« Et l'amour, grand-mère ? Faut-il aimer ?
Eh bien, moi, je me suis mariée, alors, je ne sais pas. »
'L'orage rompu' Jacqueline Harpman
L'heure était venue…
Narcissa prit la main d'Alessa dans la sienne et ce fut, depuis plusieurs mois, la première fois que la rousse ressentit son amitié d'antan envers la future épouse de Lucius Malefoy.
Sa main était tremblante et chaude et la sœur de Elinor la lui serra du mieux qu'elle put, voulant partager avec la blonde un courage qu'elle n'avait pas.
Les deux jeunes filles se trouvaient dans ce que Voldemort appelait la Salle Ovale. C'était la première fois que Alessa y venait et la première fois qu'elle trouva que le goût du Maître pour la décoration laissait à désirer. Cette pièce contenait une table ronde en son centre et des tableaux nus recouvraient les murs. Etait-ce là que les trois futures mariées devaient voir leur avenir ? Nu comme ces tableaux dont les habitants avaient quitté les toiles…
Alessa constata que Bellatrix était la seule à sourire calmement. Ou peut-être était-ce une bonne comédienne ?
La robe de Narcissa était également somptueuse. D'un tissu de soie, sa couleur noire laissait apercevoir des reflets presque blancs et les lacets sombres qui serraient son dos semblaient de velours. Quant à celle de la future madame Lestrange, elle était de couleur émeraude et donnait à la jeune fille que Alessa n'avait jamais trouvée jolie, un charme immatériel.
Un frappement à la porte déconcentra l'étude de Alessa des robes de celles qui, pour cette unique fois, seraient ses compagnes et un homme masqué entra.
-Il est temps.
Sa voix bourrue rappela à l'esprit de la rousse la discussion qu'elle avait perçue entre Lucius et l'homme masqué et la jeune fille lâcha brusquement la main de Narcissa.
Les jeunes femmes pénétrèrent immédiatement dans une salle tellement sombre qu'on en distinguait à peine les murs. Seules une dizaine de petites bougies volantes éclairaient de modiques tables rondes en pierre grise. En s'approchant encore, Alessa remarqua deux plus grandes flammes célestes de chaque côté d'un grand fauteuil de chintz doré par la couleur du feu. Ce dernier était en haut d'un escalier de pierre chaudes. La Maître y siégeait déjà, un sourire terrifiant sur les lèvres et nonchalamment installé sur son trône.
-Entrez, entrez, s'éleva sa voix métallique dans l'obscurité de la pièce.
L'homme masqué et aussi costaud qu'une montagne fit arrêter Narcissa prêt de la table de pierre la plus à droite, puis Alessa à celle du centre, juste en face du Seigneur des Ténèbres et enfin, Bellatrix prêt de celle de gauche. Tremblante, la jeune fille préféra faire mine de caresser la pièce du regard plutôt que de risquer de croiser les deux fentes rouges du Maître.
C'est alors que la rousse remarqua, derrière elles, qu'une sorte de balcon les encerclait, les écrasant de sa hauteur. Des centaines de personnes, méconnaissables dans l'obscurité, les observaient dans l'ombre et seraient les témoins des trois unions. Enfin, de chaque côté du trône de Voldemort se trouvaient deux autres balcons carrés et plus petits dans lesquelles se trouvaient les témoins d'honneur.
La jeune fille sentait son corps tout entier trembler de terreur. Elle ne parvenait pas à croire qu'elle était bel et bien là, à attendre que l'on scelle sa vie. Ce moment lui avait semblé si lointain…
Elle constata qu'une petite porte se tenait derrière le fauteuil du Maître et frissonna en y apercevant un garde qui surveillait l'entrée. Que pouvait bien dissimuler cette porte pour qu'elle doive être surveillée ?
Un bruissement de cape fit se retourner Alessa et elle vit Lucius Malefoy, vêtu d'un costume de sorcier gris et surtout, masqué, se placer aux côtés de Narcissa. Il n'adressa aucun regard à cette dernière, contemplant uniquement le Maître.
Lestrange arriva peu après, suivi de près par Rogue, vêtu de noir –le contraire eut été étonnant – et masqué lui aussi.
La rousse ne comprit pas pourquoi elle se sentait encore moins bien de le voir ainsi masqué. Sûrement parce que porter un masque signifie jouer un jeu… Cependant, Rogue, contrairement à Malefoy, posa quelques secondes les yeux sur elle à travers son masque. Et en voyant ses yeux, Alessa n'aurait pu en donner la raison, mais elle se sentit légèrement rassurée.
-Bien, susurra la voix de Voldemort qui souriait toujours. Bienvenue aux jeunes mariés.
Prononcées par cette voix, ces propos ressemblaient plus à des menaces et à des prédictions moroses qu'à des paroles de bienvenue.
-La cérémonie peut commencer…
Voldemort se réinstalla, écoutant les explications des gardes quant à la mission des six Mangemorts. Les trois femmes devaient simplement tirer au sort l'un des trois Sorts Impardonnables. Cette part de la mission paraissait la plus simple, mais également la plus déterminante. Et Alessa ne souhaitait pas savoir dans quelle mesure.
