Chapitre 12

« Je ne lui voulais que du bien, mais je savais que ce bien ne lui viendrait pas de moi. »

La plage d'Ostende, Jacqueline Harpman

-Maître, laissez-moi y aller. Laissez-moi vous la ramener…

-Non.

-Mais Maître…

-Le plan ne s'est pas déroulé comme prévu. Il te faudra être encore patient, Elinor…

-…

Mercredi 25 mars…

Un grincement aigu résonne sans cesse, douloureux tambour d'annonce de la mort. Les gouttes de sueur perlant son front ne sont pas la seule chose qui l'empêche d'ouvrir les yeux. Le sang bat à ses tempes. Ses membres tendus par des cordes, incapables d'exécuter le moindre mouvement, le maintiennent inlassablement éveillé.

-Es-tu prêt à me faire tes excuses, Severus ?

-… Ou…Oui, Maître…

La voix rauque est abyssale. Seul un son guttural a franchi ses lèvres. Le bourreau s'approche avec délectation. D'une main à la délicatesse glaciale, il écarte les cheveux souillés du jeune adepte. Son visage est écorché. Mais ce n'est rien en comparaison avec le buste aux vêtements déchirés. Eraflé, griffé, tuméfié, tout n'est que lacération.

-Je n'ai pas entendu, Severus…

-Désolé…murmure précipitament le blessé, je suis désolé.

Ses yeux restent clos, un filet de sang s'échappe de son oreille gauche, ses bras, écartelés au dessus de sa tête sont meurtris et tailladés. Et sa voix ne reste qu'un chuchotement difficile, enroué et lugubre.

-Il me semble que tu n'as pas vraiment envie de t'excuser. Tu y donnerais plus de fougue dans le cas contraire…

La voix lente, savourant cet instant, rend les yeux de sang beaucoup plus menaçants.

-Crucio…

Le hurlement s'échappe brutalement.

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Harry soupira. Cela faisait plus d'une demi-heure qu'il scrutait la cheminée de la Salle sur Demande. Quiconque l'aurait aperçu aurait pu se demander s'il s'attendait à ce qu'elle se transforme en un quelconque animal dangereux.

Un grincement et un frottement le firent se retourner.

-Harry ?

La voix de Alessa James était légèrement embarrassée derrière sa surprise. Elle semblait éviter le regard vert du garçon tout en fixant la pièce, tourmentée.

-Qu'y a-t-il ? l'interrogea-t-il.

Elle croisa une seconde son regard, puis poursuivit son tour de la pièce.

-C'est étrange… Habituellement, la pièce qui apparaît est celle que l'on demande.

-C'est le cas, ajouta Harry, les sourcils légèrement froncé, mais, de toute évidence, peu concentré sur la conversation.

-Pourtant… rien de ce que j'ai demandé ne se trouve ici.

Le sorcier émit un léger « oh » dubitatif.

-Je crois que, étant donné qu'il y avait déjà quelqu'un à l'intérieur, elle n'a pas pu répondre à ta demande, dit-il simplement.

-Mais…

Elle sembla se souvenir de quelque chose. Puis, reprenant constance, elle dit :

-Je crois plutôt que c'est une question de puissance magique.

Et leurs regards entrèrent en contact. Il frémit légèrement. Pourquoi le regardait-elle ainsi ?

-Un jour, alors que j'étais dans cette pièce avec… - elle hésita, puis passa à la suite, la pièce a changé d'apparence quand deux professeurs sont entrés.

Harry sembla enfin s'intéresser à ses propos.

-Tu veux dire que la pièce obéit à certains plus qu'à d'autres ?

-Elle obéit au plus puissant. Dumbledore était plus puissant que Rogue et moi. Tu es plus puissant que moi.

Le blond ne répondit rien alors qu'elle lui demandait de sortir pour qu'elle puisse obtenir ce qu'elle voulait.

-Mais que veux-tu, au juste ?

Elle hésita, puis changea brutalement et sans subtilité de sujet.

-Lily Evans s'est remise ?

-... Elle va bien, oui. Cependant, les Maraudeurs et elle s'en veulent de ne pas avoir pensé à chercher les autres séquestrés.

-Combien d'élèves manque-t-il ?

