Note: Je suis pas très satisfaite de ce chapitre, mais étant donné que je n'aime pas les fins, je suppose que je ne serai jamais contente donc désolée si ce n'est pas à la hauteur (--)

Chapitre 11

"C'est touchant de leur part de vouloir m'inclure de temps à autre, même s'ils ont tendance à me faire à leur image. Ils croient, par exemple, que je les aime. Quel malentendu ! Que pourrait bien signifier l'amour pour un être comme moi, omniscient et omnipotent ? L'amour ne peut surgir que là où il y a faille, pertes, manques, faiblesses, myopie. »

Dolce agonia, Nancy Huston

Harry courait dans les sous-sols de Poudlard sans savoir pourquoi. Cependant, une angoisse grandissante lui disait qu'il fallait qu'il se dépèche pour prévenir un grave danger.

Mais quel était ce danger… ?

Une porte du couloir du septième étage laissa entrer le jeune homme et c'est là que Harry comprit : un miroir se trouvait juste devant lui et laissait découvrir un jeune homme blond aux yeux … bruns…

Ce n'était pas lui, il était dans le corps de Vian Matthews, à l'époque de Vian Matthews. Mais pourquoi rêvait-il de la vie de ce garçon ? Après tout, il n'avait pris que son apparence…

Le garçon, quant à lui, entamait des recherches nerveuses dans les armoires de la pièce. Etonnamment, les Elfes avaient omis d'allumer la cheminée de cette pièce et une froid intense rôdait alentours.

Enfin, Vian sembla trouver ce qu'il cherchait : de la Poudre de Cheminette. Mais où comptait-il aller ? Dumbledore ne l'avait-il pas interdit de tenter quoi que ce soit ?

Puis, Harry se souvint de Emily, attendant son fiancé qui était destiné à ne jamais arriver… Voilà pourquoi Vian voulait y aller. Mais pourtant, il arriverait trop tard…

Qu'allait-il se passer ? Un frisson d'angoisse parcourut le dos de Harry quand il se rendit compte qu'il avait un mauvais pressentiment.

Debout dans la Cheminée, Vian s'écria « Refuge » avant de disparaître dans des volutes de fumées. Enfin, c'était ce que Harry était persuadé qu'il se passerait. Mais les flammes vertes auxquelles les humains étaient normalement insensibles mirent la peau de Harry – ou Vian, selon les points de vue – à l'agonie.

Que se passait-il ? Cette cheminée était-elle détraquée ? Et les flammes continuaient de le brûler, le jeune homme hurlait à n'en plus pouvoir, la douleur le déchirant de toutes parts.

-Harry ? Harry !?

Le jeune homme reprit pied avec la réalité. Ce qu'il avait pris pour un rêve était en réalité un songe éveillé et il se trouvait de nouveau dans la Salle sur Demande, face à Alessah, qui avait tant bien que mal tenté de se redresser à l'arrivée impromptue du jeune homme.

-Harry, est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle encore, avec difficulté. Pourquoi es-tu déjà de retour ? Il y a un problème avec Lily ?

-Non… Je crois que j'ai un problème, répondit doucement le garçon en passant une main dans ses cheveux blond.

Ce qu'il venait de voir lui laissait une impression glaciale. Qu'était-il arrivé à Vian ? Pourquoi les flammes l'avaient-elles ainsi brûlées ? Et pourquoi le jeune garçon était-il venu chercher une cheminée dans la Salle sur Demande ? Poudlard en était infesté.

-Que veux-tu dire ?

La voix de la jeune fille n'était plus qu'un murmurme. Harry mit quelques secondes à répondre.

-J'y penserai plus tard, répondit-il en se forçant à fixer la rousse. Pour l'instant, il faut à tous prix que je rejoigne Sirius, James et Remus sur le toit.

Il en avait presque oublié les Maraudeurs qui l'attendaient.

-J'ai quelque chose à te demander avant.

Et la voix d'Alessa paraissait tellement lasse que le blond frissonna, anticipant la suite sans vraiment la connaître.

-Sur l'armoire, à ta gauche, il y a de la potion d'Extraction. Pourrais-tu m'en donner une fiole ?

Fronçant les sourcils, le blond réfléchit. Pourquoi avait-elle besoin d'une telle potion ? Et pourquoi ne pas l'avoir demandé à Rogue plus tôt ? Il était bien plus fiable que lui en potions – bien que Harry ne l'admettrait jamais à voix haute.

Pourtant, quand le garçon ouvrit de nouveau la bouche, ce fut pour poser une question de toute autre importance.