-Que la première s'approche, dit le garde en faisant apparaître un chaudron bouillant et fumant.
-Alessa…dicta la voix de Voldemort, choisissant la jeune femme pour qu'elle passe en premier lieu.
Tremblante, la jeune fille s'approcha du chaudron d'un pas maladroit. Le garde lui indiqua quelle formule elle devait prononcer pour que le destin choisisse pour elle le sort qui lui reviendrait.
-Alea jacta est…murmura-t-elle, terrifiée.
Une volute de fumée verte s'éleva du chaudron et le Maître rit quelques instants :
-La Mort…
Ne comprenant pas, elle resta figée quelques secondes, puis retourna rapidement auprès de Rogue. Narcissa suivit et de la fumée rouge apparut. Le sort Endoloris lui fut attribué et Alessa comprit que par la 'Mort', Voldemort entendait le sort qui la provoquait, l'Avada Kedavra'. Une fois que Bellatrix eut reçu le sort de l'Impérium, métamorphosé en fumée noire, le Maître se leva.
La petite porte que la jeune fille avait remarqué plus tôt s'ouvrit à la volée et laissa apparaître, en partie dissimulés par le fauteuil de chintz du Seigneur des Ténèbres, deux gardes et trois enfants. Le cœur d'Alessa se recroquevilla sur lui-même, trop terrorisé à l'idée même de penser à ce que cela allait signifiait.
-Approchez, susurra Voldemort, n'ayez crainte.
Les trois enfants, d'âges apparemment différents, précédèrent les gardes et se placèrent sur l'estrade, aux côtés du Mage Noir. Le plus petit pleurait silencieusement, tremblant de froid. Et il recula de frayeur lorsque le Maître approcha sa main effilée aux doigts grisâtres de son épaule.
-Je vois que la réputation de poltron des enfants moldus n'est pas infidèle à la réalité.
Puis, se tournant à nouveau vers les futurs mariés, il poursuivit :
-Que la fête commence…
Alessa ne mit pas plus longtemps à comprendre en quoi consistait le devoir à la fois horrible et grotesque des hommes. Le sort que les femmes avait tiré du chaudron serait celui que leur futurs époux devraient jeter à l'enfant qui leur serait attribué. L'horreur envahit la rousse qui dut placer sa main devant sa bouche pour ne pas vomir. La plupart des émotions trop fortes devenaient insupportables pour son corps. Bien entendu, la jeune fille avait déjà vu et entendu les missions que Rogue devait accomplir et ce n'était pas des plus belles. Mais tuer… Le Maître l'avait-il déjà contraint à ôter la vie ?
Elle croisa le regard de Rogue et il lui parut légèrement troublé. Hésiterait-il ?
Le plus jeune des trois enfants, qui ne devait pas avoir plus de huit ans s'approcha de la marmite des futurs Malefoy. Le blond sourit de plaisir et, tout en envoyant un salut respectueux au Maître, lança le sort de la douleur sans hésiter.
Alessa ne put retenir un cri que Rogue étouffa d'une main, sans bouger d'un pas. Il scrutait la scène et son masque empêchait la jeune fille de voir son expression. L'enfant ne supporta pas la douleur plus de quelques secondes et mourut sur le sol dallé, froid et terreux.
Alessa croisa le regard bleu du petit être, encore empli de douleur et ne put retenir ses larmes. Elle croisa alors les yeux du Maître, qui se délectait du spectacle auquel il assistait.
Le second enfant, de plus ou moins dix ans refusa de s'approcher des Lestrange et voulut s'enfuir. Le garde le bénit d'une claque phénoménale et alors qu'il le redressait avec brusquerie, il reçut un coup de pied bien placé.
Le plus âgé des trois enfants, qui ne devait pourtant pas avoir plus de treize ans, venait de taper le garde qui s'en prenait au plus jeune. Alessa n'en revint pas tellement c'était courageux et stupide à la fois. Pourquoi avait-il fait cela ?
-Espèce de morveux !s'écria le garde.
Mais Voldemort s'était déjà levé et arrêta le surveillant d'une main, l'envoyant valser contre le mur le plus proche. Il scrutait d'un air hautain l'adolescent trop téméraire.
-Si tu étais né sorcier, peut-être aurais-tu fait un bon guerrier…sourit mesquinement le Maître.
-Je suis bien content de ne pas être un sorcier si, pour ce faire, il faut s'en prendre à plus jeune que soi, répondit du tac au tac le gamin.
Voldemort rit quelques instants et cela fit frémir la rousse.
-Pour toi, ce sera la mort.
Le cœur d'Alessa n'en supporta pas plus et ses jambes la lâchèrent. Cependant, elle ne tomba pas et constata que Rogue avait passer sa main droite sous le bras gauche de Alessa et qu'il la soutenait.
Elle leva les yeux vers lui et croisa le puit apaisant de sérénité que constituait le regard du garçon.
-Ce n'est pas le moment, lui chuchota-t-il avec fermeté.
Et il aurait s'agit là de la goutte d'eau qui faisait déborder le vase si les yeux verts ne s'étaient pas posés sur quelque chose, ou plutôt quelqu'un, sur le balcon à gauche du trône.
