Chapitre 9

« C'est une eau trop profonde,

on y tombe et on s'y noie,

elle brûle et on s'y calcine. »

'L'orage rompu' Jacqueline Harpman

La jeune fille vit le garçon papillonner des yeux alors qu'elle terminait de panser la dernière blessure de son ventre. Trois coupures tailladaient ce dernier. Et ses bras étaient emplis d'une dizaine de petites plaies suintantes que la rousse avait également soignées.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, ce fut pour froncer les sourcils. Il se rendit compte qu'il était à moitié nu et tenta de se redresser rapidement, cependant ses meurtrissures le faisaient encore souffrir.

-Que…commença-t-il en s'énervant.

-Tu t'es évanoui durant notre retour à Poudlard alors je t'ai ramené jusqu'ici, le coupa-t-elle vivement.

Le garçon regarda autour de lui et constata qu'ils étaient dans la Salle sur Demande. Il récupéra son pull, déposé à côté du matelas et l'enfila avec difficulté.

-Comment as-tu fait pour venir ici ?demanda-t-il alors.

-Je comptais te poser la même question. Habituellement, cette porte n'apparaît que lorsque tu es déjà dans la pièce… Certainement a-t-elle considéré que j'en avais suffisamment besoin pour qu'elle se montre à moi, sourit timidement Alessa.

Rogue ne répondit rien et, après avoir relevé sa manche, il examina l'un des pansements recouvrant son bras.

-Je les ai trouvé dans l'armoire, expliqua la jeune fille en montrant le reste des pansements non utilisés.

Il leva alors ses yeux vers elle et ils restèrent ainsi quelques secondes, chacun se souvenant de l'instant qu'ils avaient vécu dans le passage secret permettant de sortir de Poudlard. Alessa tenta de trouver quelque chose à dire, mais l'imagination n'était pas de la partie.

-Je suis vraiment désolée… pour ce qu'il s'est passé avec le Maître et…

-Tu te répètes, la coupa-t-il. Comment as-tu fait pour me porter jusqu'ici ?

La jeune fille se demanda s'il se moquait d'elle, puis lui répondit avec honnêteté.

-J'ai utilisé un sort de lévitation. Tu ne vas pas me dire que toutes les fois où tu m'as trouvée évanouie tu m'as portée ?plaisanta-t-elle.

-…

Face à ce silence, la jeune fille comprit que le jeune garçon l'avait bel et bien porté dans ses bras. Cela voulait-il dire qu'au début déjà, elle ne lui était pas indifférente ? Ou alors avait-il juste oublié sa baguette ?

-Merci, dit-elle alors.

Il fronça imperceptiblement les sourcils, attendant qu'elle explicite d'avantage.

-Je ne m'en étais pas rendue compte, mais… tu as été plus présent pour moi cette année que n'importe qui d'autre… Et je…

-Si le Maître n'en avait pas voulu ainsi, nous ne nous serions jamais adressés la parole, la coupa-t-il calmement.

Alessa fut blessée, mais ne voulut pas se laisser démonter par si peu de choses. Après tout, elle commençait à le connaître.

Mais un bruissement provenant du couloir retentit et la pièce dans laquelle se trouvaient les adolescents commença à trembler.

-Que se passe-t-il ? s'écria la rousse alors que Rogue était déjà debout, aux aguets.

-Quelqu'un appelle la Salle sur Demande.

-Tu veux dire que d'autres peuvent entrer ici ?paniqua la jeune fille.

-Pas ici, termina Rogue en tirant la jeune fille par le poignet pour l'emmener derrière l'armoire.

-Comment ça 'pas ici' ?

Mais Alessa eut la réponse à sa question en quelques secondes. Le sol empli de matelas fut englouti par un sol entièrement recouvert d'une moquette bordeaux et or. Le petit bureau et l'armoire laissèrent place à des meubles plus anciens, mais mieux rénovés alors que la porte s'ouvrait presque complètement. Des tableaux apparurent sur les murs et Rogue emmena la jeune fille derrière un des nouveaux meubles, la forçant à s'accroupir.

Enfin, la porte s'ouvrit complètement, laissant apparaître Albus Dumbledore lui-même, accompagné de Minerva McGonagall.

Les deux professeurs ne semblaient pas s'être rendus compte du remue ménage qui avait eu lieu dans la pièce une seconde plus tôt et avançaient tranquillement, bavardant. Quant aux deux Mangemorts, ils se retrouvaient derrière une armoire trop petite, essoufflés et angoissés.

-Qu'en pensez-vous Albus ? demanda la femme.

-Je crains que cette attaque ne soit que la première, Minerva. Il nous faut répliquer avant que d'autres innocents soient tués.

Le cœur d'Alessa sursauta lorsqu'elle comprit qu'ils parlaient de l'attaque de son village. Personne ne comprenait pourquoi le Mage Noir avait justement attaqué cette petite cité, perdue dans les montagnes, mais la rousse savait bien que Voldemort voulait simplement la faire souffrir un peu plus en détruisant ses souvenirs.

