Chapitre 13

« Les élans meurtriers qui me traversent l'âme n'aboutissent jamais qu'à la page blanche, j'entre la tête haute dans les commissariats de police et je donne peu de travail à mon avocat.

Je n'ai jamais eu la prétention d'écrire des histoires moralement correctes. »

Orlanda, Jacqueline Harpman

Samedi 26 mars…

Il acheva de lire la lettre qu'il venait de recevoir. Des félicitations de la part de son Maître pour avoir agi aussi rapidement concernant Elinor. Le regard vide, il enfonça le papier – dont plus d'un se seraient vantés – dans sa poche et repensa à la dernière partie de la missive.

Je compte sur toi pour exécuter la deuxième partie de ta mission et me ramener la douce Alessa James… Vu l'état dans lequel notre concoction a dû la mettre, elle ne devrait pas te poser trop de soucis lorsque tu tenteras de l'enlever…

Il ne tarderait plus à apprendre l'étrange rétablissement de la rousse… D'ailleurs, celui-ci était toujours un secret pour le garçon.

Rogue s'installa à la table pour déjeuner en se demandant comment le Maître avait fait pour savoir aussi rapidement que Elinor James était mort. Après tout, son corps n'avait même pas encore été retrouvé par les professeurs…

Avait-il un moyen de sentir de telles choses ? Il faudrait qu'il y réfléchisse plus précisément. Après tout, s'il savait ressentir cela, pourquoi ne pouvait-il pas percevoir d'autres choses ?

Mais ses pensées furent interrompues par l'arrivée d'une jeune fille rousse dans la Grande Salle. Narcissa Malefoy sembla s'attendre à ce qu'elle vienne s'asseoir auprès d'elle, ce à quoi Rogue se serait attendu aussi.

Cependant, étonnamment, la Serpentard ignora royalement la Mangemort et vint s'installer face à lui. Malgré sa surprise, il garda un masque d'indifférence parfait.

Tout d'abord et sans le regarder, elle entassa quelques petits pains dans sa serviette. Pour Lilith, se dit-il sans vraiment s'y attarder.

Il la fixait d'un regard vide, insondable, attendant la raison pour laquelle elle était venue s'asseoir face à lui.

Enfin, elle ancra son regard vert dans le puits d'impassibilité :

-J'ai compris que mon père avait raison. Pour Elinor.

Et elle ne frémit pas en prononçant le nom de son frère. Ses yeux étaient déterminés, froids, calculateurs. Rogue ne répondit rien.

-Il avait tenté de me convaincre… de sa trahison… Mais je n'ai pas pu le croire. Je ne voulais pas le croire.

Elle se servit un verre de jus de citrouille, parlant sans plus le regarder.

-J'ai commis une erreur et je ne l'aurais jamais pardonné à Elinor. Je comprend tout cela.

Elle fit à nouveau une pause, regardant maintenant Rogue avec résolution. Le garçon ne répondit rien, ne sembla rien ressentir de particulier devant ce qu'elle comptait lui dire.

-Mais ce que je ne comprend pas… c'est pourquoi tu ne l'as pas, tout simplement, désarmé ?

N'obtenant pour toute réponse qu'un regard indifférent, peut-être légèrement las, elle poursuivit :

-Je sais pourquoi ; un vieux réflexe.

Pour la première fois depuis le début de son monologue, on put voit Rogue ciller.

-Et c'est un risque que je ne peux pas courir. Lilith a déjà perdu toute santé mentale. Il faut que je la mette à l'abri de tout cela.

Après quelques secondes où elle continua à fixer le garçon avec tristesse, elle se leva et sortit de la salle.

Harry était assis sur le perron de l'entrée de Poudlard. Il lisait la Gazette du Sorcier sans vraiment être concentré.

Puis, il tomba sur un article qui attira son attention.

[…avons vus avec étonnement les Déesses de la Nature se joindre à la bataille. En effet, ces créatures n'ont pas pour habitude de se mêler aux déboires des humains, créatures faibles par excellence.