Une fillette aux yeux verts la regardait à travers ses fines mèches dorées et bouclées. Lilith. Comment le Maître avait-il pu la faire venir en un moment pareil ? Qu'allait-elle penser d'elle ? Et surtout, pourquoi son regard était-il si vide et si flou ?
-Lilith !ne put s'empêcher de crier Alessa.
La blonde ne réagit pas et une main dans l'obscurité se posa sur son épaule fragile.
-Lâchez-là !
Rogue avait lui aussi levé les yeux vers l'objet des sanglots de la rousse et observait la fillette. Sans s'en rendre compte, la future épouse de Severus lui attrapa la main et la serra tout en regardant toujours le balcon.
La main qui s'était posée sur l'épaule de la fillette la tira en arrière et la blonde disparut dans l'obscurité.
-Non, Li…
Mais plus aucun son ne sortit de sa bouche et la jeune fille remarqua que Rogue avait sa baguette en main. Il lui avait jeté un sort de silence et la contemplait de ses yeux vides. Quel monstre… Comment avait-il pu… ?
-Merci, Severus, dit alors la voix du Maître. Que la cérémonie continue…
Et Alessa vit l'enfant qui s'était fait frappé par le garde s'approcher de la table des Lestrange et recevoir le sortilège de l'Imperium. La Maître leur dit ce qu'il convenait de lui demander de faire, mais la rousse ne vit plus rien de ce qu'il se passa ensuite. Le vide était venu s'installer dans son esprit alors qu'elle n'avait plus qu'une image en tête : Lilith. Pourquoi n'avait-elle pas crié son nom ? La fillette ne semblait même pas se rendre compte qu'elle était là. Que lui avait-Il fait ?
Ce n'est que lorsque l'adolescent s'approcha de Rogue et elle que Alessa reprit contact avec la réalité. Il semblait déterminé et fixait Rogue sans frémir. La jeune fille serra entre ses doigts la manche droite de Rogue, mais rien n'y fit. Il sortit sa baguette et la pointa sur l'enfant insoumis.
-As-tu une dernière chose à dire ?demanda le Maître.
C'est alors que le plus jeune tourna ses yeux vers Alessa et qu'elle sursauta imperceptiblement.
-La mort n'est pas la fin, c'est la soumission qui l'est.
-Avada Kedavra.
Tout se passa alors au ralenti. Le corps du jeune garçon sembla s'envoler, poussé vers l'arrière par la puissance du sort. Puis, il retomba, s'écrasant sans douceur et sans vie sur le sol pavé. C'était fini, ils étaient tous morts.
-Remerciez ces enfants. Ils ont été les offrandes qui apporteront pérennité à vos unions, murmura le Maître de sa voix suave et glaciale. Dans le sang. Maintenant est venu l'heure de vous lier.
Et d'un coup de baguette, trois fils rouges coururent jusqu'aux tables et enserrèrent douloureusement les poignets des époux ensemble.
-Vous voilà unis par les liens sacrés du mariage, acheva Voldemort dans un rire tonnant.
La jeune fille avait stupidement pensé qu'une fois la cérémonie terminée, le pire de cette soirée serait passée, mais c'était sans compter sur l'impatience du Lord.
-Voici votre chambre, dit le garde masqué avant de s'en aller.
Dans le Manoir, trois chambres avaient été réservées et préparées pour les jeunes mariés. Celle de Alessa et de Rogue était dans les tons verts et noirs. Les draps de soie avaient l'air aussi doux que la peau d'un nouveau-né et même les tapis semblaient tendres. La jeune fille était tellement épuisée qu'elle se serait bien assoupie immédiatement dans ce lit attirant s'il n'y avait pas eu celui qui était désormais son époux.
Elle l'entendit fermer la porte. Elle tremblait. Il ôta son masque et le déposa sur une chaise. Puis, il se tourna vers elle et elle retrouva le vide et l'indifférence qui habitaient toujours le visage du garçon.
La jeune fille se mit à pleurer silencieusement devant ce qu'ils allaient devoir accomplir. Elle ne voulait pas. Elle n'était pas prête. Et la jeune fille vit le jeune garçon froncer furtivement les sourcils.
Puis, il se dirigea vers le lit et en ôta une couverture. Alessa le vit s'allonger du mieux qu'il put sur le seul fauteuil de la pièce et s'enrouler dans la couverture en lui tournant le dos.
-Tu avais raison de penser que cette robe coutaît une fortune, dit enfin Rogue après un silence et dans un murmure, elle semble valoir beaucoup plus maintenant.
Puis, il se tut et Alessa fut certaine que les battements puissants de son propre cœur résonnaient dans la grande chambre. Venait-il de lui faire… un compliment … ? Voulait-il dire ce qu'elle pensait qu'il voulait dire ? Que la robe était plus belle portée par elle que sans personne à l'intérieur ?
Puis, la jeune fille trembla de douleur face à une nouvelle crise, ôta sa robe en veillant bien au fait que Rogue lui tourne toujours le dos et enfila une tenue plus simple d'un coup de baguette. Il valait mieux dormir, elle penserait à cette surdose d'émotions et d'horreurs demain.
