Miserere mei, Deus
Partie 6
Believe it or not...
On retrouve les deux abrutis dans l'appart d'Antoine, quelques heures après avoir reçu la nouvelle de Phillou qu'ils étaient laissés à eux même pour combattre les connards.
Ils sont vraiment dans la chiasse. Sans soutien militaire ou tactique, et sans les informations fournies par Phillou et sa bande d'espions super entrainés au Twister (IM-BA-TTABLES), Antoine et Mathieu ont pas de grande chances de s'en sortir.
Que faire… que faire ?
Alors là j'en sais rien du tout, voyons voir ce que les deux cons ont en tête.
« On devrait déménager en Espagne non ? »
« Tu parles espagnol ? »
« Bah, non, pourquoi ? »
« Tu crois pas que ça va poser problème ? »
« Je vois pas le rapport dans le contexte. »
« Pour vivre en Espagne, parler espagnol est légèrement recommandé non ? Après j'en sais rien je suis pas espagnol. »
« Ah euh, je suis pas espagnol non plus pour le coup... »
« Sans déconner ? »
« Pourquoi je serais espagnol ? »
« Mais je t'ai pas dit ça putain, je dis juste qu'il faudrait savoir parler espagnol pour vivre en espagne, merde quoi. »
« Tu t'énerves encore alors que je donne juste une idée… » réponds Mathieu avec un air tout tristounet qui ferait fondre votre coeur.
« Mais je m'énerve pas... » réponds Antoine en posant une main sur son épaule. « C'est juste qu'il faut que tu comprennes qu'à force de dire n'importe quoi tu me pètes les couilles. »
« Alors on part en Chine ? »
Antoine soupire.
Mathieu soupire.
« Pourquoi tu soupires toi ? »
« J'sais pas, par mimétisme ? »
« On baille par mimétisme mais on soupire pas par mimétisme... »
« ET LA TARTE QUE JE VAIS TE COLLER C'EST PAR MIMÉTISME ? »
« Wow, tu t'énerves d'un coup là... »
« NON. »
« Si. »
« Ta gueule va crever je te pisse dessus. »
Décidémment ils sont VRAIMENT dans la merde.
Pendant ce temps, au vietnam.
« Xin chào, bạn đang ở một mình sao?, bạn có thấy cô đơn không? »
« Tôi có thể chụp hình được chứ? »
Nan mais en fait on s'en tape.
Pendant ce temps dans la demeure de (ce bon vieux) Charles.
« Chéri, est ce que tu pourrais poser ta tasse de café quand on fait l'amour ? »
« Non. »
« Ok, non parce que là c'est génant et j'ai peur de me brûler... »
« La tasse est vide. »
« Tu te trimballes une tasse vide de partout ? »
Aaah ce bon vieux Charles.
Je crois qu'on devrait retourner voir les deux protagonistes principaux se creuser un peu la cervelle pour trouver une solution à leur problème de menace de mort.
« On devrait appeler Charles. »
« Impossible. »
« Pourquoi ? »
« Parce que tu te rappelles pas ? »
On retourne en 1972-
NON PUTAIN NON.
C'EST FINI LES FLASHBACKS LES MERDES CHEZ CHARLES ET L'AUTRE CHINOIS – vietnamien – RIEN A FOUTRE.
Mais t'es qui au fait ?
Bah je suis toi, le narrateur, mais avec un brin de morale, de jugeotte, et de sens du récit.
Ah merde.
Oui, c'est si grave que ça.
Alors je suis obligé de reprendre même si je sais pas du tout ce qu'ils foutent les deux cons ?
Exactement.
Ah, euh, ok, donc bon, on retrouve les deux débiles qui empilent des pièces de jenga et des legos n'importe comment en chantant des trucs de scout… J'en ai marre d'eux.
« Kum bay yaaaah my lord... »
« Kum bay yaaaaaaah… »
« Ça rappelle des souvenirs tout ça pas vrai ? »
« Ouais, avec Jimmy, Pauline et Rosco, on avait choppé un écureuil, et le soir on se retrouvait pour... » Antoine réfléchis à la fin de sa phrase avant de la prononcer et son visage se pétrifie d'horreur comme s'il venait de voir Susan Boyle faire un strip tease.