Et le directeur comptait attaquer… ? Mais n'était-ce pas ce dont Harry parlait ? Avec le coup de Dumbledore et la future grande bataille, cela ferait trois coups…

La jeune fille réfléchissait tant qu'il sembla qu'elle respira un peu trop fort du point de vue de Rogue et ce dernier jugea utile de lui lancer un regard noir.

C'est alors que la sorcière constata que la main de Rogue était restée sur son genoux depuis qu'il l'avait forcée à s'agenouiller. Ce contact lui donna soudainement chaud et c'est à cet instant que le garçon lui jeta un regard. Il posa ses yeux noirs sur l'objet d'attention de la jeune fille, puis la fixa à nouveau. Pourquoi ressentait-elle toujours autant d'intensité dans ce puit sans fin qui l'attirait ?

Le bruit d'un claquement de porte retentit alors et les jeunes gens constatèrent que les professeurs étaient partis. Pourquoi alors la pièce ne changeait-elle plus d'apparence ?

Harry vit Alessa dans le couloir du septième étage.

-Ale… !

Mais le jeune homme remarqua que la jeune fille était en grande discussion avec son futur professeur de Potions et il se tut, les observant calmement. Ces deux là s'étaient apparemment réconciliés…

C'est alors qu'une illumination – rare dans sa vie, Harry dut l'avouer… - vint éclairer l'esprit du futur Survivant : La peau blanche de Alessa, ses troubles successifs, sa soi disant maladie… Et si c'était pour elle que Rogue faisait des recherches sur Sanguinis Nox ?

Puis, Harry nia quelques secondes. Dumbledore ne l'aurait tout de même pas envoyé dans le passé pour permettre à Rogue de sauver sa bien aimée ? C'en serait trop… !

Cependant, le blond ne put se résigner à admettre qu'il serait insensible à la mort de la jeune fille. Il n'avait jamais rencontré un Serpentard comme elle… Et il ne voyait pas ce qu'elle trouvait à Rogue.

Le fils de James vit alors la jeune fille partir de l'autre côté du couloir tandis que Rogue la regardait sans aller. 'Décidément, une femme lui ferait peut-être réellement du bien…' pensa Harry.

Et avant que l'autre ne tourne lui aussi à l'angle du couloir, Harry l'interpella :

-Rogue, attends !dit-il en courant pour arriver plus vite à sa hauteur.

-Qu'est ce que tu veux, Matthew ?

-C'est à propos… des recherches que tu fais sur Sanguinis Nox.

-Ce ne sont pas tes affaires, s'énerva déjà Rogue en s'approchant dangereusement, la main droite sur sa baguette.

-Je ne suis pas sûr que tu dises encore cela lorsque tu sauras que je connais les ingrédients pour créer un antidote.

Un silence pesant écrasa le blond aux yeux verts. Harry ne savait pas que les pouvoirs de Rogue pour la menace et la pression étaient déjà aussi développés lorsqu'il était adolescent. Mais il fallait bien que sa mission commence à être effective un jour.

'Cet homme était fait pour devenir un tortionnaire…'

Le Griffondor se doutait que l'autre n'accepterait jamais un tel marché, trop fier pour recevoir de l'aide de quelqu'un.

-Je t'écoute.

Malgré le fait que le brun semblait faire un effort insurmontable, Harry fut extrêmement surpris qu'il accepte au moins de l'écouter.

-Très bien.

Jeudi 19 mars…

La fête battait son plein au château de sorcellerie. Les filles avaient sorti leurs plus belles tenues, les garçons leurs sourires les plus charmeurs et la piste de danse était bondée.

Alessa arriva alors que tout le monde célébrait déjà le bal. Elle portait sa robe de bal, émeraude, évasée vers le bas et tombant sur ses épaules. Elle était simple, mais la jeune fille l'aimait beaucoup. Cette tenue avait appartenue à sa mère, longtemps auparavant et lorsque son père en parlait, il ne pouvait s'empêchait d'avoir mille sanglots dans la voix.

La cœur de la rousse se serra alors qu'elle avançait toujours dans la foule. Elle ne vit pas Narcissa et se dit qu'elle devait encore passer la nuit avec Malefoy. Ce dernier devait décidément énormément tenir à cette histoire d'héritier choisi par le Maître.

Savoir que Lilith était enfermée, maltraitée et malheureuse fendit le cœur de la Serpentard alors qu'elle osait se rendre à ce bal pour s'amuser. Les sorts que Rogue lui avait jeté fonctionnaient à merveille et surtout, la jeune fille avait eu le temps de s'habituer à contrôler la douleur depuis quelques mois. En conséquence, les maux de tête ambiants et les chutes chroniques n'était plus insurmontables pour la jeune fille.