GdS : Mais, alors, pourquoi se sont-elles battues, cette fois ?

De toute évidence, un de leurs Fils avait disparu. Elles étaient persuadées que les humains étaient responsables de sa disparition.

GdS : Est-ce leur participation à la bataille qui provoque tous ces changements climatiques ? Prenons l'exemple de la pleine lune qui dure depuis plus d'une semaine ?

Tout à fait… Malheureusement, nous ne savons combien de temps cela durera. Nous tenons donc à mettre les citoyens en garde contre les éventuels lycanthropes, créatures voraces, qui pourraient courir la nuit de par chez eux.

Harry réprima un frisson. Comment voulait-on empêcher les gens de se méfier des loups-garous après cela ?

GdS : Et, finalement, pouvons-nous dormir sur nos deux oreilles ou risquent-elles de revenir s'en prendre à nous pour retrouver leur Fils ?

Oh, de toute évidence, elles l'ont retrouvé. Les Déesses ont quitté le champ de bataille en plein milieu du combat.

GdS : Et quelqu'un a-t-il vu ce petit garnement fugueur ?

D'après nos sources, il s'agissait d'un jeune Séraphin, légèrement rebelle qui…

Mais Harry avait cessé de lire depuis le mot « Séraphin ». Etait-ce possible que ce soit de Nathanaël qu'il s'agisse ?

Souriant, il se dit que, de toute façon, il lui plaisait de penser que c'était bien de lui qu'il s'agissait. Cependant, après leur avoir sauvé la vie, à lui et aux Griffondors, le Séraphin aurait provoqué de nombreux soucis temporels et climatiques…

Dans un dernier coup d'œil à la Forêt Interdite, le blond passa la porte du château.

Alessa était assise sur un des matelas de la Salle sur Demande, les yeux emplis de larmes. Lilith dormait. Elle ne pouvait s'empêchait de penser à Elinor et à Rogue.

Elle détestait son frère avec de plus en plus de hargne. Et elle exécrait Rogue de l'honir de moins en moins. Il avait tué un membre de sa famille. Sans fléchir. Il avait tué tellement de gens… Et pourtant, elle l'aimait. Elle l'aimait sans pouvoir se contrôler.

Tout ce dont elle rêvait, c'était de s'enfuir avec lui. Cependant, Lilith l'en empêchait et elle s'en voulut d'avoir une telle pensée envers sa sœur. Elle se devait de la protéger. Coûte que coûte.

La porte de la Salle sur Demande s'ouvrit dans un glissement silencieux et Harry entra dans la pièce.

Il vit la rousse le regarder s'asseoir sur le seul bureau meublant cette pièce.

Il était ennuyé, en colère même.

-Les Maraudeurs vont bien ? demanda-t-elle alors.

-Oui… Remus se remet difficilement, mais il a l'habitude.

Elle hocha la tête, s'installant auprès de Lilith et se mettant à lui caresser les cheveux.

-Pourquoi as-tu repris Eternity ? demanda-t-il de brûle-point.

La jeune fille ancra son regard dans celui du blond. Il savait qu'elle avait cru être discrète en reprenant la fiole dans la cabane hurlante. Elle avait cru que le brouhaha avait empêché les autres de remarquer quoi que ce soit. Cependant, Harry n'oubliait jamais la mission qu'il devait accomplir. Et Eternity y était plus que liée.

-Je crois que tu devrais la remettre à Dumbledore.

Il avait réfléchi et était persuadé que sa mission consistait à empêcher Voldemort d'obtenir Eternity. Et si Alessa fuyait comme elle l'avait prévu la veille, Il l'obtiendrait. Enfin… finalement, il s'inquiétait surtout car, une semaine plus tard, il devait partir et il n'était pas certain d'avoir fait ce qu'il fallait pour que Dumbledore soit satisfait.

Il se débarassa de ces pensées. Après tout, il était là pour sept jours encore. Autant en profiter pour s'assurer tout à fait de la protection de Eternity.

