C'était l'heure du déjeuner à la prison et Jeffrey était parti se trouver une table assez tranquille avec son plateau repas. Il s'assit à côté d'un prisonnier qui avait de longs cheveux blonds qui pendaient sur le côté droit de son visage. Jeffrey pensa aussitôt qu'il s'agissait d'un junkie:
- Salut, moi c'est Jeffrey!
L'autre prisonnier se contenta de se tourner vers lui, et Jeffrey découvrit alors que les cheveux de l'individu cachaient une grave brûlure. Jeffrey tenta une ouverture:
- On t'as coffré pour quoi?
- 13 meurtres plus 3 tentatives de meurtres.
Jeffrey sentit une goutte de sueur lui glisser le long du front, et préfera s'écarter:
- Sinon mon nom est Vinko. Et toi, pourquoi t'es là?
- Vol à l'étalage, et j'attends juste que l'on paie ma caution et, plus bas... et j'espère rapidement.
Un petit moment de silence, avant que Vinko ne ré-engage la conversation:
- Je pense que tu t'en serais bien tiré en étant avec quelques "amis".
- Bah, disons que j'étais justement dans une bande, mais les délires de la boss ont précipité les choses.
- C'était quoi son dernier délire?
- Semer l'embrouille dans le couple d'une fille qui s'appelle Vicky.
En entendant ce nom, Vinko sembla plus intéressé par les dires de Jeffrey:
- Elle a quelqu'un dans sa vie?
- Non, elle a tellement mauvais caractère que personne veut d'elle...
- Je parlais de Vicky.
- Ah! Euh, oui.
Vinko regarda son plateau avant de dire:
- Comme quoi, tout le monde peut avoir un coeur. Je devrais te présenter mon nouveau copain Ivan.
- Ouais... merde, j'ai oublié mon dessert, je vais le chercher et je reviens, tu me présenteras Ivan plus tard.
Il se leva et en chemin se demanda si Joy pouvait vraiment avoir un coeur elle aussi. Si c'était le cas, il devait être bien enfouit... il se demandait aussi pourquoi il pensait à elle en ce moment. Perdu dans ses pensées, il percuta un prisonnier qui renversa son plateau:
- Tu pourrais faire gaffe où tu marches...
Il remarqua alors que le prisonnier en question était: de un, plus grand que lui, de deux, plus costaud que lui. Le prisonnier saisit Jeffrey au col et le décolla du sol, il pouvait admirer sa cicatrice à l'oeil ainsi que l'inscription "CCCP" qu'il avait au bras. C'est alors que Vinko les rejoignit:
- Jeffrey?
- Tu vois que c'est pas vraiment le moment.
- Je te présente Ivan, dit-il en désignant le prisonnier qui portait Jeffrey à bout de bras.
Jeffrey tourna un peu la tête et salua en souriant nerveusement à Ivan, toujours en l'air:
- Ravi de faire ta connaissance.
- A peine je te rencontre que je te déteste déjà, petit americanski. Répondit Ivan.
D'autres détenus s'étaient regroupés autour d'Ivan et de Jeffrey en réclamant une bagarre, Ivan arma son poing et à ce moment là un gardien arriva:
- JEFFREY!
L'action se figea:
- Oui? répondit faiblement Jeffrey.
- On a payé ta caution, tu peux partir.
Jeffrey regarda Ivan et lui demanda gentiment:
- Tu me reposes?
- OK.
Ivan lâcha Jeffrey, le laissant tomber, mais ce dernier se dépécha de se relever et de courir vers la sortie, pressé de s'en aller.
Après s'être changé, tout en se faisant raccompagner par le gardien, il pensait à tout ce qu'il pourrait faire en sortant, mais une question lui vint à l'esprit:
- Dites-moi, qui a payé ma caution?
- Une fille, ta petite amie peut-être, répondit le gardien.
Bizarrement, quand le gardien lui avait dit "petite-amie", il avait tout de suite penser à Joy. Il se demanda en rigolant s'il n'était pas amoureux d'elle mais il perdit rapidement son sourire, car il savait secretement qu'il aurait bien voulu que Joy l'aime. Si c'était elle qui avait payé la caution, c'était possible mais vu la manière dont ils s'étaient quittés la dernière fois, il doutait que se soit le cas et qu'elle ait permis qu'il soit libéré.
En arrivant à l'accueil de la prison, il fut étonné de trouver non pas Joy mais Vicky en train de l'attendre, en le voyant, elle s'approcha:
- Jeffrey, j'ai besoin de toi pour me débarasser de Joy.
Quelques jours plus tards, Joy zonait comme à son habitude quand elle croisa Jeffrey:
- Comment ça va Joy? L'interpella Jeffrey.
- Qu'est-ce tu me veux? Lui cracha-t-elle.
- Je veux juste discuter avec toi, si cela ne te déranges pas.
Joy hésita un petit instant, regarda le fast-food qui était à côté d'eux et répondit:
- Si tu paie le repas.