-Que veux-tu extraire ?

Un léger silence suivit cette question, puis la rousse répondit sans frémir.

-Eternity.

Harry réfléchit. La jeune fille lui avait parlé d'Eternity et de ses effets. Mais ne lui avait-elle pas dit que Voldemort lui avait fait boire un poison ? Cette potion d'Immortalité n'était-elle pas la seule chose qui maintenait la jeune fille en vie ?

-Mais…

-Je sais ce que tu vas me dire, Harry. Mais je n'en peux plus. Je crois que j'abandonne.

Le Survivant ne bougea pas, continuant de fixer la jeune fille affaiblie et mourante.

-Alors, tu savais extraire cette potion depuis le début, affirma-t-il pour lui-même.

-Il suffit que je le veuille profondément. Avant, il ne fallait pas qu'Il l'obtienne. Mon père me l'avait confiée. Mais je ne peux plus porter ce poids seule et je crois que tu seras capable de la protéger. Tu es le seul en qui j'ai confiance pour Eternity, Harry. Tu peux faire cela pour moi ?

Le regard d'Alessa se fit légèrement suppliant et Harry s'agenouilla près d'elle.

-Tu ne peux pas me demander ça, dit-il alors. Tu ne peux pas me demander de te tuer.

-Tu ne me tues pas. C'est Tu-Sais-Qui qui m'a tuée. Le jour où il a détruit ma famille.

Le garçon tenta de discuter encore quelques secondes, mais le temps pressait et la jeune fille avait bien plus d'arguments que lui. Pourquoi Rogue n'était-il pas là ? Pourquoi n'avaient-ils pas achevé Sanguinis Vita ? Il allait échouer. Alessa ne serait pas sauvée.

Il se leva et jeta un coup d'œil à l'armoire, tout en refusant toujours de lui donner ce qu'elle voulait.

Durant ce temps, la jeune fille laissait s'échapper des gémissements plaintifs dont elle n'avait pas l'air de se rendre compte. S'il pressait trop, elle ne pourrait plus ingurgiter quoi que ce soit.

C'est alors qu'il remarqua quelque chose sur le bureau empli de potions de Rogue. En quelques secondes, il avait pris sa décision.

-Harry, s'il te plait… murmura-t-elle, sombrant peu à peu dans l'inconscience.

Le blond ôta prestement l'étiquette et déboucha la fiole. Il aida ensuite Alessa à ingurgiter le breuvage, l'empêchant de s'étouffer. Il se surprit à prier qu'il n'ait pas commis d'erreur en agissant comme il venait d'agir.

Cependant, pour l'instant, rien n'importait plus que sa mère, prisonnière de Voldemort. Il penserait aux conséquences plus tard.

A peine avait-elle bu la dernière goutte, qu'elle s'endormit dans un dernier souffle : « Merci ».

Faîtes qu'il ne le regrette pas… fut sa dernière pensée dans cette pièce.

En deux temps trois mouvements, il était sur le toit de la Tour Ouest.

-Où étais-tu ? hurla son père. Ca fait plus d'un quart d'heure qu'on t'attend !

Le garçon à lunettes avait attrapé le nouveau venu par le col et lui perçait les tympans. Harry s'étonna lui-même de son calme lorsqu'il prit la parole.

-Tu ne penses pas qu'il serait préférable de me frapper quand on aura récupéré Lily ?

James le lâcha dans la seconde, le regard toujours noir. Sirius lui demanda l'endroit où se trouvait le Manoir et Harry le lui indiqua précisément.

Un problème lui apparut alors. Il n'y avait que deux balais.

-Où est ton balai Sirius ?

-Confisqué, répondit l'autre dans une grimace.

-Ce n'est pas grave, lança Rémus ; il montra sur le mien et toi sur le sien ;

C'est alors que Harry et James furent à nouveau sur la même longueur d'onde : « Et Lily ? »

Sirius pâlit. Remus sourit contritement. Décidément, ils ne pensaient réellement à rien, se dit Harry ; Pourquoi fallut-il qu'à cet instant, l'image de Rogue adulte lui apparaisse et lui répète : « Des bons à rien ! »

La colère monta en le blond qui aurait voulu frapper Rogue. Cependant, ce n'était pas le moment.

-Bon, ce n'est rien. Vous partez à trois, je vous rejoins.

-Mais comment vas-tu t'y prendre ? Les balais de l'école sont protégés par de nombreux sorts ! lança Sirius.

-Je me débrouillerai, répondit brièvement Harry. Vous, allez-y !

°°°°°

Severus… Severus… Oui, Maître… ?