Puis, observant le dos de son, désormais, époux, elle se demanda si le Maître lui avait demandé de ne pas agir ce soir…
Dimanche 15 mars…
Depuis une semaine, le jeune homme ne pouvait se réveiller sans ressentir une angoisse grandissante. En effet, malgré ses dernières recherches à la bibliothèque, Harry ne cessait de se dire qu'il s'y était pris bien trop tard. Et maintenant, il ne lui restait que vingt jours dans le passé et il ignorait toujours avec précision en quoi consistait sa mission.
En outre, des choses étranges lui étaient arrivées plusieurs fois et Harry ne parvenait pas à comprendre ce qui pouvait bien provoquer cela. Lorsqu'il était arrivé dans le passé, il s'était attendu à ne plus faire de rêves étranges en rapport avec Voldemort étant donné que le lien existant dans le futur entre les deux hommes n'était pas encore né.
Mais alors, pourquoi, maintenant, faisait-il des rêves si étranges ? Et le rapport avec Lord Voldemort était plus que flou. Harry ne parvenait pas à saisir le sens de ses songes sans aucun lien avec sa porpre existence.
Mais il fallait rester concentrer sur sa mission et ne pas s'éparpiller.
A bien l'observer, Harry ne pensait pas que Rogue voulait être sauvé. Et les relations de ce dernier avec Alessa paraissaient avoir chuter. Avait-elle finalement encore un rapport avec sa mission ?
-Harry ?
Le jeune homme abandonna ses réflexions en voyant arriver Remus. Le jeune homme avait l'air épuisé. Et la pleine lune devait avoir lieu le vingt-deux mars si les souvenirs de Harry quant au calendrier lunaire étaient bons. Malgré cela, Lunar lui sourit avec gentillesse.
-Oui ?
-Tu n'as pas vu James et Sirius ? Je ne les trouve nulle part et si Lily les repère avant moi, je redoute de les revoir en vie un jour.
Harry rit brièvement à l'évocation de sa mère et dit qu'il ne les avait pas vu non plus et que d'ailleurs, il devait avouer que lui aussi ne les avait pas aperçu de la journée.
Pourtant le dimanche était le jour des farces…Ou peut-être était-ce tous les jours pour les Maraudeurs ?
-Ah, ce n'est rien. Mais préviens les qu'ils sont ardemment recherchés par une certaine préfète si tu les vois.
-Très bien, sourit le blond en voyant Remus se diriger vers la bibliothèque.
Harry dut avouer qu'il était curieux de savoir ce que les deux autres préparaient. Surtout que, depuis que leur premier plan avait échoué, les deux garçons ne s'en étaient pas encore pris à Rogue. C'était mauvais signe.
C'est alors que le Serpentard apparut devant ses yeux au tournant d'un couloir.
'Quand on parle du loup…'pensa Harry.
Les yeux verts émeraudes rencontrèrent le regard noir alors qu'ils avançaient l'un vers l'autre. Rogue semblait haineux et le blond comprit que le Serpentard n'aimait pas que ses recherches sur les inconnus soient infructueuses. Le problème était qu'il ne risquait pas de trouver d'où venait Harry, même sous sa vraie forme, puisque il n'existait pas encore à cette époque.
-Salut, Rogue, dit Harry en souriant.
Il était étrange à quel point un Rogue sans autorité pouvait être bien plus agréable au fils de James qu'un professeur.
L'autre ne lui répondit pas, arrivant à sa hauteur. C'est alors que le Griffondor constata des feuilles qui dépassaient du cahier du brun et qu'il en vit une tomber. Alors qu'ils se dépassaient mutuellement, Harry ramassa la feuille avant que Rogue ne voit qu'elle était tombée.
'Sanguinis Nox… Ingrédients… Sang de Sphinx… une semaine… sortilèges de protection…'
Harry ne put en voir plus car la feuille lui était sauvagement retirée des mains. Il croisa alors le regard du Serpentard qui fronçait les sourcils.
-Tes parents ne t'ont jamais appris à ne pas prendre les affaires des autres, Matthew ? Ah, poursuivit-il ironiquement, j'oubliais : Aucun registre ne parle des Matthew depuis plus de trente ans.
Harry sourit. Pourquoi se prenait-il à apprécier cet acharnement à assouvir sa curiosité qu'avait le Serpentard ? Sûrement parce que le blond avait la même obstination et que Rogue ne s'en prenait pas à lui uniquement parce qu'il était le fils de son père…
Et puis, cette potion sur laquelle le garçon faisait des recherches était plus qu'intéressante pour Harry. Etait-ce Rogue qui avait découvert l'antidote à Sanguinis Nox ? Si c'était le cas, il devrait se résoudre à ne la trouver que dans une dizaine d'année, le livre que le fils de Lily avait trouvé ne relatant que les découvertes récentes.
-Continues tes recherches alors, sourit Harry, tu risquerais de trouver quelque chose.
Sur ce, le jeune homme se retira, laissant Rogue derrière lui. Mais la question était : qu'est ce qui pouvait bien pousser le Serpentard à faire des recherches sur cette potion ? Car, même si le Mangemort était curieux, il fallait que quelque chose l'appâte et le force à découvrir un antidote. Son Maître aurait-il besoin du filtre… ?