-Je ne peux pas, répondit-elle pourtant.

Il fronça les sourcils.

-Je l'ai bue hier soir.

-Quoi ? Mais pourquoi ? C'est complètement stupide !

-Alors, je suis stupide, répondit-elle, butée. Aussi stupide que ce monstre qui recherche la vie éternelle.

-…

Il rassemblait des arguments pour contrer la Serpentard qui ne l'avait jamais autant exaspéré qu'en cet instant, cependant elle le devança :

-…Lilith est mourante, Harry. Elle a subi trop de tortures, d'expérimentations… Si Eternity ne nous protège plus de la mort, elle ne survivra que quelques jours à peine. Je veux qu'elle vive pour rattraper le temps perdu.

Harry ne répondit rien. Il se demandait si le simple fait d'amener la blonde à l'hôpital ne pouvait pas suffir. Cependant, il se dit que, s'il se trouvait dans cette situation, il réagirait peut-être de façon identique. Il décida de changer de sujet pour l'instant.

-Le corps de Elinor a disparu…

Elle fronça les sourcils, étonnée et furieuse. Le jeune homme soupira en se demandant s'il était le seul à croire la rumeur selon laquelle le directeur savait tout ce qu'il se passait dans le château…

-Tu crois sincèrement que Dumbledore ne sait rien ?

Les sourcils de la jeune fille s'affaissèrent en signe de tristesse.

-Il mènera très certainement son enquête. Laisser des élèves faire leurs propres choix est une chose, les regarder commettre un meurtre en est une autre.

Il se leva alors et dans un dernier regard, à la fois triste et déçu, à la jeune fille, il quitta la salle.

A peine avait-il fait quelques pas que Harry croisait Blink dans le couloir.

-Oh, Blink, dit-il doucement. Comment vas-tu ?

-Bien, Maître Harry.

-As-tu des résultats intéressants concernant les recherches que je t'ai demandées de faire ?

Harry sourit en voyant l'elfe faire apparaître un petit bloc note sur lequel il a repris les éléments importants.

-Voici, Maître Harry. Blink est heureux d'avoir pu aider le Maître.

Harry jeta un coup d'œil aux éléments rédigés. Emily Adams… 67 ans …

-Merci Blink.

Et, déposant une main sur l'épaule de la créature en s'agenouillant à ses côtés :

-Prend bien soin de toi.

Il était plus de minuit. Il faisait froid. Une jeune fille pleurait dans les toilettes de la Salle sur Demande. Alessa James venait de vomir tout ce qu'elle avait dans l'estomac et laissait maintenant s'écouler les pleurs de tout son corps.

La douleur n'était pas seulement physique. Au contraire. La trahison de Elinor, celle de Rogue et son amour pour ce dernier la rongeait. Elle voulait s'expliquer avec son frère, elle voulait le frapper. Elle voulait voir Severus.

Arrivée à destination, elle se fait plus discrète que la dernière fois qu'elle est venue dans cet endroit et écarte les rideaux du lit à baldaquin pour finalement se glisser sous les couvertures. Dans un mouvement brusque, elle sent son avant-bras être violemment attrapé par une main froide.

Puis, doucement, alors que les yeux noirs s'habituent eux aussi à l'obscurité, elle sent la poigne relâcher son étreinte et la rousse voit le garçon froncer clairement les sourcils.

-Que fais-tu ici ?

Il chuchote pour ne pas éveiller les autres habitants des lieux. Mais, même dans ce cas, sa voix garde son ton glacial.

-Je voulais te voir…

Il s'écarte alors, s'asseyant et appuyant son dos contre le mur. Alessa sent un certain malaise malgré l'obscurité et, elle en est sûre, le masque d'impassibilité qui couvre déjà le visage du garçon qu'elle ne voit pourtant pas.

-Severus…

-Tu ferais mieux de partir, dit-il alors, calmement, d'un ton détaché.

Elle soupire et s'assoit elle aussi, les jambes entrecroisées.

-Je sais.