« Oh mon dieu. » Même chose pour Mathieu en remplaçant Susan Boyle par Bill Clinton.
« J'avais effacé ça de ma mémoire mais ça vient de resurgir... »
« J'y crois pas qu'on ait pu faire ça… On était petits en même temps, on découvrait un peu... »
« Je suis pas sûr qu'on puisse justifier ça avec la carte de la curiosité d'un enfant… on l'a fait plusieurs fois... »
« On savait pas... »
« On aurait du savoir que c'était mal. »
« De toutes façons, on s'en est bien rendus compte. Et on a pas si mal tourné, si ? »
« Je pense que t'as raison… Mais quand même, jouer au pictionnary... »
« N'en parlons plus. »
« Tu as raison. »
« Que fait-on maintenant ? »
Que fait-on, en effet, voilà la question qu'il faut se poser parce que les joyeusetés qui vont vous tomber sur le rable sont pas choucardes, c'est moi qui vous le dit.
Vous m'entendez pas. Merde.
Attendez.
Le téléphone sonne.
Antoine décroche.
« Oui ? »
« Salut ! »
« Euh, salut ! C'est qui ? »
« J'ai un truc à dire vite fait ! »
« Euh, d'accoord ? »
« Les joyeusetés qui vont vous tomber sur le rable sont pas choucardes, c'est moi qui vous le dit ! »
« D'accoord, vous voulez pas me dire qui c'est ? »
« Non, pas la peine, j'ai piscine. »
L'appel se termine et Antoine raccroche.
J'ai pas vraiment piscine, mais bon.
Bref.
« C'était qui ? » demande Mathieu intrigué.
« J'en sais rien, il m'a dit que les choux-cartes vont nous tomber sur l'arabe à la piscine. »
« Il avait l'air bourré ? »
« Même pas… J'ai l'impression de l'avoir déjà entendu quelque part. »
« C'était peut être Charles. »
« Ce bon vieux Charles… Mais non, Charles ne peux pas dire 'piscine' tu te souviens ? »
« Ah mais oui ! La fameuse fête forraine à Deuil-sur-le-Mignon ! »
« Exactement. »
« Merde mais alors c'était qui ? »
« Un canular ? Après tout on s'en tapote le cuissot j'imagine, on a d'autres problèmes. »
« Problème que j'm'en vais te régler moi. On prends tout ce qu'on a, et on se barre dans la Fuego. Tous les connards qu'on croise, on les dézingue, et si jamais on en a marre on revient ici. T'en penses quoi ? »
« C'est complètement con et impulsif. »
« Donc non ? »
« Donc oui ! »
L'intro de Greatest American Hero/Ralph Super Héros (au moment ou la chanson fait « Believe it or not » à genre 28 secondes si vous choppez la vidéo sur youtube) retentit alors que les deux cons freeze-frame-high-five leurs mains jusque dans l'oblivion.
« Bon du coup quand tu disais ça, tu voulais dire quoi exactement ? »
« Bah on embarque tout ce dont on a besoin pour voyager longuement et on se tire, et fissa ! On prends une douche avant pour faire genre. »
« Ensemble la douche ? »
Je vous vois venir. Non. Ils ne prendront pas de douche ensemble.
« Non, on ne prendra pas de douche ensemble. »
Vous auriez dû vous en douter.
« J'aurais dû m'en douter. »
« Yep. Bon allez let's go ! »
Des sacs sont remplis de saloperies en tout genre, vêtements, gâteaux, jeux, bouteilles, cigarettes, flingues, et même le coussin préféré d'Antoine… Tout ça est balancé sur le canapé, formant une énorme pile qui menace de se casser la gueule.
On fait un flash forward plusieurs heures plus tard, alors qu'ils sont déjà partis, le plan reste le même, on voit le canapé, désormais vide, et la musique The Village Green Preservation Society de The Kinks commence.
On suit la Fuego par le haut avec la musique qui colle trop bien aux grandes étendues verdoyantes de la France rurale. Des champs énormes traversés par une petite route, et au milieu de cette vue aérienne qui fait voyager, un point bleu qui avance en réfléchissant la lumière, le tout à une vitesse non reglementaire.