La jeune fille n'était pas parvenue à se lever de toute la matinée. Son corps était bien trop faible, ses crises successives bien trop insurmontables. De plus, sa peau était tellement blanche que l'infirmière aurait tout fait pour l'ausculter à nouveau et les cernes sous ses yeux étaient devenues encore plus bleues pendant la nuit.
La jeune fille devait désormais maquillé plusieurs endroits de son corps de poudre blanche. En effet, certaines parties de son corps, en raison de leur fragilité, ne parvenaient pas à surmonter l'absence de liquide chaud dans ses veines.
Les sortilèges de protection que Rogue lui avaient lancé dans les toilettes avaient achevé leur besogne. Pouvait-elle lui demander de lui en rejeter quelques uns ?
Enfin prête, Alessa sortit des dortoirs et croisa Rogue dans la Salle Commune. Au moins, elle ne devrait pas le chercher.
-Tu n'es pas venue déjeuner ce matin, lui dit-il soudainement.
Pourquoi cela ressemblait-il à un reproche ? Les yeux noirs semblaient la percer à jour, l'examiner sans relâche.
-J'étais fatiguée.
-J'ai reçu une lettre.
La jeune fille comprit que cette missive ne pouvait provenir que d'une 'relation' que les deux jeunes avaient en commun. Elle attendit que le jeune garçon poursuive.
-Mardi, 22h, au Manoir.
Elle acquiesça. Le Maître leur envoyait désormais une lettre par couple. C'était élégant…soupira intérieurement Alessa.
-Je voulais te demander…hésita-t-elle, les sorts que tu m'avais jeté dans les toilettes…
Heureusement, la Salle Commune était vide…
-…n'y aurait-il pas moyen de…
-Si tu veux, la coupa-t-elle.
La jeune fille fut extrêmement étonné mais comprit, en voyant les lèvres de Rogue se mouvoir à nouveau, qu'il y avait un 'mais'.
-Mais cela ne fera plus si longtemps effet. Aujourd'hui, du point de vue médical, tu es morte.
Voix indifférente. Propos secs.
-Combien de temps ?murmura-t-elle.
-Une semaine, peut-être moins.
La jeune fille soupira de douleur. Même parler était épuisant.
-Au point où j'en suis, même deux jours seraient acceptables.
Le garçon ne répondit rien, mais ne la quitta pas des yeux. Ils étaient rentrés du Manoir la veille au soir et Voldemort leur avait bien spécifier qu'ils devaient s'arranger pour dormir ensemble à Poudlard – excepté pour Narcissa qui pouvait rejoindre la demeure Malefoy. Les dortoirs féminins avaient donc été vidés de la blonde et de Bellatrix. Cependant, Alessa avait silencieusement opté pour son propre lit et Rogue ne lui avait rien demandé.
La jeune fille ne comprenait pas pourquoi il agissait ainsi et pensait que le Maître lui avait demandé d'agir de façon différente avec elle – sûrement pour mieux la faire souffrir… ils n'en parlaient donc pas.
Rogue lui fixa un rendez-vous une demi-heure plus tard dans la Salle sur Demande afin de lui jeter les sortilèges adéquats, puis il partit.
Alessa ne savait pourquoi le voir ainsi partir lui briser encore le cœur alors qu'elle pensait le détester depuis le fameux rêve qu'elle avait fait sur la discussion de son époux et Voldemort. Ce garçon était tout bonnement détestable. Cependant, elle ne parvenait pas à le sortir de sa tête et jour et nuit, il la hantait.
Lundi 16 mars…
La jeune fille se rendit en cours après avoir pris son petit déjeuner. La veille, Rogue lui avait jeté quelques sorts complexes et la jeune fille devait avouer qu'elle se sentait mieux. Même si physiquement, elle était toujours aussi blanche, sa peau s'était légèrement recomposée.
Et malgré le fait qu'elle ne connaissait aucun des sortilèges que lui jetait Rogue et qu'elle redoutait qu'ils soient emplis de Magie Noire, la jeune fille n'aurait su comment le remercier suffisamment.
Elle le vit marcher devant elle dans le couloir menant au prochain cours et le rattrapa, sous les yeux de quelques élèves étonnés.
Il ne lui adressa même pas un regard, poursuivant indifféremment sa route, mais Alessa ne pouvait s'empêcher de sourire doucement en le regardant.
Enfin, il daigna lui accorder un regard :
-Quoi ?lui demanda-t-il sèchement.
Soulevant ses sourcils en signe d'étonnement ironique, la jeune fille garda son sourire :
-Tu as déjà trouvé mieux comme réplique pour m'impressionner.
Voyant qu'il ne réagissait pas et qu'il regardait à nouveau devant lui, la jeune fille le contourna et s'arrêta face à lui, le forçant lui-même à stopper son avancée.
-James… menaça-t-il.
-Merci, le coupa-t-elle très sérieusement.
Il ne répondit rien, mais la fixa intensément de ses yeux noirs las.
-Ce n'est pas par gentillesse que je t'ai jeté ces sorts, mais pour qu'on ne pose pas trop de questions à Poudlard.