Leurs regards se croisent. Et son cœur manque un battement. C'est la première fois qu'elle voit le regard de Severus aussi… désemparé… Et pourtant, elle sait qu'il ne s'en veut pas. Qu'il estime que la mort de Elinor était un sacrifice nécessaire.

Mais peut-être s'en veut-il de l'avoir blessée, elle ? La rousse se plait à le penser alors qu'elle retombe inlassablement sous le charme du garçon.

Elle tend sa main vers son visage et lui caresse la joue. Pour la première fois, elle est persuadée qu'il ne la rejettera pas. Elle n'a plus peur.

Alessa lui sourit en se demandant ce qui a bien pu lui arriver pour qu'il en arrive à pouvoir tuer sans frémir. Elle aimerait pouvoir l'aider. Le sortir de ce monde où il s'enfonce infatigablement.

-Je te pardonne.

Elle le voit froncer les sourcils. Mais il ne dit rien. Tous deux savent de quoi elle parle et qu'une telle chose n'est pas pardonnable. Cependant, Alessa n'a jamais eu l'arrogance d'affirmer avoir un comportement moralement correct. Et elle sait que lui non plus.

Que le monde entier les juge et les rejette. En cet instant, plus rien d'autre n'a d'importance qu'eux-mêmes.

Dans un mouvement lent, elle se glisse sous les couvertures et les soulève pour l'inviter à la rejoindre.

Après une brève hésitation, il s'enfonce sous les draps et leurs corps se touchent à nouveau.

Que cette sensation lui avait manquait. Leurs deux corps l'un contre l'autre. Elle s'étonne de le sentir s'approcher d'elle avant qu'elle ait entrepris un mouvement. C'est l'une des seules fois où il n'attend pas qu'elle fasse le premier pas.

Il passe l'un de ses bras autour de la taille de la jeune fille alors qu'elle glisse sa main gauche dans les cheveux noirs. Elle laisse courir son doigt sur son front et demande si ses blessures le font encore souffrir.

Il hoche la tête de gauche à droite une seule fois, la fixant toujours avec impassibilité.

-Je suis désolée, chuchote-t-elle. Il t'a torturé parce que tu m'as laissée partir…

-Tais-toi.

Elle lui sourit doucement alors qu'il vient de la couper dans un murmure rauque.

-Je t'aime.

Et, contrairement à la première fois où il s'était mis en colère, où il s'était écarté d'elle, cette fois-ci, après l'avoir longuement regardé, les sourcils légèrement froncés, il vient déposer ses lèvres sur les siennes.

Et le baiser passe rapidement de la douceur à la ferveur. Tous les deux savent à quel point cette histoire est utopique et c'est pour cette raison qu'ils semblent ne plus pouvoir se lâcher en cet instant. Leurs gestes sont fiévreux, leurs regards empressés. La seule et unique chose qu'ils souhaitent, c'est que demain n'arrive jamais…

Mercredi 1er avril…

Alessa regarda le profil de Rogue, debout, adossé près de la fenêtre de la Salle sur Demande. Il était étonnant toutes les ressources que possèdait cette salle. En effet, elle permettait également de voir par la fenêtre l'endroit de Poudlard que l'on demandait d'apercevoir.

A cet instant, le parc s'étendait devant leurs yeux.

Elle était assise un peu plus loin, recroquevillée sur l'un des matelas vieillis qui peuplaient la salle. Lilith reposait dans un coin. Il lui semblait qu'elle rattrapait des années de sommeil.

Fixant à nouveau son regard sur le garçon, elle remarqua qu'il la regardait. Le vert dans le noir. Le noir dans le vert.

Cela faisait une demi-semaine qu'ils passaient la plupart de leur temps dans la salle.

Elle tenta de lui sourire, mais savait à quel point ces lèvres ne devaient parvenir qu'à grimacer. Il lui rendit un regard vide. Mais elle savait que, tout comme elle, il pensait à cet instant prochain où ces fabuleux moments cesseraient. Où ils ne pourraient plus être ensemble dans cette salle. Car, ils le savaient, ces instants ne pouvaient durer éternellement.