C'est alors que son regard rencontra un puit noir qui la fixait. Rogue était assis à une des tables installées en l'occasion. Deux amoureux transis s'embrassaient langoureusement à sa gauche et la jeune fille dut se retenir pour ne pas sourire devant un tel spectacle : Rogue, calme et indifférent aux côtés de passion et d'énervement…

Cependant, il était vrai que les deux cavaliers exagéraient quelque peu quant à leur preuve de l'amour. Alessa s'approcha lentement de la table où était installé Rogue, morose et ennuyé et lui sourit lorsqu'elle arriva à sa hauteur.

Le garçon ne lui répondit pas, mais garda ses yeux braqués sur la jeune fille. C'est alors qu'une musique douce choisit d'envahir la pièce bruyante. Et la rousse ne sut pourquoi ni comment elle osait un tel geste, mais elle tendit la main, paume vers le haut, vers Rogue.

Silencieusement, elle l'invitait à danser. Cependant, le garçon n'était pas de cet avis et détourna les yeux, l'ignorant totalement. Ne se laissant pas aussi facilement démonter, Alessa attrapa la main du jeune homme, provoquant un regard surpris des amoureux aux côtés de Rogue, et le força à se lever. Enfin, elle l'emmena sur la piste, continuant à le regarder en marchant lentement en arrière.

-James…

-Alessa, dit alors la jeune fille.

Rogue ne sembla pas apprécier cet échange et la jeune fille, s'approchant doucement de lui jusqu'à le toucher, murmura à son oreille :

-Le mariage impose que nous nous appelions par nos prénoms.

Puis, elle s'écarta, l'enlaçant lors de leur arrivée sur la piste. Le garçon semblait choqué et mal à l'aise et Alessa ne savait pourquoi, ce soir, elle était aussi espiègle. Mais elle appréciait cette sensation.

Ils se mirent à danser maladroitement, Rogue étant trop raide et Alessa trop riante. Mais personne ne remarqua rien tellement leur aura était emplie de bien être. Même Rogue sembla se calmer, retrouvant son air posé habituel.

-Merci de m'avoir jeté ces sortilèges, dit alors la jeune fille. Je ne me suis pas sentie aussi bien depuis longtemps.

-Cela ne durera pas.

Elle sourit à la remarqua acerbe et posa sa tête contre le torse chaud de Rogue. Puis, se relevant :

-Tes blessures vont bien ? Je ne te fais pas mal ?

-Non…répondit doucement le Serpentard.

Puis, après un silence… :

-Les pansements étaient parfaits.

Alessa releva les yeux vers lui et remarqua qu'il détournait le regard. Etait-ce réellement un compliment? Le deuxième ? Severus Rogue vieillissait-il ? se moqua-t-elle intérieureument. Mais son cœur se réchauffa et elle se détendit à nouveau contre le buste du garçon.

C'est dans le silence le plus total que les deux Serpentards se baladaient dans Poudlard. Le bal n'était pas encore terminé, mais Alessa avait souhaité partir et le garçon n'avait pas rechigné.

La jeune fille appréciait la présence de l'autre. Elle l'apaisait et faisait battre son cœur en même temps.

-Rogue…

-Si tu me forces à t'appeler Alessa, la coupa-t-il, ne croies pas que tu échapperas à Severus.

La voix était sèche et il ne lui adressait aucun regard, mais cela fit immensément plaisir à la jeune fille rousse, qui sourit.

-Je me disais… enfin… hésita-t-elle… la raison pour laquelle le Maître nous a puni… enfin… s'embrouilla-t-elle encore…

Rogue ne disait rien et elle tenta de poursuivre alors qu'ils avançaient toujours.

-Je sais que tu préfères ne pas en parler, mais… il faudrait peut-être… enfin, je sais qu'il faudrait…

Alessa remarqua qu'ils étaient déjà au septième étage de leur balade. Elle ne savait comment dire ce qu'elle voulait – ce qu'elle devait après ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'ils avaient vu Voldemort – dire.

-Il y a d'autres moyens de concevoir un enfant, dit posément Rogue. On ne doit pas forcément passer par…

-Il le saura, le coupa-t-elle. Je ne veux plus jamais que ce qu'il s'est passé mardi se reproduise.

Sa voix était ferme et Rogue se mit à la regarder.

-Très bien, dit-il.

La jeune fille ne sut pas très bien comment interpréter cette réponse brève et angoissante, mais se dit que, finalement, c'était ce qu'elle voulait en engageant la conversation sur ce sujet épineux.

Puis, la rousse changea de sujet, préférant parler de choses moins stressantes.

Vendredi 20 mars…

Alessa s'était levée aux aurores. Un rêve lui avait fait réalisé des choses importantes sur la prophétie et la Serpentard s'était rendue compte de quelque chose dont elle devait à tous prix parler à Dumbledore.

Il n'était plus question de se taire pour protéger Lilith. Car celle-ci serait bien plus en danger si Alessa avait bien compris la prédiction.

La rousse courait dans les couloirs à peine éclairés par l'aube. Il fallait qu'elle arrive avant que Dumbledore lance une attaque contre le Maître et ça pouvait être d'un moment à l'autre. La jeune fille s'arrêta devant la gargouille de pierre grise et tenta de reprendre son souffle tout en réfléchissant.