-Maintenant que Lily est revenue, il en reste trois qui sont toujours là-bas.

Alessa hocha la tête, mais Harry voyait à quel point cette nouvelle ne l'émouvait pas. Il fronça les sourcils.

-Qu'es-tu venu chercher ? Et pourquoi paraîs-tu si… différente ?

Un lourd silence s'installa. Les yeux de la rousse n'avaient jamais été aussi déterminés et sans vie.

Comme elle ne semblait pas avoir envie de lui répondre, Harry demanda :

-Où est ta sœur ?

-Dans la cabane hurlante. Sirius m'a aidé à y entrer, ajouta-t-elle devant l'air étonné du Griffondor.

-Et comment va-t-elle ?

La colère que Alessa tentait de toute évidence de contenir explosa alors. Cependant, ce fut d'un ton tellement froid que Harry en frissonna qu'elle s'exprima :

-Comment veux-tu qu'elle aille ? Elle a subi tellement de torture qu'elle a perdu toute santé mentale.

Le garçon vit à quel point la jeune fille détestait Voldemort à cet instant. Il fronça les sourcils :

-Que cherches-tu ici, Alessa ?

Elle soupira finalement, apparemment lassée de cette même question qui revenait sans cesse. Et Harry explosa à son tour :

-Tu te rends compte qu'il est encore là-bas ? A, très certainement, être torturé pour t'avoir laissée fuir ?

Malgré ce que Rogue avait fait et failli faire au Maraudeurs, le blond n'avait pu se résoudre à lui en vouloir plus lorsqu'il avait vu Alessa revenir à Poudlard, tenant sa sœur par la main.

-Tu crois que je ne le sais pas ? hurla-t-elle alors.

-Montre au moins un peu de tristesse ! Ne sois pas aussi…

-Quoi ? Quoi, Harry ? s'écria-t-elle. Tu veux que je m'effondre ? Mais il en est hors de question. J'ai fait une promesse à mon père et j'ai déjà échoué vu l'état dans lequel se trouve Lilith ! Alors, ne me fais surtout pas de leçons de morale ! Tu es mal placé pour me dire ce que j'ai à faire !

-Ah oui ? Et depuis quand ?

Mais des larmes sillonnaientt les yeux de la rousse et elle ne répondit pas. D'un geste, elle prit ce qui semblait être des draps et parvint à trouver deux sacs vieillis.

Peu à peu, Harry comprenait ce qu'elle était venu chercher. Et ce fut très lentement, ne parvenant pas à y croire, qu'il lui posa la question qui le brûlait :

-Tu t'en vas, c'est ça ?

Mettant brusquement ce qu'elle avait trouvé dans les sacs et les réduisant pour les enfouir dans sa poche, la jeune fille ne répondit pas à la question.

-J'aurais aimé trouvé des vêtements, des couvertures… Mais étant donné que tu ne veux pas sortir d'ici…

Elle ne croisait pas son regard alors qu'elle parlait. Harry pensait à de nombreuses choses à cet instant : Avait-il échoué dans sa mission ? Aurait-il dû faire quelque chose qu'il n'avait pas fait ? Savait-elle où se trouvait la cuisine pour trouver de la nourriture ?

Il se donna une claque mentale. Ces questions tournaient en rond et étaient bien trop embrouillées pour qu'il s'y attarde. Il fallait qu'il l'en empêche. Il ne pouvait pas la laisser partir. Ce n'était pas sur cela que sa mission devait aboutir…

-Tu ne peux pas partir !

Elle stoppa net tout mouvement et le fixa avec sérénité.

-Et je peux savoir pourquoi ?

Le garçon blond s'approcha d'elle d'un pas vif. Il était plus grand qu'elle et la rousse dut lever les yeux pour pouvoir continuer à maintenir son regard.

-Parce que ce serait stupide ! Il te trouvera et tu auras tout perdu ! Et puis… Et puis…

Il ne parvenait pas à s'avouer ce qu'il était sur le point de dire :

-Et tu ne peux pas laisser Rogue. Pas maintenant.

Sa voix paraissait calme, mais il savait qu'elle était légèrement tremblante. La jeune fille le regarda avec tristesse.