Severus devrait bientôt montrer signe de vie à son Maître. Et elle devrait bientôt s'en aller pour protéger sa sœur, ainsi qu'elle-même. Et Eternity, se dit-elle. Son père lui avait remise à elle, c'était à elle d'en prendre soin et à personne d'autre.

Elle retint difficilement ses larmes alors qu'elle fixait toujours le Serpentard.

Enfin, la porte cliqueta puis s'ouvrit sur Harry. Les saluant brièvement, il alla s'installer sur le bureau sur lequel Rogue travaillait si souvent lorsqu'elle venait le voir… Comment ce temps passé pouvait-il lui paraître béni alors qu'elle savait combien elle en avait souffert ?

Elle vit Severus s'apprêter à parler et repoussa ses pensées.

-Qui es-tu réellement ?

Il s'adressait au blond. Et, même si son ton était égal à lui-même, il n'était pas méprisant. Alessa se demanda comment deux êtres aussi fondamentalement différents étaient parvenus à s'entendre.

Elle vit Harry sourire avec lassitude alors qu'elle savait qu'il ne pouvait rien lui révéler.

-Juste un voyageur.

Rogue renifla avec dédain, puis retourna se placer près de la fenêtre. Le blond entreprit alors de parler de la raison de sa visite :

-Il va falloir prendre une décision.

La rousse soupira. Il n'abandonnerait donc jamais.

-Je t'ai déjà dit que je gardais Eternity avec moi, répondit-elle avec tout le calme dont elle était encore capable.

-Mais c'est de la folie, répondit-il avec une sérénité à en faire frémir plus d'un. Et Ste Mangouste pourrait l'aider, ajouta-t-il en désignant Lilith de son bras gauche.

-Pour qu'Il la retrouve ?!?

La jeune fille se demanda s'il faisait exprès de proposer des solutions aussi stupides. Pour sauver Lilith, il fallait un hôpital spécialisé en soins psychomagiques. Or, le seul d'entre eux se trouvait en Angleterre et, étonnamment, Voldemort aussi était dans ce pays. Donc, il lui fallait quitter ces terres. Cependant, pour pouvoir partir avec sa sœur, il fallait que cette dernière soit en vie et, sans soin, il lui fallait Eternity.

Elle prenait, en conséquence, Eternity avec elle…

-Alors que vas-tu faire ?

Elle se demanda s'il avait réellement abandonné ou comptait, comme depuis plusieurs jours, revenir à l'attaque dès qu'il le pourrait. Cependant, elle constata que la réponse n'intéressait pas que le blond. Le vert rencontre le noir et elle faiblit.

Puis, secouant la tête, elle s'adressa à nouveau au Griffondor :

-La fin de ton voyage s'achève bientôt si je ne m'abuse ?

Elle savait que son sourire ne trompait personne, mais le blond répondit sans rechigner à la question :

-Samedi, oui.

Puis, soupirant, il se leva. Il sembla à Alessa qu'il n'avait jamais paru aussi résigné.

Alors qu'il s'apprêtait à passer la porte, il se retourna :

-N'agis pas sans réfléchir Alessa. Ca nous mettrait tous en danger.

Il sortit et la rousse sentit les larmes lui monter aux yeux. Se levant, elle courut presque pour atteindre les bras de Rogue et se couler contre lui. Alessa pouvait sentir la peau douce du cou de Rogue contre ses bras nus.

Le garçon s'écarta après quelques secondes et la fixa de son regard sombre. Attirée, elle approcha son visage du sien, cependant, sans qu'elle ne s'y attende, il recula.

-Que… ? s'apprêta-t-elle à demander.

Mais l'air égaré du garçon l'incita à se taire. Il fixait quelque chose sur la rousse qui semblait le choquer.

-Quoi ?

Alors, il s'approcha et se saisit du bras gauche de la jeune fille, lui plaçant son bras juste devant ses yeux verts. Et elle comprit.