Jamais elle ne trouverait le mot de passe du directeur. Le répertoire était tellement large. Surtout que le vieil homme n'était pas connu pour son manque d'imagination.

-Euh…

C'est alors que la porte s'ouvrit, comme par enchantement. Mais Alessa comprit immédiatement que ce n'était pas elle qui avait provoqué cela. Albus Dumbledore en sortit, l'air fatigué, mais le regard déjà vif.

Il parut étonné lorsqu'il la vit :

-Je ne vous attendais plus, Miss James.

La jeune fille hocha la tête en saluant l'homme.

-Que puis-je pour vous ?

-C'est… à propos de l'attaque que vous comptez mener à bien.

L'homme fronça les sourcils et l'invita à remonter dans son bureau afin qu'ils soient à l'abri des oreilles indiscrètes.

-Si je comprends bien ce que vous venez de me raconter, vous pensez que Voldemort compte sur l'attaque que l'Ordre va bientôt lancer afin de pouvoir provoquer la réalisation d'une prophétie par un dernier coup.

-C'est bien ce qu'il y est dit : Lors du règne sanglant, la cruauté verra arriver le Destin des damnés. Et alors que trois coups sonneront, la plus grande œuvre de l'éternité, le Présent acquerra dans son giron. Le Maî… enfin, je veux dire Vous-savez-qui va 'acquérir' Eternity. Ce serait tragique, acheva-t-elle.

-En effet, dit alors Dumbledore. Mais il pourrait y avoir une autre explication.

-Laquelle ?

-Je vois mal Voldemort – il insista sur ce mot – donner à résoudre à deux de ses jeunes adeptes une prophétie aussi importante pour lui si ce n'est pour que l'un d'eux me prévienne.

Alessa fronça les sourcils et le sorcier sourit.

-Je vais vous avouer un secret que Voldemort ne connaît pas, malheureusement pour lui d'ailleurs. Le Livre des Prophéties qu'il possède existe seulement en deux exemplaires.

-…Et vous possédez le second livre…

-En effet. Et je vais vous lire, dit le sorcier à la barbe en faisant apparaître devant lui un énorme livre relié en cuir, ce présage dont vous me parlez : Lors du règne sanglant, la cruauté verra arriver le Destin des damnés. Et alors que trois coups sonneront, la plus grande œuvre de l'éternité, le Présent perdra de son giron.

Alessa fut frappée de stupeur et d'incompréhension. 'Perdra' ? Qu'est ce que cela pouvait bien signifier ?

-Cela signifie, Miss James, répondit le vieil homme en souriant, que Voldemort vous a menti pour que vous veniez me prévenir de ne pas attaquer. Car, en me faisant croire que le Présent, c'est à dire Voldemort, recevrait l'immortalité, il pensait sans aucun doute que je n'attaquerais pas pour l'éviter. Mais, si nous tenons compte de la vraie version, réaliser les trois coups signifie pour Voldemort perdre l'éternité. Il voulait à tous prix prendre ce risque. Cependant, je doute qu'il n'ait pas prévu un plan de secours. Voldemort n'est pas du genre à compter sur les autres pour mener ses projets à bien.

Après un silence, la jeune fille reprit :

-Et vous allez attaquer les Mangemorts alors ?

-Nous venons de découvrir la Manoir où Voldemort a établi son repère. Il est en réalité non loin de Poudlard, mais cela vous devez le savoir bien mieux que moi, dit le directeur avec un sourire triste.

-Vous rendez-vous compte que vous allez certainement vous en prendre, lors de votre attaque, à un grand nombre de vos élèves ? demanda-t-elle alors, pensant en réalité à Rogue qu'elle ne pourrait empêcher de combattre.

-Sachez, Miss James, que nous ne tuerons pas, tant qu'il ne nous sera pas forcé de le faire.

Cela n'était pas extrêmement rassurant.

-Donc, si vous attaquez, Vous-savez-qui n'obtiendra jamais Eternity.

-Si Voldemort donne beaucoup de crédit à une simple prédiction, ce n'est pas mon cas. Je crains qu'on ne puisse que très peu se fier à quelques phrases écrites il y a plus d'un siècle.

Harry se réveilla une nouvelle fois avec une impression de manque, certain que quelque chose dans ses rêves lui échappaient encore.

Le jeune homme pensa au fait qu'il était certainement stressé de ne pas avoir encore résolu sa mission alors qu'il lui restait deux semaines, mais, après tout, il avait progressé ces derniers jours et ne pouvait faire mieux.

C'est alors qu'une forte chute de tension le fit vaciller et le blond ne se rendit même pas compte qu'il se rattrapait au mur car, pour lui, le monde entier était en train de s'effondrer alentours.

-Vous n'avez pas le droit !

Harry réalisa qu'il se trouvait dans un bureau, face à Dumbledore et qu'il hurlait de toutes ses forces. Pourquoi criait-il déjà… ?