-Et que crois-tu qu'il arrivera si je reste ? Rogue est Son favori. De plus, tu as vu tout comme moi ce qu'il a fait au Manoir.

Harry se demandait si elle voulait dire qu'elle n'avait plus confiance en Rogue. Mais lui, il était bien parvenu à passer outre ses actes à la demeure de Voldemort… n'est-ce pas ?

-Ne cherche pas d'excuse, dit-il durement. Si tu l'aimais suffisamment, tu passerais au-dessus de bien plus de choses.

Elle sembla recevoir un coup en plein cœur, mais ne se démonta pas.

-Peut-être.

Et elle s'en alla prestement, presque en courant.

La douleur est insupportable. Tout son corps semble lui hurler sa souffrance. Chaque expiration le tiraille.

-Severus… mon précieux Severus… Je dois t'avouer avoir été bien déçu de ton échec. Laisser s'échapper ces Griffondors étaient déjà une erreur. Cependant, te laisser abuser par une piètre sorcière telle que Alessa James… Quelle désillusion !

Libéré des liens qui maintenaient son corps surélevé, le Serpentard s'écroule sèchement sur le sol. Va-t-il mourir ici ? Sur ce sol sale et froid ?

-Mais Lord Voldemort sait se montrer clément avec ceux qui le méritent. Et tu m'as déjà prouvé ta loyauté à maintes reprises, Severus.

Incapable de se redresser, le Mangemort n'en écoute pas moins, avidement, chaque mot. Pourquoi sent-il naître en lui cet espoir de sortir vivant du Manoir alors qu'il sait pertinemment que, si le Maître le laisse partir cette fois, ce sera en contrepartie d'une chose qu'il ne sera pas capable d'accomplir… ?

D'un nonchalant mouvement de cape de soie auburne, le nouveau venu scruta le château avec mépris et arrogance. Pénétrer cet endroit avait été plus simple que quiconque avait bien voulu lui faire croire.

C'était un signe. Il avait pris la bonne décision. Bientôt, il serait Maître de tous ces imbéciles, futiles et impuissants. Bientôt, il règnerait en Roi sur ce royaume décadent.

Prestement, d'une allure condescendante et hautaine, le jeune homme s'avança vers le château. Puis, soudainement, il entendit des voix provenir de l'endroit vers lequel il se dirigeait et se dissimula derrière une cabane branlante où se trouvait un potager empli de victuailles.

-Je te dis que je sais ce que je fais !

Une jeune fille rousse traversa rapidement le parc, suivie de près par un garçon blond aux allures revêches.

-Tu as tort ! Que penses-tu qu'Il lui fera quand il l'apprendra ?

Avant qu'elle n'ait répondu, le nouveau venu vit la jeune fille jeter une pierre au centre d'un arbre et se glisser entre ses branches pour finalement disparaître.

Alors que le garçon blond suivait la rousse dans le passage dissimulé au pied de l'arbre, le visiteur sortit de sa cachette en souriant narquoisement.

-Tu as bien compris ?

-… Oui, Maître, souffla Severus, agenouillé, le visage dissimulé derrière ses cheveux noirs.

-Ne tarde pas trop… La dépouille de Elinor James ne m'intéresse pas, mais il devenait trop désobéissant… sussura la voix suave. Quant à la plus jeune, elle n'est plus bonne à rien… Non. Il me faut Alessa James.

Alessa pénètra dans la cabane hurlante, rapidement suivie par Harry, en soupirant.

-Tu comptes me suivre longtemps ? interrogea-t-elle avec lassitude.

-Je ne peux pas te laisser faire une chose pareille !répondit le blond avec fougue.

Sirius les incita à baisser le ton, non pas pour les éventuels voyageurs de Pré-au-Lard, mais pour la petite fille blonde qui tenait déjà sa tête entre ses mains.

-Qu'est-ce qu'elle a ? demande Harry, d'un ton plus doux.

-Tu vois bien ?s'énerve Alessa. Elle est terrorisée ! Le moindre son la tourmente…

Puis, la voyant s'approcher avec délicatesse de sa sœur, le blond se calma, remarquant à quel point le regard vert de la rousse était empli de culpabilité. Et, en croisant les yeux de Sirius, Harry sut que c'était également pour cette raison que l'animagus avait accepté d'aider la Serpentard à cacher Lilith dans la cabane hurlante.