Il est temps. Ils vont arriver au Manoir…

Bien, Maître.

°°°°°

Harry courut tellement vite qu'il atteignit la Forêt Interdite en quelques minutes à peine. Il avait dû se dissimuler derrière la cabane d'Hagrid lorsque McGonagall était sortie en furie du château, persuadée d'avoir entendu du bruit.

Désormais, il arpentait les sineuses routes formées par les arbres.

-Allez, montrez-vous…

Au bout de quelques minutes, le blond commença à se lasser. Habituellement, il ne fallait pas plus de dix secondes pour qu'un Sombral se montre. Peut-être aurait-il tout de même dû passer par la cuisine pour prendre une tranche de viande bien saignante…

C'est alors qu'un bruit se fit entendre à sa gauche. Ce genre de frottement n'était jamais le bienvenu dans cet endroit sombre de la Forêt.

Il respira profondément et alors qu'il allait reprendre sa route, deux Centaures apparurent à sa gauche.

-Que fais-tu ici, fils d'humain ?

Harry fut à la fois soulagé et désemparé de les voir arriver. Il les préférait à Aragog, mais se souvenait de leur rencontre lorsque Hermione et lui avaient voulu se débarrasser de Ombrage lors de sa cinquième année.

-Je cherche un Sombral.

-Et puis-je te demander pour quelle raison tu cherches telle créature, jeune enfant ? lui demanda encore le Centaure qui paraissait le plus âgé des deux.

-C'est évident, Balthus, répondit l'autre Centaure à la place de Harry. Il veut qu'il l'emmène quelque part. Ces humains sont tellement arrogants qu'ils se croient permis d'abuser des créatures magiques.

Harry fixa quelques secondes celui qui venait de parler et revint au dénommé Balthus, qui le regardait toujours avec quiétude.

-Et où voudrait-il donc aller ? demanda le plus âgé sans fixer l'autre Centaure. Les fils d'humains sont retenus à Poudlard en raison de la guerre qui vient d'éclater.

Harry se dit que s'il laissait les choses se poursuivre dans cette voix, les créatures le ramèneraient par la peau du dos au château.

Il fallait qu'il se sorte de là.

James, Sirius et Remus venaient d'atteindre le passage décrit par Alessa à Harry. Ils dissimulèrent leurs balais dans les fougères et sortirent leurs baguettes.

-Ce n'est pas le moment d'agir de façon inconsidérée, murmura Sirius en regardant par l'ouverture du passage.

Un rire moqueur le fit se retourner.

-Qu'y a-t-il de drôle dans une situation pareille ? demanda-t-il, abasourdi.

-Que, toi, tu nous dises d'agir « de façon considérée » serait comique dans la pire des situations, répondit Remus.

Sirius tenta un sourire maladroit, mais la nervosité l'emparait. S'il était arrivé quelque chose à Lily, il ne se le pardonnerait jamais.

-Allons-y, murmura James en passant devant les deux autres.

-Nous ne sommes pas en mesure d'accéder à votre requête, dit la voix apaisée de Balthus.

Harry devenait de plus en plus nerveux. Il fallait qu'il s'en aille et les Centaures ne paraissaient pas en mesure de l'aider. D'ailleurs, plus il envisageait l'éventualité de s'enfuir, et plus nombreux devenaient les Centaures.

Désormais, Harry était quasiment encerclé par les créatures, mi-hommes, mi-chevaux. Et, à l'exception de Balthus, tous les autres semblaient vouloir lyncher le blond d'oser s'opposer à leur volonté.

-Mais vous ne comprenez pas ! poursuivit Harry, ayant de plus en plus de mal à maîtriser son intonation.

-Comment oses-tu élever le ton, fils d'humain ?

-Tais-toi et obéis !

Les obligations fusaient de toutes parts et le Griffondor sentait qu'il ne conserverait plus son calme très longtemps.

-Il faut me laisser partir, dit-il dans une tentative désespérée en fixant toujours Balthus.

Le Centaure ne répondit pas immédiatement, le jaugeant impassiblement.

-Non.

C'était bien la première fois qu'un Centaure était aussi direct. Pourtant, ce n'était vraiment pas le jour.

Harry sortit sa baguette, bien déterminé à se battre jusqu'au bout, même si cela signifiait qu'il se ferait exterminé dans les prochaines minutes. Les créatures sifflèrent et hénnirent, frappant violemment le sol de leurs sabots.

-N'agis pas sans réfléchir, jeune enfant, dit alors Balthus d'une voix sévère.

-Vous ne me laissez pas le choix, murmura Harry en tendant sa baguette droit devant lui.