-Où est-elle ?

Alessa rencontra le puits noir, empli d'incompréhension. Il était temps pour elle de lui révéler que toutes les heures qu'il avait passé à préparer un antidote à Sanguinis Nox avec Harry avaient porté leurs fruits.

Elle s'approcha de lui, se donnant du courage en frôlant son corps, en humant son odeur. Et elle entreprit de lui expliquer, lentement. Il lui sembla, durant son monologue, que le garçon cilla ou fronça les sourcils une ou deux fois, mais elle savait qu'il n'en montrerait pas plus. Finalement, elle conclut en disant que la destruction de toutes ses potions n'étaient pas vraiment un accident.

Après un silence, il lui demande pourquoi elle les avait détruites.

-J'étais perdue. Je me sentais mieux et je savais que les Maraudeurs se trouvaient au Manoir, avec Lilith – elle insista sur ces deux mots. Je me suis donc dit que, peut-être, il me serait plus facile de la récupérer alors qu'ils feraient diversion.

Il la fixait impassiblement.

-Bien entendu, comme tu le sais, je n'ai même pas eu à la chercher…

-Cela ne m'explique pas pourquoi tu les as détruites.

Alessa soupira, ayant espéré qu'il n'insiste pas.

-Je comptais m'en aller.

Et elle sentit plus qu'elle ne vit la main droite de Rogue se refermer sur le vide.

-Partir avec Lilith sur le champ. Ne pas m'attarder.

-… Alors pourquoi ne l'as-tu pas fait ? murmura-t-il et la rousse savait qu'il n'avait pas pu s'en empêcher.

L'espoir était le maître mot de leur relation.

-Parce que tu m'as dit : « Je te retrouve au château ».

Il ne répondit rien, mais elle sentit sa main se relâcher.

-Lorsque je suis arrivée ici, j'ai tenté de me convaincre que je n'étais revenue que pour récupérer des affaires de voyage. Pour que le voyage soit confortable pour Lilith. Mais, au fond de moi, je savais que je n'avais pas réfléchi en revenant. J'avais juste souhaité qu'on « se retrouve au château »…

Elle le regarda avec intensité, inquiète de sa réaction et il détourna le visage, scrutant un point invisible du sol.

-Pardonne-moi, chuchota-t-elle.

Il croisa à nouveau ses yeux et son cœur manqua un battement. Elle l'aimait. S'approchant enfin, ils s'embrassèrent avec désespoir.

Puis, se séparant après de longues minutes, Rogue demanda, tout en regardant le bras de Alessa :

-Elle a disparu… juste comme ça ?

-Oui… murmura la rousse en hochant la tête, sachant à quoi le garçon pensait. C'était comme si Sanguinis Vitae avait annihilé toutes les blessures que mon corps avait un jour subi. Les centaines de piqûres qu'a représenté cette marque a certainement été considéré comme un mal à guérir…

Puis, elle acheva sur cette phrase :

-Endormie esclave, je me suis réveillée libre…

Vendredi 3 avril…

Réveillée en sursaut par un mouvement brusque à ses côtés, la rousse jeta un regard à sa sœur : elle dormait toujours.

Tournant alors la tête vers le bruit qui avait causé son réveil, Alessa vit Severus enfiler sa cape.

-Que fais-tu ? chuchota-t-elle.

Il arrêta tout mouvement, ne s'étant apparemment pas rendu compte de son réveil. Dans un regard, elle comprit que le Maître l'avait appelé. La marque, qui ne brûlera plus jamais que l'un d'entre eux, l'avait sorti du sommeil.

Alors qu'il s'apprêtait à sortir sans un mot, elle accourut auprès de lui et l'embrassa de toutes ses forces, le serrant contre elle autant qu'elle le pouvait. Puis, elle lui chuchota à l'oreille, avant de s'en aller : « N'oublie pas que je t'aime… »

Cependant, il ne semblait même pas l'avoir entendu, trop concentré sur sa future visite avec le Lord. Il ne comprendrait que bien plus tard l'importance de ces mots…

Samedi 4 avril…

Harry errait dans les couloirs depuis plusieurs heures. Un étrange sentiment de nostalgie s'était emparé de lui durant la nuit et il n'était pas parvenu à se rendormir.