-M. Matthews, vous m'en voyez désolé, mais je ne peux vous permettre de quitter le château, répondait Dumbledore tout en ayant un air triste que Harry ne comprenait pas. Le directeur m'a fait promettre de veiller sur Poudlard durant son absence et je compte bien ne pas commettre d'erreur alors que je travaille ici depuis à peine quelques semaines.

Une colère grandit en lui en entendant les paroles du directeur sans qu'il sache pourquoi, au juste, il s'énervait.

Puis, quelque chose attira l'attention du jeune homme. Oui, il était dans le passé. Oui, Dumbledore était plus jeune. Mais de là à avoir, pendant la nuit, rajeuni d'au moins trente ans. Harry se demanda même comment il n'avait pu remarquer les cheveux auburn du professeur.

Enfin, les paroles du plus âgé firent écho dans le jeune homme. Il travaillait à Poudlard depuis peu de temps ? Comment pouvait-il s'être enfoncé encore plus dans le passé depuis qu'il s'était levé le matin même, dans le passé déjà ?

Harry sentit un mal de tête pointer le bout de son nez alors qu'il se remettait à parler sans vraiment le décider.

-Vous ne comprenez rien ! s'emporta le blond avant de sortir du bureau en claquant la porte du bureau du professeur de Métamorphose.

-Harry ?

Le blond se sentit ramené à la réalité. Il était toujours dans le couloir, Peter face à lui.

-Est ce que tout va bien ?

Le garçon grassouillet le regardait avec surprise et angoisse. Harry se demanda ce qui avait bien pu se passer dans la tête du Griffondor pour changer de camp. Et une phrase de Dumbledore lui revint en mémoire : « Ce sont les choix qui font de nous de que nous sommes ».

Peter avait fait le mauvais choix. Et Harry sentit la colère l'envahir. Provoquer la mort de ses parents était plus qu'un mauvais choix, c'était une erreur impardonnable.

-Oui, ca va. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, je dois être fatigué.

Le blond repensa à ce qu'il venait de se passer et se demanda bien ce que cela pouvait être. Il était face à Dumbledore sans vraiment l'être. Après tout, ce que sa bouche avait prononcé l'avait étonné tout autant que Albus Dumbledore disant qu'il avait peur de perdre un travail plutôt que d'écouter les problèmes apparemment sérieux d'un élève.

-Tu ne viens pas déjeuner ? l'interrogea Peter.

-…Non… J'ai une chose à faire avant, tu m'excuses ?

Et sur ces derniers mots, il se dirigea vers la bibliothèque.

Alessa venait de sortir du bureau du directeur et avait décidé d'aller faire une petite balade dans le parc. Elle sentait bien que les sortilèges de Rogue commençaient à faiblir car elle avait été prise de spasmes trois fois dans la nuit.

Heureusement, il semblait que son corps serait le dernier à ne plus être protégé par les sorts. Ainsi, la jeune fille pouvait délaisser cols roulés et bas en laine.

Car aujourd'hui était une journée chaude. Le printemps commençait un jour à l'avance cette année…

Le regard vert croisa une robe de sorcier de Serpentard en train de disparaître par une porte du couloir du deuxième étage. Alessa, curieuse, s'approcha, étant certaine d'avoir remarqué de longs cheveux noirs.

Arrivée à hauteur de la porte close, elle frappa et attendit. Quelques secondes plus tard, Rogue lui ouvrait la porte. La jeune fille fut soulagée car trouver des excuses face à un inconnu n'était pas son fort.

-Qu'est ce que tu veux ?

-Rien de spécial, je…fut-elle prise de court.

Il gardait la porte à demi fermée, puis consentit finalement à l'ouvrir. Alessa entra timidement et remarqua un chaudron en ébullition.

-Que fais-tu ?

-Je m'entraîne pour les ASPIC.

-Déjà ? paniqua la rousse.

-Je tiens à avoir les meilleures notes.

La jeune fille préféra changer de sujet devant tant de concurrence et de stress. Comment pouvait-il déjà travailler en mars ? C'était inconcevable ! Mais la rousse devait admettre qu'elle se sentait coupable de n'avoir encore rien commencé.

Puis, elle remarqua un sofa bordeaux – le même modèle que celui sur lequel Rogue avait dormi au Manoir de Voldemort – et alla s'y asseoir. Un malaise la guettait et elle passa sa main sur son front moite, fermant les yeux.

Elle entendit alors des pas s'approcher et ouvrit les yeux sur Rogue, accroupi face à elle, une fiole à la main.

-Qu'est ce que c'est ?

-Une simple potion anti-nausée. Son champ d'application n'est pas très large, mais elle a le mérite d'être efficace rapidement.

La jeune fille but le breuvage d'un trait et attendit quelques secondes qu'il fasse effet.

-Merci, sourit-elle alors faiblement en tendant la fiole à Rogue. Je ne t'apporte que des ennuis.

