Et voilà. De toutes les places de ce bus, je m'étais retrouvée assise à côté de la dernière personne que je voulais voir, Kou. Le trajet pour Nagasaki allait sûrement être pénible. Oh non pas que je
voulusse lui parler et se battre comme chien et chat, loin de moi cette idée. Elle était bien trop... agréable. Et je n'avais clairement pas le droit de trouver cela agréable. Lui parler, lui sourire, le regarder, l'entendre, le voir, je m'en sentais interdite.
Pourquoi ? La raison était simple : j'avais un petit ami depuis peu.
Touma.
Il était si gentil, doux, et attentionné avec la pauvre fille brisée que j'étais, que je n'avais pas le droit de le briser, lui aussi. Je ne voulais jouer de ses sentiments comme une certaine personne l'avait faite. C'est pourquoi, je m'étais promis de me dédier corps et âme à Touma. Je lui appartenais. Je le rendrais heureuse. Je travaillerais dur.
Alors pourquoi ?
Pourquoi, malgré toutes ces promesses que je m'étais faite, malgré toute la détermination que je pouvais faire preuve, mon corps réagissait-il autrement ? Je pouvais faire semblant de dormir, mon corps ne semblait pas apte à se mettre en veille. En fait, tout mon corps hurlait. Le désir de le ressentir par n'importe quel moyen semblait urgent. Extrêmement urgent. Bientôt, mon esprit embaumé par mon manque de sommeil, ne serait plus capable de contenir une telle soif.
Néanmoins...
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.
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Néanmoins, un simple contact, si petit soit-il arriverait peut-être à calmer cette violente envie ?
...
Cette simple pensée, cette simple faille en mon âme, suffit à mon corps pour se mouvoir de son propre gré.
L'arrière de ma main se retrouva alors collée sur la jambe de Kou.
Même si le pantalon gênait l'interaction, rien que cela suffit à harmoniser le tortueux son d'une bataille entre le corps et l'âme.
À ce simple toucher, si superficiel soit-il, une douce chaleur m'avait directement envahi, apaisant le cri de mes cellules affamées, tous mes muscles s'étaient décontractées, et par la même occasion, la morale s'en alla, et ne restèrent que les molécules de bonheur caressant mon esprit.
Juste le fait de savoir qu'il était là me suffisait.
Le fait de le savoir auprès de moi m'avait manqué, bien plus que je ne l'aurai imaginé.
Nous étions de nouveau à un centimètre l'un de l'autre, n'est-ce pas ?
Au final, les bras de Morphée finirent par m'inviter. Peut-être étais-ce mon inconscient, ou peut-être Morphée lui-même, mais une voix me souffla : « Après tout, tu n'es pas encore prête à le laisser partir hein... cet idiot... ? Hey... »
C'est bizarre, ce « Hey» ressemblait étrangement à la voix de Kou. Mais je n'en fis pas cas, cela faisait bien trop longtemps que je n'avais pas senti la caresse d'un agréable sommeil.
