Quelques minutes plus tard, Hermione était toujours aussi surprise par sa découverte. N'osant aller plus loin, elle ne savait quoi faire. Devait-elle tourner la page et ainsi découvrir ce qu'il s'était passé ? Ou alors refermer le dossier et aller en parler avec Drago ? Se mordant la lèvre, son cerveau marchait à deux cents à l'heure lorsqu'elle se décida enfin.
Attrapant la page du bout des doigts, elle la tourna et ses yeux détaillèrent une à une les nombreuses pages qui composait son dossier. La première page était une feuille manuscrite du docteur Albin suivie de plusieurs autres, elle y précisait la dégradation de l'humeur de l'héritier, ses nuits agitées par des cauchemars, la suggestion d'un choc post-traumatique à la guerre… Il trouva à la suite un livret d'analyse composé de pages que le professeur remplissait à chaque séance et étant donné l'épaisseur, Hermione se rendit compte que Drago avait du y passer un certain temps. A la suite, il y avait une lettre, la jeune femme remarqua alors que l'écriture n'était plus la même, c'était celle de Drago. Sortant le papier délicatement de l'enveloppe, elle la déplia et fut surprise encore une fois quant à sa découverte. Cette lettre lui était adressée, à elle.
Hermione avait entendu parler de cette méthode qui consistait à adresser une lettre à une personne mais que l'on gardait par la suite, elle permettait en quelque sorte de se purger.
Ne pouvant se retenir, elle la lut une fois, puis deux… Hermione sentait doucement les larmes couler le long de ses joues.
« Hermione,
Je ne sais par où commencer, y-a-t-il d'ailleurs un réel besoin de commencer aussi loin pour trouver mon trouble…
La guerre est enfin finie mais je me sens aussi vide qu'autrefois ; j'avais pensé qu'en faisant partie d'une unité, en ayant un rôle je parviendrais à combler le trou béant que j'avais en moi mais j'avais tord. Est-il possible qu'un jour je me sois senti entier ? Toi seule à compter si ce jour-ci a existé.
Tu dois te dire que je continue à être cet être arrogant, égocentrique mais il y de cela quelques années j'ai compris que j'avais besoin de toi, que tu étais comme la moitié de mon âme nécessaire à mon équilibre, à ma vie.
Te voilà introuvable depuis des mois, où peux-tu bien être ? Serais-tu morte ? Je prie chaque jour chaque dieu pour pouvoir ne serait-ce que revoir l'éclat de tes boucles au soleil, le chocolat de tes yeux…
Je pense qu'il est temps de t'avouer, de me confesser à toi. L'évidence m'est apparue en troisième année, dans ce cours de créatures magiques… Si seulement tu n'avais pas eu peur pour ton Potter, que tu n'avais pas tenu la main de ce rouquin peut-être que rien de tout ceci ne serait arrivé. Encore une fois, je ne fais que me mentir à moi-même, n'ai-je pas senti mon cœur se fendre lorsque j'ai vu la tristesse dans tes yeux, n'ai-je pas serrer les poings face aux sourires destinés aux autres hommes, n'ai-je pas cru défaillir en te voyant dans cette robe de bal. Tant d'exemples que je pourrais citer et qui me ramèneront sans relâche à ton doux visage.
A ce jour, je t'ai perdu à jamais, je me meurs lentement. Ne me demande pas de survivre en ton absence, ne me demande pas de repartir, ne me demande plus rien mise à part de te revenir.
A notre vie. DM.»
A la fin de sa lecture, Hermione ne pouvait empêcher son cœur de se fendre, de se tordre sous la puissance de ces mots. Il l'avait aimé, il l'avait désiré. Elle l'avait tant espéré qu'elle se demanda un instant si cette lettre était bien réelle.
Alors qu'elle refermait doucement le dossier, elle se releva pour le remettre en place mais une pochette complémentaire d'un vert vif tomba sur le sol. Fronçant les sourcils, la jeune femme l'ouvrit mais ne comprit pas tout de suite de quoi il s'agissait. Cependant, au fur et à mesure que défilaient les pages, le trouble pouvait se lire sur ses traits. Sentant les larmes revenir sur ses joues, Hermione se sentit soudain faible. Etait-elle un monstre ? Se pouvait-elle qu'elle ait autant détruit la personne qu'elle aimait ?
- Comprenez-vous ?
Sursautant, elle fit face à Narcissa qui se tenait appuyer contre la porte.
