etait-ce une mauvaise blague ?

-Whaou… Tu es splendide…

La rousse sursauta, ne sachant pas d'où pouvait provenir cette voix qui ne lui était pas inconnue.

-Oh, excuses-moi, continua la voix fantôme, j'oublie toujours…

Puis une main apparut dans les airs, libérant en quelques instants un corps complet.

-Harry ? s'écria la Serpentard, à la fois soulagée et effrayée. Mais comment… ?

-Une cape d'invisibilité, lui dit-il en joignant le geste à la parole et en lui montrant une sorte de couverture carrée brillante et d'apparence douce.

La jeune fille regarda plusieurs secondes le magnifique tissu, puis eut un rire nerveux.

-Tu m'as fait une peur bleue, imbécile !sourit-elle en lui tapotant l'épaule.

Ils rirent quelques instants, puis Alessa demanda comment il avait pu se procurer le mot de passe.

-J'ai simplement attendu que quelqu'un pénètre dans la Salle Commune, puis, je me suis faufilé à sa suite. Après tout, j'étais invisible.

La jeune fille acquiesça et se rendit compte qu'il venait de la voir dans la robe qu'elle porterait ce soir. Un sentiment de gêne l'envahit.

-Et pourquoi voulais-tu me voir ?

-Je voulais te dire que j'ai découvert quelques choses intéressantes sur ta prophétie, mais…

-Quoi ?

-Je ne savais pas que tu aimais passer des heures à te regarder dans le miroir, la taquina-t-il en souriante.

-Ce n'est pas ça, soupira-t-elle, en s'asseyant sur son lit.

Le jeune homme eut un sourire indulgent et s'assit à ses côtés en lui demandant ce qui n'allait pas.

-Ca semble être une robe que l'on porte pour une occasion très spéciale…acheva-t-il.

Alessa ne répondit rien, mais des larmes vinrent perler les coins de ses yeux verts. Le jeune homme lui demanda de l'excuser s'il avait dit quelque chose de blessant, mais la jeune fille lui répondit qu'il n'avait rien à se reprocher. Et, ayant besoin de parler, elle lui confia toute l'histoire. Sa sœur, Elinor, Eternity, sa maladie et surtout, son mariage prochain.

-Avec Rogue ?s'écria-t-il en grimaçant.

Décidément, il ne le portait pas dans son cœur. Mais elle devait avouer qu'entre apprécier Rogue et l'épouser, il n'y avait qu'un pas qu'il ne valait mieux pas franchir.

-Il faut voir les choses du bon côté, poursuivit le jeune homme blond en faisant une tête qui montrait tout sauf le fait qu'on pouvait voir des avantages à la situation, cette robe est splendide.

-Oui, rit nerveusement Alessa en pleurant. Et il paraît que c'est Rogue qui l'a choisie.

-On t'a menti alors, dit sérieusement Harry en secouant la tête de droite à gauche.

La jeune fille tapa à nouveau son épaule et ils rirent doucement. Cela faisait du bien de se confier. De plus, Harry semblait la comprendre mieux que quiconque ne l'aurait pu.

-Alors ? De quoi voulais-tu me parler à propos de la prophétie ?

-J'ai fait quelques recherches à la bibliothèque. Etant donné que je suis maintenant persuadé que ma mission te concerne autant que Rogue, je me suis dit qu'il fallait peut-être trouver la solution à cette énigme des trois coups.

-Tu as peur que je ne trouve pas moi-même ? lui demanda-t-il en souriant mesquinement.

-Pas du tout, se défendit-il. Mais comprends-moi. Il ne me reste plus que vingt deux jours avant de devoir repartir et vu que toi, tu sembles sur le point de mourir à chaque seconde, je me suis dit qu'une paire de mains en plus ne serait pas de refus.

La jeune fille se dit que la remarque sur sa mort prochaine était un peu trop franche pour qu'elle la prenne bien, cependant, elle savait que le jeune homme ne perdait pas de temps sur la façon dont il disait les choses.

-Tu as raison. Et donc, qu'as-tu trouvé ?