Il ne répondit rien et posa la fiole sur une petite table à côté du fauteuil, se levant face à elle. Alessa se redressa elle aussi, se trouvant juste face au garçon et le regardant avec intensité.

L'ambiance changea. La tension s'accrut. L'air devint pesant. La jeune fille approcha son visage du Serpentard avec lenteur. Aucun des deux ne ferma les yeux avant que leurs lèvres ne se touchent.

Le vert dans le noir, le noir dans le vert. Leur baiser dura quelques secondes, un échange léger et doux. Puis, comme le jeune homme ne reculait pas, la rousse se colla un peu plus à lui, le touchant pour de bon. Les yeux noirs descendirent vers les lèvres roses et ils s'embrassèrent à nouveau. Ce baiser dura plus longtemps et fut plus fougueux.

Ils alternèrent ainsi baisers et longs regards pendant quelques minutes. Jusqu'à ce que leurs bouches ne se décollent plus, trop embrasées par la passion.

C'est Alessa qui poussa Rogue à s'asseoir à ses côtés sur le sofa, s'asseyant également tout en approfondissant leur baiser. Elle sentit qu'il se tendait alors qu'elle s'approchait un peu plus de lui, leurs corps s'entrechoquant.

Il recula légèrement, la fixant d'un regard troublé. C'était l'une des seules fois où Alessa le vit froncer aussi franchement les sourcils.

-James…commença-t-il de sa voix froide.

Il avait décidément du mal avec son prénom…

-Chut…lui souffla-t-elle en s'approchant à nouveau de ses lèvres.

Mais le jeune homme ne l'entendait pas de cette oreille et la repoussa. La rousse remarqua qu'il serrait fortement le tissu bordeaux du sofa d'une main imperceptiblement tremblante.

-Je ne te demande rien, lui dit-il alors sèchement.

Cela brusqua la jeune fille qui stoppa net toute tentative de mouvement, l'observant avec étonnement.

-Severus…commença-t-elle d'une petite voix.

Elle avait l'air inquiet et approcha sa main du bras du jeune homme. Il l'ôta vivement, retrouvant son regard vide et son attitude contrôlée.

La jeune fille lui répondit par un regard et un sourire tristes.

-Es-tu si convaincu que je n'agis que par contrainte et dégoût ? Est-ce vraiment l'impression que je te donne ?

Le garçon ne répondit rien, la contemplant calmement. Mais Alessa voyait bien qu'il était troublé et méfiant. Elle approcha à nouveau sa main et, alors qu'il allait se lever, lui parla :

-Je t'en prie… Severus…

Puis, elle se redressa sur le sofa, prit sa respiration et le regarda à nouveau :

-Je sais que… cette situation… est plus qu'inconfortable … pour nous deux, débuta-t-elle maladroitement. Cependant, même si, comme tu l'as déjà si bien dit, nous ne nous serions certainement jamais adressés la parole sans cette histoire de mariage, je suis heureuse et … reconnaissante… d'avoir pu apprendre à te connaître. Ne crois-tu pas que de bonnes choses peuvent venir de mauvaises choses ?

Rogue ne répondait rien.

-Tu te méfies de moi, poursuivit-elle en sanglotant légèrement, mais en souriant toujours. Mais crois-moi, mon cœur n'a jamais battu aussi fort que depuis que je te connais. Severus, je…

-Tais-toi, la coupa-t-il lourdement, la fixant d'un regard noir.

Les larmes coulèrent alors le long des joues de la jeune fille, silencieusement. Ainsi, cela n'était pas réciproque. Le jeune homme était mal à l'aise. Peut-être remplissait-il seulement le devoir qui lui était incombé depuis le mariage ?

-…Je suis désolée…dit-elle alors en se levant pour partir sans se retourner.

Cependant, une main froide enserra la sienne et elle se retourna. Il est étonnant comme l'espoir est un sentiment ambigu. Alors qu'une seconde avant, le désespoir règne, l'espoir vous ravit l'instant d'après.

En silence, il la tira à lui, sur le sofa. La jeune fille se rassit, ne quittant pas des yeux le regard noir hésitant. Elle avait envie de pleurer de soulagement devant ce qu'elle parvenait à y lire. Elle avait envie de rire. Mais par dessus tout, elle souhaitait l'embrasser à nouveau.

La jeune fille glissa sa main dans le cou de Rogue, sous son pull noir et le sentit frémir. Sa peau était douce, aussi douce que le jour où elle avait guéri les blessures infligées par Voldemort sur son ventre meurtri.

Leurs regards se croisèrent et la rousse fut saisie de voir du désir dans le regard voilé de celui qu'elle aimait. Son cœur s'emballa d'autant plus et elle colla complètement son corps contre celui de Severus.

C'est ainsi que fut conçu Adam. Un petit garçon adorable et timide qui grandit dans l'espoir d'être aimé de son Père.

Il était 21h…

Harry avait rendez-vous avec Rogue. Il était étonnant qu'en si peu de temps, et tacitement, les deux garçons étaient parvenus à s'allier pour créer un antidote à la potion malfaisante qui avait empoisonnée Alessa.