Le fils de James soupira.

-Comment compte-tu t'y prendre ? demanda-t-il alors sous les yeux étonnés de Alessa.

Mais, à peine eut-elle le temps de se lever pour remercier Harry d'un sourire éblouissant, que Lilith était prise de spasmes et que la porte s'ouvrit.

-Lilith !

La rousse s'élanca sur le corps touché de la blonde.

-Finite Incantatem ! réagit Sirius avec vivacité.

Harry, quant à lui, fit face, baguette en main, au nouveau venu. Il était élancé et avait des cheveux ambrés très fins. Son regard bleu fixait Harry avec une joie malsaine.

-Qui… ? commença le blond, mais il fut coupé par la rousse.

-Elinor ?

L'agresseur de Lilith tourna les yeux vers la Serpentard, le regard encore plus fou lorsqu'il se posa sur elle.

-Bonjour, petite sœur…

-Petite… sœur ? interrogea Sirius.

Harry se tourna alors vers Alessa, surveillant toujours le nouveau venu du coin de l'œil.

-Je pensais qu'il avait été tué, affirmat-il avec flegme.

-C'était ce que je croyais aussi, murmura la rousse, des larmes de colères sillonnant ses yeux.

Le rire pernicieux de Elinor résonna aux oreilles des autres habitants de la pièce.

-Ne me regarde pas comme ça, Alessa. Père t'avait prévenue, non ?

La rousse inspira profondément et Harry fut forcé de prendre garde à ses réactions autant qu'à celles de Elinor.

-Ce stupide vieillard avait compris… Malheureusement, son « amour » - il insista d'une voix désabusée sur ce mot – l'a poussé dans la gueule du loup.

-Arrête… murmura Alessa.

-Il a fallu qu'il vienne me chercher. Il croyait peut-être que je le suivrais, lui qui n'a jamais su ce qu'étaient l'ambition et la puissance. Quelle sottise…

-Tais-toi !hurla alors Alessa. Impe…

D'un geste de la main, il évita le sort de la jeune femme, puis celui de Sirius qui n'avait pas tardé à être lancé.

Puis, sans que Harry n'ait vu bouger sa baguette, il lança un sort violent à Sirius qui hurla pendant à peine une seconde avant de s'évanouir et se tourna vers le blond, les yeux pleins d'une cruauté moqueuse.

-Saisis ta chance, lui chuchota-t-il calmement. Va-t-en pendant que tu le peux encore…

Harry fronça les sourcils. Il le laissait partir… ? Comment ce garçon, sadique et cruel, pouvait-il avoir la capacité de changer de comportement aussi facilement et accepter de voir l'un de ses otages partir ? Le fils de James repoussa ses interrogations.

-Je te retourne cette tentante proposition… sourit Harry avec calme, indiquant la sortie d'un mouvement nonchalant de sa baguette.

L'autre fronça les sourcils une seconde, puis sourit franchement avec cette froideur qui lui était caractéristique.

-Alors, à nous deux.

-Non ! s'écria Alessa. Tu ne feras plus de mal… chuchota-t-elle avec haine. Endolo…

-Arrête Alessa ! la réprimanda Harry, la désarmant d'un sortilège informulé.

Cependant, c'était sans compter sur le manque d'honneur dont était pourvu son adversaire. D'un sort dans le dos, il stupéfixa Harry.

-Harry ! cria la rousse en regardant, horrifiée et successivement, Lilith, la porte, puis Elinor.

Tout sourire disparut du visage sombre de Elinor. Il redressa sa baguette, la pointant plus fermement sur la rousse. Cette dernière le regarda alors avec tristesse.

-Que vas-tu faire, Elinor ? Me « tuer » ? se moqua-t-elle alors.

-En effet, c'est ce que je vais faire.

Et il sortit de sa poche une petite fiole de verre foncé. La Serpentard fronça les sourcils. Et, d'un geste rapide et nonchalant, il la vida d'un trait.

Leurs yeux se croisèrent alors ; le bleu dans le vert. Et pour la première fois depuis des années, Alessa ressentit ce lien qui était si caractéristique aux jumeaux, la transcender.