Sirius et les deux autres couraient à en perdre haleine, s'enfonçant de plus en plus dans les couloirs inconnus que formait le Manoir de Voldemort.

-Ils sont toujours là ? interrogea Patmol.

James jeta un coup d'œil par dessus son épaule. Deux hommes masqués les rattrapaient peu à peu.

-Je crois qu'on peut dire ça, ouai, répondit le garçon à lunettes dans un souffle.

Remus, qui avait pris un peu d'avance, fit alors un tour sur lui-même et jeta un sort aux deux Mangemorts. Malheureusement, il fut facilement esquivé et l'un des deux hommes répliqua d'un endoloris qui frôla James, lui ensanglantant la joue.

-Bien tenté, Lunar, lança avec un sourire contrit le futur père de Harry.

-Désolé.

C'est alors que Sirius tira sur la veste de James, qui était le plus proche de lui et incita Rémus à le suivre d'un clignement des yeux. Ils venaient d'atteindre un embranchement de couloirs et avaient profité du fait que les Mangemorts ne sauraient pas de quel côté ils étaient partis pour se dissimuler derrière la première porte qu'ils virent.

L'endroit sentait le moisis et était plus petit qu'un placard à balais.

Sirius et Rémus se trouvaient dans une position anatomiquement incompréhensible et James tentait tant bien que mal de tenir debout sans être écrasé contre le mur par ses deux amis.

Au bout de longues minutes, Sirius émit l'hypothèse que si les Mangemorts étaient toujours dans le couloir, ils seraient rentrés dans cette pièce depuis longtemps.

-Mais il faudrait savoir ce qu'on fait, murmura Rémus.

-C'est évident, non ? lui répondit agressivement James. On vient planter des citrouilles !

Rémus se laissa aller à la colère quelques secondes, puis sembla se reprendre.

-On ne sait pas du tout où elle se trouve, acheva alors le loup-garou.

-On pourrait tenter un Accio, tenta Sirius, mais James lui jeta un regard noir et il posa son regard sur le mur à sa gauche.

Un silence pesant s'installa dans la petite pièce poussiéreuse qui devenait de moins en moins confortable.

Puis, soudainement… « Lâchez-là, espèce de lâche ! »

La voix féminine avait hurlé cette phrase avec toute la haine dont on puisse être capable et semblait être assourdie par un mur.

James croisa le regard de Sirius : Lily.

Les deux amis sortirent en trombe, courant en direction de la voix. Rémus mit plus de temps à se mettre en route étant donné qu'en sortant, Sirius avait déstabilisé sa position précaire et il s'était applati sur le ventre.

En quelques secondes, il avait rejoint les deux autres.

-Pourquoi vous-êtes vous arrêtés ? Il y a un problème ? termina-t-il en scrutant les alentours.

-Elle est là, répondit Sirius alors que James fixait la porte avec intérêt.

Enfin, ce dernier leva la main vers la poignet, vérifiant bien que ses compagnons tenaient également et avec fermeté leurs baguettes.

Il poussa la porte et lança un sort de désarmement au premier homme en noir qu'il crut voir.

Un silence.

-James ?

La voix de Lily résonna durant ce qu'il sembla une éternité entre les trois nouveaux venus. Elle était tremblante d'avoir pleuré récemment et épuisée.

Et le jeune homme réalisa que le Mangemort qu'il avait cru voir n'était en réalité qu'une ombre. Il baissa lentement sa baguette, sentant une grande partie de la peur qu'il avait ressentie s'évanouir alors qu'il venait de retrouver Lily.

D'un pas hésitant, elle s'avança vers lui et se coula dans ses bras, avec douceur et soulagement. Sirius détourna les yeux et Remus soupira d'apaisement.

Harry courait.

A peine avait-il dressé sa baguette vers le buste d'un des centaures qu'une rafale de vent avait fait vaciller les créatures. Harry en était même tombé.

Cependant, il était parvenu à profiter du grabuge pour se redresser et se faufiler parmi les arbres. Certains « rattrapez-le » lui parvinrent, mais le jeune homme n'entendait déjà plus le bruit de leurs sabots sur le sol.

Il s'arrêta pour reprendre son souffle. Il se trouvait face à un petit ruisseau dont le clapotis adoucissait l'atmosphère. L'ambiance était très différente de celle dans laquelle il se trouvait quelques minutes plus tôt.

Réfléchissant à une solution pour rejoindre les Griffondors, il s'assit quelques instants devant l'affluent. Cependant, un frottement le fit se retourner violemment, baguette fermement dressée.