- Je ne vous avais pas entendu rentrer, excusez-moi.
- Ce n'est rien.
- Est-ce que… Enfin…
Les sanglots l'empêchèrent de prononcer mot. Détournant son regard, elle essuya doucement les larmes qui roulaient librement et ramena ses yeux sur le dossier.
- Comment ?
- Vous le savez.
- Je suis désolée de vous avoir infligée cela.
- Vous étiez deux.
- Au début de la guerre.
- Vous avez toujours été deux.
- Je ne comprends pas.
- Vous vous aimez, et si vous éprouvez toujours de l'amour pour mon fils, vous affronterez cela ensemble, sinon…
- Sinon ?
- Sinon, je vous voudrais que reposiez ce dossier et que vous partiez aussi vite que vous êtes arrivée.
- Je…
- Il n'y a pas de doute à avoir, ces doutes ont eu raison de lui une fois et je ne laisserai pas cela se reproduire. Je suis une mère avant tout et je suis sûre que vous le comprenez.
- Oui.
- Je sais également que si vous partez je perdrais mon unique petit-fils, mais je me dois de protéger Drago.
- Comment savez-vous…
- Je vis avec les traits des Malefoy depuis ma rentrée à Poudlard à onze ans, je les ai épousés et donnés la vie.
- J'aime Drago.
- Cela suffit-il ?
- Je ne peux le séparer d'Ethan maintenant, durera peut-être une semaine, un mois, un an avant qu'il ne découvre la vérité.
- Cela est certain.
- Et si.
- Et si ?
- Et si il m'en veut ?
- J'avais pensé que ce dossier vous convaincrait.
Hochant la tête, Hermione ne savait plus ce qu'elle devait faire.
- J'aime Drago.
- Vous êtes également l'élue de son cœur.
- Je crois que je devrais lui en parler… Ou bien devrais-je attendre qu'il veuille bien me révéler ses noirs secrets ?
- Il lui faudra du temps mais finira un moment où, ayant confiance, il vous révèlera son passé.
- Vous avez raison.
Se redressant, Lady Malefoy lissa sa robe d'un revers et réajusta ses manches.
- Voilà qui est fait. Quand à la soirée de mardi, vous y êtes la bienvenue.
- Je ne sais pas si Drago tient à m'y voir.
- Peu importe l'endroit, Drago tiendra toujours à vous avoir dans son champ de vision.
- Et cela lui ferait plaisir ?
- Certainement, lui répondit-elle avec un sourire sincère mais malfoyien.
Souriant à son tour, elle rangea le dossier avant de tout refermer.
- Cependant, il va vous falloir une robe.
- Une robe ? fit-elle avec la grimace.
- Oui ma chère, une robe répondit l'aristocrate avec un sourire non dissimulé.
Enfermé dans sa chambre et assis en tailleur sur le lit, Lord Malefoy sentait son cœur se déchirer sous le poids des anciennes blessures. Il n'aurait jamais du être aussi violent avec elle. Pourquoi avait-il fallu que la guerre revienne sur le tapis ?
- Pourquoi faut-il toujours que tu sois si colérique Lord Malefoy ? se demanda-t-il tout haut.
- Trace de ton père ? poursuivit-il comme aurait fait le docteur Albin.
- Non, se répondit-il.
- Trait de caractère alors ?
- Pas tant que ça.
- Un manque alors ?
- …
- Touché, chuchota-t-il.
Fermant les yeux quelques secondes, il se remémora ce qu'avait entraîné cette fameuse séance. Il avait bien cru que ses parents allaient avada kadavriser cette chère docteur Albin. Mais ce n'était pas sa faute, seulement la sienne. La faute dictée par son cœur meurtrie. Laissant son corps tombé en arrière, il fut accueilli par le matelas moelleux et les draps de soie. La psy avait visé juste et il ne l'avait simplement pas toléré. Plongeant dans ses souvenirs, il parvint à se remémorer ce jour si noir.
- Alors monsieur Malefoy, avait commencé le docteur Albin, avez-vous réfléchi, approfondi ce que nous disions la dernière fois ?
- A propos de ?
- Vous savez très bien de quoi je veux parler.
- Je n'ai aucun problème, je ne souffre pas.
- Si vous le dites. Dans ce cas nous pouvons parler de tout et aisément ?
- Parfaitement, lui avait-il répondu d'un ton arrogant.
- Lord Voldemort ne vous a donc jamais blessé, enfin directement je veux dire.