-Une potion d'extraction… souffla-t-elle, les yeux écarquillés.

Dans une rafale de vent tiède, entravant un instants les corps de Alessa, de Lilith et de Elinor, une fiole emplie d'un liquide argenté se déposa au centre de la pièce, entre la rousse et son frère.

Rogue avait le souffle court. Cela faisait plus d'une demi-heure qu'il cherchait Alessa – ou même ne serait-ce qu'un Griffondor ! – dans Poudlard et tous semblaient avoir disparu. La Salle sur Demande était évidemment le premier lieu qu'il avait visité, mais elle était vide.

Réfléchissant à vive allure en sortant de la salle commune des Serpentards, Rogue manqua d'entrer en collision avec quelqu'un. D'un geste brusque, il sortit sa baguette.

-Ne soyez pas si nerveux, Monsieur Rogue, ce n'est que moi.

Dumbledore se trouvait devant lui, un triste sourire dans ses yeux bleus.

-Vous me semblez bien amoché… dit-il lentement.

Mais Rogue ne répondit pas. Ce n'est pas le moment d'être ralenti. Et puis, ne pas penser à ses blessures l'aidait à les oublier quelque peu.

-Il est très étonnant de ne pas vous voir en compagnie de Miss James.

Rogue prêta alors plus d'attention au vieil homme qu'il ne l'avait jamais fait. D'après ce qu'il savait, jamais le directeur ne parlait sans que ce soit dans un but précis.

-J'aurais aimé lui faire part de cette même remarque lorsque, il y a plus ou moins une heure, je l'ai vue traverser le parc à vive allure, suivie de près par M. Matthews.

-…Le parc ? interrogea avec difficulté Severus.

Cet homme le mettait mal à l'aise.

-En effet, le parc. Vous connaissez l'existence de la cabane hurlante, n'est-ce pas ?

Rogue fronca les sourcils en se souvenant de sa première « visite de courtoisie » dans cet endroit.

-Oui, je me doute que vous ne l'oublierez pas de si tôt.

L'homme soupira et sembla parler pour lui-même un instant.

-Il me semblait pourtant avoir précisé à messieurs Lupin, Potter, Pettigrew et Black que ce lieu devait rester caché… De toute évidence, je ferais mieux de revoir mes facultés de jugement…

Rogue ne répondit rien. Puis, comme le silence s'installait et que le directeur semblait prêter énormément d'attention à la manche de sa robe, de laquelle il sortait, de toute évidence, un fil rebelle et décousu, le Serpentard commença à s'éloigner prestement.

Les derniers mots qu'il entendit fut quelque chose comme « Pourquoi ces jeunes s'acharnent-ils à ne pas vouloir venir me parler ? » et un tableau de lui répondre : « Ah, la jeunesse… ».

Alessa pleurait doucement. La séparation d'avec Eternity avait provoqué un vide en elle auquel elle ne s'était pas attendu. Cependant, quelque chose étonnait la rousse plus que tout.

-Si tu savais comment ôter Eternity, pourquoi ne pas l'avoir avoué au Maître ? Pourquoi l'as-tu laissé s'acharner sur nous ?

-Père a toujours donné beaucoup trop d'importance à des notions tels que la volonté ou l'esprit. Je me doutais donc de la façon de me débarrasser de cette potion. Cependant, contrairement à avant où j'étais sous le charme de ce grand homme, puissant, ambitieux, je me suis demandé pourquoi j'ôterais une telle merveille de mon corps.

Alessa fronça les sourcils en remarquant qu'il parlait de ses sentiments positifs pour Voldemort au passé.

-Oui… j'en ai eu assez. Le Maître repoussait toujours le moment de mon retour sur la scène publique… Il voulait garder la gloire pour lui seul ! Et aujourd'hui encore, il me refuse toute renommée !

Alessa se taisait, écoutant avec horreur son frère débiter les raisons pour lesquelles il pensait pouvoir se sentir supérieur à Voldemort.