Un homme à la démarche féline et au physique intemporel se tenait devant lui, sourire aux lèvres.

-Qui êtes-vous ?

Mais le blond savait déjà que toute méfiance avait quitté son esprit dès l'instant où il avait croisé le regard argenté.

-Mon nom est Nathanaël. Je crois deviner que vous avez besoin d'aide.

La voix était douce. Le ton rassurant. Pourtant, tout en Harry lui criait de ne pas faire confiance aussi facilement, que ce serait trop risqué. Alors pourquoi n'y parvenait-il pas ?

-Ne tentez pas de résister.

-Que voulez-vous dire ? sussura Harry, sa méfiance ravivée.

-Je suis un Séraphin, répondit l'homme comme si cela pouvait expliquer la raison pour laquelle le fils de James devait lui faire confiance.

-Et… ?

Voyant son interloctueur fronçer légèrement les sourcils, il sembla au plus jeune qu'il était l'objet de moqueries.

-Il me semblait qu'un sorcier de votre âge avait appris depuis longtemps les capacités d'envoutement des Séraphins. Soit. Pensez-vous avoir le temps pour une narration des origines du monde sorcier ?

Harry fronça les sourcils. Cet homme l'exaspérait. Son calme. Son indifférence. Mais pourtant, ne lui avait-il pas proposé son aide ?

-Que voulez-vous ?

Tout sourire disparut du visage pâle de l'homme. C'est avec sérieux qu'il avoua à Harry qu'il savait qu'il viendrait.

-Bien que vous soyez en retard de quelques minutes, ajouta promptement l'homme.

-Mais que… ?

-Il se fait tard pour les questions, répondit Nathanaël. Prenez ceci.

Dans sa main tendue résidait une petite montre dorée. Cependant, celle-ci ne semblait pas fonctionner.

-C'est un Retourneur de Temps, constata le blond.

-Oh, vous connaissez ! Je commençais à me demander si vous saviez quelque chose sur le monde sorcier, ironisa le Séraphin.

Cela rappela bien trop Rogue à Harry qui se força à ne pas se laisser emporter par la colère.

-Cependant, ce n'est pas véritablement un Retourneur tel que vous les connaissez… murmura l'homme aux allures mystiques. Il a, comme qui dirait, subi quelques petites manipulations…

-Et en quoi peut-il m'être utile ?

-Il vous permettra de vous rendre là où vous devez aller en à peine une seconde… Une sorte de Cheminée portable, je suppose, sembla-t-il dire pour lui-même.

Harry écarquilla les yeux en tendant la main. L'objet était chaud et la peau de l'homme douce.

Enfin, il leva son regard vert vers l'homme.

-Il y a une contrepartie, je suppose ?

Un petit silence, dénué de tension, retentit.

-En effet. Si cet objet ne m'est pas rendu avant minuit précise, de graves conséquences s'abattront sur les « arrogants petits voleurs de temps ».

La fin de sa phrase avait été prononcée avec emphase, comme s'il ne faisait que répéter une idée stupide.

Regardant sa montre, Harry vit qu'il ne lui restait qu'une demi-heure.

-Très bien, dit-il sans vraiment réfléchir à ces conséquences.

Mais avant d'avoir pu faire tourner l'aiguille, Nathanaël lui rappela d'une voix grave :

-Minuit, Monsieur Potter. Ou tout ce que nous aimons mourra avec la nuit.

-Il faut partir d'ici, dit Sirius.

-Lily ?

Une voix frêle et inconnue avait parlé. C'était une jeune fille blonde aux yeux verts. Elle ne devait pas avoir plus de huit ans.

-Qui est-ce ?

-Je ne sais pas. Elle ne semble pas bien comprendre ce que je lui dis. Il faut la prendre avec nous, conclut la rousse en lançant un regard ferme aux trois garçons.

-Très bien, mais dépéchons-nous, murmura Remus.

Mais, alors qu'il allait ouvrir la porte, cette dernière s'ouvrit à la volée sur trois Mangemorts encagoulés. Le premier des trois profita de la surprise générale pour lancer un sort à Sirius qui s'écrasa contre le mur du fond.

-Impedimenta !

-Expelliarmus !

James et Remus avait tous les deux jeté un sort au premier Mangemort qui les évita, non sans mal. Cependant, la force des sortilèges avait fait voler sa capuche.

-Rogue ! hurla haineusement James. Levicorp… !

-Endoloris !

A cet instant, tout s'enchaina. Les deux autres Mangemorts lancèrent des sorts similaires à Remus et Sirius, Lily, démunie de toute baguette, hurla et une ombre apparut dans l'embrasure de la porte.