- Non.
- Vous mentez monsieur Malefoy.
- Je n'ai jamais été torturé, il m'aimait comme un fils.
- Je ne parlais pas de ce genre de blessure.
- Je ne vois pas de quoi il pourrait s'agir dans ce cas.
- Vous mentez, encore une fois.
- C'est étrange mais vous avez la même phrase favorite que Dolores Ombrage, une parenté ? avait-il ironisé.
- Vous vous détournez du sujet.
- Susceptible en plus.
- Bien, je vais vous faciliter la tache, vos parents se sont adressés à moi parce qu'ils savent que quelque chose ne va pas. Ce n'est pas parce qu'il ne vous en parle pas, qu'ils ne savent pas où est le problème.
- Et dans ce cas où est le problème ?
- Vous êtes blessé, émotionnellement.
- Par Lord Voldemort ?
- Non, pas forcément. Je penserai plutôt à une jeune fille ou un jeune homme.
- Serriez-vous en train de dire que je suis gay ? Que je refoule mon attirance pour les hommes, pour le petit Potter ? rigola-t-il.
- Non, je décris seulement ce que j'ai sous les yeux.
- Vous vous trompez, je vais bien… Elle ne peut m'atteindre.
- Bien, il y a du progrès.
Devant son sourire triomphant, il avait pris son air suffisant et avait contemplé la vue sur la ville qui s'étendait devant lui. La fenêtre du dixième étage du bâtiment ancien était entourée d'un cadre en bois, d'un noir profond.
- Comment s'appelle-t-elle ?
- Quelle importance ?
- Comment souhaitez-vous l'appeler ?
- Elle a bien des noms.
- Exposez moi s'en quelques un.
- Sotte, idiote, lionne, miss je-sais-tout, Granger… Sang de bourbe, avait-il répliqué d'un air dangereux en fixant la jeune doctoresse.
- Je vois.
- Je ne crois pas.
- Au contraire. Mais dites-moi, pourquoi le nom de Potter revient-il à chaque séance si vous avez pour lui une « profonde indifférence » ? avait-elle cité en ressortant une de ses feuilles de notes.
- Modifions tout de suite dans ce cas, je voue à votre héros national une haine profonde depuis mes onze ans.
- Pourquoi ?
- C'est viscéral, je n'y peux rien.
- Toute aversion à une cause, pas forcément visible au premier abord mais en profondeur…
- Et c'est dans vos cours que l'on débite autant de conneries ?
- Répondez à la question.
- Je n'en sais rien pourquoi je hais Potter.
- Pourquoi n'employez-vous pas son prénom, cela serait-il trop trivial ?
- J'ai un rang, et dans mon éducation, on ne prend pas la peine de prononcer le prénom des ennemis.
- Considérez-vous cette jeune fille comme un ennemi ?
- Non.
- Alors pourquoi ne prononcez-vous pas son prénom ?
- Elle ne le mérite pas. Je ne dois pas.
- Vous ne devez pas le prononcer, ou vous ne pouvez pas ?
Après avoir détourné son regard, il avait senti son armure défaillir lentement, comme si une fissure partait de l'intérieur pour éclater à la lumière.
- Je peux le prononcer.
- Alors faites le.
- Si cela peut vous faire plaisir.
Il avait pris une profonde inspiration, la jeune femme l'avait fixé un long moment, un très long moment, avant qu'une larme remplie de rage et d'amertume ne glisse le long de sa joue pâle.
- Je n'ai pas envie d'en parler.
- Erreur, vous êtes incapable d'en parler.
- Vous vous trompez.
Il lui avait été pénible de rester ainsi, assis à parloter avec une femme qu'il aurait pu au même moment draguer dans un bar populaire du cœur de Londres, et son calme semblait fuir à la vitesse de la lumière.
- Non, je suis au regret de vous dire monsieur Malefoy que j'essaie de vous faire voir la vérité en face depuis des semaines.
- Vous ne savez rien.
- Alors informez-moi. Pour commencer, où ?
- Où vous voulez que ce soit ?
- Poudlard alors.
- Oui, avait-il tranchait, dur, froid.
- Quand ?
- …
- Je souhaite juste savoir la date de l'événement déclencheur.
- Déclencheur ?
- Oui, vous souffriez en silence puis cela a explosé.
- Le mot est faible.
- Alors ?
- Je ne sais plus…
- Bien sûr que si.
- Avril, avait-il répondu en haussant le ton.