- Bien sûr.
Après s'être installés dans le restaurant, ils attendirent un long moment avant d'engager la conversation devant leurs menus Mega cheese, avec son maxi coca:
- Tu n'as pas répondu à ma question Joy, comment ça va?
Joy le regarda froidement avant de répondre:
- A ton avis? Tu m'as foutu un coup de boule.
- Tu l'avais bien mérité, vu que t'as mis mes testicules dans le coma. De toute façon, tu l'avait cherché...
Un nouveau temps de silence passa avant que Joy relance la conversation:
- Sinon, tu deviens quoi toi?
- Ben disons qu'on je poursuis un peu le business en volant dans les magasins, mais...
- Tu t'es fais choper.
- Comment tu le sais?
- Quand on tape "criminels idiots" sur internet, tu es le premier résultat qui sort. Tu me fais plûtot bien rire quand tu te prends la vitre en pensant que c'est une porte à ouverture auto. Ah, ça me manque tes conneries.
Elle rigola jusqu'à ce que Jeffrey demande, interloqué:
- Je te manque?
Joy arrêta de rire d'un coup et baissa les yeux en rougissant:
- Hum... je sors prendre l'air, l'odeur de friture commence à m'écoeurer.
Elle se faufila rapidement vers la sortie et une fois dehors, s'immobilisa, pensive:
- Ca se peut pas, je suis dans un rêve, non plutôt un cauchemar et je vais me réveiller.
Elle jeta furtivement un coup d'oeil en direction de Jeffrey derrière elle, en train d'engloutir ses frites, et fut étonné elle-même d'être troblée par cette énerguméne.
Puis pendant que son regard balayait la rue en face d'elle, elle remarqua, assit sur un banc, une personne en imperméable et chapeau, alors que les autres passants étaient habillés plus légérement. Elle se dirigea vers ce dernier qui en se sentant repéré se levait pour s'enfuir mais Joy le força à se rasseoir:
- Alors, vieux pervers, on mate les jeunettes?
- Je suis un colporteur.
- Tu parles! Je suis sûre que sous ce chapeau il y a un vieux cochon!
Sur ces mots, elle arracha le chapeau du pseudo mateur et découvrit Vicky mal à l'aise maintenant qu'elle était découverte. Joy se mit en colère:
- Qu'est ce que fout ici? Tu m'espionnes?
Elle remarqua que Vicky avait son téléphone à la main, et tout de suite, elle comprit:
- Tu préviens qui?... Ah mais non, tu attends que j'embrasse Jeffrey pour en garder un souvenir et récupérer ta copine? Ton plan marcherait s'il était pas vraiment naze.
Vicky, prise au piège, s'empressa de répondre:
- Ce n'est pas mon idée.
- C'est celle de qui pour que je l'étrangle.
- Celle de Jeffrey.
Joy s'arrêta un instant:
- Et c'était quoi ton idée?
- Mon plan à moi consistait à monter Jeffrey contre toi, comme tu as monté Mégane contre moi.
Joy écoutait attentivement.
- Continues.
- Je suis donc allée chercher Jeffrey en taule, je l'ai fait sortir et lui ai exposé mon plan, mais il était septique. Il a prit ta défense en disant que tu possédais peut-être un coeur, qu'il suffisait juste de le réveiller, et il s'est porté volontaire pour le faire.
Joy écoutait toujours, comme fascinée:
- T'arrêtes pas.
- Il m'a convaincue en me disant que si t'avais un petit ami, je pourrais vous prendre en photo et reprendre Mégane.
- Et qu'est ce qui me dit que tu me racontes pas des histoires?
- Je pense pas être en position de t'en raconter.
- Pas faux.
Joy regarda encore une fois Jeffrey qui s'attaquait maintenant à son cheeseburger. Elle réfléchit longuement, puis se tournant vers Vicky, lâcha:
- Tu as droit qu'à un essai, et t'as intêret à bien cadrer.
D'une traite, elle retraversa la rue, rentra dans le restaurant et saisit Jeffrey par le col:
- Qu'est ce que tu fais? Bredouilla-t-il, la bouche pleine des restes de son repas.
- Quelque chose qui nous retient depuis longtemps.
Sur ces mots, elle embrassa pendant un moment Jeffrey sur la bouche, laissant à Vicky le temps de prendre la photo et de l'envoyer aussitôt à Mégane.
Les jours suivants, tout se mit en place presque naturellement, Joy et Jeffrey s'étaient trouvés et avaient condamné leur ancien complice Jack à regarder la seule émission qu'il comprenait: la télé réalité non stop. Mégane était à nouveau avec Vicky, aprés que Joy, amoureuse, ait pris le temps de lui donner des explications sur son comportement. Le couple reformé déplut aux parents de Vicky, mais bon comme le proclame dorénavant Vicky:
J'en n'ai rien à cirer de leur avis, je suis désormais moi-même.
FIN