Antoine et Mathieu traversent alors des villes de France célèbres. Comme Montcuq, Bouzonville, Saulxure-sur-Moselotte, Anus, Bourdon s/ Rognon, vous voyez le genre quoi.
Toujours souriants, toujours une bière à la main, ils traversent les jours d'été sans se soucier de ceux qui les poursuivaient, puisque visiblement.. bah il les poursuivent plus.
CÉSKICROIVENT !
Bah ouais, les grands méchants qui veulent leur péter la gueule sont toujours là et les suivent à travers toute la France, avec un temps de retard certes. Mais bon, la Fuego quoi. Comment ratrapper ce véhicule de légende ?
Les deux voyageurs sont donc posés, insouciants, sur la terrasse d'un restaurant situé dans le sud de la France, dans le Var plus précisemment.
« Finalement, mec, on s'en sort pas mal non ? »
« J'avoue, c'était pas trop trop une idée de cons... »
Les cigales chantent, ça sent bon le sud, le Pastis, la mer la chaleur, la garigue et tout le tintouin. C'est cool, y'a une putain de brise qui rafraichit, y'a des jolies filles qui marchent sur la côte, les gens s'amusent…
« Antoine, je voulais tout de même te dire un truc... »
« Ouaip ? »
« Bah, tu sais, avec tout ça, bah on a pas vraiment eu le temps de parler de... »
« De ? »
« Bah tu sais... »
« Ah… Oui. Effectivement. »
« Tu penses qu'on devrait prendre un moment pour savoir où on en est dans tout ça ? »
« Si tu veux. »
« Bon. Je commence ? »
« Euh, j'imagine, vas y... »
« D'accord. Alors, bon. Comme tu le sais…- »
La serveuse se ramène avec les boissons qu'ils ont commandé quelques minutes auparavant. « Vos boissons messieurs, je peux vous apporter autre chose ? »
« Oui, pourriez vous nous apporter deux cartes ? On va rester manger ici finalement. Merci beaucoup ! » réponds Antoine avec un grand sourire.
« Je vous apporte ça tout de suite ! » renvoie la (très mignonne) serveuse, également souriante. Elle leur apporte donc les cartes et touche légèrement la main d'Antoine en lui donnant la sienne. « Oups ! » dit elle avec un sourire gêné. « Excusez moi. »
« Y'a pas de mal ! » réponds Antoine, toujours avec le sourire.
« Je reviens vous voir dans 5 minutes pour prendre vos commandes ? »
« Même deux minutes, partez pas trop loin ! » dit Antoine avec un léger rire.
La serveuse répond également en gloussant « Je ferais gaffe ! »
Toujours en souriant et en secouant la tête genre « Ah-lala les serveuses lel », Antoine se saisit de sa bière et commence à boire. Son regard croise celui de Mathieu, qui semble pas jouasse du tout.
« Bah qu'est ce que t'as ? »
« Oh mais moi rien. »
« T'es sûr ? »
« Non mais, j'ai juste l'impression qu'on allait parler de choses importantes, mais flirter avec la bimbo au service semble plus cher à tes yeux alors je vais laisser tomber l'idée. »
« Mais n'importe quoi ! Je vais arrêter d'être poli avec les gens parce que tu veux qu'on discute ? On peut discuter juste après qu'elle soit partie non ? »
« Non mais laisse, continue de lui toucher la main en rigolant, passe au niveau supérieur et claque lui les fesses en lui léchant la glotte ! Vas y je te regarde. »
« Oulala… dis moi, tu serais pas un peu jaloux par hasard ? »
« Jaloux ? » exclame Mathieu avec un rire forcé. « Moi Jaloux ? Jaloux de quoi, de toi ? Je te signale que j'emballe plus de filles que toi. »
« C'était le cas avant, mais la roue a tourné on dirait… mais non, je disais jaloux d'elle. »
« T'en a pas marre de dire des conneries ? »
« Rooh, je déconnais c'est bon. »
« Déconne pas trop non plus on risquerait de te perdre ce serait balo. »
« Donc, tu voulais me dire quoi ? »
« Merf. Bon bah du coup je voulais te dire que- »
La serveuse redébarque avec un calepin et un stylo prête à prendre la commande.