-Cependant, j'ai compris… murmura-t-il, comme perdu dans sa folie, son regard égaré, j'ai compris que s'il ne voulait pas prendre le risque de me montrer à ses adeptes, c'était qu'il avait peur… Peur que je ne lui vole sa place… Car je suis Immortel ! Bien plus puissant que lui…

-Que dis-tu… ? chuchota Alessa, effarée.

-Et aujourd'hui, je suis venu pour l'empêcher d'un jour mettre son plan à exécution ! Jamais ! Jamais il ne doit obtenir Eternity.

-C'est pour cela que tu dois nous tuer, Lilith et moi ? sanglota la rousse.

-Il faut me comprendre, petite sœur, dit-il d'une voix douce, mais insensible.

Un léger silence s'installa. Elle savait qu'il se remettait de son monologue, mais ça ne prendrait pas longtemps. Sirius était toujours évanoui, mais il sembla à la jeune fille que Harry remua légèrement.

Le sort se serait-il achevé sans que Elinor ne le remarque ? Il fallait qu'elle l'occupe encore un peu. Elle n'était pas suffisamment puissante pour se battre contre Elinor, pas suffisamment forte pour combattre son propre frère…

-Et la chaîne que Père t'avait offert ? Pourquoi lui avoir laissé la Chaîne ? demanda-t-elle avec mépris.

-Il la voulait…dit-il avec dédain. Pour te perturber… De toute évidence, tu n'as pas changée. Toujours aussi stupidement sensible… acheva-t-il en dressant sa baguette.

Harry se redressa alors, se jetant sur sa baguette. Mais il était trop loin et la rousse voyait déjà les lèvres de Elinor se mouvoir.

-Avada…

-Avada Kedavra !

Le corps sans vie de Elinor James s'effondra sur le sol dans un choc sourd. Alessa garda son regard braqué sur son frère, le souffle coupé.

Contrairement à elle, Harry fixait celui qui avait jeté le sort, debout dans l'embrasure de la porte : Severus Rogue.

Ce dernier avait le visage blessé, mais toujours aussi impassible. Il fixait le corps de sa victime sans sourciller.

-Qu'est ce que tu as fait… ? murmura Alessa, les joues pleines de larmes.

Elle ancra son regard vert dans le sien, noir, profond, insensible.

-Qu'est-ce que tu as fait ? dit-elle encore, cette fois en hurlant.

Harry venait juste d'aider Sirius à redresser, réveillé par les hurlements de la jeune fille que la porte s'ouvrit. Tous les habitants de la pièce excepté Lilith se tournèrent brusquement vers les visiteurs : James, Remus et Peter.

-Qu'est-ce que… ? demanda James, mais il se reprit en voyant Sirius. Que fais-tu ici ? On te cherche depuis des lustres ! Tu crois que le fait de t'être fait de nouveaux amis te permet de nous abandonner ?hurla-t-il injustement.

Mais Sirius, impulsif, répondit violemment également et une dispute éclata.

-Taisez-vous ! hurla Harry alors que Severus regardait Alessa fixant toujours son frère.

Le silence tomba, mais James ne sembla pas aimer la façon dont Harry leur donnait des ordres et son fils pria pour ne pas avoir hérité sa stupidité. Puis, il se reprit, ne souhaitant pas penser de telles choses.

-Ce n'était pas la pleine lune il y a trois jours ? demanda-t-il à Remus, anticipant sur les futurs propos coléreux de James.

Le loup-garou écarquilla les yeux. Le fait que Harry et Rogue sachent pour sa condition était déjà difficile, alors Alessa et sa sœur…

-Remus, insista Harry.

Le garçon se reprit.

-Depuis la bataille, il y a des dérèglements dans les cycles. C'est à cause de…

-Ce n'est pas trop le moment de parler météo, vous ne croyez pas ?interroga alors Sirius, une main posée sur son crâne douloureux.

Harry lanca un coup d'œil à son futur parrain, les sourcils froncés devant un si grand manque de curiosité et le vit faire un signe de tête peu engageant envers Remus.

-Qu'est-ce qu'il… ? commenca le blond, mais il comprit en croisant le regard troublé du loup-garou.

La transformation commençait déjà.

-Il faut sortir d'ici, dit alors Harry pour réveiller Alessa et Rogue de leur torpeur.

-Non, justement, moi je veux discuter, insista James.