Pour sauvegarder son Maître…voulait-il dire. La jeune fille sourit tristement.
-Je le sais bien.
Il fronça les sourcils.
-Mais ce n'est pas pour cela que je te remerciais, poursuivit-elle d'un air à nouveau sérieux.
Un silence retentit, laissant les deux jeunes mariés, désormais seuls dans le couloir s'observer inlassablement. La jeune fille reprit :
-Merci de ne pas m'y contraindre.
Rogue ne sembla pas comprendre immédiatement ces propos, puis reprit son air indifférent. La jeune fille voulait parler de l'exercice de leur devoir conjugal qu'elle empêchait de mettre à exécution. Il sembla à Alessa que Rogue inspira profondément, mais cela fut tellement furtif et silencieux qu'elle en douta.
-Je ne voudrais pas te forcer à faire quelque chose qui te dégoûte au point d'en pleurer.
Puis, il la contourna et pénétra dans la classe, laissant la jeune fille perplexe et seule. Etait-ce pour cela qu'il ne lui avait rien demandé ? Etait-ce pour cela qu'il avait dormi sur le canapé ? Non parce que c'était une demande du Maître, mais parce qu'elle lui semblait rebutée.
L'après-midi de Alessa était plutôt calme au niveau des cours étant donné que le professeur Chourave avait attrapé une fièvre exotique due à l'une de ses plantes. La jeune fille trottinait dans le château, sentant un mal de tête pointé le bout de son nez. Cependant, aucune crise ne l'avait surprise durant la journée et elle avait su contrôlée toutes les douleurs qu'elle ressentait.
Personne n'aurait pu voir quoi que ce soit quant à son état de santé et il faisait bon temps de ne pas avoir constamment sur le dos des regards inquiets et mortifiés qui pensaient qu'elle allait s'effondrer d'une seconde à l'autre.
Tournant à l'angle d'un couloir, la jeune fille croisa une furie qui courait dans sa direction.
-Alessa ! lui aboya une voix. J'ai l'impression que ça fait des semaines qu'on ne s'est pas vu !
Sirius Black la regardait de ses yeux brillants de malice et Alessa ne put s'empêcher de sourire.
-Une rumeur selon laquelle les Maraudeurs disparaissent trop souvent pour ne pas préparer un mauvais coup court ces derniers temps, sourit-elle en soulevant ses sourcils en signe de compréhension.
-Je ne vois pas de quoi ils parlent, se défendit piètrement Sirius en souriant malicieusement à la Serpentard. C'est vrai, les examens arrivent bientôt et il nous faut nous préparer sérieusement.
La jeune fille fut prise d'un fou rire devant une aussi mauvaise excuse et Sirius la suivit.
-Je voulais te demander, lui dit-il une fois qu'ils eurent repris leurs esprits, tu as déjà un compagnon pour aller au bal ?
Le cœur de la jeune fille manqua un battement. Le bal ! Elle avait complètement oublié le bal ! Quand était-ce déjà ?
-A en juger par ta tête, tu ignorais même qu'il y avait un bal…dit le jeune homme d'une voix moqueuse.
-J'ai complètement oublié, s'écria-t-elle presque. Quand est-ce ?
-Oh, tu as encore le temps, ne t'inquiète pas, la rassura Sirius. Ce n'est que jeudi soir.
Alessa fut figée sur le coup alors que le Griffondor se moquait d'elle.
-Je suppose donc que tu n'as pas de cavalier… ? lui demanda-t-il, les yeux riants.
-Tu supposes bien, dit-elle de façon contrite.
-Et tu as une idée de la personne à qui tu comptes le demander… ?
L'image de Rogue passa dans l'esprit de la jeune fille qui ôta de suite une telle pensée de sa tête.
-Pas vraiment. Et toi ?
Mais c'est alors qu'elle posait cette question que Alessa comprit ce que le Griffondor voulait lui dire lorsqu'il était venu la voir.
-Justement, je voulais savoir…
-Sirius, le coupa-t-elle, je suis désolée. Je ne peux pas faire ça.
Non, elle ne pouvait pas. Si cela arrivait aux oreilles du Maître, elle ne s'en remettrait jamais. Et Lilith non plus. Déjà que l'état de sa sœur laissait à désirer d'après ce qu'elle avait vu lors de la cérémonie d'union.
Et puis, en plus, même si cela n'avait aucune importance pour elle, elle était mariée et Voldemort le lui rappellerait du mieux qu'il pourrait.
Enfin… Alessa se convainquit que c'était les véritables raisons qui la poussaient à refuser l'offre du Maraudeur…
-Oh…répondit le jeune homme, l'air déçu, mais pas effondré. Tant pis alors.
-Tu ne vas pas me dire que le célèbre Sirius Black n'a pas d'autres idées de compagnes ?
Il sourit.
-C'est que tu es la seule à savoir ce que je ressens pour Lily et je n'aurais pas eu à te mettre mal à l'aise en refusant de t'embrasser.
La jeune fille sourit avec étonnement. Alors comme ça, il se servait d'elle ?se moqua-t-elle intérieurement.
-Et puis, en plus, toi aussi tu en aimes un autre, lui dit-il calmement.