Il atteignit le couloir du deuxième étage et vit par l'une des fenêtres donnant sur le parc la lune briller. Elle n'était pas encore pleine, mais cela ne saurait tarder. Encore deux jours selon le calendrier…

C'est alors qu'il pensait à Remus que vinrent à l'esprit du blond les deux Maraudeurs les plus connus de Poudlard. Le loup-garou avait raison, ils disparaissaient bien trop pour que ce soit innocent.

Harry savait que s'ils l'entendaient, autant Sirius et James que Remus lui en voudraient énormément, cependant il pria pour que Lily découvre ce qu'ils manigançaient avant qu'ils n'agissent inconsidérément contre Rogue.

Le blond arriva enfin face à la porte du 'laboratoire' que Rogue avait créé dans le but de réaliser dans les meilleures conditions le jumeau bénéfique de Sanguinis Nox.

Il frappa et entra. Son regard vert tomba immédiatement sur une personne qui n'aurait pas dû se trouver là : Alessa.

'Quels airs coupables…'se dit le blond.

La jeune fille était assise sur le sofa, une couverture sur les épaules alors que Rogue, étrangement raide, se tenait juste à côté du fauteuil.

'C'est comme s'il venait de se lever brusquement…'

-Euh…commença Harry pour briser le silence écrasant.

Cependant, devant les quatre joues rougissantes face à lui, le futur Survivant comprit d'un coup la raison pour laquelle les deux autres étaient embarrassés. Ils avaient… Ils avaient… Il n'en fallu pas plus à Harry pour rougir à son tour.

-Je reviendrai plus tard, dit-il soudainement en se dirigeant déjà vers la porte.

-Non, reste, dit alors Alessa en jetant un regard à Rogue, apparemment étonnée de leur nouvelle amitié. J'allais y aller, de toute façon.

Au vue de son ton, personne ne fut dupe face à ce mensonge. Cependant, la rousse se dirigea vers la porte et, après avoir salué les deux garçons, sortit furtivement.

Le malaise persista tout d'abord. Puis, il disparut totalement lorsque Rogue se plaça derrière son chaudron, indiquant à Harry qu'il était prêt à travailler.

C'est silencieusement, ne parlant que pour donner le nom des ingrédients ou des commentaires positifs ou négatifs sur l'évolution de la potion, que les deux garçons commencèrent à travailler.

Il était minuit passé lorsque Rogue adressa la parole à son nouveau compagnon pour lui dire autre chose qu'un composant.

-Pourquoi fais-tu cela ? demanda-t-il de sa voix froide.

Harry était encore face au chaudron, à vérifier si le liquide prenait la couleur que Rogue lui avait dit qu'il devrait prendre et se retourna pour voir le Serpentard, occupé à ranger quelques fioles dans une petite armoire de verre brisé.

Le blond se demanda un instant de quoi l'autre parlait, puis se dit que cette question ne pouvait se rapporter qu'à une seule et unique chose.

-Alessa est une amie.

Le Mangemort lui fit face, le détaillant de son regard noir. Harry savait bien ce qu'il essayait de faire, mais, même si son don pour l'Occlumancie n'était pas très développé chez lui, avoir eu à combattre un Rogue adulte était bien plus ardu que de fermer son esprit face à Severus à dix-sept ans.

-Et d'où tiens-tu toutes ces informations sur l'antidote ?

Le fils de James s'était attendu à cette question là beaucoup plus tôt. Il soutint le regard de son futur professeur tout en réfléchissant à sa réponse.

-On a tous nos petits secrets, n'est-ce pas Rogue ? lui demanda-t-il d'une vois sarcastique.

-…

-Le plus important est que nous avons le même but, je suppose, poursuivit-il plus bas, scrutant à nouveau la potion.

Un léger silence vint prendre la place du dialogue, mais il ne dura pas.

-Et que veux-tu en échange ?

La voix de Severus était glaciale et calme. Harry se demanda ce qui avait pu le faire changer depuis la cinquième année. Après tout, le Rogue que le blond avait vu dans la potion était tout sauf flegmatique et placide.

-Je te l'ai dit… Je fais cela pour Alessa.

-Je ne veux rien te devoir Matthews !grogna Rogue.

-Très bien ! s'emporta Harry à son tour.

Après tout, il n'avait jamais été très doué en potions et même si ne pas avoir une professeur atterrant sur le dos l'aidait à pouvoir participer à la création de Sanguinis Vitae, Harry n'aurait jamais su préparer une potion sans l'aide de Rogue. Bien qu'il avait beaucoup de mal à se l'avouer…

-J'ai peut-être bien besoin de quelque chose.

Rogue ne répondit rien, mais tout dans son comportement indiquait qu'il s'attendait bien à devoir faire quelque chose en retour.

-Depuis quelques temps, débuta Harry sans trop savoir comment dire cela à l'un de ses futurs pires ennemis, je fais des rêves étranges dont je n'arrive pas à saisir le sens et surtout, dont je ne me souviens que par bribes…

Il croisa le regard de Rogue qui fronçat imperceptiblement les sourcils.