Il inspira profondément, espérant se donner du courage. Il comptait aller dire au-revoir à ses parents et passer par la Salle sur Demande également – peut-être même tenter de convaincre un dernière fois Alessa…

Mais ces moments fatidiques étaient encore plus difficiles que ce qu'il s'était imaginé…

Montant divers escaliers, traversant d'innombrales couloirs, Harry se dit que, même s'il avait échoué dans la mission principale que lui avait confié le directeur, il pourrait, au moins, contenter quelqu'un ; et il pensa à Vian et à Emily.

D'après les renseignements de Blink, elle vivrait quelque part en Angleterre. En tous cas, à l'époque dans laquelle il se trouvait encore en ce moment. Mais aurait-elle déménagée lorsqu'il serait de retour à son époque ? Ou pire encore, serait-elle morte entre temps ?

Il repoussa ses lugubres pensées. Après tout, il n'avait plus le temps d'aller la voir maintenant…

Il ne pouvait cependant s'empêcher de penser à l'histoire tragique des deux amoureux. Il se demandait si… Il fut couper dans ses réflexions par une chose qu'il n'aurait jamais cru possible un jour : Severus Rogue, l'air complètement hagard, était debout face à un mur vide, une main posée dessus pour, de toute évidence, s'aider à rester debout.

En quelques pas rapides, Harry le rejoignit.

Le Serpentard possédait de nombreuses blessures sur son front et son cou.

-Rogue… Qu'est-ce que… ?

-Elle est partie.

Tentant d'abord de comprendre, il ne mit pas longtemps a réaliser ce que les propos du Serpentard signifiaient. Mais la première chose qu'il se dit était que le garçon devait vraiment être désemparé pour lui donner aussi rapidement une explication de la situation…

Alors, le blond sentit la colère bouillonner en lui.

-Quoi ? demanda-t-il tout en sachant que c'était inutile.

De un, Rogue ne le répèterait pas. De deux, il avait très bien compris ce que la rousse avait fait.

-Ce n'est pas possible… murmura-t-il, plus pour lui-même que pour le Mangemort. Elle n'a pas pu faire ça…

Mais, voyant l'air inchangé du garçon, toujours immobile, Harry se calma instantanément. Pourquoi fallait-il que ce soit sur lui que ça tombe ? Il n'était déjà pas très doué pour consoler les gens, mais alors pour tenter de conforter Rogue ! De plus, il savait pertinemment qu'aucun mot ne pourrait le faire ressurgir de sa torpeur avant longtemps.

Alors, dans un geste lent et difficile, Harry approcha sa main de l'épaule du Serpentard. Il s'attendait, de toute façon, à ce qu'il réagisse, à ce qu'il le repousse violemment et avec répulsion. Cependant, il sentit sa main serrer maladroitement l'épaule du garçon et Harry sentit sa gorge se nouer.

Il n'aurait jamais cru se trouver dans pareille situation un jour. Mais tout ce à quoi il pensait à cet instant était la souffrance qu'il pouvait lire dans les yeux vides du garçon toujours tourné vers le mur.

Puis, après ce qui sembla de longues secondes au blond, le brun s'écarte. Sèchement. Brutalement. Son visage était de nouveau froid.

Harry savait que la trahison de la jeune fille aurait raison des derniers bons sentiments de l'âme obscurcie du Serpentard. Il supprimerait un à un tous les bons souvenirs de ces derniers mois. Il ne se rappelerait plus que de cette Trahison…

Après un moment, le blond demanda, doucement, comme pour ne pas réveiller l'eau qui dort :

-Que vas-tu faire maintenant ?

Et enfin et pour la dernière fois à cette époque, le regard vert rencontra le regard noir, terni par la haine.

-Continuer…