Avant que Rogue ait eu le temps d'apercevoir Harry, ce dernier avait stupéfixé les deux autres assaillants.

-Toujours là pour défendre tes petits copains, Matthews… dit avec mépris Rogue.

Cependant, la haine qui grondait en Harry n'avait plus de limites. Lui qui avait eu confiance en Rogue. Lui qui avait vu en lui quelqu'un de meilleur qu'il ne le pensait. Celui-là venait de jeter l'un des sortilèges les plus abominables.

Et pas sur n'importe qui… Sur sa famille…

-Sectumsempra !grogna Harry, une lueur démente dans les yeux alors que Severus avait à peine de le temps de froncer les sourcils en entendant ce sort, qu'il avait lui-même inventé, lui être jeté.

Sans même regarder Rogue souffrir du sort, le blond prit la main de sa mère et invita les autres à le suivre d'un ton déterminé.

La fureur régnait en lui. Et, au fond, ce n'était pas à Rogue qu'il en voulait le plus, mais à lui-même de s'être mis à l'apprécier. Il se sentait trahi et sali.

-N'oubliez pas l'enfant ! s'entendit-il dire.

Sirius aida Remus à monter sur son balai tandis que James et Lily se serrait pour faire monter la plus jeune.

-Ce n'est pas possible, grogna James, plus paniqué qu'en colère que le balai ne supporte pas un tel poids.

-Comment es-tu venu ici, Harry ? demanda Remus, le regard braqué sur le blond.

-Aucune importance, répondit-il en détournant les yeux du loup-garou. Ce qui est certain c'est que je ne peux pas prendre quelqu'un avec moi.

Quelque chose lui disait que le Séraphin n'en serait pas ravi.

Des bruits de pas résonnèrent alors que Sirius et Harry sortaient déjà leurs baguettes respectives.

-Qu'est-ce qu'on fait ? demanda l'animagus en se plaçant devant James et Lily.

Mais Harry était aussi perdu que lui. Comment ferait-il pour les sortir de là vivants ?

Rogue s'arrêta face à eux, le souffle court, les vêtements ensanglantés.

Deux choses auraient pu surprendre Harry s'il n'avait pas été aussi en colère contre son futur professeur : le Serpentard était parvenu à annihiler les effets du sort lui-même et il était venu leur faire face seul. Aucune trace de ses deux accolytes.

-Tu vas payer… commença Sirius, mais Severus était bien plus agile.

Le sort de ce dernier envoya valser Patmol et fit reculer Harry de quelques pas. Même Remus avait dû se concentrer pour rester debout.

-Je pensais que tu devais veiller sur elle, cracha Rogue.

Harry savait que ce n'était pas cela qui écœurait le brun, mais bien le fait que, s'ils étaient tous là, c'est que quelqu'un leur avait donné la localisation du Manoir. Et ce quelqu'un ne pouvait être autre qu'Alessa.

Tout en suivant le fil des pensées de son ennemi, le blond vit la haine et la rage déformer ses traits. Etait-ce possible qu'il n'ait pas agi comme il le fallait ? Etait-ce possible que l'un d'eux y laisse la vie ce soir ?

Mais, alors que le sort de la Mort se faisait déjà ressentir dans l'atmosphère, un sortilège informulé fit vaciller le Serpentard. Ce dernier, étonné, mais déjà prêt à répliquer, se tourna vers sa droite.

Et Harry la vit dans un sursaut d'étonnement : Alessa arrivait à sa gauche, resplendissante et pleine de vie. Il n'avait jamais remarqué à quel point l'aura de la jeune fille était palpable. La puissance résonnait à chacun de ses pas.

Tous purent voir Rogue pâlir considérablement, mais le regard de la rousse paraissait être le plus captivant pour le jeune homme. La fureur et le dédain marquait les iris vertes.

Harry remarqua négligemment qu'il serait minuit dans moins de cinq minutes. Tiendrait-il sa promesse ?

Mais l'attitude de son futur professeur le captait trop pour qu'il puisse s'en détacher : aucune haine, aucun mépris. Juste de la surprise.

Comment pouvait-elle être là, devant lui ? Comment avait-elle été capable de se lever ?

Harry jette un dernier coup d'œil au corps presque sans vie de la rousse. Non, il ne peut plus reculer. Il faut qu'il le fasse. Jamais il ne pourrait se pardonner de l'avoir laisser mourir sans tenter quoi que ce soit.