« Vous avez choisi ? » demande-t-elle donc avec sa voix d'ange.
« Même pas un tout petit peu. » balance Mathieu avec un ton énervé.
« Vous pouvez peut être nous aider à choisir ? » demande Antoine en souriant.
« Mais bien sûr ! » dit la serveuse en se penchant vers Antoine. « Le plat du jour par exemple est excellent, c'est- ». La serveuse est coupée par Mathieu qui se lève avec sa bière en disant « Je vais faire un tour, tu me commandes la même chose que toi je reviens. »
Antoine regarde la serveuse avant de dire doucement « Il est de mauvaise humeur, faites pas attention. On va prendre deux plats du jour, je vais le chercher je reviens. »
« D'accord d'accord ! »
Il se lève rapidement et va suivre son ami sur la côte, et le trouve assit sur un rocher.
« Bah alors, t'en as pas marre de faire la gueule sans arrêt ? »
« Hmpf. »
« Nan sans déconner, en plus sur la terrasse d'un réstau, c'est pas sérieux. Tu pourrais faire un effort, ça se passait bien nos vacances non ? »
« Mais ça fait depuis des mois que j'essaye de te dire quelque chose et j'y arrive pas ! Et ça me pèse, et j'en ai marre de garder ça pour moi. J'ai envie de te dire ce que j'ai sur la conscience mais je peux pas. On est toujours interrompus. Après en plus j'ai cru que tu t'étais fait buter par les chiures à Bouzel... »
« Woh woh, t'inquiète pas, tu peux me dire maintenant on sera pas interrompus. »
« T'es sûr ? »
« Allez, bombarde, je t'écoute. »
« D'accord, alors…- »
QUAND SOUDAIN !
Non rien du tout.
« …ça faisait longtemps que je voulais te dire ça. Et je sais pas tellement ce que tu vas en penser. J'éspère juste qu'on pourra continuer à être potes quelque soit ta réaction... »
« Mais bombarde mon coco. »
« Je... »
« Tu… ? »
« J'ai... »
« Tu as… ? »
« C'est... »
« La grosse bite à dudule ? »
« ANTOINE ! »
« Mais crache ton morceau bordel de dieu, tu crois que j'ai que ça à foutre d'essayer de deviner la fin de tes phrases ? »
« Bon. Ok. »
« Allez, merde, j'ai faim moi. »
« C'est moi qui ai effacé ta partie de Pokémon. Je sais que tu as accusé Charles, et que j'ai laissé faire, et que du coup tu l'as balancé dans la piscine gonflable pour te venger et depuis il a ce traumatisme… C'est à cause de moi que vous vous êtes engueulés et qu'on revoit plus Charles… Je suis désolé ! »
« Ptain de merde… tu te moques de moi là ? »
« Je suis désolé Antoine... »
« Mais sans rire c'est ça que tu gardais sur ta conscience tout ce temps et c'est pour ça que tu me chies une pendule depuis tout à l'heure ? »
« Oui. »
« Mais t'es complètement con ! Je savais très bien que c'était pas Charles. Si on voit plus Charles c'est pas parcequ'on s'est engueulés ou qu'il a effacé ma partie de Pokémon ! Déjà si j'ai jeté Charles dans la piscine c'est parcequ'il a pété sur mon coussin. Ensuite si on voit plus Charles c'est parcequ'il est marié et qu'il a un boulot, et pas nous. Et finalement, je te signale que t'as nommé le dresseur MAT. »
« Oh. »
« Voilà. »
« Du coup je me sens con. »
« Tu peux, allez on va bouffer ? »
« Ouais, j'ai la dalle ! »
Après tant de drames et de révélations, c'est le coeur léger que les deux comparses se magnent le derche jusqu'à leur table, parce que comme Mathieu l'a si bien dit, il a la dalle.
Une fois assis à leur table les deux cons se regardent et se mettent à boire leur bière.
Quand soudain… ils finissent leur bière. Alors ils en commandent deux autres.