Alessa ne répondit rien, choquée qu'il lui dise cela aussi ouvertement. Mais après tout, pourquoi était-elle si gênée ? Sa réconciliation avec Rogue était connue de tous. Elle-même l'avait appris par la rumeur…
Mardi 17 mars…
Alessa arriva à 21h30 au point de rendez-vous qu'ils s'étaient donnés avec Rogue. Le jeune homme était déjà présent.
En silence, ils pénétrèrent dans la petite salle des sous-sols où avaient lieu leurs entrevues avec Malefoy et alors que Rogue se dirigeait vers le passage secret menant à l'extérieur, la jeune fille s'arrêta, scrutant un endroit de la pièce vide.
Le Serpentard remarqua son regard et la fixa quelques instants. C'était là qu'ils s'étaient embrassés. Là qu'il s'était approché d'elle suffisamment pour qu'elle comprenne toute la douleur que dissimulait ce regard de marbre.
-Il faut y aller, lui dit-il alors de sa voix froide.
Elle hocha la tête en regardant toujours le néant, puis se détourna et précéda Rogue dans le passage rocailleux.
Durant quelques minutes, le silence absolu résonna dans le couloir de béton. Puis…
-Dis … ?
Il ne lui répondit pas, mais elle ne s'y attendait pas et poursuivit :
-Est-ce que le Maître n'a convié que nous deux à sa petite réunion ?
-…
Comme il ne lui répondait pas et que Alessa savait ce que cela signifiait, elle se retourna pour lui faire face et s'arrêta. Il la contemplait de ses yeux vides alors qu'elle lui renvoyait un visage inquiet.
-Sais-tu de quoi il veut nous parler ? paniqua-t-elle.
Avaient-ils fait quelque chose de mal que le Maître avait appris ? Etonnamment, Rogue lui répondit d'une voix apaisante :
-Les Malefoy et les Lestrange ont déjà eu un rendez-vous. Et tout s'est bien passé.
La cœur de la jeune fille se serra alors qu'elle ne quittait pas des yeux son désormais conjoint. Elle attrapa la robe de sorcier du garçon au niveau de son torse sans quitter le regard noir des yeux. Puis, elle s'approcha jusqu'à ce qu'elle sente contre elle la chaleur du garçon. Rogue ne bougeait pas. Il ne semblait même pas respirer. Alessa aimait son odeur. Elle aurait voulu être encore plus proche de lui, mais ne pouvait plus avancer. C'était comme si, même en étant collée à lui, elle avait toujours le sentiment qu'il était loin.
-Nous allons être en retard.
Cette phrase ne blessa pas Alessa comme l'avait fait la dernière qu'il avait prononcé à la bibliothèque quelques temps plus tôt. 'Malefoy va nous attendre'. Non, désormais, elle savait que le jeune homme ne pouvait réagir autrement. Elle avait l'impression d'avoir compris de nouvelles choses sur lui et cela la fit sourire doucement. Lorsqu'on porte un masque aussi lourd depuis trop longtemps, il est presque impossible de s'en débarrasser.
Et Alessa se surprit en pensant qu'elle voulait l'y aider.
-Oui, dit-elle en s'éloignant à nouveau et en reprenant sa route.
Quelques secondes plus tard, les pas de Rogue résonnaient à nouveau derrière elle.
Voldemort les avait convié, non pas dans la Salle du Trône, mais dans la Salle Ovale. Il était installé à la table ronde et les salua lorsqu'ils entrèrent, un sourire ornant sa bouche.
-Approchez, mes enfants.
Les deux Mangemorts se placèrent face au Maître, de l'autre côté de la table ronde. Alessa tremblait déjà et surprit deux regards perçants de la part du Mage Noir.
-Tu me sembles en meilleure forme que la dernière fois que nous nous sommes vus, Alessa. Severus fait-il tant de merveilles ?
Il rit en voyant la jeune fille rougir. Severus, quant à lui, fixait la table sans broncher.
-J'ai laissé sous-entendre à Lucius que le choix de l'héritier qui bénéficierait d'une formation particulière était encore en suspens. Cependant, je dois avouer que j'ai déjà une préférence pour le vôtre.
Alessa fut accablée même si elle avait déjà fait part de ses doutes à Rogue. Son enfant… entre les mains de ce monstre… Tout cela pour qu'il ait un serviteur prêt à mourir pour lui sans qu'il ne doive jamais douter…
Car bien entendu, Voldemort ne voulait pas d'un descendant. Non, il voulait l'Immortalité et partager n'était pas dans ses projets. Tout ce qu'il souhaitait, c'était le meilleure adepte qui soit, né d'un sorcier aux grands pouvoirs et d'une sorcière soumise.
Puis, un silence retentit. Voldemort la fixait avec persistance et l'ambiance changea du tout au tout. Fermer son esprit. Fermer son esprit. Cependant, la jeune fille ne s'était pas entraînée depuis le dernier cours comme Rogue lui avait conseillé de le faire.
Le Serpentard, sentant lui aussi la tension monter en flèche, releva les yeux et remarqua le regard furibond du Maître envers la jeune fille. Puis, le puissant sorcier tourna son regard rouge vers les yeux noirs.