-James… murmura Remus, dans un souffle, le souffle déjà court, le regard brumeux.

-Ce n'est pas le moment Remus ! Sirius, quand comptais-tu nous parler de tes balades nocturnes ? Et puis, te rends-tu compte que cette cachette est censée restée cachée ?

-James… répéta Remus, tentant de couper son ami dans son monologue interminable.

-Si tu crois que je ne le sais pas ! répondit alors Sirius, tombant dans le jeu de son meilleur ami et oubliant en une seconde la raison pour laquelle il ne voulait pas « parler météo » un instant plus tôt. Tu…

-LA FERME !

Un nouveau silence retentit et, non seulement Alessa et Rogue s'intéréssèrent à Harry, mais Lilith aussi. Elle le fixait de son regard vert effrayé.

James sembla sur le point de recommencer sa litanie, mais cette fois contre Harry. Cependant, en un instant et sans que personne ne puisse retarder l'échéance, Remus se transforma.

Dans la seconde, Peter se transforma à son tour et courut se terrer dans un trou de souris. Mais personne ne le remarqua. Tous étaient entièrement fascinés par la créature.

Rogue s'avanca instinctivement vers Alessa, qui s'éloigna de lui avec dégoût et qui courut vers Lilith.

-Sirius, James, vous pouvez faire quelque chose ?

Et alors qu'il prononçait ces propos, il lui sembla voir le regard de la bête se poser sur lui. Puis, elle s'élança vers lui.

Heureusement, James fut plus rapide et l'empêcha d'avancer, prestement rejoint par Sirius.

Rogue fronça les sourcils devant de telles transformations, mais ne dit rien. Harry s'approcha de Lilith, la prit par le bras sous le regard médusé de Alessa et lui ordonna de courir.

Mais la rousse ne l'entendit pas de cette oreille alors que la créature devenait de plus en plus sauvage et voulut rejoindre le corps de Elinor.

Lui attrapant le poignet, Harry lui dit qu'ils n'avaient pas les moyens de ramener son corps, qu'il fallait qu'ils soient rapides. Le regard vert de Lilith, posé sur son visage, le mettait mal à l'aise.

-Je ne le laisse pas ici, dit une nouvelle fois Alessa.

Harry aurait aimé que Rogue choisisse un autre moment pour être aussi silencieux qu'une tombe. La situation devenait catastrophique. Sirius émit un gémissement alors que Remus venait de le blesser et James avait de plus en plus de difficulté à tenter d'accaparer l'attention du loup-garou.

Après un dernier refus de la rousse, le blond se mit à hurler de toute son âme :

-Ca suffit ! C'était un meurtrier ! Tu entends ? Un assassin ! Et même si, moi, à la place de Rogue, le sort de la Mort n'aurait pas été le premier qui me serait venu à l'esprit, il t'a quand même sauvé la vie ! Alors tais-toi et suis-moi !

Partant en avant, Harry savait qu'il avait fait pleurer la rousse, mais n'était pas en état de s'en formaliser pour le moment. Il entendit les pas de Alessa derrière lui et soupira de soulagement. Si elle ne l'avait pas suivi, il ne s'avait pas ce qu'il aurait fait…

Rogue fut le dernier à sortir du passage menant à la cabane hurlante sous le Saule Cogneur.

Harry avait laché Lilith et Alessa la serrait convulsivement contre elle. C'était comme si sa famille venait à nouveau d'être détruite.

-Tu ferais mieux d'aller te coucher. Je suis certain que la Salle sur Demande est un bon endroit pour cacher Lilith quelques temps, murmura le blond.

La rousse hocha la tête, mais ne lui adressa aucun regard. D'ailleurs, elle tourna le dos aux deux garçons et s'avança vers le château sans paraître vouloir parler à Rogue.

Enfin seul avec son futur professeur, Harry lui adressa la parole d'un ton froid, méprisant :

-Tu ferais mieux d'aller à l'infirmerie. Ces blessures ne sont pas belles à voir.

Et d'un ton tout aussi glacial, le garçon lui répondit, son regard noir dans les yeux émeraudes :

-Je n'ai besoin de l'aide de personne.

Et sur ce, il s'en alla.