Puis leurs plats arrivent. Ils se remplissent donc de bière et de barbaque pendant toute la soirée, pendant qu'Antoine flirte avec la serveuse (parce que oui les enfants c'est du flirt, pas juste de la politesse, l'Antoine à envie de se faire sabrer le champagne par une jolie jeune fille, et comment lui en vouloir?).
C'est finalement Mathieu qui se tape la gonzesse.
Je déconne personne se tape la gonzesse c'est deux branlos de merde, ils se ridiculisent en essayant de payer avec des billets de monopoly, parcequ'ils les avaient rangés dans leur poche parcequ'ils sont cons. Mathieu ensuite en vient à dégueuler son alcool sur les pieds de la serveuse, à la suite de quoi Antoine tente de nettoyer les dégats avec ce qu'il croyait être une serviette mais était en fait une partie du tailleur de la jeune fille qu'il avait déchiré en essayant de se raccrocher à quelque chose de consistant.
Ils étaient ronds comme des boules, et ne pouvaient décemment pas conduire jusqu'à l'hôtel, ils ont donc décidé de dormir dans la Fuego. Après avoir payé les dégats et s'être faits dégager du réstau à coup de pompes dans l'oignon.
Une nuit approximative plus tard, le regret s'installe.
Bah ouais, complètement bourrés à dormir dans la Fuego pleine de sacs et de déchets du trajet (bouteilles, emballage de bouffe et j'en passe), le réveil est forcémment pas glorieux.
Antoine sort en titubant pour aller se rincer la gueule avec une bouteille d'eau et revient vers la Fuego pour constater que Mathieu n'est pas là et que donc il a fait un câlin à un sac de sport.
Le fait que sa virilité soit intacte (ou au moins aussi faible qu'avant cette nuit là) mis à part, le fait que Mathieu soit pas là le fait un peu chier parce que c'est lui qui sait où sont les sandwiches, et les chercher lui casse les couilles.
Il part donc à la recherche du déserteur en longeant la côte.
Après quelques minutes de marche il finit par se dire qu'il est pas parti par là, et il a bien fait, parce que Mathieu est en fait parti de l'autre côté.
Donc Antoine finit par retourner à la Fuego pour constater que Mathieu est de retour, allongé sur le capot, des lunettes de soleil sur le nez regardant la mer scintiller.
Des lunettes de soleil sur le nez et une clope à la bouche. Merde.
« Mathieu ? » demande Antoine, encore un peu déglingué de la veille, avec une voix faible.
Pas de réponse. Il semble endormi, avec une clope à la bouche. C'est pas sain ça, il va se cramer les lèvres le con.
« Mathieu ? » réitère Antoine un peu plus fort, et en se rapprochant.
« Oh, c'est toi. » réponds Mathieu avec une voix cassée.
« Ouf, c'est bien toi, pendant un instant j'ai cru que c'était... »
« Que c'était qui couilles-molles ? » réponds le Patron en se retournant vers Antoine.
« Merde. »
Merde.
« C'est le cas de le dire ma petite poulette. J'ai l'impression qu'on a été coupés la dernière fois… Enfin j'ai l'impression plutôt que t'as raccroché si on peut appeler ça comme ça. »
« Écoute mec... » réponds Antoine légèrement apeuré, « J'ai rien contre toi, la dernière fois t'as agit comme le dernier des salopards et j'étais dans un moment de panique. Je m'excuse pour la beigne que je t'ai filé mais... » pendant l'excuse le Patron se lève et se met à tourner autour d'Antoine « … mais je pense que tu peux avouer que tu es un peu fautif également, que t'aurais pu un peu mieux analyser la situation. Du coup je propose qu'on se fasse un nouveau départ t'en penses quoi ? »
Le Patron met une claque sur les fesses à Antoine.
« C'est mignon quand t'essayes de parler Charlotte. Pourquoi est ce que je devrais oublier le fait que m'a collé une beigne ? Je pense que pour qu'on fasse un nouveau départ, comme tu dis, faudrait que je t'en colles une aussi non ? Tu sais, œil pour œil, dent pour dent ? »
« Mouais, je pense que c'est un peu une façon bourrine de voir les choses mais tu as peut- »
Antoine est coupé dans sa prise de parole par un énorme coup de poing qui lui part directement dans la gueule, le faisant tomber sur le sol.