-Je me suis souvenu d'un cours d'Histoire de la Magie à mon époque. Il parlait d'une grande bataille qui avait eu lieu. Et si je me souviens bien, la date du combat correspondait plus ou moins à ton époque.

-Tu veux dire… qu'il va y avoir une guerre ? Et, si je fais le lien avec le fait que Voldemort est encore vivant à ton époque, c'est le camp de Dumbledore qui va perdre… ?

-Je n'ai jamais été très doué en Histoire de la Magie…dit le jeune homme aux yeux verts dans un sourire contrit.

La jeune fille leva les yeux au ciel tout en se jetant un sort pour être de nouveau vêtu de sa robe de sorcière habituelle.

-Mais en quoi cela concerne-t-il la prophétie ?

-Justement, répondit le blond. Et si les trois coups dont parle ce texte correspondait à trois attaques ?

-Trois attaques ?

-Oui, des coups que se porteraient le Bien et le Mal.

-Qu'est ce qui t'as fait penser à ça ?

-J'ai lu les journaux de cette année qui se trouvaient dans les archives de la bibliothèque et, même si Voldemort tue énormément d'innocents, ça ne reste là que des attaques individuelles. Pas des coups importants qui touchent des endroits précis.

La jeune fille s'apprêta à parler, mais Harry la coupa :

-Mais récemment, le camp du Mage Noir à attaqué ce petit village dont j'ai oublié le nom. Tu te souviens ?

-Un peu trop, même, répondit-elle à l'évocation de son village.

Le jeune homme poursuivit sans remarquer le malaise de Alessa :

-Ce serait le premier coup.

-Mais…

-Tu ne comprends pas ? Voldemort a déjà compris la prophétie et la met dès maintenant en œuvre.

-Mais alors pourquoi m'avoir demandé d'en trouver la signification ?

-Je l'ignore encore. Sûrement espérait-il que tu fasses quelque chose de précis, une fois que tu l'aurais compris.

-Et la grande bataille serait le deuxième coup ?

-J'opterais plutôt pour le troisième vu la gravité de cette guerre.

Le silence qui suivit fit place à des réflexions sur la nature de la seconde attaque. Mais un bruit les interrompit. Il y avait quelqu'un qui arrivait et si c'était l'une des habitantes du dortoir de Alessa, il en serait fini pour sa réputation et leurs futurs week-end – vu qu'ils seraient alors emplis de retenues…

-Ta cape, lui souffla-t-elle alors qu'il la mettait déjà sur sa tête.

Fort heureusement d'ailleurs car la porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaître Ingrid Johns, une de celles qui partageait son dortoir avec Alessa. Bien entendu, les deux jeunes filles ne s'entendait pas et Alessa s'approcha de la porte entrouverte, l'ouvrant bien grand en saluant indifféremment Ingrid.

Puis, une fois sûre que Harry était sorti, elle le suivit, refermant la porte sur la nouvelle habitante des dortoirs.

Il était l'heure du repas et Alessa s'était promis de ne pas penser au mariage durant ces derniers instants. Bien entendu, comme la plupart des promesses qu'elle se faisait à elle-même, la rousse ne sut la tenir.

-Comment te sens-tu ? lui lança la voix sereine de Narcissa.

-Mieux qu'on ne pourrait le penser au premier abord, répondit Alessa avec le plus grand calme dont elle pouvait désormais faire preuve en présence de la blonde.

-Et en ce qui concerne la prophétie, tu as des nouvelles ?

Etant donné que la rousse n'avait – selon ses propres dires – rien trouvé depuis un fort long moment sur la prophétie, la blonde l'interrogeait à chaque fois qu'elles se voyaient.

-Aucune.

Le visage de la blonde ne changea pas d'expression et la rousse se servit en riz. Manger lui était devenu insupportable, surtout qu'elle vomissait toujours tout après, mais cette soirée lui demanderait énormément de force et elle avait besoin de se nourrir. C'est alors qu'elle croisa la silhouette de Rogue qui s'asseyait à table. Il leva son regard vers elle et ils s'observèrent quelques secondes, le regard vide pour lui, les yeux désespérés pour elle.