D'une main, il se saisit de la fiole rosâtre. Sur l'étiquette, une écriture penchée et étroite laisse lire : 'Sanguinis Vitae, à tester'.

Son cœur bat la chamade lorsqu'il ôte sèchement l'étiquette et s'agenouille aux côtés de la jeune fille.

« Faites que Rogue soit aussi bon en potions qu'en sarcasme… Faites que cette première version soit la bonne… »

-…Comment ?

Un lourd silence suit cette question. Même les Maraudeurs sont étonnés du comportement de Rogue. Jamais il n'a semblé si… humain…

Mais la rousse semble ne pas l'entendre. Ses yeux pleins de larmes le fixent avec mépris. Enfin, elle se détourne de lui et fixe Harry. Puis, enfin, la petite fille blonde qui semble bien loin de la scène qui se déroule devant ses yeux.

-Lilith… chuchote-t-elle.

Mais seul Harry et Rogue ont perçu le son.

-Harry, dit-elle enfin, sa voix légèrement tremblante, vous devez partir. Il arrive.

Le blond est certain d'avoir vu l'avant-bras gauche de Rogue frissonner.

-Nous n'avons que deux balais, explique rapidement Sirius.

-Elle vient avec moi, dit-elle sans détour en jetant un coup d'œil à la petite fille blonde. Un Sombral m'attend un peu plus loin.

Il ne vint même pas à l'idée de Harry de se plaindre qu'elle en ait trouvé un, elle, contrairement à lui. Non. Le jeune homme se rend compte qu'il est ravi de retourner voir le Séraphin.

Bien que Sirius ne semble pas très enclin à abandonner Alessa à Rogue, il obéit à Remus et enjambe son balai. D'un coup de pied sur le sol, les deux animagi s'envolent, suivis de près par James et Lily, qui paraît inquiète pour la fillette, mais part sans rechigner.

D'un geste, Harry s'avance vers Rogue et il lui murmure quelques mots qu'eux seuls peuvent entendre.

-Il est presque temps pour toi de choisir ton camp, Rogue.

Dans un regard mi-méprisant mi-surpris, le jeune garçon répond :

-Je l'ai fait il y a longtemps.

Souriant tristement, Harry regarde les deux balais, emportant les Maraudeurs et Lily, s'envoler et jette un dernier regard à Alessa avant de sortir son Retourneur de Temps.

-Prend garde à toi, souffle-t-il à la jeune fille avant de disparaître.

-Qu'entendais-tu par « Il arrive » ?

Le garçon a repris contenance et lui parle froidement.

-Je voulais qu'ils s'en aillent. Car, même si la guerre fait toujours rage, il ne tardera plus. Il n'attend qu'un signe de ta part.

Pour la première fois, le son de la voix d'Alessa n'est pas tremblant. Elle a retrouvé sa sœur et compte faire face avec toute la nouvelle hargne qu'elle possède.

-Comment se fait-il que tu sois debout ? lui demande-t-il alors sans s'offusquer de sa dernière remarque.

Il est de nouveau lui-même. Indifférent. Aucune culpabilité d'avoir failli tuer. Aucun remord de l'avoir fait sur le champ de bataille.

-Il faut croire que j'ai de la chance, murmure-t-elle.

Elle se doute de ce que Harry a fait. Lorsqu'elle avait aperçu la fiole sur le bureau de Severus dans la Salle sur Demande, elle avait compris ce que les deux garçons tentaient de faire lors de leurs discussions nocturnes. Cependant, elle doutait qu'ils arrivent à quoi que ce soit et savait que Severus ne croyait pas du tout en cette première version.

Il n'y penserait donc pas. Elle avait détruit tout les breuvages avant de quitter le château. Il était temps pour elle d'agir. Et le garçon ne pouvait pas faire partie de ses plans.

Jetant un coup d'œil à Lilith, assise en tailleur et regardant la lune, pour se donner du courage, Alessa s'approcha du garçon. Mais ce dernier semble furieux et lui parle avec violence :

-Tu es stupide d'être venue jusqu'ici !

La rousse fronce les sourcils.

-Mais je suppose qu'il est bien plus important pour toi de défendre tes chers amis contre moi que de sauver nos vies à tous les deux !

-… tu es injuste…

Rogue renifle avec dédain, jetant un coup d'œil à Lilith.

-Tu ne peux pas la prendre avec toi.

Etonnamment, sa voix est presque douce. Il regarde celle qui est désormais son épouse avec sénénité, les bras croisés sur son torse.

Et comme il s'en doutait, Alessa ne l'entend pas de cette oreille.