Il secoue sa tête comme pour se débarasser de la douleur mais voit que ça sert à rien et donc finit par gueuler : « AH MAIS PUTAIN MAIS T'ES TROP CON, PREVIENS AU MOINS ! »
« Les insultes déjà ? C'pas gentil ça ma mignonne. Je t'ai insulté moi ? »
« TU VIENS DE ME COLLER UNE BEIGNE ! »
« Bah ça c'était pour ce que tu m'as fait la dernière fois, fait pas comme si t'avais pas compris ! »
Antoine se masse la machoîre et s'essuie le sang qui coule de sa bouche. Il se relève lentement.
« C'est bon, j'ai pas frappé fort non plus, tu vas survivre je pense. Alors ? Qu'est ce que vous foutez là bande de glandus ? Vous avez plus de problèmes avec les débiles fan de bagarre ? »
« Bien sûr que si on a toujours des problèmes avec eux. »
« Comment est ce que je pourrais savoir ? Vous avez l'air de la prendre plutôt cool à vous mettre une caisse en bord de mer. »
« On va dire qu'ils mettent assez de temps à nous trouver pour qu'on puisse la prendre cool comme tu dis si bien. »
« Attends attends Caroline… Tu veux dire que vous êtes en train de fuir là ? »
« On évite le combat direct. Si on croise des types on va pas leur offrir des fleurs... »
« Non mais c'est pas normal ça. Vous pouvez pas fuir ! Sans déconner, faut aller au contact les tarlouzes ! Faut sentir la chaleur du combat ! Faut se prendre des coups, flipper pour sa vie, se demander si on va s'en sortir, faire pleurer des types en les torturant, en enculer deux trois pour se vider et, le grand classique, défoncer des crânes au fusil à pompe ! »
« C'est ta philosophie, Mathieu et moi on en a une autre. » réponds Antoine en se machant toujours la machoîre.
« Mathieu, on s'en fiche de Mathieu ! C'est moi ton meilleur pote maintenant pas vrai ? Allez, je veux voir un beau sourire ! Bélinda ! Un sourire ! »
« Je m'appelle Antoine. Pas Bélinda, Caroline ou je ne sais quel autre nom de fille. Et non, je ne m'en fiche pas de Mathieu, c'est mon meilleur ami. D'ailleurs j'aimerais bien que t'arrêtes de t'incruster. »
« Roooh, m'incruster direct. Qui te dis que c'est pas lui qui m'a invité ? Ptet qu'il voulait qu'on fasse la paix, tu crois pas Sabrina ? »
« Antoine. Pas Sabrina. Et non, j'en doute, vu ce qu'il pense de toi. »
« Qu'est ce qu'il pense de moi ? »
« Bah, il pense la même chose que moi, t'es un gros taré dangereux, et un insupportable connard. »
« Tant de gentils mots. Mais je suis sexy alors ça passe non ? »
« J'en sais rien, là tu ressembles à Mathieu. »
« Ah, oui c'est vrai. Mais les lunettes c'est déjà plus classe. Allez quoi, tu m'acceptes pas comme je suis mon petit chou à la crème ? »
« Quand est ce que tu te barres en fait ? »
« Je t'ai dit, je suis ton nouveau meilleur ami ! Je m'en vais plus maintenant. Peut être qu'on va finir plus que des amis même ? Je dois t'avouer que j'ai envie de planter l'épée si tu vois ce que je veux dire. »
« Je vois ce que tu veux dire et non merci je mange pas de ce pain là. »
« Moi non plus, mais je fais exception pour des fesses aussi fermes que les tiennes ! Alors ? Qu'est ce que c'est le programme ? Tu te choppes une paire de couilles et on va dézinguer des types ? Ou alors on se trouve quelques filles dans la rue et on se les emmène dans la bagnole là, on rabat les sièges et tout… on fait ça bien ! »
« Quoi, c'est le coup des couilles qui t'as vexé ? »
« Mec, si tu coopères pas un peu ça va vite me gonfler. »
« Et moi donc. Tire toi, pour la dernière fois, barre toi, retourne dans ta dimension ou j'sais pas quoi là, et fout moi la paix. »
« Tu sais… J'aime pas bien la façon que t'as de me parler. »
« C'est con hein ? Je vais pas te lécher les boules alors que tu viens de me mettre une patate. »
« Bah voyons mon colon. Faudrait voir à changer de disque ! »
« Je suis d'accord. Barre toi. »
Le patron jette sa première clope dans l'eau et s'en allume une autre. Il retourne s'asseoir sur la Fuego et Antoine remarque qu'il possède un flingue à sa ceinture. Meeeerde.