-Toujours aussi doué pour dissimuler les secrets, Severus, murmura-t-il d'une voix d'apparence calme.
Mais la jeune fille sentait bien qu'il était furieux. Qu'avait-il lu en elle ? Qu'avait-il lu pour en vouloir à Rogue également ? Puis, la jeune fille eut une illumination et comprit : ils n'avaient pas encore dormi ensemble comme il l'avait demandé…
Rogue n'avait pas reçu d'ordre lui indiquant d'attendre. Non, c'était de son propre chef qu'il avait agi ainsi comme le lui avait indiqué sa remarque sur le dégoût de la jeune fille.
Mais alors… il allait être puni lui aussi…
A peine avait-elle pensé cela qu'elle voyait Rogue s'effondrer sous la douleur de l'Endoloris.
-Non ! s'écria-t-elle en ne sachant quoi faire devant le corps du garçon convulsionnant.
-Vous apprendrez à ne pas me désobéir ! raga l'homme à la tête de serpent alors que Nagini sifflait de plaisir à ses côtés. Endoloris !
Et la jeune fille tomba elle aussi sur le sol dur et froid, une douleur atroce lui mutilant le corps.
Le Maître leva sa baguette, les laissant reprendre leur souffle quelques secondes, puis recommença. Et les jeunes mariés furent ainsi torturés pendant plus d'un quart d'heure.
La porte se referma violemment et comme par magie derrière Voldemort après qu'il soit sorti. Alessa et Rogue étaient toujours à terre, tremblant de douleur. Le jeune homme fut le premier à se redresser légèrement. Alessa croisa son regard noir, à cet instant empli de douleur et pleura d'autant plus.
-Je suis désolée…commença-t-elle avec difficulté tant sa voix était faible.
-Je sais, lui répondit-il.
Mais sa voix calme semblait rouillée tant elle était rauque. Puis, il se leva lentement, chaque muscle le tiraillant, tout son corps vibrant de souffrance. Quelques plaies s'étaient même ouvertes sur ses bras et son ventre et rendaient luisant de sang le pull noir que le jeune homme portait.
Alessa s'étonna de n'avoir aucune blessure, mais se souvint que l'un des sortilèges que Rogue lui avait lancé pour la protéger quelques temps de Sanguinis Nox l'empêchait de se blesser physiquement.
Ainsi, son corps resterait intact et ne pourrait se détériorer durant le temps où les formules faisaient effet.
-Lèves-toi, entendit-elle.
Elle était toujours assise et s'exécuta dans la souffrance. C'était de sa faute. Rogue avait été puni parce qu'elle ne s'était pas suffisamment entraîné. Si elle ne pouvait pas cacher quoi que ce soit au Maître, il fallait alors qu'elle n'ait plus de secret. Et pour ce, il fallait qu'elle passe la nuit avec Rogue.
Alessa frémit en pensant à cela et regarda Rogue passer sa tête par la porte pour s'assurer qu'ils pouvaient bien sortir en toute sécurité. Il s'était remis plus rapidement qu'elle. Narcissa avait eu raison. Le Maître le punissait plus que les autres, mais c'était juste pour qu'il soit plus résistant.
Cependant, la rousse se dit qu'à défaut d'être la favorite du Seigneur des Ténèbres, au moins, elle n'avait pas à endurer toutes cette souffrance et cette pression.
Quelques minutes plus tard, ils étaient dans la passage secret les ramenant à Poudlard. Rogue la devançait cette fois et Alessa remarqua qu'il avançait plus lentement qu'à son habitude. Ce qui n'était pas pour lui déplaire car une douleur subsistait dans ses côtes.
C'est alors que le jeune homme sembla chuter sur un des gravillons peuplant le passage et se rattrapa de justesse au mur, toussant et vomissant du sang.
-Rogue !s'écria-t-elle en s'approchant de lui.
Il tendit sa main gauche vers elle, lui indiquant de ne pas s'approcher. Puis, il se redressa, respirant de façon légèrement saccadée et la fixa.
-Je suis désolée…dit-elle à nouveau, les larmes lui montant déjà aux yeux. Tout est de ma faute, je ne me suis pas entraînée et…
-Tais-toi.
Sa voix était calme, mais toujours rauque. Il la fixait avec intensité et la jeune fille frémit. Lui adresserait-il encore la parole après tout cela ?
C'est alors qu'il s'approcha doucement de la rousse, la peau de son visage légèrement moite. Et lorsqu'il la toucha enfin, il plaça sa main gauche sur la joue droite de Alessa. Il ne l'avait pas fait avec toute la délicatesse du monde, cependant, le jeune fille fut subjuguée. Et dans un regard intense, il l'embrassa. D'un baiser plus fougueux que le précédent. D'un baiser plus passionné aussi.
Alessa ne bougea pas, répondant seulement au baiser. Elle voulait rester là à jamais, qu'il ne s'écarte plus, qu'il ne l'a quitte plus des yeux.
Enfin, il libéra ses lèvres, puis, contre toute attente, défaillit. Alessa eut à peine le temps de le retenir, le soutenant dans ses bras, qu'il s'évanouissait dans son cou.