-Apparemment, tu te débrouilles en potions – cela lui coûtait beaucoup à dire. Tu ne connaîtrais pas … quelque chose… pour que je me souvienne… ? acheva-t-il en détestant la sensation de demander un service à Rogue.

L'autre ne répondit pas, mais se dirigea vers l'armoire de verre à nouveau et en sortit une petite fiole emplie d'un liquide verdâtre.

-Potion Revelis, dit-il sans explication tout en la lui lançant.

Harry rattrapa le petite fiole avec agilité tout en continuant de fixer son interlocuteur.

-Nous sommes quittes, Matthews.

Sur ce, Rogue se dirigea vers la porte, emportant quelques uns de ses cours qui traînaient là avec lui.

-Au fait, ajouta-t-il, c'est ma dernière fiole alors ne sois pas assez stupide pour la briser. Cette potion met des lustres à être préparée.

Et il passa la porte. Harry eut un faible sourire en voyant les efforts de Rogue pour paraître désagréable. Après tout, sans cette dernière remarque, le blond aurait pu croire – s'il ne l'avait pas connu plus tard – qu'il n'était pas si abject que cela après tout.

Dimanche 22 mars…

Alessa avait passé la nuit la plus terrible de sa vie. On aurait dit que toute la douleur qu'elle n'avait pas ressentie grâce aux soins de Rogue lui avait explosée à la figure sans prévenir. La jeune fille était restée au dessus des toilettes, vomissant et pleurant de souffrance, de dix heures du soir à quatre heures du matin. C'est à cette heure là qu'elle avait décidé d'aller voir Rogue.

Ne le trouvant pas dans son dortoir – dans lequel elle était entrée avec tellement de discrétion que les trois autres habitants des lieux lui avaient dit que le jeune homme était parti vadrouillé comme à son habitude – la rousse s'était difficilement rendu là où elle pensait le trouver : La Salle sur Demande.

La porte était présente et la jeune fille frappa, puis entra discrètement. Des yeux noirs étrangement vides se posèrent sur elle.

-Que fais-tu là ?

Sa voix était calme alors que Alessa refermait la porte derrière elle. Enfin, elle lui fit à nouveau face et il comprit. Sanguinis Nox s'était aggravé. Dans quelques heures, elle ne pourrait même plus bouger.

Au moins, grâce aux sortilèges de Rogue et à Eternity, la jeune fille avait pu supporter la potion beaucoup plus longtemps que prévu. Mais alors pourquoi trouvait-elle cela encore trop tôt ?

Il faisait sombre dans le petite pièce uniquement éclairée par les premiers rayons de soleil. La jeune fille s'installa sur une chaise en bois et regarda dans la même direction que le Serpentard : de la Salle sur Demande, on voyait le parc par la fenêtre.

-Qu'y a-t-il ?

-Dumbledore vient de partir, accompagné de quelques professeurs.

Alessa comprit par là que le vieil homme était parti pour lancer une offensive contre Voldemort. Et bien entendu, Rogue n'avait pas mis beaucoup plus de temps à saisir le but de ce départ.

-Tu ne vas pas prévenir le Maître ?demanda la rousse, connaissant déjà la réponse.

Le corps mince du jeune homme fit demi tour pour la scruter avec intensité.

-Dumbledore n'attaquera pas avant quelques heures, le temps pour lui de réunir quelques membres du Ministère. Cela me donne le temps de réunir plus d'information avant d'aller prévenir le Maître.

La jeune fille acquiesça, étonnée par le calme du jeune homme devant une telle nouvelle.

La jeune fille passa le reste de la matinée dans la Salle sur Demande à s'endormir pour se réveiller plus brutalement. Rogue était parti vers huit heures, l'abandonnant. Mais Alessa savait que rien que le fait qu'il l'ait laissée rester dans cette pièce était déjà beaucoup.

Il était midi lorsqu'elle se réveilla en sursaut alors qu'aucune douleur n'était venue la toucher. En effet, la jeune fille, malade et affaiblie, venait de rêver d'un combat sanglant entre les partisans de Dumbledore et les adeptes de Voldemort. Alessa était certaine d'avoir vu la bataille qui se déroulait en ce moment même sur le territoire du Maître. Et c'est tremblante qu'elle vit réapparaître devant ses yeux les nombreux cadavres qui peuplaient le parc du Manoir. Alessa en connaissait peu, mais avait cru remarquer une liasse de cheveux châtains et un visage malsain : Avery faisait partie des victimes.

La rousse ne put jamais dire qu'elle avait été triste à cette vue sans mentir et cette constatation la blessait. Etait-elle un monstre capable d'être indifférent à la mort d'un jeune homme de dix-sept ans ?

Une nouvelle crise vint la prendre par surprise et Alessa s'évanouit à nouveau sans pouvoir bouger aucun de ses muscles.