« Le souci là, c'est que j'en ai pas envie. J'ai juste envie de me branler, boire un coup et buter des gens. Les grands trois quoi. Tu veux pas m'aider pour le 1, le 2 et le 3 ? Surtout le 1. »
« Va te faire mettre. »
« Tant de négativité. Bon, je m'en vais du coup. Je vais trouver une gamine qui sera prête à faire ça contre quelques euros ou la promesse de pas mourir. »
« Espèce d'enculé, tu bouges pas d'ici. Je te signale que t'es dans le corps de Mathieu. »
« Ouais, on y est un peu à l'étroit, pas assez de muscle. »
« Du coup tu restes là, enfin le corps en tout cas, et tu laisses revenir Mathieu. »
« Laisse Mathieu là ou il est ! Il était totalement bourré, j'ai vu ça alors j'suis venu prendre le relai, pour que le fun s'arrête pas quoi ! »
« Pour la dernière fois veux tu bien t'en aller ? »
« Yep ! »
Le patron descends de la Fuego et se tire vers la rue d'un pas rapide.
Antoine accelère pour le ratrapper et le retiens par l'épaule.
« Tu me retouches je te descends coco. »
« Tu vas nulle part gros connard. »
« Lâche moi maintenant ou je te descends. »
« Tu crois que t'es le seul armé ? » réponds Antoine en montrant son flingue.
« Je t'aurais prévenue Mireille. »
D'un geste brusque de l'épaule le Patron se dégage et se retourne pour attraper son pistoler et le brandir sur le front d'Antoine qui fait de même.
« Je crois qu'on est dans la merde du coup tu penses pas ? Patron ? »
« Non, je pense pas. Parce que y'a un seul avantage à être dans le corps de ton cher Mathieu, et c'est que t'oseras jamais m'exploser la cervelle, petite bite. »
« Je pourrais. »
« Et mon cul dans une salade de fraise aussi. Tu me prends pour une papillotte de couilles servie sous cloche ? Tu oseras jamais le buter, même si c'est moi dedans. C'est ton meilleur amiiiii ouuuu tu l'aimes tout beaucoup, c'est un peu à gerber mais du coup ça va à mon avantage. Tu baisses ton flingue, tu arrêtes de m'insulter, et tu me laisses faire ce que je veux, sinon je t'exploses ta caboche de merde. »
Antoine baisse son flingue. Voyant ça, le patron fait de même.
« Voilà qui est raisonnable bébé love. Allez, t'en fait pas, tu le reverras ton amoureux. »
Le patron se met à rigoler et ajoute « Si tu lui suces la bite dit lui de m'appeller pour que je prenne le relai au bon moment. »
Sur ces mots Antoine tente de lui décocher un coup de poing que le Patron bloque sans difficulté d'une main. Serrant très fort, le Patron finit par mettre Antoine à genoux, et l'aide à tomber sur le sol en lui mettant un coup de genou sur le côté de la jambe.
« C'est le petit coup de trop ma mignonne. Dit au revoir. »
Le Patron récupère son flingue et le braque sur le front d'Antoine.
« Un dernier mot avant que je repeigne le sol avec ta cervelle ? »
« Tu vas me tuer juste pour ça ? »
« Je suis un taré dangereux après tout, non ? »
« Ouaip. Mais je te pensais pas aussi susceptible. » réponds Antoine tremblant.
« Eh bah visiblement je le suis. »
Sur ce le Patron esquisse un sourire et appuie sur la gâchette.