- Bien, l'avez-vous revu ?
- Oui.
- Dans quelle circonstance ?
- Sur le champ de bataille, avait-il répliqué mauvais, entre deux cadavres.
- L'avez-vous attaqué ?
- Pourquoi l'aurais-je fait ?
- Vous étiez contre elle.
- Rectification, j'étais contre son clan et son imbécile de Potter.
- L'avez-vous vu se faire attaquer ?
- Je n'avais pas que ça à faire, vous savez que en temps de guerre, on est généralement occupé.
- Auriez-vous été attristée si elle avait été blessée ?
- Oui, cela aurait signifié que quelqu'un avait fait le travail à ma place.
- Ce n'est pas en mentant que vous allez progresser, êtes-vous en train de me dire que si elle était décédée vous en auriez éprouvé une satisfaction ?
- Oui.
Puis il avait imaginé son visage figé, son corps inerte, ses boucles imbibées de sang… Cela avait était trop ! Hurlant, il lui avait lancé tout ce qu'il trouvait, livres, vases, bibelots, jusqu'au moment où son père était rentré pour le maintenir de ses bras. Se débattant, il avait crié qu'il tuerait quiconque s'approcherait d'elle, exprimé toute sa rage jusqu'à finalement s'endormir en arrivant au manoir. Des heures passées dans le noir, Drago était resté figé, ne cessant de penser à la jeune femme.
Plus tard, le cœur fendu, il s'était débarrassé de sa chemise lentement, était passé sous l'eau froide de la douche, entièrement habillé. Marchant tel un zombie, dégoulinant sur le chêne noir, il avait regardé par l'une des fenêtres. Pas assez haut, avait-t-il pensé l'âme malmenée. Puis il s'était traîné vers son petit bureau, en avait sorti une photo dérobée et l'avait pressée tout contre son cœur meurtri. Fermant les yeux, il s'était imaginé la serrer contre lui à nouveau.
Ce souvenir n'était plus très net dans son esprit, mais Drago ré ouvrit les yeux pour se demander ce qu'il se serait passé, si il avait réussi ce jour là son projet. Il était tellement mal, il pouvait encore aujourd'hui la souffrance qui l'avait envahie en sortant de sa séance avec le docteur Albin. Un instant il s'était demandé si elle ne cesserait jamais. Refermant les yeux, il replongea dans son souvenir noir.
Il avait reposé la photographie, mais sur sa table de chevet, afin de pouvoir la regarder à jamais. Puis Drago s'était installé sur les draps de soie blanche, sa baguette en main, il s'était callé contre les oreillers mais n'avait cessé de fixer les traits fins de la lionne. Alors que les larmes avaient progressé sur ses joues, il avait longtemps observés les veines de ses poignets. Il s'était questionné sur la couleur du sang, le trajet sous sa peau pâle, la douleur…
Puis plongeant dans son courage, il avait murmuré un Sectusempra.
Lentement une entaille était venue déchirer son avant bras en profondeur, puis le sang s'était mis à couler. La douleur avait été vive mais il avait tenu le coup, il n'avait pas crié, ni même trembler. La soie s'était teinte de rouge, les filets écarlates contrastant sur sa peau avaient continué à courir, sa vision s'était troublée… Un instant il s'était senti à sa place, il était de nouveau contre sa poitrine nue, ses bras fins autour de lui. Plongeant dans les ténèbres, il s'était laissé aller, il s'était senti glisser lentement, doucement mais définitivement…
Alors qu'il sombrait, la dernière chose qu'il entendit fut le claquement de la porte puis le cri déchirant de sa mère.
Respirant un coup, il ne parvint pas à oublier ce cri. Il n'y parviendrait jamais. Ses parents l'avaient sauvé in extremis et il s'en voulait encore de les avoir fait tant souffrir. Il s'était alors fait une promesse, jamais plus il ne ferait souffrir sa mère. Aujourd'hui encore, il ne souhaité que la rendre heureuse et si, pour cela, elle lui avait demandé de se marier à une quelconque moldue, il l'aurait fait sans rechigner. Il refusait de perdre Hermione, et il ferait tout pour la garder. Mais si un jour Ethan ne voulait pas de lui comme beau-père ? Le quitterait-elle ? Cette angoisse ne le quittait plus.
Repensant à la soirée de mardi, il pensa alors qu'il devait annuler. Pour elle. Se levant du lit, il déverrouilla la porte et partit à la recherche de sa bien aimée.