-Bien sûr qu'elle vient avec moi ! Pourquoi crois-tu que j'ai eu cette Marque sur le bras ? Maintenant que je l'ai retrouvée, je vais enfin pouvoir me regarder dans un miroir à nouveau…

Un léger silence résonne alors qu'une légère brise s'élève entre eux.

-Comment ça… tu as eu cette Marque ?

Sans hésitation, la rousse répond avec hargne et défi : « Lapsus ».

Et, de façon surprenante, le garçon s'approche un peu plus d'elle. Leurs visages se touchent presque et Alessa ne peut retenir un frisson. La respiration de Severus sur sa peau, ses cheveux qui lui chatouillent les joues, ses yeux dans lesquels elle veut disparaître…

-Arrête ça…

Mais la voix de la rousse n'est qu'un murmure pitoyable qui démontre bien à quel point elle ne souhaite qu'une chose ; qu'il reste là.

Son cœur se serre à cette idée. Et un sourire résigné apparaît sur ses traits fins et pâles. Le garçon tente de lire en elle, elle le sait. Il la regarde avec suspicion alors que pour la première fois, elle ferme son esprit face à lui.

Quand a-t-elle trouvé le temps de s'entraîner ? Voilà la question qu'elle voit dans ses yeux. Cependant, il ne se rend pas compte à quel point, à cet instant précis, il est hors de question qu'il lise quoi que ce soit de ses intentions. Et comme lui avait dit son père à maintes reprises, nos capacités ne dépendent que de notre volonté.

Et ce qu'elle voulait, à cet instant, c'était sauver Lilith. La revoir lui avait donné le courage qui l'avait quitté depuis sa disparition.

-Je t'aime, Severus.

De toute évidence, le garçon s'attendait à tout sauf à ça et il ne peut empêcher un mouvement brusque du bras lui échapper. Il fronce clairement les sourcils, apparemment mécontent de la tournure que prennent les choses.

-Ne sois pas stupide, lui dit-il méchamment.

Blessée, Alessa ne répond pourtant rien. Il n'importe plus qu'il l'aime. Il n'importe plus qu'elle puisse lui faire confiance. Elle a compris, lorsqu'elle l'a vu sur le point de tuer les Griffondors, qu'elle ne pouvait pas prendre le risque de rester à ses côtés alors que le Maître lui accordait autant de crédit.

De plus, lui était toujours marqué.

Elle posa avec délicatesse une main sur le visage du garçon et le sentit frissonner malgré son regard noir. Lorsqu'elle jeta un regard à ses lèvres pour lui faire comprendre ses intentions, aucune expression ne passa sur le visage pâle du garçon. Et lorsqu'elle s'approcha enfin, ancrant ses iris vertes dans le puits noir avec toute la force dont elle était capable, il ne dit toujours rien.

Leurs lèvres entrèrent enfin en contact. Dans un baiser doux et nostalgique. Rogue ne put s'empêcher de placer sa main droite dans les cheveux de la jeune fille, ce qui fit échapper une larme à cette dernière.

Après quelques secondes, ils se séparèrent et il fronça une nouvelle fois les sourcils en s'apercevant qu'elle pleurait. Mais, étrangement, il ne dit rien. D'ailleurs, un masque d'indifférence recouvrit ses traits alors que, dans une caresse, la rousse otait sa main du visage du garçon.

Elle sourit tristement. Il ouvrit la bouche et elle savait qu'il comptait bien l'interroger sur son comportement plus qu'étrange. Mais, dans un mouvement brusque, il attrapa son avant-bras gauche et une grimace de douleur passa sur ses traits.

-Severus…

Elle avait déjà approché sa main, mais il recula, dans un geste automatique. Leurs yeux se croisèrent.

-Il rentre.

La rousse ne put retenir un frisson, mais, dans un regard à sa sœur, elle reprit contenance et hocha la tête.

-Je te retrouve au château, dit-il alors et cela étonna Alessa au plus haut point.

-Tu me laisses partir… ? Je veux dire… avec Lilith ?

Elle avait cru qu'elle devrait se battre contre lui. Elle avait cru qu'elle devrait le regarder la blesser sans faiblir.

Il la regarda avec intensité. Et pour la première fois, elle put lire ce que tout ce qu'ils avaient vécu impliquait. Et c'était bien plus fort que de simples mots. Bien plus bouleversants que n'importe quel acte.

Se retenant de se jeter dans ses bras, de le serrer de toutes ses forces contre elle, la jeune fille marcha à reculons quelques secondes, puis courut enfin, prit sa sœur par la main et disparut dans les bosquets.